II
27S POftTftAITS GORTËMPOAAIKS.
déjà pour beaucoup de spectateurs éblouis ces faîdeux aspects, mais ne les dérobe pas encore entièremaità gui fiait regarda et se souvenir. Napoléc»! n'estimah pas les hommes à dtre de ses semblables; il était aussi peu que possible de cette chair et de c^Ub ème coor munes aux créatures de Dieu : c'était on homme de bronze, comme Va. dit Wieland, qui le sentit tel aussitôt dans un demi-quart d'heure de conversation à Weimar; égoïste» sans pitié« sans fatigue, sans hame, un demidieu si Ton veut, c'est-à-dire plus et moins qu'un homme; car, depuis le Christianisai, il n'y a rien de plus vraiment grand et beau sur la terre que d'être un homme, un homjne 4ans tout le développement et la proportion des qualités de Tespèoe. Les demi-dieux, les héros violents et abusifs tiennent de près aux â^ païens, à demi esclaves et barbares ; quand ils triomphent dans nos sociétés modernes, quelles que soient d'ailleurs leur opportunité et leur nécessité passagère, ils introduisent un élément grossier, arriéré, qui pèse après eux et qui a son influence funeste.
Napoléon disparu et ce qui résultait immédiatement de son action politique étant à peu près apaisé, son exeny)Ie a passé dans le domaine de l'imagination, de la poésie, et y a fait école et contre-coup. Et ici non plus tout n'a pas été mal, nous sommes bien loin de le prétendre. A la contemplation de ces scènes voisines et d^à fabuleuses qui se confondaient avec nos premiers rêves du berceau, l'imagination s'est enrichie de couleurs encore inconnues; d'immenses horizons se sont ouverts de toutes parts à de jeunes audaces pleines
d'essor ; en édat, en puissance prodigue et gigantesque, la langue et ses peintures et ses barnonies, jusque-là timides, ont débordé. Mais ce que je veux noter, ce qui me semble fâcheux et répréhensible, c'est qu'en passant à la région de pensée et de poésie, lldée obsédante du grand homme a substitué presque généralement la force à Fîdée morale comme ingrédient d'admiration dans !es jugements, comme signe du beau dans les œuvres. Deux autres graïufe hommes parallèles à Napoléon, et dont l'influence sur nous a été frappante, quoique romndre, ont aidé certes dans le môme sens. Byron et Goethe, Tun par son ironk poignante et exaltée, l'autre par son calme également railleur et plus égoïste peut-être, ont autorisé ee changement d'acception du mot génie et mit prêté atrx apothéoses fantastignes qu'on s'est mis à fahre des grands hommes. Mais la puissance audacieuse el triomphante de Napoléon a surtout dominé ;^ elle a profoqué ces constructions sans nombre, et la plupart de ces statues et ktol^ de bronze dont on a peuplé sur scm modèle les avenues de l'histoire. Tout ce qui a paru fort et puissant dans le passé a été absous, justifié et déiié, indépendamment da Ih^i et du mal moraU La plûkoscqihie éclectique de la Restauration avait déjà, malgré ses réserves sur tam de points, proclamé la théorie do smcès et de la viMoira, c^est-à-dôe affîrmé qne ceux qui réussi^nt dans les choses humaines, les heureux et les vrctorienx, ont toujours n^n en détnitive, raison en droit et devant la Providence qui règle le gouvernement de ce moncte. On laissait aux
enfants et aux écoliers cette pieuse parole que le poëte a mise à la bouche du héros, compagnon d'Hector ;
Disce, puer, virtutem ex me verumque laborem , Fortunam ex alils. ,
Le Saint-Simonisme bientôt alla plus loin dans la théorie des hommes providentiels qui ont toujours raison, en qui l'origine et la fin justifient les moyens, et qui marchent sur la terre et sur les eaux en vertu du droit divin des révélateurs. Sous une forme religieuse, et derrière le velours du prêtre, c'était encore la même préoccupation dévorante, le même plagiat de Bonaparte, l'effet réfléchi de la fascination exercée par cette grande figure. Il y avait bien d'autres choses neuves et considérables dans le Saint-Simonisme ; mais ce souci que j'indique a usurpé beaucoup de place. II y a donc eu, et il y a en ce moment abus dans Tordre de la parole et de l'imagination, comme auparavant dans l'ordre civil et politique. 11 y a éloquence, poésie surabondante, comme il y a eu prodiges de valeur et coups d'éclat; mais c'est la force encore qui tient le dé et qui gradue les jugements. Qu'on ait marqué d'abord, qu'on ait été puissant et glorieux à tout prix en son passage, et l'on n'aura en aucun temps été plus absous ; on vous trouvera, à défaut de vertu personnelle, une vertu plus haute, une utilité et moralité providentielle qui est l'ovation suprême aujourd'hui. Cette disposition a pénétré dans les jugements de l'histoire, elle prévaut dans l'art; mais je ne saurais y voir qu'un retentissement de
bigiti
répoque impériale, une imitation involontaire, développée sur la fin des loisirs de la Restauration et se poussant parmi beaucoup de pressentiments plus vrais de Tart de l'avenir.
Dans ses volumes récemment publiés sur l'histoire de France, M. Michelet a senti en un endroit cette absence de soin moral qui caractérise le moment présent, si animé d'ailleurs, si intelligent et si vivement poétique; il a exprimé son regret et son espoir en paroles ardentes qu'on est heureux d'avoir pour auxiliaires : ne pourrait-on pas les lui opposer à lui-môme quelquefois? C'est à propos des conseils pieux, donnés par saint Louis à son fils, et qui rappellent le mot tout à l'heure cité d'Énée à Ascagne : « Belles et touchantes paroles ! dit l'historien, il est difficile de les lire sans être ému. Mais en même temps l'émotion est mêlée de retour sur soi-même et de tristesse. Cette pureté, cette douceur d'ftme, cette élévation merveilleuse, où le christianisme porta son héros, qui nous la rendra?... Certainement la moralité est plus éclairée aujourd'hui ; est-elle plus forte ? Voilà une question bien propre à troubler tout sincère ami du progrès... Le cœur se serre quand on voit que dans ce progrès de toute chose la force morale n'a pas augmenté. La notion du libre arbitre et de la responsabilité morale semble s'obscurcir chaque jour. Chose bizarre ! à mesure que diminue et s'efface le vieux fatalisme de climats et de races qui pesait sur l'homme antique, succède et grandit comme un fatalisme d'idées. Que la passion soit fataliste, qu'elle veuille tuer la liberté, à la bonne heure ! c'est son rôle, à elle,
