‹ Portraits contemporainsChapitre 19 sur 28 · M. EDGAR QUI^RIC. 3H · texte numérisé non relu

M. EDGAR QUI^RIC. 3H

Si M. Adolphe Dumas avait écrit toujours ainsi, son poênift setaii dasaé auttewent ^ii Fest leuae au veste, et non décourage qu'il se venge par de notitveaia et omlleurs efforts!' €e qui fail, selon moi, la dil^ârence entre l^raoellent artiste ee Tartiste qui m»qiie sor cetq>, est souweot peu de chose aa fond, quoique ce soit eapitat* potir le résultat et pour l'effet. i>aos; tes deui V2»es, le liquide semble le môme ; c'est fnresque le même poids, la môme quantité et la même Batore de sels; à quoi tiem-^it qu'ici le cristal devienne parfait et d)d diamaart, que^ là au eentraire la cristalli* satioQi soit eonfuee? Cette eompafaisen doit donner de la modestie aus poètes qm réussissent, à Kégard de leurs sén^eux frères qoi édioueat; mais elle dok donner ausM^ à penser k ces demters : dans tes arts, clans la poésie, rien ne dure, rien n'est véritablement beau, sans la qualité de fmesse.

Ahasvérus, que M. Magnin a si bien analysé autrefois dans la Revue des Deux Mimâes, et que dentièrement M. Enfôntâ», dans sa lettm à M. Heine, n'a pas mal' caractérisé cPun mot en disant que ce n'était e[if ten gfwitd: espo^, Ahasvérus me semble appartenir à l^sspàee de ces poèmes confus ioiït je parle; il les fésum» suffisamment, il en dispense presque, il est le seul qtn ait réussi et qo& te puUfc cosiNÛsse. A l'aide de cette courante et fantiastiqtte fraditiiDD, M. Quinet qui, jusque-là, voyageur pajrthéiste et rêVeur, s'était un peu abîmé en présence de la nature, transporta dans la vue des temps et de Tbistoire sa pensée amie des interprétations et des symboles. En abordait aur

jourd'hui Napoléon, c'est-à-dirç le plus grand des individus de ce temps-ci, il cherche, par une éclatante et courageuse épreuve, à confirmer et à continuer l'idée métaphysique qu'il a conçue du développement historique de rhumanité. Nous nous bornerons à examiner le Napoléon, comme poème, comme épopée littéraire. Napoléon est-il un personnage d'épopée? Première question importante, que l'auteur discute dans sa préface, et qu'on peut discuter avec lui, avant de voir comment il l'a résolue dans son poëme. Tous les grands conquérants, les illustres guerriers fondateurs d'empire, ont été dans tous les temps matière à épopée, c'est-à-dire à des récits plus ou moins merveilleux, lesquels, accueillis, grossis par la bouche des peuples, colportés par des chanteurs toujours écoutés :

Pugnas et exactes tyrannos Densum humeris bibit aure vulgus,

se sont quelquefois résumés et fixés en œuvre durable sous la main d'un poëte de génie. Achille, Alexandre, dans l'antiquité; dans le moyen âge Attila, Charlemagne, sont dans ce cas. César à Rome, Louis XIV chez nous (1), ont échappé à cette légende épique qui tend à se former, comme un nuage , autour du front des grands dominateurs ou conquérants, pour les hausser encore. La raison en est manifeste : ces grands individus, venus à des époques très-éclairées , se sont

(1) J'omets Henri IV, dont le renom populaire tenait surtout du jovial, du galant, et prêtait plus à la chanson ou à la comédie qu'à répopée.

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trouvés de toutes parts entourés et suivis de récits exacts, circonstanciés, de mémoires, de commentaires. Or, Napoléon, parmi nous, n'est-il pas précisément dans cette situation de Louis XIV et de Gésarî M. Quinet, il est vrai, dit à merveille dans sa préface : (( L'époque la plus riche assurément que Thistoire a romaine ait présentée à l'épopée est celle où le monde (( antique parvint à sa plus haute unité sous la puis- « sance du premier des Césars. Que l'on essaye de se (( figurer, dans la langue prophétique du vi« livre de a V Enéide, tous les intérêts du monde antique rassem- (( blés sur la limite de l'antiquité et des temps mo- (( dernes, tant de peuples encore primitifs se groupant, « avec leurs cultes et leur génie, autour de la louve c romaine, dans Tattente du christianisme ; les Gau- « lois, les Bretons, les Germains nouvellement décou- « verts; en Orient, les Parthes, les Numides, les vieux a et nouveaux empires; et au faite de tout cela,, « César, à l'œil de faucon, portant dans son génie rén fléchi tout le génie des temps modernes ; et que l'on tt dise si l'épopée ne s'est pas trouvée là. Lucain en eut «le pressentiment; par malheur, il fut embarrassé (( par la guerre civile. La ville lui cacha le monde, n Observons, en passant, qu'un autre inconvénient, tout opposé à celui où se heurta Lucain, serait que l'univers cachât trop l'individu. Quoi qu'il en soit, quand on ne veut pas faire une épopée historique et classique dans le genre de Lucain, mais une épopée qui ait en soi du sacré, du merveilleux et du populaire, essayons de voir quel parti on peut tirer de Napoléon, n. 18

314 PORTRAIxS^ CQNTfiMPQ'RAINS.

tt faut avMer d'ab^fd quf» l^ l0iir im irmewi)m$ «SI pi»» favorable ea ee qui eoneerm^î INaj^éoQ ^H m Ta jâdaais élé par rapp^ à César et à Louis X,IY. Le géme des Romains^ co^nsoie cel4Û des Fraziçais ^ 0^* el au xvu* siècle, avait on caractère positif qui se prèlaitt mmx h \st poëtique^ à l'histoiie, à la phjiiiosopbie, qu'à b poésie lyrique q4I é^qi»e^ Mais la France, depms les ébrai^m^ts de la MvohitiiDQ et de TEmpire^ a sevd>lé acqitéHF, du cMésdeVimag^ns^» «t du peanshant an ifi^^lewiu w^ faeuké aouv^ei^ Déjà,, en «9 qui tmcbe Naf^^éott,. Va<tawatim lertite -àm. géoératiûos sarvettai^»» $aq>a<»M^ tes boroes de. ce qa'oii aurait cru possible^ Ia i»e«^(eiUeii^ m f or6»& iiès^ vite et à vue d'œil, peur akisi àm. mt&m d^ cett» ^iat«e poséet d'bi^. La \^mi» d» loiAlfdft^ parts se«i)>te déjà coiiMweneer et pr^iiére. Les Arabes; du iémt% 1^ saluent sous le netot de Bonnaberdi» el^x foat, àk^n, une espèee d'apparition myi^MrieQse qui se déta(Qhe pour ^1^ dan^ Mk ^roiOide oi»bre de leur fn^ophète. Uq voyd^^r^ qiÈÛ esl ^é véceomesâ mx ooi^ns de la Itorw^ k pl«6 lectttée, rapporte qine^ pour ces bons p^sasts> Frame et SHofuMon «e fo94 q«'m ; ils de- Bd^atdesit à tout Frao(9^ quel q«e soil soft âge, s'il a wrvi souSi NafB^Moft ; «'il est vrai que lest Anglais F^nui lenu priaonmer dant des souiierffaiis et des cavernes asses paréileft àcQJtesi dont il esl questîaa dans VEdda : s'il est vrai este que tons ses lientenantaenssem rai^ dd roi. Voilà k^sggû^qm eottHiMiice^ En ftaace méa>e, {4us d*ttn vieux mMJtirim o« d'une vieille psQrsaone a ledesstts son récit que tes jeunes écoutent et caroient. Qa

cfte im matelot de Dinikerqne xpÂ, étMit scoti p(mr la pdche en }tiiUet 1836, et revenant «près quelques jours, s'écria 4 la première vue du pavHlon tricolcm qui avait reiq^acé ie blaac : « $)h! l»eR, Jean, je te « l'avais bien dit quHl n^éCait pas iBort. » 9 c'éta^ Napoléon, le Napoléon populaire, oeiui cteta grand'mère champenoise dotft il ^est parlé dans BâraAig^. On saisit très-bien, dansoes ftiks«4a'on pourrait aiséinent rendre jAus nombreux, éès àKiicatioG» «t «came des vestige de ce qm se serait Itatoé en d^autres temps, oà le Mô^ nitmr, les némoÈrefr, ItiiskHre, n'^wirty^M pas été là fo^ rogner tes «les chaque matin à la légende p(^laire. On voit i»r là coonneni tes pèlerhis du moyen âge ont cru et fait croire au l^yage^e Ghatlemagne à Jérusalem, oomm^t un chanoine espagnol a fabriqué narvenvent la ^^ironique dke «de Tuipin, et un moine du midi le livre appelé PhUomôla. Mais mon ob}ectieii est celleKÎ : pour Napoléon, de pi^reîls essais d'imaginatkm popalaipe ne doivent-Ss pas toujours rester à l^état d*teâicstions^ C(»nme de sinqpies vestiges d'une disposition roonaflMSÇue qui tend à se reproduite, mais qui n^aboutira ftesw II y a des (MPganes ddvelofqpés chez TeMant qui ne ^kisseot p8tA qu^sne trace légère, cu-^ rieuse à discemei^ mÉis stérile, dans rorgamisation de lliomme. doiorpMr îsur cette disposMcm, la croire féconde, s*y fonder po«r développer bàlivemfem là-dessus une épopée poputaii^ qui peut-^re (quoique fen demie fort) se composera lentement d'elle-même avec le temps, n'est-ce pas vouloir faire croître en deux ans^ toute une forêt de chênes? n'est-ce pas faire un pe&

comme le Saint-Simonisme qui voulut opérer en une ou deux années une transformation religieuse, laquelle, dans tous les cas, demanderait des demi-siècles?