283 PORTRAITS COUTEHPORAINS.
Mais la science elle^mêffle, nais Part... Et toi amHmon fils!... Cette lanre do £atalisiite, par où gme vous m^ tiez la tête à la fenêtre^ tous la rencontrez. Le symbe* lisme de Vico et de Herder, le panthéisme naturel da Schelling, le panthéisme historique de Hegel, Thistoire de races et l'histoire d'idées qui ont tant honoré la France, ils ont heau dUférer en tout; contre la libeité ils sont dTaccord, L'artiste même, le poète gui n'est t^Q à mil systèmOt mais qui réfléchit Tidée de son siëcte) ft a de sa plume de bronze inscrit la vieille cathé^ drale de ce mot sinistre : AnankL »
M. Michelet espère pourtant que cette lumière de KhertS morale, toute vacillante qu'elle semble, n^estpas destinée à périr, et nous reiq)érons comme luL C'est d'ailleurs le prq)re cte la liberté morale de ne pas céder à la vogTO, à Tentraînement, à l'opînioQ, et de vivre en protestant contre ce qui voudrait Taccabler. le ne saorais dire pour mon compte k quel point je me sns senti souvent rebuté, choqué, jusque dans les plus belles pages d'amis bien éloqcœnts, en voyant cet abus extrême qu'on fait aujourd'hui des grands hommes et tous ces demi-dieuDt de^tiques qu'oui inaugure en marbre ou en bronze sm* le corps saign^mi de l'huma*- Dite qu'ils eat foulée. Au nomi de c^te classe isrtermfédiaire, de plos en {dus nonbrevse, qui flotte entre les adm^tenrs avengles et les admirés déifiés, qui n'est phis le vutgaàre idolâtre et qui ne pfétendra jamais au rang des dem-dieux, qui deivra pourtant accorder sa j^iste estime et son admiratêoa à qui méritera de la ravir, on est tenté de redemander qaelqnes-ans de ces
MÉMOmES DE MIRABEAU. 283
beaux et purs grands hommes dont tes actes oa les œuvres sont comme la fieur du smumel de Parbre htimaia, ccHiime Tombre bienfaisanle gui s'en ^anche, comme ie fsst mûri qui en déccmle. Lassé <k ces bruits sonores et des statues cte tout métal debout sur leurs socles démesurés, on se rejette avec une sorte de faftlesse en arrière et, camme Dante en s^ cercles sombres, on rédame un guide compatissant et à portée de la main : O Virgile, Térence, Racine, Féndon, grands boMHMS et si charmants, prk au sein même et dans les proportions de l'humanité, où ètes-voi»? mais il en est un du moins qui vous représente (1). L'admiration, pour s^épanouir avec bonheur, doit se sentir aller ners des mortels àe mèim nature, de même race que nous, quelque phts grands. Je veux, même dans ceux que le génie couronne, recoonaitre et saluer les premieis d'entre mes semblables.
Et voilà pourquoi les vrais mémoires des grands bommes^ me paraissent avoir tant àe prix. C'est que |»resque toujours les personnages qu'on s'esl habitué à considérer d'après des types fantastiques ei de convenh tiott„ ou d'après les statues historiques qu'on leur a Cessées, s'y montrent à nous sous un antre jour pdus intérieur et souvent satisfaisant, meilleurs d'ordinaire que leur renommée, bons, ou tâchant par moments de l'être, avec leurs doutes, leurs variations, leurs infir- «ôtés, étant des nètres à bea^couf) d'égards, et, comme
^)) C'est use alli»iôa à Laaaaistàm^ — au LuBaftôw à^9kask> - Voir précédemment au tome 1*', pa«ea 18ê eti;^3«
tels, des moules à imperfections et à sentiments coq* traires et sincères. Cela ne les rapetisse pas à nos yeux, mais nous les explique et les ancre par bien dee coins au cœur de la même nature. Ainsi Byron nous est clairement apparu à travers ses mémoires mutilés, mais véridiques encore (1). Ainsi la correspondance avec M"* Voland nous a fait accepter presque sans mélange Texcellent Diderot. Ainsi Mirabeau sortira plus homme, et non moins grand homme à notre gré, de répreuve de cette nouvelle lecture.
La publication des lettres écrites du Donjon de Vincennes avait déjà révélé Mirabeau dans la pleine frénésie des passions et des sens, sous un jour romanesque, mais vrai, et que la postérité aisément pardonne. C'avait été, jusqu'à cette heure, le grand et inépuisable document où les biographes avaient fouillé pour reconstruire la vie privée antérieure de ce personnage toujours orageux. Au milieu des inexactitudes et des lacunes inévitables d'un tel mode de reconstruction, surtout avec une édition si fautive et si incohérente que celle qu'avait donnée Manuel du manuscrit de Vincennes, il n'en résultait pas moins pour l'ensemble de la jeunesse et de la première vie de Mirabeau une impression assez juste, sentimentale plutôt qu'irrécusablement motivée; on voyait un homme dont les
(1) Ainsi GoBflie, que Je Jugeais trop sévèrement tout à llieare d'après des documents incomplets, 8*est dessiné plus ample, plus accueillant et tbut à fait meilleur comme génie, à la lumière des nombreux témoignages biographiques famiUers qui ont ekV>uré et éclairé à nos yeux sa yieiUesse.
malheurs étaient plus grands que les torts, et .les torts plus méchants que le fond. Quant à sa vie publique, beaucoup de révélations successives avaient été faites, et avec un résultat assez inverse du précédent, c'est-àdire que si, en y regardant bien, on l'avait trouvé meilleur au fond que ses divorces, ses rapts et ses adultères, on le trouvait au rebours, dans la vie politique, plus léger et plus vain, moins scrupuleux en opinion, plus à la merci d'une belle inspiration du moment ou d'un mauvais discours qu'un de ses faiseurs lui avait apporté le matin, et finalement, pour tout dire, plus vénal que son génie, son influence et le développement majestueux de son âge mûr ne le donnaient à penser. Parmi les documents récents qui se rapportent à cette vie publique, il convient de rappeler les Souvenirs sur Mirabeau par Etienne Dumont (de Genève), livre de bonne foi et de sens, écrit par un homme .bien informé, sans prétention ambitieuse, quoi qu'on en ait dit; livre qui n'atteint en rien le génie propre à Mirabeau et ne cherche point à lui dérober ni à lui soutirer son tonnerre, mais qui a replacé l'homme et le génie dans quelquesunes des conditions réelles moins grandioses. Ces explications, telles que Dumont les précise, n'atténuent aucunement le génie de l'orateur ni même la capacité du politique, et bien au contraire elles les font d'autant plus ressortir; mais l'autorité morale, la conscience sérieuse et l'aplomb du caractère en reçoîven"!; quelque atteinte. Ce livre de l'honnête et spirituel Dumont a été accueilli ici avec une légèreté moqueuse et une boutade d'Athéniens qui ne veulent pas être contredits sur
fm POUTRAITS CONTEMPORAIHS.
ridole à la mode. On avait fait de Mirabeau de brillantes et fantastiques peintures; Dnmont venait qui remettait deux ou trois verrues à leur place sur ce graatd visage, et il a été honni.
Quoi qii^il en 8oit« le jugement total de la vie pubEque et privée de Mirabeau laissadt Tidée de quelque chose de grand mm d'énormément souillé, d'une gros* sière débauche avec des éclairs de passion divine, d^mie sou^Fsraine et libre parole avec des besoins cnpides ; et sa mémonre comme son corps, tantôt au Pantbécm et tastM sur la claie! Or, maintenant, voici le fils adoptif (i) de Mirabeau, M. Lucas-Montigny qui vient, après trente années de sdnsy d'^examen pieux et de cotiatikms serii> puleuses, instruire de nouveau ce grand procès, en a^ peler des jugements ant&^rs;, et, svec vno^ quanta de pièces précieuses en main, tenter la rébabilitatiffloi de cette renommée qui est pour Im demestiqiie. Ce point de vue de réhabilitation et deplaidoy^contino poaria senvbl^ dès Faborid bien étroit et contraire à finforn^H tion entière et impartiale de l'équitable postérité. Mais M. Lueas-nfontigny iie saurait être pour Mirabeau cette postârîté froidement curieuse et assez indifférette aux conciteions ; il ne faut pas le blâmer d*un dfort et d'un but auquel oo devra et Fou doit déjà nombre de pièœs aitfhentiques et de d^ils kttonnus, puisé& au trésor qu*il a pris peine à réunir; de plus indiSërosts n*ecis« sent pas fait ainsi, et ils auraient sans doute fait bea»c(Mip Btotns. Les deux voluuKS, qui comrposent ht pre-
(i> CTest on moT péW p«ur Mie « le fils naturel» »
mière livraison des Mémoires, traitent de la vie privée de Mirabeau durant les trente et une premières années jusqu'en 1780, et le laissent au milieu de sa captivité de Vincennes. Les papiers de famille dont M. Lucas- Mootigny a fait usage, et notamment une correspondance ininterrompue entre le marquis et le bailli de Mirabeau^ le père et l'oncle du nôtre, donnent à toute cette partie biographique an caractère d'authenticité et de nouveauté qui est pour le lecteur une vraie déccmverte. Souvent même, devenu exigeant avec l'estimable bic^rapbe qui ne tire de son trésor que ce qui se rapporte assez directement au récit, le lecteur voudrait {dus d'excursions, plus de prodigalités de citations et d'extraits; on plutôt il voudrait tout, il lui faudrait toutes ces familiarités et ces dlva^ions de correspondance. Lui, qui hier encore était tout rassasié de Mirabeau et ne croyait avoir rien d'important à apprendre sur cet homme si controv^ersé; lui, lecteur, qui hier ne connaissait le marquis économiste que par quelques ennuyeux volumes ou quelques épigrammes, et ne connaissait pas du tout le bailli, le voilà tout d'un coup ^ris d'eux, altéré de leur vie, de leurs opinions, de leur langage; le voilà qui se fâche presque conlre IL Lucas-Moutigny qui ne nous introduit qu'avec discrétion dans ces archives domestiques; il rudoie l'hcmnête descendant, il le gourmande de sa parcimonie bourgeoise et de ses réticences, il est prêt à tout dévorer. Et le lecteur a raison, et M. Lucas-Montigny aussi, nous ^e^érons bien, n'aura pas tort en publiant cette collection de lettres que tous les échantillûns cités nous font
juger inappréciables. Pénétré de la gravité et de la moralité du devoir, de la dette qu'il acquitte, le biographe s*est interdit ce que tant d'autres en sa place eussent estimé une bonne fortune, et il n'a rien ajouté, quoique cela en deux ou trois endroits paraisse lui avoir été facile, à la liste déjà bien sufiSsante des aventures amoureuses de Mirabeau. En fait de scandai^ privé, M. Lucas*Moutigny a eu pour principe de n'en mettre au jour aucun qui eût été nouveau, et il ne s'est exprimé que sur les échappées déjà notoires. Tout en prenant peu de goût à cette sobriété filiale par ce coin de curiosité maligne et oblique qui est dans chacun, nous ne saurions en faire un sujet de reproche à l'écrivain consciencieux. Nous trouverons seulement qu'il s'est quelquefois exagéré la gravité et la noblesse du genre biographique, lorsque, par exemple, il rejette expressément hors du texte et dans une note des citations de lettres qui ne lui font l'effet que d'une causerie légère et piquante (tome I, page 378) : il faudrait donc à ce taux imprimer toutes les lettres de M«»« de Sévigné en notes, comme indignes de la majesté d'un texte. Dans le récit, ou plutôt dans la discussion à laquelle il se livre, des amours de Mirabeau et de Sophie, nous craignons que M. Lucas- Montigny ne se soit grossi les inconvénients de certains détails nouveaux, et que ses idées sur la dignité du genre n'aient ajouté un peu trop de rigueur à sa louable morale •: <i Nous pourrions, dit-il, donner une relation très-circonstanciée de l'emploi du temps passé follement aux Verrières, de la route suivie par les deux amants quand il se furent décidés à s'éloigner, de tous
les accompagnements de cet acte de démence et de désespoir; mais un tel récit serait mélangé d'incidents scandaleux que nous rejetterons toujours, parce qu'ils sont indignes de Thistoire, parce qu'ils la dégradent, parce que même ils la font mentir, puisqu'elle doit peindre les grands faits et non les passagers accidents de la vie des personnages dont elle s'occupe, les traits saillants de leur physionomie et non les difformités secrètes. 0 De telles maximes crûment énoncées par un biographe sont elles-mêmes la critique la plus sévère du procédé qu'il suit : nous ne nous arrêterons pas à les réfuter. M. Lucas-Montigny s'appuie en un endroit, sans en rien citer, d'un cahier de Dialogues dont Mirabeau parle souvent dans ses lettres du donjon de Vincennes. Ces dialogues, qu'il avait écrits pour se repaître, ainsi que Sophie, du souvenir des premiers jours de leur liaison, sont aux mains du biographe qui n'en donne aucun extrait. Et pourtant ces souvenirs des commencements doivent être pleins de pureté et de charme, lorsque le prisonnier de Joux, jouissant d'une demi-liberté, venait à Pontarlier chez le vieux marquis de Mounier dont la maison lui était ouverte, lorsqu'il racontait devant lui et sa jeune femme les malheurs et les fautes qui l'avaient conduit là, et qu'elle, comme Desdemona aux récits d'Othello, comme Didon aux récits d'Énée, comme toutes les femmes qui écoutent longuement des exploits ou des malheurs, pleurait et l'aimait pour ce qu'il avait fait et subi, pour ce qu'il avait souffert. On y verrait, dans ces dialogues, d'après ce qu'avance M. Lucas-Montigny, que ces étincelles de première pa?xu 17
1»e PORTfifiAaT» COMTfilIteiiiLlNS.
siOD ne furent pas ches Mtrabeao sans combal^ <iii;*il ebefcha mêaie pœr un attachement peu séri^ix et» assez subalterne à détoursar ïotdsgè qu'il aen^t naUre, et à foire avorter soft périUeux amaor. Certes» de tels dia^ kgaes, pour peu qu'ils r^pondsnl à l'idée qu'on s'en figure, setaient la justification la {dus insinuante et la plus natureUe de l'ëelat désastreux et de la ruine qui survinrent i oous voudrions ^m^ M. Lueaa4Contigay se laissât flécUr (1).
M. Lueas-Monti$iiij se plaia* ^oteemeat de Manuel, raocien procureur de. la Commune» qui, ea publiacut le recu^ des lettres à Sophie, a néf^é quelques sn^ pressions faciles, «quelques, arraoeements deconv^oance et de mofrale,, qui auraient suffi pour tmire cette leo* ture irréprochable, on da moins, attrayante sajds mé^ lange. Nous sommes de son avis en c^, et il nous semble qu'en ce qui UHiefae les portions toutes rom^ nesques de la vie des grands homB9es„ s'il y a pea à faire pour les rendre plus complètes et harmonieuses, il est permis de l'oser; mais un goût psorfait, une discrétion extrôflsye, devraient présider à ces légères et chastes atteintes* Eïi lisant les admirables Lettres de Diderot à sa SophÂe; (car c»'étai^ ansâteaom de M.^« Vo«
(1) n 8*est laissé fléchir ea effet : j*ai pu, bien des nnnées après, gr&ce à son obligeance, écrite pièces en matn de complets articles sur ce sojet : Mirabêtm el Sèpîm* (Tok- sb toese IV de» Causeries du LunéU,) — On trouveia, dan» le wéaie tonsM IV d*autres articles sur la Correspondance de Mirabeau et du comte de La Marck, publication capitale, avant laquelle Mirabeau politique n^était qu*impapfailement connu : en ea parlait on pe« à lltreu^ et sane savoir IftdeMom 48» CMtM.