Il y a, dans cette portion populaire et légendaire de la gloire de Napoléon, de quoi défrayer au plus quelques chansons merveilleuses, comme Ta fait Déranger dans ses Souvenirs du Peuple, comme il se dispose, dit-on, à le tenter encore dans un cadre habilement choisi. J'attends cette épopée en chansons, et je me fie, pour tempérer le conte et l'exagération populaire, à l'auteur du Roi âYvetot, à celui qui a vu le conquérant à son midi et qui ne s'est pas soucié de servir sa gloire désastreuse.

Pourtant je conçois une épopée sur Napoléon, du genre de celle que M. Quinet a si bien indiquée dans sa préface à propos de César. Napoléon aurait toujours ce désavantage, en comparaison de César, d'avoir violé, méconnu, brutalisé l'intelligence (1). Du reste, dans cette épopée, la partie d'imagination populaire serait remise à sa place ; elle pourrait se faire jour par endroits, ou circuler dans le tout avec art, mais sans masquer jamais les événements réels et les situations historiques. Il faudrait, en un mot, que le Napoléon de M. de Talleyrand y trouvât son compte aussi bien que le Napoléon de la chaumière champenoise. Ce mélange d'imagination et d'histoire, d'enthousiasme et de sévérité, de récit idéal et de prophétie sensée, de personnification symbolique en Napoléon et de réalité vivante, de

(i) Ce qui faisait dire à M. Royer-GoUard de ce même César par opposition à Napoléon : « César était un homme comfM il faïa. »

carnage des camps, de ruse dans les conseils et d*équité démocratique, demanderait, pour être réduit en œuvre et conduit â bien, la vie entière d'un Virgile, d'un Dante ou d'un Milton.

Une telle épopée, on le sent, aurait le caractère des épopées dans les sociétés et les littératures civilisées, c'est-à-dire qu'elle serait d'un homme et non de tous, qu'elle ne se prêterait pas à être remaniée, fondue dans quelque rédaction postérieure. « Pourquoi, » dit M. Quinet en sa préface, « ne reverrait-on pas autour de ce « grand objet de Tamour et de la haine de tous une « nouvelle lutte de rapsodes ou de trouvères? » Cette concurrence, qui fait peut-être le prix des thèmes et poésies populaires, est médiocrement favorable, nous le croyons, aux monuments des génies individuels, vastes et consommés; dans tous les cas, elle cesse du moment qu'un de ces génies a pris possession dç l'œuvre et l'a consacrée de son sceau. Mais le temps n'est pas venu évidemment pour qu'une œuvre définitive de ce genre ait pu surgir. La quantité de préludes que nous entendons, la riche matière poétique qu'on broie à l'envi sur ce sujet, au lieu de préparer l'œuvre finale, ne la rendent-ils pas plus difficile?

Placé entre l'épopée à la Lucain, qu'il ne voulait pas recommencer, et ces indications un peu confuses d'épopée chevaleresque, carlovingienne, vers laquelle, il penche par ses études et le tour de son talent, M. Quinet a donné carrière à ses sympathies de moyen âge, en les relevant et les rachetant par ses vues philosophiques sur l'avenir du monde, sur la guerre dont

S18 PORTRAttS ÛOÏïtIKKPOllÂiNS.

il voit «R ^p(M(m te deraiet grand .rcipréseRtant, €t SGr la démocratiedont il leconsidèpe Clément comme te héros : « La poéste, dit-fl, n*a pas iseôtettiem -pov» « but de représenter Napoléon lel qu'il s'est motitaté a aux conteinp(^fis. Autrement elte rentreo^it dans « rhistoire €% s-a^diqueraft'ene^^Eiiéme. Emre Napoléon « et nous Burgit un #ëmem'doi]lt il est itnpossfiyte de « ne t>^ tenir<3dlfiple. 6ek 6\émem;<?m, te temps gui « lK)iis sépare de M. Nepotédn dous apparaît nécea^ « safréineiit atijoiâd'hai dans Jtne tout antre perspec^ « tiive ^u'il Réapparaissait am (kmteniporains. Foirr « flous, qni ne f a'vons pais Vu, noifê ne pouvons pas n nous Yeplator an Hea iiréds de la génération qtA te ïious a devancés, sans "^è nous ïûettioBS l'archéo^ a hygiè à la ffla^ de 1^ pbês^. liés tdflrmes isous les^- « 'quelles le passé apparaâlt arix liommes de notre « temps, VOflà pour le pofte la Waîè réalité. » Il sem*- Mewiit, d'apirès ce passage, qae nous soyons autre chose qite les ttrès-^tfoehes contemporains de Napoléon. Quoi? il s^eSt écoulé depuis sa mort qudque chose comme une douzaine ou une quinzaine d'années 1 on a beau dire que ce^ atinëes sont des sièdes : rous tous» gens de tretfte ans, rous l'avons vu. Or, est-il possible,^ à une si coulrte distance, d'idéaliser déjà si absolumenl sa figure? est-il possible de dire (et ce n'eisft pas seulement ici à 19. Qnineif mais \ toute mie classe d'esîflits élevés qt!e jetR'adîTcss^, est-il donc permis de s'écrier: Il à Napoléon la dlmocrdPie; Napoléon, c'est le peuple ! » A-t-on droit de transfifgttrèr aitisi à bout portant les hommes historiques eu sytriboïeî Comme ces empe^

M. Eiy^AB QUINEt. 31»

reurs romains que la mort incoiotinefut 'Uàsfài diet»c, suffit-il à nos personnages 'Ms^fiqtfes de mwrir potnr dere faits totn SQSâitdt «^^f

Je discute atec M. <)uiiïet ^ucftyoes^littes des théories sur lesqucftles il is'^est fondé diflis ^ composition de son poème, svant d*€fn venir <aax lieamés rééHes^ d'un ordre supënetir qtie f auftd i îtfgnaler en phw d'un point de Texécution. Dans ses remarques ^r la versification et le Tïiythme, Taftrtetir explique comment il a cherché à approprier graduellement les vers de diverses sortes aux diverses parties dupoëme, mesurant la familiarité ou la^sotennité du chant à Celle du sujet. Ses réflexions sur cette matière technique, c?t qui lui était tout à fait étrangère avant Foufvrage actuel, sont pleines de finesse d; d*intention d^artiste. Je n'y contredirai qu'tm endroit : « L^armonie entrecoupée '<( qu'appellent d'èïles-mômes l'ode et Félégte ne fe- « raît, dit-il, qu*énerver le vers hércflfqne. le d&- « ordre des assonatnces dans l'ode de ltalhert)e con- (( vient au troulile réel de la poésie lyrique ; mais le « vers épique doit avoir ttne tout autre constitution; <( 11 doit pouvoir atteindre à tous les effets du dîôïy- « rambe sans se permefttre aucun trouble apparent; il « faut qu'il ressemble à ces héros qui ne portent }a- « mais sur leurs visages ta marque des combats înté- <( rieurs. » La distinction est bien ingénieusement exprimée ; mais il m^est impossible de voir dans Tode de Malherbe autre chose qu'un ordre majestueux et harmonieux, «m concours d'^rvance réglé cte justes consonnances. Quoi qu'il en soît, l'auteur dans ses

vers a très-vite trouvé son rhythme, son allure, et, en quelque sorte, le trot ou le galop qui conviennent à sa rapide pensée. Il y a des passages (toute la ballade de la Bohémienne) d'une mélodie simple , naïve, monotone, chantante; mais le plus souvent c'est une rapidité fougueuse, infatigable, effrénée, comme une course des chevaux de l'Ukraine. Le poète n'a pas inventé, comme on l'a dit, des rhythmes nouveaux ; il n'a imprimé à la versification française aucune modification technique, comme l'ont fait Ronsard, Malherbe, et de nos jours M. Hugo ; mais dans son poëme, au milieu de nombreux hasards et de quelque inexpérience, il a mainte fois monté avec bonheur le char ailé qui se formait de lui-même sous lui.

Des deux grands poètes qui ont jusqu'ici chanté Napoléon, à savoir Béranger et Victor Hugo, si M. Quinet n'a pas, à beaucoup près, atteint le premier dans le sentiment discret, et justement saisi, de la renomr mée populaire de son héros, il n'a pas non plus égalé le profil si net, si ferme, si vivement taillé en ivoire ou en airain, qu'en a souvent tracé le second. Il est vrai qu'il faut lui tenir compte, en le comparant avec l'un, du souffle et de l'ampleur continue qu'il déploie ; et en le comparant avec l'autre, de la pensée et de la moralité idéale, qui, bien que parfois nuageuse, tend toujours à racheter ces imperfections de forme. Le Napoléon de M. Quinet a plus d'un beau mouvement cornélien, comme quand il dit :

Deux mondes sont ici, qu'en tout je vois paraître; Ou Brutus, ou César, lequel vaut-il mieux être?

C*est ]à tout le débat. Bnitus, homme de bien; César, âme du inonde : il en est le lien. César n'a point d'égal ; Brutus n'a point de vices. Qu'en penses-tu, mon âme? Il faut que tu choisisses,

Brutus est la victime et meurt avec sa foi ; César est le tyran et fait vivre sa loi. Brutus est la vertu; César est la puissance. Mon âme, achève donc, et quitte la balance. Brutus est le mortel qui survit par hasard; César le dieu sur terre... Âht je serai César.