MEM€rmES BB MEEAJBEAU. 2^
haad), fat regretté vers la fin d-y trouver les détails de ces indigestions foéquentes dosEkt se: plaint un estomac qui vieillit : il y a dans les lettres de Mirabeau à Soj^ne despaige»qui dëseochantent bies ^us: encore. Je con^ cerrais qu'une art cUlicat, sans le dire, eût altârév aaàs, et quelque peu' arrangé cette fin deschoses. Faute de quoi^ et tout en fâutant de son^ mieux les délices sen- «lelle» de Tunv e»' oubliant les indîgestiona finales de l'autre, ondemeace entore^reconntiissantpour dételles lectures
La pi^liiartiën das Mémoires deftKwfecau a été pooi on grand poëte l'occasion d'écrire une étude dévelop* pée sur le gfand omteuir. L'écrit cte M. Victor Hugo, imprimé et imidu à part^ grâce à la susceptibilité ho*. Borable, peut-toe esEcessive, de M. Lucas4ionlâgny, a été d^à ht de tout le monde. C&t un. moreeM? pw- 4iose, tout à ^tetsetà mouwaœnte,^ plein, de tableaux; l'orateœr y e^ traduit sous vos yeuï entouré de ses mille twmerre» et de quelques fontnres; c'est m de «es ^orceam d'éclat où Fon man*e dfài^vu en imprévu^, eu Fimage toujours ébkmîssamte et nouvelle surgit à chaque pas, ph» soudaine, plus ea armes que les: logions de Pompée; c'est me de ces sortie dé tay teûtcp» gagnent des vdcterôsv ao imiinscte surprise, «MT les pfeKina^ihries; qui marquent que les lions au gîte (pour pasleir U Ibng^e êxb aiifet>«it des res* sources et desbeads qu'on, nfatteada»! pasv et q»'il est deaniitarCTiflïvai0cuesqu^o»peai Weavoiridr traquer, mais qu'on- ne découcae^ guère. Be»iciwp (te gens s'apitoyaient cécemmentsur M. «etorfitego; les suc-
ces fatigués de ses derniers drames s'interprétaient eo chutes ou du moins en échecs ; la critique avait eu contre son œuvre, contre sa personne, depuis quelques mois, de presque unanimes et vraiment inconcevables clameurs. C'était un hourra contre lui; c'était un accablement pour lui , on pouvait le croire. Point. Voilà qu'en une brochure écrite en huit jours reparaît ce talent puissant dans son allure, j'ai presque dît dans sa crinière la plus superbe. Ces sortes de natures opiniâtres et vigoureuses vont, trébuchent, s'accrochent, se relèvent, et donnent de perpétuels démentis à ceux qui en désespèrent.
Au commencement de sa brochure, M. Hugo indique sa sympathie vive pour ces grands et opiniâtres caractères du marquis et du bailli de Mirabeau , grands caractères en effet, transmis de père en fils dans la race, depuis les Arrighetti gibelins, émigrés de Florence en 1268; Mirabeau, le plus célèbre des Riqueti, était de tous (qu'on en juge) le plus dégénéré. C'est chez M. Lucas-Montigny qu'il faut lire les preuves de ces tempéraments indomptables et de ces vertes intelligences. Le marquis de Mirabeau, en 1778, écrivait au bailli son frère : n Sitôt qu'un mien désir n'est pas combattu par ma conscience, j'ai des ressources pour en venir à bout... Quand on m'exaltait tant, on me faisait hausser les épaules (il dit ailleurs : rire des épaules), mais quand on voudrait m'humilier, le sentiment intime résiste et contient le poids de toute la coionne d'ajlr extérieur. Je sais que je suis, à les en croire, le Néron du siècle ; que les femmes veulent me
traiter comme Orphée, et les avocats comme Romulus; mais que m'importe? Si j'étais sensible au toucher, il y a longtemps que je serais mort. Qu'importe qu'ils essayent de me déchirer dans ma cuirasse d'honneur, désormais trop dure et trop cicatrisée pour que de pareils coups puissent pénétrer? Le public n'est point mon juge. Je foule aux pieds ses jugements ignorants et précipités par des passions d'emprunt...; et tant que santé et volonté me dureront, je serai Rhadamanthe, puisque Dieu m'y a condamné. » Ainsi parlait de luimême, en style de Saint-Simon, ce représentant du xvi^et du XVII* siècle dans le xvm«, cette nature d'homme à la Montluc et à la d'Àubigné, vénérable jusque dans sa cruauté patricienne, cette volonté de fer dans un corps de fer. M. Hugo a tout d'abord tendu la main à ce haut et grave vieillard ; c'est ainsi qu'il les aime, qu'il les peint et qu'il les rêve : don Ruy Gomès de Sylva, dans Hemani, n'est pas d'une autre souche; et lui-même, poëte, il m'a fait souvent l'effet de représenter cette sorte de type inflexible, transporté, dépaysé dans la littérature et dans l'art de nos jours : de là en partie, j'imagine, ce qu'il y a de faussé dans sa puissance.
En parlant de Mirabeau , il était diflficile qu'une imagination amante des gloires sombres et fortes, qui s'était attaquée déjà à Cromwell, à Richelieu, à Charles- Quint, à Louis XI, à Napoléon, ne se prît pas au côté purement et simplement grand, et n'y sacrifiât point les considérations autres qui tempèrent et corrigent, qui agrandissent les fonds du tableau, mais diminuent
la hauteur de ta principale figure. M. Hugo, selon dous» n'a pas évité >c^ écu^l, et peut-être, quand nehi M aurait été^xiBsible^die l'avrait-i pas voulu. Ce qui l'a imppé «vam^eotdai» MirEa)eaii, <feBt ie ciMitraste de <îette jeunesse pewéciitée, fiétrie, verroufillée, et de son «lervelUeaK wéoamMit poiitiqw ; cfest le contraste de cette vie si dore ite tribune et de combats jovmsAiers «vec rinaugurattioft ^umoiime «l'iin eercu^l :^Ge qdMl a ^usé tout 4'abiird daas illirabeaii, c^est la quemion persoondle (10 ém génie, dn^féme méGonnu, du génie envié et4ii génie trioHqpÉisnt : «Xjrandsrbommes, <voii* lez-fOus avoir raison 4eiiHiin7 s'écrie^-il; mourez acK îoardlMti. m fit^hisiloinf^B^tennes'^xpitte : « Quelques •eprocbes qa'c» ait pu justement lui ftôre, nous croyons que Mirabeau restera giand. 'Devant la postérité, tout Inoune «t toute «Ame 6^^d>so«t par 4a graïkleur. )»
Suivant ou accompagnant Mirabœiu depuis les fonts baptisinaiix dm 'Bignon ou il naquit, jusqu'au Pandiéon -où Jl entrante preimer, M. Hugo juge que, comme tous ies bomoes de sa trempe et de sa nafture, il ^ak prètd$»Uni, «et qu^un tel enfant ne pouvaift manquer d'être vn grand bomme. Le poète, en toudhant qœlques-uns des anneaux, même les plus obscurs, de cette eds^Cence iaégate, les fait tous luire à nos tj8QK,tdt veut les con-
(i) Aussi plusieurs critiques ont-ils reproché à H. Hugo de s'ôtce trop préoccupe dans le portrait deltlirabeau de sa propre question 1>ersonnelle ^t ^e fs*être*vu, n^é et«opié lei-inèBie, en quelque fiorte, daos'oette %ttre -toute innquetâe^et omliirée, oon«e4ian un miroir à mille facettes. — Lamartine, depuis, a fait de même Clans ses Girondins, n est difficile à ces puissantes organisations
veilir en une dhàlne ^vioe. Oui, certes, les grands hommes qui aboutissent sont maniués^ je le trois, par la Providenoe etpetrvent se dire en oe ^ens prédestâDés ; mais toutes les graines de grands hoflMaies n^édoseot pas, ou dn moins toutes ne ^enmmt pas dans les circonstanoes propres à les Mt^ >v«Aoir, Mirabeau ln>nêiite , ëcrivant à ^me personne 4 hqiidle il ne paiiiât que le langi^ de la phis ^oère omfvictioû, disait : «( Mon père a autantde sopériorité sur aïoi par le génie, qu'il enaparl'àge etiê fitpede|ière« d Après «m admirable rédt de la vie de son grand-père , Jean-Aatoiiie^ téât 'Composé daoïs "«ne captivité an «diitean dH sm* les notes de son père, H termine par oes mots : « Ceux qui seraietft étonnes des tx)uieurs que noas avons osé ent^kF^T^pom peindre un èomme qui n'est resté ni dans les fastes des cours qu'on appelée iiisteîre des nations!, ni d«is les recueils mensongers des gasettes^ anraîeottortf à«eqif ilimissemble».. Nousn'inaginons pas >qie personne mette en doote que partout et dans tons les temps il ne <nre et ne meure loin de tout édat tme multitude d'hommes supérieucs à omx qui joaent un v61e svr la scène du monde, etc. » Peut-être a if a manqué à Mirabeau In-Méise qo^n peu pfais de «veertu, de «disoipHne^ et «n «oeur lÉDifa relàdié, pour rester et vivre iocomiu on «du ooaoins oiédîocrenieat omoin, et simptement notable à la mmère de ses p^^es. Kous voudrions que œtte ià^ &t présente à i'esprit quand on célèbne les grands hojQunes ; tcus les grands .honmes qui arriveet sont prédestinés sans dottte; «nais tous les grands hommes n'nnivent pas. U
y a dans cette pensée de quoi tempérer humainement Tapothéose des génies.
Lorsqu'on pousse trop loin Tidée de la prédestination des grands hommes, il arrive qu'on est amené, sans y prendre garde, à être sévère et injuste pour une foule d'hommes secondaires, mais estimables, qui dans leur temps et au nom de leur bon sens ou de leur vertu , et aussi de leurs passions, ont osé contredire sur quelque point et retarder un moment les triomphateurs, u  quarante ans, dit le poète, il se déclare autour de Mirabeau, en France, une de ces formidables anarchies d'idées où se fondent les sociétés qui ont fait leur temps. Mirabeau en est le despote. » Et plus loin, çà et là, en raison de ce despotisme de Mirabeau, voilà que l'Assemblée constituante entière, ce faisceau d'hommes éminents et purs, lui est mise sous les pieds. Volney n'a que de la mauvaise emphase littéraire, lui qui avait fait déjà l'excellent Voyage en Syi*ie; Roland est un zéro dont sa femme est le chiffre, chiffre qui , selon moi , eût couru risque de valoir dix fois moins sans l'honnête zéro. Sieyès devient un songecreux que Mirabeau pénètre en un clin d'œil , Sieyès qui, avant sa corruption, méritait d'être proclamé l'un des hommes les plus éclairés, les plus hardis et les plus sainement métaphysiques de l'époque, Sieyès qui du moins, devant la postérité, conservera l'honneur d'avoir le premier répondu à la question : « Qu'est-ce que le tiers état^f » comme Mirabeau a répondu à M. de Brézé. Ailleurs c'est Buzot et Pétion qui sont peints l'un comme plus dévorant, l'autre comme plus brefd'es-
prit, qu*on ne les a jamais vus. Necker, ministre intègre, homme éclairé et bon dans sa roideur, de qui Mirabeau disait : n C'est une horloge qui retarde ; » Lavater, homme excellent , observateur ingénieux dans ses conjectures, sont entassés sur la charrette des charlatans côte à côte avec Galonné et Gagliostro. Le poète, sans songer à mal , insulte au hasard , en passant, du haut de son char de feu. Je suis fort heureux pour mon pauvre et spirituel Dumont (de Genève) que le poète ne Tait pas pris à partie ; il Taurait, je le crains, assez pulvérisé. Tout cela tient uniquement à une manière qu'on a trop aujourd'hui, historiens et poètes, d'envisager et de construire les grands hommes. Je me suis permis déjà ailleurs de critiquer, dans le Tableau du xvin^ siècle par M. Lerminier, quelques conséquences de ce procédé et la décapitation impitoyable de Roland, d'Holbach et autres, au profit des plus grands. Tout le génie d'écrivain , tout l'éclat des couleurs, ne sauraient me décider à en passer par là : arcs de triomphe pour quelques-uns, et pans de murailles abattus; puis, au-dessous d'une certaine taille, fourches caudines pour le grand nombre, pour tout ce qui n'est pas la foule du cortège (1) !
(i) On retrouvera dans le passage suivant, sous une forme un peu plus voilée, quelques-unes des mêmes pensées qui nous sont très-familières : « La première partie, disions-nous, de Touvrage de M. Lerminier sur le xviii» siècle contient quatre portraits, ou plutôt quatre statues, Montesquieu, Voltaire, Diderot, Rousseau, qui n*ont jamais apparu avec plus de jeunesse radieuse et de dégagement. M. Lerminier, après avoir dû au préalable méditer ses sujets en philosophe et en penseur, s'en est emparé tout d'un coup
SQ6 poaTiaAiflrs gmitemporaiss.
Et le gmod boDime 4i&e loiscoftça (kos^oetoesparit» vayez queUe -est la «éoessilé à isod égflord; (On^reat le
en artiste; renthoosiasme de JHderotiODble^ivoir pisfé dans celoi qui le célèbre et qui célèbre les trois autres; ces quatre chapitres sont comme un poème, en quatre hymnes, qui ^Tadressent tour à tour à cfaaoun des ^niufcwa4ie «e «tMrtimatM «aoré de la philosophie. A Montesquieu, d'histoire ienou?elé&{ it VoUaise, la propagation du déisme, du bon sens et de la tolérance; à Diderot, le vfoumé encyclopédique des connaissances liumaines; à Jean- JiBcqmaa, H nslauratiOB en M&ttntnt nliglecB^ ûm 4êoïèb Jie iUiomme, tant indûnduei que aooial, et Je gsand jkmnalpB de la souveraineté démocratique : tels sont les titres généraux que leur tecmmatt W. Lerminier dans ce glorieux intesitalre. 3fâis letnr ffètOM&t balntuel idéaMié, les tnita rassaulAés de «eur f hysi*nomie« leur posa» leur alluiei ae Joignent étroitement ii l'idée et font revivre, en le rehaussant, le personnage. M. Lerminier a l'art ^exceller en ces sortes de statues qu^ dresse; i'orateur, un le «ont par lui, eMvesie^oleiitierafiuxiBNnMes oamme le atatnnise; la«elennité, l'amplAur, l6Baccifi0edes4étail6,rexagôi«iion poussée au colossal, leur vont à tous deux et sont conformes à leurs fins. t)ans cette grande Toute 'humaine otl il marche, dans cette yoie «aorée quHl lâfeete, ifotateur, 4;om»e un béimut â^amat, «ah» il droite et à gauche laaigMupea de marbre «ur ieur piédestal, il a besoin d'apostropher des statues de demi-dieux; il fait faire j^lace à l'entour; il crie au large aux hommes m^c^tocre^ qui empdehent ûq musêm les gvands; il écrase >na peu les nna; pour iea autres est l'iH^eitliéoae ! IL Lermkubsr n'a ipu a^en^ôeher de faire ainsi, et nous neiui en voulons pas; cette perspective, seloa laquelle il dispose et H étage ses hommes, perspective qui n^est pas tout à fait la nôtre, est peut-être celle du lointain et de l'avenir, ^fiésanger, «le poMe, 4Be diiait «n ^r quHme Imb q«e tes hommes^ ies gMBds iwBRMB ivifwits, étaient ftdto ^ea flt itlatnes (et il nian dtaH qoelqnaa-otiif ) , il fidlatt bien «se minier •da les Inrisec» •de les Tabaisser iwur le plaitir de les irtuver plus TMaemblanta 4an5 le4étiûl; e«r, méaie en ne resaemblaBt yas -eMOtiiMont à la 'personape réelle, ces «tatues «msacrées et meilleures 'deirieeneat vÊke n^le image-de plus cfferte à l'admiration des* hommes. A part Vénelen, qu'il s'est trop complu (je ne aaisi^oupqvei) à oakirau
HÊHOmeS BE MIHABEâU. t»
maintenir en lotit point à celle hauteur forcée, et« comme dans les panégyiiqttes d'Empereurs romains, il