Mais, malgré ces simples et graves moments, le Napoléon de M. Quinet est un peu nuageux de profil ; il a quelque chose des héros d'Ossian, ou encore d'un héros de l'Orient nous arrivant par les Niebelungen (1). On ne sait pas bien physiquement où il se termine, où rhomme, l'individu existe véritablement, et à partir de quel endroit le tourbillon d'idées environnantes imite et continue l'image. Je sais qu'on peut dire la même chose de la Béatrix de Dante; on ne sait trop où la personne, l'amante bien*aimée finit en elle, et où la Théologie commence. Mais pourtant, avec quelle précision italienne, avec quelle netteté lumineuse elle est peinte ! Et aussi. Napoléon était plus positif que Béatrix; et tout en fondant savamment les vues accessoires et idéales avec la réalité, il aurait fallu que le principal du dessin portât sur celle-ci. Or, d'une part, ce Napoléon a beaucoup du héros féodal ; la multitude

(1) Non pas que le livre des Niebelungm ait rien de vague, pris en lui-même; mais le vague a lieu par rapport aux personnages historiques qui y figurent. A quel point, par exemple, Etzel est-il Attila, et Dietrich Théodoric?

m poRTivÀrt» ea*rt*i[i>o^AiNs,

d'images 4e tMvriode qui p^yrsènlefit Ih petntore, les termes de fauoûtenéfîe <jpA ^sc(ftî&ùt ^n aîgle impériale, nods figûfetft plutôt uïi baW)n, an conquérant du moyen âge. D*une part, il se dore à l'excès des lueurs fantastiques de VOrfent fet TSè bçoàe à Cet endroit d'arabesques sans nombre. Et puis, tout aussitôt, l'idée sociale, prophétique» l'apothéose future de la démocratie en sa f&esomu^ se ^met ^ percer et k «'étefldre. Entre ces Irote rafats Cdtftme «acre trois arcs^eo-cie^ radieux et pluvieux^ entre Gharlemagne ou Siegfrid, Bouûaberdi et le peuple fait homme, le Napoléon réel, vivant» qu'on a vu» qu'ont connu et admiré ceux de l'Institut d'Egypte» ceux du Conseil d'État et de l'Étatmajor, ce Napoléon-là disparaît trop. L'sçplication détaillée qu'on pourrait faire de ces critiques, en analysant le poëme^ se conçoit aisément sans que nous nous y livrions.

Ce qui constitue le mérite^ la vJe de ce poème» ce qui place M. Quinet tout d'abord au plus honorable rang pSHrmi les poètes en vers de nos jours, c'est, après la grandeur de l'entreprise et la longueur de la carrière dont il faut tenir compte» une poésie générale» mouvante» puissante» qui circule dans tout cela, comme l'air sur de vastes plateaux élevés» ou comme l'esprit sur les eaux; c'est de plus un certain nombre de mor^ ceaux très-beaux qui sen^blent lui assurer une manière. M. Quinet est de tous les hommes celui chez lequel le systèwie qoe «otis mmiÈ en partie critiqué nous apparaît le plus identifié avec la nature intime, avec la vie habituelle, avec le tour de la pensée et de l'imagif-

M^ IfiDGAR QUIN£?. 333

DatàoA. Uœ îadividuaUté qui se peint <ia«s ce poëc&e, çeut-êtFe à Tégal de celle de Napoléon, oe 3eraM-elle pas celle même du poêto : po$te géaéitms» iogénu, au troat éctaipé et noyé de nolsdœ tweuFft» à la poitrine palpitaBte, à rimagkmtîon in^iaiaUeS le rois en lui «m neveu errant et quelque pew 3a«?aee de. GomeiiUe <el de Sciûtkr, de ce dernier sutteut» m 41è^ lyrkii;^ de Gœrres, qui, pour nous Franiçai», a sa^ doute trop vécu sur le Rbin, sous ks balieoAs de HeideS)^, et qui n'a pas assez cuvé parmi noM» cette première ^riélé poétique, laquelle vaut mietun pourtant qu'ime «larifteatioo trq^ glacée. La coupe é» ma vicaire, k vin ée mon eombal, ces fàmeases Mmiges renennent sou- T^at dans ses ver» el aceusei^t préci^menl Texcès de chaleur de cette poésie géaéiettae, de celte rnme tt»ml^ «t brav^, dtt qu^kque part Andfé ebéaier. — Vers 1813, en Fmsse et bientôt pauMoute FAUemagae îa jeunesse leutOQH|iie confédârés eat se» poètes patriotes, ses Tyrtées. La pensée la phis fixe, la doulear <te M. Qufnel, c'est qu'en 181/» ^ en 181& èa France n'ait pas eu akisi sa tevée, sea aotdata^Mêtes. Il a rendu à merveille son patarntiqtte legrei dans le beau ebani d'invective a^elé Ai^ijlon. Uaeidéa doaainante ehez le poêle, et eeUe peut^^tre qui Finqpîm la mieux dans son pdtee, est donc te reasealmeiit de l'invasion, de la double plaie de 1^1^ el de 181&. 6a mal de faiblesse^ ^indifférence, parfois de lècbeéé> dans le caract^ politique, dont semble travaillé te pays; ce mal, dont 181& et: 181S ne forent qu'une dea cim>nslances lesplosagfÇFavaates, etdont les causes profondes

remontent à des crises bien antérieures, et jusqu'en 91, en 93, au 18 fructidor, au 18 brumaire, etc.; ce mal-là se concentre tout entier pour M. Quinet dans la double invasion du territoire; une telle violation lui paraît infamante, presque irréparable. Or, le poète guerrier que la France n'a pas eu alors, ce teutonique gaulois à opposer aux Ubland et aux Kœrner, c'est M. Quinet; il se révèle aujourd'hui, et Napoléon est son chant. Ses vers me semblent une levée en masse, indisciplinée, orageuse, ardente; même lorsqu'il triomphe, c'est par le nombre et l'impétuosité, par la bravoure du talent plutôt que par l'art, à la manière d'une invasion d'Arabes quand il est brillant, d'une invasion de Huns ou de Hulans quand il est sombre : ce ne sont pas des victoires romaines.

Trois morceaux me semblent, entre autres, trèsbeaux dans ce poème, où il serait aisé de relever un grand nombre de traits éclatants et de noter aussi des défauts de bien des sortes. La Bohémienne est une véritable ballade, comme nous en avons trèspeu en notre langue, comme il n'en faudrait pas faire beaucoup, mais franche, naturelle, fortement composée de dessin, et sachant être noble, touchante et grandiose, sur le ton de la complainte. Le second morceau, très-beau à mon sens, est le Te Deum des morts après Marengo, dans cet intervalle des deux siècles et après la signature de cette courte paix. Rien de mieux imaginé et de mieux senti qu'un tel chant pacifique, miséricordieux et pieux, dans la bouche des morts, tandis que les vivants ignorent ces

choses, ne croient à rien, et vont de nouveau s'entredéchirer :

« Seigneur, fais que ton nom jusqu'à nous retentisse! Sous les pas des chevaux que Therbe reverdisse 1

' Relève les épis foulés.

Donne, donne aux vivants ce que les morts possèdent ; De frères nouveau-nés qui Tun l'autre s'eotr^aident Remplis les états dépeuplés.

Fais désormais, grand Dieu, les nations jumelles. Que leur joug soit léger à leurs tètes rebelles,

Comme nos couronnes de fleurs 1 Et nous, dans notre nuit, grand Dieu, Dieu des armées. Nous bénirons ton sceau sur nos lèvres fermées,

Et ta blessure dans nos cœurs. »

Enfin, comme autre exemple heureux et large de la poésie de M. Quinet, j'indiquerai Ylncendie de Moscou. La peinture de cette barbarie demi-orientale, en proie aux flammes et aux hurlements, ces minarets croulants qui, la veille, sous leurs turbans de neige, rêvaient au Bosphore, la grande tour de Saint-Ivan qui, en brûlant et fondant, se tord comme une sorcière penchée sur la chaifdière immense, ce sont là de reconnaissables images, des marques solennelles qui sacrent au front le poëte.

Toutefois, Français de la tradition grecque et latine rajeunie, mais non brisée, ami surtout de la culture polie, studieuse, élaborée et perfectionnée, de la poésie des siècles d'Auguste, et, à leur défaut, des époques de Renaissance, le lendemain matin qui suit le jour de cette lecture, je reprends (tombant dans Texcès conu. * 19

1^ PORTRAITS CONTEHPORÂINS.

traire sans doute) une ode latine esi vers saphiques d» Gray à son ami West, une dissertation d'Andrieux sur quelques points de la diction de (Corneille, voire même les remarques grammaticales de d'Olivet sur Racine ; et aussi je me mets à goûter à loisir, et à retourner en tous sens, au plus pur rayon de Taurore^ le plus cristallin des fiOBûets de Pétrarque.

Février 1836.

— C'était la mode alors chez tous nos poètes de préconiser lepremier Empire et de faire Tapothéose de Napoléon ; Béranger^ Hago, M. Tfaiers à sa manière, n*y ont pas manqué. Dernièrement un spirituel éeriraln, M. Prerost-Paradol (dans le JoumaU des Débats du vendredi 4 déoendlire 1808) a «outemi la thèse que tout ce concert d*éloges, y compris le rappel des cendres de Sainte- Hélèoe, n'avait Mé pcwr rien ou presque rien dans le rév«il aapo» léonien du second Empire. U est permis de douter de cette assttv tion si absolue ; mais assurément elle peut s*appUquer au Napoléon de M. Quinet. Ce poème, malgré la bonne volonté de 2'auteur, fut à peu prèiy comme non avenu; il est innocent de tout œ qui», triomphé depuis et que Tauteur a été des premiers à réprouver et à maudire. C'est pourtant singulier et piquant que nous qui, en 1836, étions si peu chaud pour les souvenirs du premier Empire, nous ayons si franchement accepté le second, non point par enthou* siasme sans doute, mais par bon sens, et comme la solutioa pnK tique la meilleure aux difficultés où était alors engagée la France, et que nous nous trouvions aujourd'hui si à distance des poètes qui n'avaient cessé, durant toute leur jeunesse, de préconiser et de chanter, que dis-je? de hurler et de mugir sur tous les tons et à tue-tête la gloire de Napoléon. Ce qui peut diminuer peut-êtrerétonnement, du moins en ce qui nous concerne, c'est qu'à l'exemple de la grande majorité de la France nous n'avons si vivement épousé le second Empire que parce qu'il s'annonçait dès son déhoX comme devant différer notablement du premier.

(La Recherche de l'Absolu.)

Il est temps d'en venir, oans cette galerie qui sans cela resterait trop incomplète, au plus fécond, au pbis en vogue des romanciers contemporains, au romancier du moment par excellence, à celui qui réunit en si grand nombre les qualités ou les défauts de vitesse, d'abondance, d'intérêt, de hasard et de prestige, que ce titre de conteur et de romancier suppose. M. de Balzac n'est ainsi devenu célèbre que depuis quatre années. Son Dernier Chouan, en tô2d, l'avait fait remarquer pour la première fois, mais sans le tirer encore de la foule ; sa Physiologie du Mariage lui avait acquis la réputation d'un homme d'esprit, observateur sans scrupules, un peu graveleusement expert sur une matière plus scabreuse que celle dont avait traité Brillât- Savarin; mais c'est à partir de la Peau çle Chagrin seulement que M. de Balzac est entré à pleine verve

dans le public, et qu'il Ta, sinon conquis tout entier, du moins remué, sillonné en tout sens, étonné, émerveillé, choqué ou chatouillé en mille manières. Et il faut reconnaître que dans ce rapide succès, à part les coups de trompette du commencement aux environs de la mise en vente de la Peau de- Chagrin, la presse parisienne n'a été que médiocrement l'auxiliaire de M. de Balzac ; qu'il s'est bien créé seul sa vogue et sa faveur auprès de beaucoup, à force d'activité,* d'invention, et chaque nouvel ouvrage servant, pour ainsi dire, d'annonce et de renfort au précédent. M. de Balzac a surtout dès l'abord mis dans ses intérêts une moitié du public très-essentielle à gagner, et il se l'est rendue complice en flattant avec art des fibres secrètement connues. « La femme est à M. de Balzac, » a dit quelque part M. Janin ; u elle est à lui dans ses atours, dans (( son négligé, dans le plus menu de son intérieur; il « rhabille, la déshabille (1). w M. de Balzac, mettant en œuvre comme romancier et conteur la science de sa Physiologie du Mariage, s'est introduit auprès du sexe sur le pied d'un confident consolateur, d'un confesseur un peu médecin ; il sait beaucoup de choses des femmes, leurs secrets sensibles ou sensuels; il leur pose en ses récits des questions hardies, familières, équivalentes à des privautés. C'est comme un docteur encore jeune

(1) En partant de la même idée, on a dit encore : « Balzac en ses romans, c*est une marchande de modes, ou mieux c'est une marchande à la toilette, i» Et en effet que de belles étoffes chez luil mais elles ont été portées ; il y a des taches d*huile et de graiss* «masque toujours.

qui a une entrée dans la ruelle et dans Talcôve; il a pris le droit de parler à demi-mot des mystérieux détails privés qui charment confusément les plus pudiques (1). Il a heureusement rencontré, pour s'insinuer avec ses contes et ses romans auprès de la femme, le moment où Timagination de celle-ci était le plus éveillée, après l'émancipation de Juillet, par les peintures et les promesses saint-simoniennes. Il y a eu évidemment, sous le coup de Juillet 1830, quelque chose, en fait d'étiquette, qui s'est brisé et a disparu dans la condition de la femme. Rien n'a changé au fond sur ce point, mais l'attention y a été portée, et Ton a parlé plus crûment. Le Saint-Simonisme, M. de Balzac pour sa part, l'illustre écrivain qui s'intitule George Sand pour la sienne, ont été instruments et organes de ce changement survenu, non pas dans les mœurs, mais dans l'expression des mœurs. En province surtout où les existences de quelques femmes sont plus souffrantes, plus étouffées et étiolées que dans e monde parisien, où le désaccord au sein du mariage est plus comprimant et moins aisé à éluder, M. de Balzac a trouvé de vifs et tendres enthousiasmes ; le

(i) Cette pensée, pour devenir tout à fait Traie, ne doit pas craindre de s*énoncer avec plus d'énergie, et je risque ici la variante qu'un ami plus sévère que moi (j*ai toujours cet ami-là à mes côtés) me souffle à Toreille : « Balzac romancier est un médecin, quelque peu suborneur, de maladies cutanées ou sous-cutanées, de maladies lymphatiques secrètes, — quelque chose entre Alibert et Cullerier. — Il a des arts secrets, de certains tours de main, comme en a Taccoucheur, le magnétiseur. Bien des femmes, même honnêtes, y sont prises. On Peut traduit en jugement autrefois pour maléfice* »

33t PORTRAITS COKTBMPORAINS.

nombre y est grand des femmes de vixigt-huit à treoft»ciiiq ans, à qm il a dit teor secret, cpod font proféssâon d^mer Baixac, qui disserteoit de son génie et (Ressayent, phime en nurîn, à broder et k ywciet à leur tour îe thème ioëpuisable de ces chsffmantes nouvelles, te Femim de frmtê am, la Femme matbefmeuse, la femme aèand(mnie^ c'est ïà un pabik à toi, déHcieux pubKc malgré ses légefs ridicules, et que tout le monde lui envierait assurément. Grébillon fife en son temps ein aussi une lelle prise sur Fimaginaftion cte certaâitôs femmes, qu\ne jewne dame anglsâse, cKt-on, s'affofanÉ de lui après une lecture de je ne sais qEel roman, accourut tout exprès pour Tépowser. Faut-il qu*on poisse raconter de CrébiUon ûls la même flattei^te aventure qu^on raconte, bien que par erreisr, du plus chaste et du plus divin de nos poStes (I) î Quant à M. de Balzac, ii lui arriv^^R immanquablement qcfêlque boiatbeur parei), si les femmes qu'il émeut n'étaient mariées d^ , matbeareines et désabusées dans le marîage. Une des raisons qui expliquent encore la vogue rapide de M. de Balzac par toute ta France

(1) Lamartine. — Le dramaturge Mercier, qui, pour Texubéiramotv les inégalités et les liasards de talent (Mon qu*srec mtAas de ftaesae), B*est p9» sans mpfiort a?ec M. de Bidsac, eut ea a«i temps ma» Ysgoe preaquia semblable» Aptes ki prenûèter^réseiita^oB du Bisêtrteur, il reçvl da sn^ôiques de toates ks beUes 4a«es sensibles de Paris, qmi védamaieat la grâce de rintâ*»8afl^ flMdbeumMix : « !*«• aws bie» ftriié, répQadMt>-a d»son ton d*oracle. Je suis et Je serai iBÉexyile; il fant q?Ê?OA lui casse la tête» » Ce dénouaient était ^ eibt nécessaire à la moralité qu*U Tonlait <Hi'oneailril.

c'est soD habileté dans le choix successif des lieux où il éCabUt la soèûe de ses réeila. Oq montre au Yoyar f eur, dans uae des rues de Sannuir, la naaisou d'Eugé&ie Grandet; à Douai furobablemeat^ on désigne déjà la mateon Claës. De quel doux orgueil a dû sourire, tout indolent Tourangeau qu'il est, le possesseur de La Grenadièrel Cette flatterie adressée à chaque vHfe oii Fauteur pose ses personnages lui en \>ut la conquête; Tespérance qu'ont les vUes encoure <d)scares d'être bientôt décrites dans qu^ue roman uMiyeau préctisposo pour lui tous les cœurs littéraires de Tei^ droit : « Il n'est pas fier an mcnns, celui-làl il n'est pas « exclusivement Parisien et de sa Ghaussée-d'Antin! il « ne dédaigne pas nos mes et nos métairies 1 » De la sorte, en trois années au plus, le vaste drapeau inscrit au nom de M. de Balxac s'est trouvé arboré de clocher en clocher, au midi et au ncurd, en deçà et au delà de cette Loire maternelle, de cette Touraine qiû est son centre d'excursion et son Ueu de retoor tavori. DaD*s Paris^ au contraire» le succès a été moindre, bien que tort vif encore ; mais on a contesté plusieurs mérites à l'auteur. Gottme poète, comme artiste, octtime écrivain, on a souvent rabaissé sa qualité de sentiment, sa ma* nière de faire ; il a eu p^e à se pousser, à se classer ptos haut que la vogue, et malgré son talent redoul^ malgré ses merveilleuses délicatesses d'observation, à BKXiter dans l'^time de plusieurs jusqu'à un certain rang sérieux. De longs ant&édents Htttoires malheureux et obscurs ont été relevés comme une objection péremptiûre à la réalité de se^ perfectionneme^its ré-

œnts. Bien des femmes aussi ont été plus difficiles de goût qu'en province, et ne lui ont point passé ses familiarités d'intérieur ou ses invraisemblances, par intérêt pour les principales situations. A ces reproches plus ou moins fondés, à ces dégoûts ou à ces dédains, trop souvent justifiables, M. de Balzac n*a répondu que par une confiance croissante en son imagination et une exubérance d'oeuvres dont quelques-unes ont trouvé grâce aux yeux de tous, et ont mérité de triompher. L'auteur de Louis Lambert et d* Eugénie Grandet n*est plus un talent qu'il soit possible de rejeter et de méconnaître. Nous tâcherons de l'analyser avec quelque détail, et, même dans nos plus grandes sévérités de jugement, de icarquer l'attention qu'on doit à un écrivain actif, infatigbMe, toujours en effort et en rêve de progrès, qui nous a charmé mainte fois, et dont nous saluons volontiers en bien des points la supériorité naturelle.