point 4e irie t)iogra{»hiq«B et caustique de SaiDt*Simon« M. Lermini&r pfocède dani ce large sens envers les figures qu'il rencontre. Aussi nous ne lui en ferons pas un sujet de reproche, tant qu*il se contente (fangmenter et de rajeunir les immorudités révérées; BtfiB Ivd pusemns wftaM ^ehpîes împétneaK éloges fui veulent tcop prouver «ur le côté faible des modèles, comme lorsqu'il dit de Voltaire : « Voltaire pouvait parler de Dieu, car il Vaimait ar-- « demment, » Nous lui concéderons son éloquent enthousiasme pour Frédéric, bien que nous doutions un peu qu'à la fin des &get ce nom doive se trouver dans te plus pur froment des mérites es Vhwmaniti, Nous ne prendrons pas partie pour les anecdotes d« ce pauvre Etienne Bumont, qui, avec tant de circonspection et dlionnèteté, a essayé malencontreusement deTemettre à leur place quelques simples grains sur le visage presque auguste de Mirabeau. Comme, après un certain laps de temps, la vérité niinntieine et toute réelle est introuvable, comme die fest même souvent déjà entre contemporains, n faut on se condanmer -à tin scepticisme absolu et fatal, on se résigner à cette grande manière qui nous reproduit bien moins Iln^vidu en lui-même que les idées auxqiôenes il a contribué et qu'on personnifie sovs son nem. Mais, rî nous admirons en M. Lermiinier ce talent de persosnlAcalSoQ enflammée et d'apothéose, il nous a semblé dur, sans assez de proportion, contre certaines renommées secondidres qoi gtaaieot le piédestal des hautes statues. Mabljra été immolé sans pitié s/kl pieds 'de Bousseau ; rauteor 1^ chargé, comme un boue éraissairef de tout ce qu'il 7 avait eu tte mauvaises idées «partiates «t Cretoises il la Convention, en réservant à Jean-Jaoques toute "t^i- Ihience sadutaSre et rien 'que la aalutalre •: « MaMy a été (Aus « qu^nutile; n a été dangeseai. » WBLMmik «urtewt se trouva outrageuseneiit anéanti, ywj "quo DidONa apparaîsse plus par, plw serein et plus domfâaat. Je sais qoe c'est -une défense peu avantageuse à prendre qttOHjelle'âa Système àe la Nature et de cette faction holbachienne? mais }e ne veux «oatenir d'Holbach id -qoe -comme un homme it^rft, édaîré quoique amateur, sadwnt bemic<rap de laits de lasdeace pfa^iNqm dïalors, n^ant pat si mal lu Hobbes et Spiaosa, BMdtndté de Vo*tai» qni le trouvait
n'y a plus rien de lui qui ne devienne surnaturel, étrange. QiLelquefois il riaU. Quelqxiefois il souriait. S'il a rappelé une fois dans une parenthèse que l'amiral Coligny était son coiLsin, cela se change en sublime, au lieu de paraître un simple trait de vanité. En un endroit, le poète ne peut s'empêcher d'admirer que Mirabeau ait été populaire sans être plébéien : « Chose rare, s'écrie-t-il, en des temps pareils I » Chose bien com-
on fort lourd écrivain et un fort* ennuyeux métaphysicien, mais estimé de d'Alembert, de Diderot, et dont l'influence fut grande sur Condorcet et M. de Tracy. Les extravagances de d'Holbach se rapprochent beaucoup des extravagances qui fourmiUent dans la tête et les écrits de ces autres philosophes si indulgemment acceptés. VEocamen critique des Apologistes du Christianisme, la Lettre de ThrasybulSj ces Uvres clandestins <tue M. Lerminier ne Juge pas indignes de Fréret, appartiennent plus probablement à la fabrique de d'Holbach. Condillac, qui n'eut guère qu'une réputation posthume et que M. Lerminier, par des motifs, généreux sans doute, de réparation, surfait un peu selon nous, a été souvent invoqué par des métaphysiciens plus forts que lui et qui se disaient en toute occasion ses disciples, tandis qu'ils l'étaient peut-être plus réellement de d'Holbach. C'est que d'Holbach avait une exécrable réputation d'athéisme, tandis que Condillac, abbé, n'ayant jamais écrit contre l'àme ni contre Dieu, était un maître ostensible plus avouable, en même temps que doué de mérites sufifisants. D'après ce procédé trop absolu qu'il suit de sacrifier le moyen au grand, M. Lerminier a dit en parlant de M"« Roland : « Cette femme de génie assujettie n àun homme médiocre. » Or, M. Roland, sans être un homme de génie, était un esprit rare et un plus rare caractère. Ses écrits nombreux sur les matières économiques, son Voyage en Italie, attestent beaucoup de Justesse, de finesse et de connaissances; ses descriptions de machines dans l'Encyclopédie méthodique surpassent, assure-t-on, en précision élégante celles de Diderot. Enfin, l'on sait par quel héroïque suicide M. Roland a fini, comme Valazé, comme Condorcet : est-ce donc de ce seul mot ranetissant qu'il convenait de payer sa digne mémoire? »
mune au contraire! on trouve de tout temps en tête des partis populaires un patricien dissolu et brillant, qui renie sa caste et gagne la faveur de la foule : à Rome Gatilina, César; des exemples sans nombre dans les républiques italiennes; les Guises en France, Retz et Beaufort, D'Orléans, Mirabeau.
Le côté esthétique et poétique de Mirabeau orateur a été surabondamment exprimé par M. Victor Hugo ; jamais notre langue n'avait rendu tant de chocs et d'éclairs; jamais le despotisme du génie tribunitien n'avait été inauguré dans une telle pompe ; jamais cette sorte de béte faum, comme l'écrivain l'appelle, ne s'était montrée si puissamment déchaînée : nous regrettons un certain souffle moral que nous n'avons nulle part senti circuler. Quant à l'appréciation politique et à ce qui constitue Mirabeau homme d'état, le poëte s'en est naturellement moins occupé. 11 a surtout vu dans Mirabeau le destructeur de l'ancien édifice, le Samson écheveléy et comme il l'a dit, la massue. Mirabeau était autre chose encore. Sans doute il ne suivit aucun plan général dans ses attaques, et ne les gouverna souvent qu'au gré de ses passions ou même de ses besoins ; et c'est en ce sens surtout qu'il est vrai de dire que sa mémoire publique, sa mémoire de grand citoyen a reçu d'irréparables atteintes; mais il eut de rares et lumineuses inspirations sur l'état social profond et l'avenir où Ton se précipitait. Il eut sa période d'arrêt et de retour après sa période d'invasion ; il ne crut pas en politique à l'efficacité absolue de la logique, de la théorie, ni des constitutions faites de toutes pièces; il
Ht POMJUIITS COlfTeMFOJLAUrS.