^ M. Honoré Balzac (1), à le prendre au complet, dans sa vie inégale et diverse, dans ses habitudes et ses accidents d'humeur, dans ses conversations non moins que dans ses écrits, nous présente une des physionomies littéraires les plus animées, les plus irrégulières de ce temps, et telle qu'avec ses nombreuses originalités et ses contrastes elle ne pourrait être vivement exprimée

(i) Je mets son nom exact au moins une fois dans tout rarticle. M. de Balzac, par son affectation nobiliaire ridicule improvisée du jour au lendemain, a Tun des premiers mis à la mode cette manie de tant d*hommes de notre génération et qui depuis n*a fait <|ue croître et embeHir, — de se 4onner pour ce qu'on n'est paa.

que par quelque curieux collecteur d'anecdotes et d'historiettes, par quelque Tallemant des Réaux, amateur de tout dire. Et certes, si en parlant du lyrique Malherbe et surtout de l'autre Balzac, solennel pourtant, et si savant en beaux mots, le bon Tallemant a trouvé moyen d'amasser tant de traits piquants de caractère, d'enregistrer tant d'indiscrétions de langage, tant de superstitions fastueuses d'auteur et de jactances naïves, quQ n'aurait*il pas à moissonner d'abondant autour de chacun des nôtres! Mais nous n'aborderons M. de Balzac que par les côtés qui touchent le plus immédiatement ses écrits que nous jugeons. Il est né à Tours, le 20 mai 1799. A le lire, à l'entendre, on le croirait davantage du midi, plus voisin d'Angouléme et des contrées de son célèbre homonyme. Mais dans un de ses jolis contes, apr^s avoir peint délicieusement sa Touraine voluptueuse et molle, cette abbaye de Thélème, comme il l'appelle, cette Turquie de la France, il a pris soin d'observer que le Tourangeau transplanté développe souvent les qualités les plus actives, et il cite à l'appui Rabelais et Descartes, Béroalde de Verville et Paul-Louis Courier. M. de Balzac fut donc transplanté de bonne heure; ce ne fut pourtant qu'après avoir fait ses premières études au collège de Vendôme probablement, car j'aime à croire que son récit de Louis Lambert n'est en rien une fiction^ et qu'il a été lui-même cet ami inséparable du pauvre et sublime enfant extatique. En ce cas, l'enfance et la première jeunesse de M. de Balzac au collège se rapportent bien à ce qu'on pourrait conjecturer : une imagination active, spirituelle ; de l'ébul-

334 PORTRAITS CmiTEMK>RAINS.

litioa, du désordre et de hi paresse; (tes lectures avides^ îfleohérentes^ècoc^e-tefBi»; raaocur éa mBerw^â^Èsn^ les étades mal suivies; uji nrauvtiB écdier sans discipline^ $emper aUnd agau, qve ses maîtres diar^eol de pmwjms et que ses camarades appeitent da scrimqvet de potts.

En parlant des &ttidtés»cCn»rdîBanre5< de soa jeme ami Lamèert, M. de Balxae a dit r a Tai longtemqps Ignoré la poMe elï toutes les richesses cachées daas; le cœur et sous le front de n^m camarade* Il a falim (pie y arrivasse à trente: ans, que mes observations se soient mûries et eond^séeSt (pi'un jcA de lumière les ak môme encore éclairées, pour que je pusse comprendre toute la portée des phénomèi»s dont j*ai été le témoin ignorant. » U fallnt peut-être ii 1^» de Balzac, pour évdUer et ressusciter cet anden Lambert enseveK en My qn'nn éciait Ini v!nt, tombé do front d'Hébalv ce noble frère de la même famSle* Quoi cpi'il en soit, ce que M. de Balsae confesse à f article du sou>?enir de Lambert est vrai en général de tous tes beureus souvenirs dont se nourrit et 8^eDq>afe son imaginatui» dTanjounrtœ t il tan fetlut arriver à plus de trents ms fOfsr découvrir, poar exploiter la nrine fertile que son esprit enJ^mait à son iosuv see impressions (f enfonce en Touraine, ses origînaur de provnice, ses ciiai»)iiies^ célibatures, son malin teinturier de Vouvray ÛMê Gaudissart; tout cda dormait je ne sais où aiqptar»vmt. Lambert enfant s^étaît écrié un jour devant Iniv en se frappant le iront : « le serai célèbre! — Et toi ausGi^ avait-il ajon^ vivement ; noue serons iee ri-

M. DE BlL2Aa 335

chissii^es de la pensée I n Ce mot de Lambert est conmm la clef ds M« -de Balzac (1)* Il me semble exactement en effst un magnétiseur, mi riebittkiste de la pensée, d'une science occalte, éqnivoqiie encore malgré ses pteuves, d'sn talent seMiveot prestigi»ix et séducteur, non moins souvent contestaUe on illnsoire. Gomme les alcfaimistes., il a passé des «rnées entières en tâtonnements^ à travers la fomée et la cendre, tes sédin^dts et les scories, avant dTarriver à la transmutation tant denrée : aussi, quelle jm bien légitime et qaéOe ivresse étottvdsBsante le jour où il vit dans te ereoeet son ■ntcnre se fnnr ea orl

De Idill à iS2^y épaque où^. de Balaae comT)ien(;^ de se faire remarqaer par la pablication dm Dernier €ltotum/qn'a-t-il tenté? qn'a-l^il poblié? quels farett ses débuts littéraires, et tes tSttooneoMnts m«ltipbé»et infructueux dont ses aodeiB amis noas penrlent taot dfef^uis qu'il est devenu câèbre! M. de Balzac, dit-oe, a cbez lui nne collection comiplèle ds tons ses premiers ffoOMoia qui ne forment pae moins d'une tremaine de v^rtmnes ; il tes cons^ve nMgmËqiienent rriiés, comme le b^rgeiHoainistre cmisennit dans nn ce£lre parécieux eoB hoqwliHiet sa boutetfie^ et il tes appeOeses ètfaét$9. Études ou non, défroqoe ^ut ou moins pastorale, il aurait tort <f «a tro]^ rougir , puisque c'est poor lui un «obsistant témoignage cte ce que peuvent h constance, te travail et une ^Àniâtre confiance aux ressources de sa propre imagisaition. Dao» te temps d'auteurs qu'il

O) Qaalfa'i» a dift : « Bslnc est le Paneelie éa roaiaD. •

publiait œs productions de th)isième ordre, productions peu authentiques, où il ne trempait souvent que comme collaborateur et auxquelles il n'attacha jamais son nom, M. de Balzac ne s*en exagérait pas la valeur, et trouvant un jour un de ses récents volumes aux mains d'un ami qui le lisait : « Ne lisez pas cela, lui dit-il; j'ai bien dans la tête des romans que je crois bons, mais je ne sais quand ils pourront sortir. » Nous avons eu la curiosité de retrouver et de feuilleta la plupart de ces romans oubliés, espérant y saisir quelque trace du brillant écrivain d'aujourd'hui. Ce n'a pas été sans adresse que nous avons dû remonter à travers ce dédale croisé de pseudonymes, le long de ces sources assez peu limpides qui se perdaient ou changeaient de nom à chaque pas. La Bibliographie romancière en main, nous étions ballotté de M. Horace de Saint-Aubin, bachelier ès-lettres, à M. de Viellerglé, de M. de Viellerglé de Saint -Aime à lord R'Hoone. Enfin nous avons eu la satisfaction de dresser une filiation aussi complète qu'il nous a été possible, bien que nous y sentions encore beaucoup de lacunes: les Deux Hector, le Centenaire, 1821 ; le Vicaire des Ar^ dennes, 1822, et, durant cette même année, Charles Pointel, V Héritière de Birague, Jean-Louis, le Tartare ou le Retour de PExilé, Clotilde de Lusignan ; en 1823, la dernière Fée, Michel et Christine, V Anonyme ; en 1824, Annette et le Criminel; en 1825, WannrChlore;en 1827, le Corrupteur; cela ne nous mène pas loin du Dernier des Chouans et de 1829, moment où la vie littéraire de M. de Balzac se produit au grand jour. Nous avons été

peu payé, avouons-le, dé notre indiscrète recherche, en parcourant ces volumes de M. de Viellerglé, que te Miroir du temps rapprochait, quant au choix des sujets, des romans de Pigaull et de Rétif, et que le libraire Pigoreau classait parmi les romans gais en opposition aux romans noirs, aux histoires de brigands et de fantômes. C'est tout ce qu'on en peut dire de mieux (1). J'ai été frappé dans la préface du Vicaire des Ardennes de ce que l'auteur annonce délibérément au public qu'ils ont longtemps à se voir et à se connaître l'un l'autre, ayant, dit-il, trente ouvrages consécutifs à faire paraître.^Tn trait du caractère de M. de Balzac, c'est, aussitôt qu'il écrit la première page d'un livre, d'avoir tout de suite trente autres volumes en idée devant lui, et de rêver ainsi des séries indéterminées qui doivent, en se rejoignant, former une œuvre immense (2)/Au reste, malgré les trente ouvrages promis et donnés par l'auteur du Vicaire, aucune œuvre suivie n'entrait alors dans sa pensée ; il écrivait au hasard, à foison, sans but ni souci littéraire. Wann-Chlore, il

(1) Un homme d'esprit à qui je citais, comme singulier, ce rapprochement qu'on avait fait des premiers écrits de M. de Balzac avec Pigault, n'en parut pas étonné : « Mais encore maintenant, me dit-il, voyez ! n'est-il pas vraiment, à beaucoup d'égards, un Pigaull- Lebrun de salon, le Pigault-Lebrun des duchesses? »

(2) Cette prétention l'a finalement conduit à une idée des plus fausses et, selon moi, des plus contraires à l'intérêt, je veux dire

àfaire reparaître sans cesse d'un roman à l'autre les mômes per* sonnages, comme des comparses déjà connus. Rien ne nuit pluf à la curiosité qui naît du nouveau et à ce charme de l'imprévu quk fait l'attrait du roman. On se retrouve à tout bout de champ en face des mêmes visages.