cimçnt, fiûB qn'jMKmne 46le à oette ^poqvej MâBfiot bislcnique ei éditai dfis sedétéa. L*fizeinpte de TAogi^ leire lui fiiisait eûÊeadm kqaei pcdotûBt âte owaplttie iqu'on sf^^eUe Aaliott ^md râm, «e ttaialopôr et jpro- $pérer« au ailieu «te aiille iix^g^arîtés peu géoi»éUiques, et selon une bameaie plue occulte et teeu wfériavffe. U fisaagra à diverses Kfom^ mm sans suite et sans poaaibilftté» 4b fiuKe vei^ecteà te vieux cbô&e cfoulaut» où Tua des pnenians jl avait mis la tecbeu Sous «et asiped, aa prévojoauce et» coograe Ta dit tièSiesacteiBe&t JJumoDt, sou ^ndue A'hmzon fditique, u*mA jasaais ^ si évident^g qu'aujourd'JKÙ, ^, Apnte tant é'eBatiB «td'^uiseaieBts;, ou s^perçoit ^'iQO M'a fffesfue fait que iouruar dans un cercle don» lauflsfix. feuf ioul résiuser de ropiaion aclHfiUe sur limaheau, «-^oMEKoe Innaïune piivé« il est jugé ftos in- 4i^;eMHnent, plus affectueuseiaetttinâmeà ixwma ses désMvârefl; -^ comme renommée de grand citoj^n, il a tdécbtt, on ptatôt il a^té d^adé : --^ooinme tôte piriî- Aique, il a,grandL
Comme éemmi, M. ib^o a eéwèrement <e^ pittoreS'» ffuement caractédsé iMkabeaiL En jdous monti:aot «ce Devcffs de stylie fâêêuti, mal lié, mim ma: €^t/i4mUés des phrmes, amc éùs mosaigms bizarres 4e méiaphofes pe%ê^ mMreKLtes, tea nous offrant en jegard le cachet 4u f^nd prosateur at ia ^substance particulièce dont est fait le grand stjle» souple et molle d'abord, et puis figée, lave d'abord« tC^ {hûb granit, il a peint lui-même aa manière, il a donné Teo^reinte et le moule de son proeédé. Ne IVtril pas pourtant trqp g^éralisé ? tous
les 8t^ des ^onds tprosfotewrs mèê, oa plutôt de cem qm ideviennent grasids *pi!08Bteiirs, sont-rite 6t doiventite«toe une lâvendUncie en graoit? Cette substafioe «Mime dont se compcœ l'espresoioA de la yens^ et des sentiments ne varifr4^11e p» «oomne les tBaR^aan satwns ellesHnômes? id, chair pal{Htaiile et fiolide« mifôcnleuse at oolorâB sans teoccès:; là, >i0Ht n£a£, là, toute flamme; pai^oès semUable à uiie>eaai «riveetiittpide 4iui couiït, ijarfoK à une arofae de femme qui 4e déploie; )tDar à «tourraeyon de Imie ou amhraitie ! humilier fioQSsean, Pascal, Voltaire, Bemarafin de JSaint- Kenre ou Fâiebm, c'est assez jnaïqpeier .oes analogieB déOcalBS à qui ddt i^ sentir mieiix que nous.
dSi inférieur et inégal que semble le style de Minh beau, le moroeau Je plus curieiK A^ éaax, premiees 9iB4nmes /publiés par M. Laoœs-Montîgay est peut-âti» ffticoie .^me notice dtart iiéfcsiUi&,éante par Mirabeau iui^imôme sur :ses aneâtces et >ea parlkuUer sur ison gnaad-p&re, Jean^tAntoine, ^ipii serait limg^mps en ^alité de eelonel dsns >lQB'gu£rDes de Lomi XIV. On isd jcaurak, avant (d'anroiriu cette notice, se £aire une idée d'une raœ telle Btji bien eonservéeque la posté- 9itàée eesprosorits de Flasenoe, devenus Proveaçaux ^ Français. -Le^aBd FlaresËtin iFarinata dâgli tiherli, ce tfpe du magnanime orgwiUeux, que Dante a placé émsgm Enfer, n'a arien qui suifmsse en idéal de ^^aa- 'deRnr les dœcendants et chefs ^uceeas^ démette ligaée des Âri^beiitî^u'il put bien ayoken son temifiB comme shrale dans des iac^ns civiUes ide ^à)Fen6e. Le .marquis iaannÀntoine en lut -chez uous le Bayard et le Dugues-
clin. Pour les détails de sa vie et de ses aventures guerrières, il fallut à son ûls beaucoup de soin et d'attention à se les procurer : car ce n'était pas un homme qu'on questionnât, fier, imposant à tous, de près de six pieds, la tête haute et soutenue par un col d'argent qui remplaçait des muscles hachés, « un de ces hommes qui ont le ressort et, pour ainsi dire, l'appétit de l'impossible, et à qui la nature a déféré le commandement. » Dans sa vieillesse, même quand il racontait ses guerres, il ne parlait jamais de lui que pour désigner à l'occasion le jour et le combat où, disait-il, U avait été tué. Au combat de Cassano, en effet, sous M. de Vendôme, il avait été blessé à la défense d'un pont; et Tarmée ennemie lui avait passé sur le corps; sa tête n'échappa que grâce à une marmite de fer que son vieux sergent Laprairie, en fuyant, lui avait jetée à tout hasard pour le protéger. Depuis lors il quitta le service et resta privé de l'usage de son bras droit, la tête soutenue d'un collier d'argent. Il ne se maria qu'après cet accident, à quarante ans passés, et c'est d'un homme si mutilé que sortit encore cette génération de fer, le marquis et le bailli. Tant qu'il resta au service, il était de ceux dont on pouvait dire comme de Boufflers : « Les neiges et les glaces étaient les tapis favoris de cet homme indomptable. » Après sa retraite, et à demi ruiné de fortune, il se cantonna dans un lieu très-âpre, sur un roc escarpé qui barre une double gorge sans cesse battue des vents du nord; il y vécut dans les travaux de défrichement, changeant le roc en verger d'oliviers, adoré mais craint de ses
vassaux, et la terreur des traitants et commis à la ronde. Ceux-ci n'osaient venir toucher leurs redevances, et ils attendirent qu'il fût mort pour réclamer de sa veuve les arrérages qui montèrent à 50,000 francs à la fois. Ses fils le voyaient h peine et ne l'interrogeaient pas ; ils n'auraient pas même osé lui adresser un culte direct : « Je n'ai jamais eu l'honneur, dit le marquis, père de Mirabeau, de toucher la chair de cet homme respectable. » Sa femme, par nature ou par obéissance, avait contracté les mômes mœurs. Ayant perdu par accident un fils aîné, déjà ofiQcier, ils continrent toute marque d'aJBfliction. En ces conjonctures, les graves époux s'enfermaient dans leur oratoire, et ils reparaissaient ensuite avec une pleine et entière sérénité. Ajoutez à ces traits une tournure d'humeur et de gaieté française, des saillies et des brusqueries plaisantes, non pas à la façon de Roquelaure ou de Rabelais, mais d'une haute dignité et grandeur comique, ainsi qu'il convenait à un Alceste demeuré féodal et antique baron. On conçoit qu'au fils d'un tel père Mirabeau captif ait écrit, et fait écrire, et entassé les suppliques en vain, sans rien arracher que des mots de cette sorte: (( Cuirassé de cicatrices comme je le suis, disait le marquis inexorable, et ne m'effrayant pas de si peu, je considère de telles admonestations à un homme de poids et d'âge, comme des leçons de serinette à un éléphant. » Qu'y faire et que lui dire? cet homme-là n'avait jamais touché la chair de son père.
Et cet homme avait mille qualités sensibles, profondes, compatissantes, et par moments l'éloquence
«5 PORTRAITS CMITEMPORAiNS.
sublime da eoMr, araime le prouvât ses letu^s adressées an conseil des prad'homBes qa'M m^ak iait élire à ses vassaux; il avait des accents de fnorale riame; 3 appehdt La Fontaine son vrai pèi<e de l'Église; il dmaît les ohumps, la vie ap-este et sknple, lesconpsdedispem deslennios, lajgaieté dîlige&te des faneuses, on la mélancoUe des automnes prolongés ; et dnqae soir, en mettant la main au premier bouton de son Inbît pour se désbiMIter, il se disiâ;: t( Voilà la âémisskin dHni des jours qui te fa«Qt don- «lés : iqu*en as4n fakf » Cest là l'homme comptexe, on i)onhmmne on rigide jnsqm'à la cruauté, et toujours «fé&én^la, dont M. Laoas-MoDt^y ams doiti'^entîère coirrapondanoe.
La notice de Hirabeui bwc son aieul est d'on style (qui dàMèPB de (cetnide ses antres oufW'ages, 4'nn ^le plus ancien, plus pareil à cetad de son père, plms grand^iffnmr, comme dimtt M. Victor Uugpo, phis jd^ondant €t d'une |flu8 didie 'étoffe iqae dans la suite; iB l'a écrte en effila viiq^-quBltre ans, imbu des notes ^ de i^espriit du ttarqnis, par ^es ordres, pour luî leonoiplaÉiie, eA tont vepn «acore 4d cette iitancbe aoiir* ritore tdomeràqne.