338 PORTRAITS GONTBMiK)RAINS.

«st vrai, se distmgue des précédemts ouvrages par un toa plus soutenu et des mœurs plus rdevées, pour ne pas dire moins basses; mais qu'est-ce encore ?^Ie DeirmV des Chouans offre seul pour la première fois du pittoresque^ de Tentente dramatique , des caractères vrais^ un dialogue heureux; par malheur» rknitattoii de Walter Scott et de Ck)oper est évidente* L'auteur a jugé ce roman digue d'être revu ei reconnu, et il ouvre sa carrière estens&le à (kter de 14. i'ai lu aussi vers 1829, dans. le& ÀniMles romantiques du temps, des vers signés du no» de Balzac harmonieux et bien rhytteiés, et qui se r^[)|^rochent du faire de M. de Latooehe. M. de Balzac à cette ^[K)que ne se contentail; phis d'écrire ; son esprit d'entreprise Tavaijk poussé à des opérations de IS)rairie et d'imprimerie; tesAnnaUs romofntiqaes, où il insérait les vers doBt je parle, étaient, je croisi» imprimées par lui, et il publiai une édition de La Fontaine à laquelle il ajoutait une notice. Pourlaot le noB-saccès de sa tentative industrielle le rendit vite à la seule littârature^ mais sur un tout autre |»ed que devant. « L'imprimerie, dit-il, m'a pris tant de capital, il faut qtfelfe me le rende; » et redoublant d'activité, révélant enfin son talent, il a tenu son dire. Pour ré^ somer notre idée sur la première période presque clandestine itww existence Utténôre désormaôs m eft évidence, voici ce qui nous semble : M. de Bateac, jjeune« au sortir des bancs» bacheUer hs-leUres, mena, comme H en oGormal dans Lambert, une vie passionnée "et aventureuse. Par nécessité et en suivant -sa pente, il se livra, de moitié avec de joyeux comr

M. Dt JULIAC 93»

{NgiioiB, à celte faciMté d'iongHier et d'ânrire que la Utiâratiure ûnlérieure d'alors réclamait à â peu dot fraas^ et il dépensa de la 90irte use portion de Tefiférvescenee fiévreuse dont sa îeunease dot être plus secouée qu'uoe autre. Un homme de yH e^rit qui Fa beaucoup ceeim el qui lui a sera quelquefois de ccmseily M. de Latouche, pourrait aecd^ s'il le Touiait sans trop d'irome, raconter en détail et édairer ces «rigines coÉtemporaioes ^i déjà se dérobent; il pourrait animer dfanect&)tes caractédstiques toute rarrière-seène obscure de Talelief littéraire de ce temps-Uu Pour nouSt qui n'avons pkis qu'à passer ITi^xmge sur ces produits iaeomue„ kteertains, dte^ voués, noifô en venons à M* de Balzac qui se réveille im mêOxky. sachant beaucoup du monde et des femmes, saisissant les tendresses, les ridiaidea^ et débvouillant h la Mte aa dedans de hd-même tout ce qu'il û!f mait pmd aou^çomié jusqu'alorsu

La Physiologie du Marùs^ est wm ufeacédoine de saveur metdaite et graveleuse, dans le goût drola^ tique, et cpd attaonoa un coofatriofte bien appris de Eabelaîs, ou du moins de Bérosdde de VcrviUe. L^auleur y rajeunit à la moderne un sujet naé? il n'écfaaiqpe pourtant pas tcHijours à (tes ptajsantenes devenues vulgaires. La morale scrupctleuee en tiit exclue dès le titre, et il n'en faut pas pairlo!. Offtains c^s délicats et acfflsiUes auraient pu ^e touchés aivec art; mms réorivaini, pur éj^urioa, ni'y est pas arrivé encore. iàosi, plus tard dms le conte dm Ikndsz-^oua, Bf« de Balzac naos peindra lulie d'Aigtemont au retour de

cette soirée brillante où elle a reconquis à force de coquetterie et de triomphe la fantaisie passagère de son mari ; il nous la peindra cédant une dernière fois par bonté et par calcul à l'égoïste faveur dont M. d'Aiglemont Thonore; puis tout aussitôt, dès qu'elle se retrouve à elle, nous la voyons sombre, sur son séant, dans le lit conjugal, près du mari endormi, rougissant et pleurant comme d'un crime de cette espèce de profanation calculée à laquelle elle s'est sotfmise : il y a là une page admirable de vérité et de douleur. Au lieu de ces peintures vivantes, nous avons dans l^ Physiologie du Mariage la théorie du lit, des deux lits jumeaux ou des chambres séparées, tout un étalage que rien n'ennoblit et ne rachète. La Peau de Chagrin, publiée en 1831, ouvre la nouvelle et la véritable série des romans de M. de Balzac. Le commencement en est vif, naturel, attachant; mais l'intérêt se perd bientôt dans le fai^» tasqûe et l'orgiaque. L'auteur s'est évidemment préoccupé d'Hoffmann qui faisait alors son apparition parmi nous. Le caractère de Fédora, de cette Femme sans cœur, indique pourtant le peintre déjà initié à demi. C'est dans ses Contes de la Vie privée qu'il devait tout entier se produire.

M. de Balzac a un sentiment de la vie privée trèsprofond, très-fin, et qui va souvent jusqu'à la minutie du détail et à la superstition ;al sait vous émouvoir et vous faire palpiter dès l'abord, rien qu'à vous décrire une allée, une salle à manger, un ameublement^ Il devine les mystères de la vie de province, il les invente parfois;%il méconnaît le plus souvent et viole ce que

ce genre de vie, avec la poésie qu'elle recèle, a de discret avant tout, de pudique et de voilé. Les parties moins délicates au moral lui reviennent mieux. Il a une multitude de remarques rapides sur les vieilles filles, les vieilles femmes, les filles disgraciées ou contrefaites, les jeunes femmes étiolées et malades, les amantes sacrifiées et dévouées, les célibataires, les avares : on se demande où il a pu, avec son train d'imagination pétulante, discerner, amasser tout cela. Il est vrai que M. de Balzac ne procède pas à coup sûr, et que dans ses productions nombreuses, dont quelques-unes nous semblent presque admirables, touchantes du moins et délicieuses, ou piquantes et d'un fin comique d'observation, il y a un péle-môle effrayant. Otez de ses contes la Femme de trente ans, la Femms abandonnée, le Rèquisitionnaire, la Grenadière, les Célibataires; ôtez de ses romans VHistoire de Louis Lambert, et Eugénie Grandet, son chefd'œuvre, quelle foule de volumes, quelle nuée de contes, de romans de toutes sortes, drolatiques, philosophiques, économiques, magnétiques et théosophiques, il reste encore ! Je n'ose me flatter d'avoir tout lu. Il y a quelque chose à goûter dans chacun sans doute; mais combien de pertes et de prolixités! Dans l'invention d'un sujet, comme dans le détail du style, M. de Balzac a la plume courante, inégala, scabreuse; il va, il part doucement au pas, il galope à merveille, et voilà tout d'un coup qu'il s'abat, sauf à . se relever pour retomber encore. La plupart de ses commencements sont à ravir; mais ses fins d'his-

3ifi PORTRAITS CaNTElItORÂINS.

^re (1) dégéBèrent oo dmenneirt excessives. Il y t qb moiMaU uA poîDt oà, malgré Im, il s'emporte. S<xi ^Dg-ftoîd d'obserfatnir lui édiappe} une détente loi part> pour «osi dire, an dedams du cerveau et efilèf« à cent lieues le» concluskuis : ainsi dans'sa Medtsrdn ée l'Absolu, dont nous am*ofift Icnst à i'beure à parler;

(1) On raconte à ce sujet une historiette assez piquante dont on prête le rdclt à M. de Laitouche : je la donne ici sans la garantir, et uaifieDMBt i tit»» dTmpolêgu^. -*• LatMicke dme ëÊstàt un Jtnst de BaLuc i « En Y4rit4, Je doi» avoir bitn As la recMiBaissattce fo«r « Balzac, je serais un ingrat si J'oubliais jamais ce que je lui dois. -m Je lui ayais rendu autrefois quelques petits services littéraires, « des coMefit pw sev romaiM, peor soft style, qoe «aîs-}e? â « n'était pas encore le g^aad honune que iioim savons ; il yhit uji « matin chez moi et me dit : « Mon cher ami, il faut que vous me « fassiez le plaisir d'accepter de moi quelque chose... » Je m'ex- M casais, H insista. *^« A la ho&ne heare, » M dk-je... — a H f^t, ^ sjouta-tril, que ?ou& aeoeptias moa choyai araJ^... » — « U& ch»- « yal arabe! mais y pensez-yous? c'est impossible; je n'ai pas d'é- « curie d'ailleurs; et puis un cheyal de tel prix !» — « Il le faut, «oa noas nous brouilleroM. Comment! y vos n'accepteriiez pas « d'un OBii comme m(À co gage d'aiectionl Je ne yoas reyemr de «( ma yie si yous ne consentez. » — Vaincu à la fin par ces paroles « et par bien d'autres, j^acceptai, continue Latouche. Yous yoyez « doiM que ]e dois à Balne me grande ftooimafosance. n est bien •« yru que, eette scène one fois passéo« je n'ai oneques vu panÉSw « de cheyal, arabe ni autre; mais enfin son intention était si "« bonne, si sincère, son insistance si yiye, que je aérais un grand « ingrat si je ne loi denMurais tràs-ebligé. » — Or (et voici am conciueioB), nous tous lecteurs, boua sobiums un peu avec M. dé Balzac dans le cas de M. de Latouche. Il commence si bien chaque récit, il nous circonvient si vivement, yqu'il n^y a pas moyen de résister et de dire non k ses promessea/il nous prend les miaiiis, il nous introdmt de gré ou de force dans chaque aventure jH est vrai que le cheval arabe n'arrive jamais; gare le dénoûmentVmais, grâce à l'entrain et à l'obligeance des débuts, on ne lui doit pas jnoins une assox grande recooaaissaace./

aiisi do» ces CBReikiW CèlibfOmrHf eà son chanoine Tronbert se g^mnH et s^lesaigèm v«fs te Un au point de ■oos êtfe émùê eomwe «m petit Md^fieu. Le hasard f« raoddifit sont pour beanc^p^ jcnqtte dans^ tes melF- }eun9B pvDchRtioiis de M. de Batmc. R a sa manière, mais vadllaatev teqdèle, diercbaot sefoveDt à se retrraiper çUe^mêiDey 0» scM Yhoaaae qui a éerft trente v^aes. atant d'acqfiéfir une manière; quand on a étés» laafk te U*oav«e, ea o^est pas Irien certain ^ te gaorder loBjonry A»jty«rd*hui il «nhmrihera xm €€ate rabelaîsieB, et mMki il soi» déduira s^n Mèth- ^n d$ Campdffne. Pour en reveeir à ma comparaison de M. de Balzac av«e on atebimiste, je dirai que, même après ta traaismutation trouvée, cet atehimiste, qui n'a pas eo pleine eoimaissailce de son procédé heureux, rétrograde parfois et retienl k ses anciens tâtonnements'? qi^il retombe dans les scories et les dépenses infnictoeuses; quH fait eu beaucoup d'opérations de l'ortFè»-m^ Ott faux. On doit an reste en prendre son parti avee M. dfrBedzac, et Taocepter selon sa nature et son habitad& H ne faut pe^ M conseiffer de se choisir, de se répriçaer, mrfe d^aller et de poursuivre toujours : ep, se rattrape avec lui sur la qfuantité. R est un peu comme ces généraux quf n^emportent la morndre position qu^en prodiguant le sang des trempes (c'est Pencre seulement quil prodigue) et qu'en perdant énormément de monde. Mais, bien que l'économie des moyens doive compter, Fessentiel après tout, c'est cParrîver à un résultat, et M. de Balzac en mainte occasion est et demeure victorieux.

Il Ta été prmdpalement dans Eiigènie Grandet, et il s en faut de bien peu que cette charmante histoire ne soit un chef-d'œuvre, — oui, un chef-d'œuvre qui se classerait à côté de tout ce qu'il y a de mieux et de plus délicat parmi les romans en un volume. 11 ne faudrait pour cela que des suppressions en lieu opportun, quelques allégements de descriptions, diminuer un peu vers la fin l'or du père Grandet, et les millions qu'il déplace et remue dans la liquidation des affaires de son frère; quand ce désastre de famille l'appauvrirait un peu, la vraisemblance générale ne ferait qu'y gagner. La conclusion et la solution fréquente des embarras romanesques où M. de Balzac place ses personnages, c'est cette mine d'or dont il a la faculté de les enrichir; ainsi dans l'A&so^u, dinsiddLûS Eugénie Grandet, ainsi dans le conte du Bal de Sceaux où l'or de M. de Longueville est le ressort magique, le Deus ex machina. Â voir les monceaux d'or dont M. de Balzac dispose en ses romans, on serait tenté de dire de lui comme les Vénitiens de Marco-Polo à son retour de Chine : Messer Miglione. 11 faudrait encore dans Eugénie Grandet amoindrir l'inutile atrocité d'égoîsme du jeune Charles à son arrivée d'Amérique ; il est à la fois trop ignoble de la sorte envers sa cousine, et trop naïf aussi de n'avoir pas deviné la grande fortune de son oncle ; le résultat mieux ménagé pourrait être d'ailleurs absolument le même, et l'admirable Eugénie, au milieu des Des Grassins et des Cruchotins, près de sa fidèle Nanon, ne perdrait rien ni en pâleur mortifiée, ni en sensibilité profonde et rétrécie, ni en perpétuel sacrifice. Apaisez

en ce tableau quelques couleurs criardes ; arrivez, en éteignant, en retranchant çà et là, à une harmonie plus égale de ton, et vous aurez la plus touchante peinture domestique.

Je veux même entrer ici dans quelques détails de style et de diction, parce que M. de Balzac, tout abondant et inégal qu'il est, ne néglige pas ces soins, et bien au contraire s'en préoccupe beaucoup. M. de Balzac n'a pas le dessin de la phrase pur, simple, net et définitif; il revient sur ses contours, il surcharge; il a un vocabulaire incohérent, exubérant, où les mots bouillonnent et sortent comme au hasard/une phraséologie physiologique^ des termes de science, et toutes les chances de bigarrures. Je lis, dès la première page d'Eugénie Grandet, cette phrase : « S'il y a de la poésie dans l'atmosphère de Paris où tourbillonne un simoun qui enlève les cœurs, n'y en a-t-il donc pas aussi dans la lente action du sirocco de l'atmosphère provinciale, qui détend les plus fiers courages, relâche les fibres et désarme les passions de leur acutessef » Ailleurs, dans Louis Lambert, non loin des brûlantes et simples lettres du jeune homme, ce sont des expressions de mnémotechnie pécuniaire, un enfant dont je partageais l'idiosyncrase; àansles Célibataires, jetrouve uneraisoncoefficiente des événements, des phrases jetées en avantpar les tuyaux capillaires du grand conciliabule femelle, etc. Souvent la phraséologie flexible, où il se joue, entraîne M. de Balzac, et il nous file de ces longues phrases sans virgules à perdre haleine, comme pn en peut reprocher parfois à la plume savamment amusée de Charles Nodier. La

phrase suivante ftôt tadM à mes yeux dans la pfemiëre lettre de Louis Lsanbext à M^* de Villeodx : « J'ai dû comprimer bien des pensées pcMir tous aimer malpé votre fortune, et pour vous écrire en redoutant os mépris si souvent êscprimi par wne femme pour un ammr éêtU elle iccmêe Vm)m cêmmewie flatterie de phis parmi t&utes eeUee qu'die reçêU ou >qu'4Ue pense, w M. de Balzac a fréqnemnmit, ^ àsoo insu peuOétre/fi^sage lascive, le ooop de fiscean vi^^abond et sensod^ Il comparera tout d'abord la voix <hi chaste enfant Louis Lambert à ¥m voix qui pranenee un mot d^amour, au m^atin, dans un Ut mhtptueum^^ il abusera, en peignai M""Caaës, des projections fluides dans l^regupds. Volontiers, dm milieu de des beaux saloifô,^nous reporte sauis goût à des objets, à des termes tout à f«t répugnants, désobligeants^l lui revient, et 3 nous revient à nous, en œs momevis, comme une forte odeur de sa {H'emière manière i OrébiUon fils se ressouvient de Rétif (1)« ËDfi», il y a en grammaire une faute insoutenable qu'il pratique constamment et par système; do r^ours des écrivaisB d'aujourd'hui qui ont mis le een, sa, ^s, partout, qui disent à propos d*un fait et d*une ^>servatioa iui et ette, M. de Balzac ne connaît que le en : ainsi, dans lis CUilMaires, toutes les fois que rabbéBin}tteau était entré chez le chanoine Ghapeloud

(1) Ctst «e mvA fait dire an. sérère ami que Je cite qoelqaefois: « C'est drôle! quand jW hi «es choses-là (certaiaes descriptions sales et minutieusement ignobles de Balzac), il toq semble toujours que j^ai besoin de me laver les mains et de brosser mon liabiu »

a m avait admiré Tappartement et tes meubles. Dans^ la Grmadikre, te îeone Louis ne se cootente pas dea assurances de bonne santé que lui donne sa mère, il en étudie le visage, et£. En un mot, cet «n est partout employé à faux par M. de Balzac; il y trouve je ne sais quelte paftictilière douceur, et Tîntroduit jusque «dansoertaines looutians qin n'en t>nt que Caire. Au tieu de cSre, par exemple : il y va de la vie, de fai foUmae^ il m manque pas de dire \U s^y mv& ée la vit. lyîous atdfessons oes chicanes de détail à M. de Balzac, parce qne nous savons qu'elles ne sont pas perdnes avec lui,, et que, cnalgré toutes les iaconneciîotti par nous signa^ lées, il soigœ son styte, oornige et jnemanie sans cesse,, demande jusqu'à sept et huit éprenves aux imprimeurs, retouche et refoi»i ses secondes et troisième5 éditions, et se sent possédé du louable besoin <i'une perfection presque chimâ*iqtte. 11 a même, selon nous, à se garder dans ces remaniements successifs d'altérer qiueiquefois une première rédaction plus frandie et plus simple. Ses efforts pourtant s<Mit beoreux en mainte circonstance. Il y a'^ît dans la première édition de la Femme abcmdormée, imbliée par la Bévue de Paris, une charmante page qui, à l'aide de quelques retouches habiles, est devenue tout à fait belte dans une édition suivante. Je la citerai ici pour montrer à M. de Balzac un excellent modète en certaines parties de lui-même, et pour dédommager te lecteur de ces querelles de langue par une plus gracieuse image. Il s'agit de la première visite do jeune M. de Neuil à M*»® de Bcauséant, et du trouble incertain qu'il en rapporte : a A l'âge de vingt-trois