Février 1834.
M- fiD€AR ÔUfNET
— Napoléon, poëme. —
.D^uls iàL ans e&vkon, il s'«st &k «nn assez boa isoBibre de tCfBtafftves poéÉîtpies pour sortir da genre qu'ion pourrait appeler élg^ague, lyrique, individuel,
(1) <3e n'éteit .pM la piuailèfe #9i6 que je parUâs ^ M. Quivet t «■nonçant, 4aM !« CN0&9 âa 12 oeloi»re i€3i9, imb livre 9e ia f6fêC9 moderne iiidemswppêifU awc PéinHipÊité,^e^^màsz^Xjet onmge, qui doit étoKôeuaàn nito ea ivwiie, ^est âû au jeune et «luaniinble éorivaiu qui noasm doBBé dé)à,4i y m 'écnx an, la ^tadactton des liôBs de ileidev, «t ofiii t^alt coridiie dhine inliedaction ai rpiatee «t, pour tamai ^d^, ai groaie de ]^iloBO{^e et de poésie. Meaoiiie de la osannisBion ^moy6à>pticle gouyemejBBDtan Marée, âl [publie iaajoard^bui le résultat de «on broyage, et, ^ipsèa tout se qui « élé dit «t^meonté de la t%rèce,ii0tt8 pouwnê dire que fle ftivore de M. ^Qaiuet ti*en aura pas mdnB oiâginaiité ot 4Mo?eaulé. tàntiquaire ipar «m érudition aHemande, poète et I^^lasopke par tes ^vaes |>M#Mides eA intiaMs sar l'histoire de rhaaumilé, fami^r «vac les idées 4ea r^^bUkbr et des ^Gosrres, épria de rimagiaatiioB ^ûttoreique de i^nteur de itinéraire, il aborde la ^eèoe et rânteerege ipar tous les ^points, irar son anti* quité, sur ses raees, isur la nature de ses ruines, sur les vicissitudes de ses États, sur ses formes de yégétalioaétarnelle; il«aisit.
du genre de l'art pour l'art, de ces deux cercles voisins l'un de l'autre et où se dessinent hautement Gœthe et Byron. Il y a eu nombre de tentatives épiques, napoléoniennes, sociales, saint-simoniennes, palingénésiques, humanitaires (tous ces mots ont été employés). Le public, qui ne lit pas ces ébauches plus ou moins téméraires et malheureuses, ne sait pas ce qu'il en coûte pour arriver jusqu'à lui, et dans ces marches forcées de l'intelligence, pour un qui atteint
il entend, il compose tous ces objets épars; il les enchaîne et les anime dans un récit vivant, fidèle, expressif, philosophique ou lyrique par moments, selon qu'il s'élève aux plus hautes considérations de l'histoire des peuples, ou selon qu'il retombe sur luimême et sur ses propres émotions; c'est une œuvre d'art que ce récit de voyage : le sens historique et le sens des lieux y respirent et s'y aident Pvm l'autre; l'harmonie y règne; le souffle du dieu Pan y domine; l'interprétation du passé, depuis les époques cyclopéennes et homériques jusqu'à la féodalité latine, y est d'un merveilleux sentiment, et elle pénètre de toutes parts dans l'àme du lecteur, sinon toujours par voie claire et directe, du moins à la longue par miUe sensations réelles et continues, comme il arriverait à la vue des ruines mêmes et sous l'influence du génie des lieux. M. Quinet dit quelque part dans son livre : « La nature « d'elle-même vous renvoie toi^ours à l'impression des âges les a plus lointains de l'histoire. En vain, des races se sont mêlées ou « renouvelées; sitôt qu'elle retombe dans la solitude, eUe reprend, « comme si rien ne s'était passé, le début de son ancien poème, et « recompose incessamment le premier tableau de l'épopée. » Or c'est précisément ce début de l'ancien poème pélasgique, ce tableau si obscurci de l'épopée primitive dont on retrouve à tout moment les vestiges confus, mais certains, et les débris parlants, si l'on suit le voyageur au mont Ithôme, au mont Lycée, à Tyrinthe. Aujourd'hui nous ne voulons que citer, extraire, pour donner une idée du livre, et certes les pages à choisir ne nous manqueront pas... » (Smvaient les citaUons.)
au but ou qui obtient du moins d'être nommé et discuté, combien d'autres tombent obscurément le long du chemin, sans une mention, sans un regard. Les critiques, à qui toutes ces productions hasardées arrivent régulièrement, se taisent le plus souvent, par embarras, par prudence, par certitude de mécontenter tout le monde, s'ils parlent, et de paraître à la fois trop indulgents aux yeux des indifférents, trop sévères au gré des nobles et orgueilleux blessés. J'ai eu entre les mains, sous le titre de Première Babylone, un poëme tout à fait bizarre, par un homme de cœur, M. Desjardins. Plus récemment, j'ai hésité à parler de la Cité des Hommes,' ipoeme incomplet, par un homme de talent, M. Adolphe Dumas. Ce dernier poème, qui est précédé d'une préface philosophique très-remarquable» dans laquelle l'auteur se porte comme le disciple libre et le continuateur à sa manière des Vico, Condorcet, Bonnet, Fabre d'Olivet, Ballanche, Saint-Simon, etc., ce poëme auquel on ne peut refuser élévation et imagination, réunit en lui toutes les difficultés conjurées de l'idée, de la langue et du rhythme, tous les mélanges de l'individuel et du social, du réel, du mythique et du prophétique; c'est comme une cuve ardente où bouillonnent, coupés par morceaux, tous les membres d'Éson. L'auteur, qui a plus d'un rapport de ressemblance avec M. Quinet dont nous parlerons tout à l'heure, appartient comme lui à cette génération infatigable et généreuse, pure, avide d'espérance, insatiable de beaux désirs, de laquelle lui-même il a dit en un endroit :
3M PORTRAITS COïlTBMt GRAINS.
Toute mie natkm puissante qui ^êpreed Pour le Mea, peur le boo^ pour le bean, p«itr te* grané; Et toute une jeunesse ardents et sérieuse^ Qui pâlit de travail, et, les larmes aux y^^^* Cherchant son avenir, au plus profond des deux Suit Pétoile mystérieuse.
On hésite h faire Fdumône d'une louange irestmfatSi. mais sentie, et d'im regret ccoi^atisBaiiii (lorsqu'ettes échouent), à ces vastes ambitions peéiiipies qui dcK mandent du premier coup un monde tout entisr no»* WMi, ^l voudraient doter de< teur poésie, coamm é^une re{^n, Tunifers, et à qut> hr pamenr de ^«dm ffimbleraii parftM trop léger. Qu^offrâ^ en^ Fetoor èii Imrs labeurs et deleuis vœu9i;.à C8i»qiuè vous^ diaeHl^ coranoe U. Adelphe Dama» t
Quand on s'est mis en tâte une idée éternelle. Qu'on y tient, à son flanc, comme on. tient à son aile» Gela n^est plus possible I — Un moi mystérieux Nous pousse; atbrs on premf la vie au sérieux : Plus d^ jeus dans les pris, phH;da filais sens: la saule. Le soir ^is^da moments* peDdusiondeux propce; Il faut douze combats, et {^uis,. pour le re[^os, La peau de lion sur l'épaule I
Le mené» na^ sait pas les sabilaw evmits Des rêves évailléa qn!oB fait toute» les nnits;. ]
Il ne sait pas, tandis qa'il voue une génisse», \
Ce qu'un vers sibyllin coûte à la pythonisse; Tandis que le tribun parle et qu*^on bat des mains Au forum, et qu'on lève et le poing et Ik chaîne, EUehéorlt dt» soft saag^ sur ses: feuitte» de^ ohène. Vos grandes annales, Romains!