« ans, dit M. de Balzac, l'homme est presque toujours <( dominé par un sentiment de modestie. Les timidités, (( les troubles de la jeune ûlle l'agitent. 11 a peur de (( mal exprimer son amour; il ne voit que des diffi- « cultes et s'en effraye ; il tremble de ne pas plaire; il <( serait hardi s'il n'aimait pas tant. Plus il sent le prix « du bonheur, moins il croit que sa maîtresse puisse le « lui facilement accorder; d'ailleurs, peut-être se livre- « t-il trop entièrement à son plaisir, et craint-il de n'en <( point donner. Lorsque par malheur son idole est im- (( posante, il l'adore en secret et de loin : s'il n'est pas (( deviné, son amour expire. Souvent cette jeune pasce sion, morte dans un jeune cœur, y reste brillante « d'illusions. Quel homme n'a pas plusieurs de ces « vierges souvenirs qui, plus tard, se réveillent, tou- « jours plus gracieux, apportant l'image d'un bonheur « parfait ; souvenirs semblables à ces enfants perdus (( à la fleur de Tâge, et dont les» parents n'ont connu i( que les sourires? »

La Recherche de l* Absolu, dernière publication de M. de Balzac, n'est pas un de ses meilleurs romans: mais, à travers des circonstances fabuleuses et injustifiables, cette histoire a beaucoup de mouvement, de l'intérêt, et c'est une de celles où Ton peut le plus étudier à nu la manière de l'auteur, sa pente et ses défauts. M. Balthazar Glaês, qui unit les richesses de l'antique Flandre à la plus haute noblesse espagnole, habite à Douai une maison où se sont accumulées toutes les merveilles héréditaires de ces ménages opulents. Jeune, il est venu à Paris, vers l'an 1783 : il

s'est fait présenter dans les meilleures sociétés, chez M«« d'Egmont, chez Helvétius, qui pourtant était mort depuis plusieurs années ; mais peu importe l'anachronisme. Il a même étudié la chimie sous Lavoisier, et ne s'est retiré du tourbillon mondain que pour épouser M**" de Temninck, avec laquelle il vit dans un long et fidèle bonheur. Mais, à partir de 1809, les manières de Balthazar s'altèrent graduellement; une passion secrète le saisit et l'arrache bientôt à tout, à la société, aux tulipes, même aux joies domestiques dont il se repaissait avec candeur. 11 redevient chimiste : ses premiers travaux chez Lavoisier renouvellent tout leur attrait et le sollicitent à poursuivre : un officier polonais, qui passe à cette époque par Douai et qui cause avec Balthazar, provoque en lui cette subite révolution. M. de Balzac semble croire qu'il n'y a qu'un pas entre le goût de l'alchimie et les leçons de Lavoisier, tandis qu'il y a un abtme ; c'est comme si l'on devenait astrologue après avoir été disciple de Laplace. Quoi qu'il en soit, Glaês se livre, à partir de ce moment, à la recherche de Y absolu, ce qui veut dire pour lui la transmutation des métaux et le secret de faire de l'or ; il s'y oublie, il s'y acharne; il tue de chagrin sa femme; il s'y ruine, ou du moins il s'y ruinerait, si l'imagination du romancier ne venait sans relâche au secours de cette fortune qui se fond dans le creuset, et si la fille aînée de Glaês ne réparait à temps chaque désastre, comme une fée qui étend coup sur coup sa baguette d'or. Cette maison Claès est d'ailleurs une véritable Casauba^ et l'auteur y a, dès l'abord, enfoui toutes les II. 20

f^ PORTRA^X^ CONTEMPORAINS.

jFBSSourcesquJilo-a î^qm disperser çà et là en écUan^ tillons daas se^ ^jyiAFe^tromaDS. Si, dans le Bal de Sceausç, l3s héritages k Q9t$. Q.e Iqi coûtent rien; ^ danSrZ^ïs Cèl^atams, l^^ i»euWea d^ Boulle, les Vierges de Va- ImtiB et l^ GhfHS(!s de Lebrun se trouveat tout à propos mêlés m mp^ilter du cbanovie Ghapeloud pour f^m p^ipftift ¥ej9î la fi»^ i^41«r tarop ta^titeuiî v^i^un 9Sf p^vre Bîro^Au. d<^|^083éd4i <»e na soot là qf^!^ dm l^gmllm tt ^ \im!ffHé% 4tt prô( ^. oe: pakin des 4ft{^ 4^ 4(ri« iVfiito i^cfittom^^w dsm^ et dei^ q^'eU^ fH[ifbr^(l> M li9. tebl^us 4hE^ «attreft, tei tuiii^^^ in^ tFou¥ah]i^s«.l^ ipeublda d'ébto^ et. 1^ boiseries <iigaeâ deSalo^cEiQQ soirt. dès l'avanoe disposés. Les soliv^es et Ifis poutres ^tes^n^êiaes recèlent de For : If or ruismUet §;^pfiHlk d^n@ les pa«loii^ suivant TeiprassÎQn du ro^ Bia^Qie^ eoiyré, i^. mênne (pte la di^ïteUe bauUlonm iptour d^ lu tengue pèlerine de W*^ Claés^ Au milieu d^ toii$e§ QQs môiwiUefr qu-fl gaapiUe, te ces trésor^ gu'il #5^ipe m tnmée^ Baithazar Claës, qui croit sd mettre au çoti^nt de la science njodarne en pour^uii- :i^ÇLt.te))uJimys^xietiïL^dfâf NieolasFlamri etdes Arnauld de Villen€^!i^e, est ppocjatoé à tout inetant bc^cmie de géni^^ ç^t i^s^ actes iûxéglés m mèrm craels envers sa fepfyille nQUfcsont donnés comme la ooaséquence inévitable d'ui^ iy:i|e}lige»ce supérieure en désaccord avec ce qui rentoum,. M, de felzac^ en effet, pnodigue vo* lontiers à ses personnages les termes de génie, comme il leur prodigue les tnésoi^; il ne laisse pas d'alternative ^tre le génie et tous les défauts. On rencontre fréquemment cheij lui des sentences du genre de ceUe-c%

dans 1^ CèlibaMiT^ : 0( 11 n^ a qn'nn hoitime de géûlé ou tin intrigant qui ïe disent : f ai eu tort. » Et dans la Metkérehe de fAbs&hb, dès tes premiers cfhafpifres, à prthpos de Claës : «Les getis d*esprli sont vàriafbles autant que des baromètres, 1^ géitfte 'iieul est es^HiieDeméUt bon. » Mais II es* tetbps de le «re, à travers toutes (des tbimèspes de Pafidhimidte ef eu Ybmâtïcîer qui setfH blent ne foire qu'un, ce qui ressort à itoerireille, c'^Sl ntisàtiiable espoir de l'adepte ; ce qui règne et pafpite, c'est sîa fièvre ardeme, iucurttble, rfwe ftètte d'avide crédulhé. Oïl s'impatiente de Peuteiadiié kmeîr pour sûû gôffîe î on le traite de fou délirant; On accuse la M* blesse de SéÉ proches qui ùe Tout pas fait enfermièîf déjà : OU Iretnble quand ah voit 9a fille ainée l«d obtenir, pour l'Arracher à son laboratoire, une caisse de rewîette générale au foud de la Bw?t«gûe; on froissa la page sous sa iflaîn, ruais ou y 'teifleût; m est émti eufin, eutraîwé, on se péttcbe flWtlgfg soi vers ce goutfre iuassouvi. Ouel tuëlaugfe ^sittgmïer et coutwt* dîctotre dans le romancier que nous voudrîous Juger ici , sans faire uotre pardie plus ^vère que notre peu*- Sée, •-*• quel 'mélange d*obsertatlon souvent maligné, de réalité prise sur le fait comme par un clin d'œil de malin Touraugeafu, de gaieté de bon âloi et digue de Chiûon, — quel mélange de tout cela , et encore de situatioiis dc^estiques si fréquemment attendris^ sautes, ^c taut d'écarts divagauiâ et d^încroyables fantaisies! M"»« Claës est une de ces îenHues comme le romancier les affeotionne, «ne laide presque contrefaite et pourtant séduisante, tme femme de qua»

rante ans, de plus en plus adorable et rajeunissante. Combien de lectrices, en lisant ce portrait, se sentent tout bas flattées et comme magnétisées par l'auteur (1)1 Cette figure de M»« Claës, où les hésitch tions magnétiques et les projections fluides des regards sont prodiguées, de même que le sont dans le portrait de Balthazar les idées dévorantes distillées par un front chauve, m'a bien fait concevoir le genre de portraits de Vanloo et des autres peintres chez qui des détails charmants et pleins de finesse s'allient à une flamboyante et détestable manière, à une manière sans précision, sans fermeté, sans chasteté. « Les personnes contrefaites qui ont de l'esprit ou une belle âme, dit M. de Balzac à propos de son héroïne peu régulière, apportent à leur toilette un goût exquis. Ou elles se mettent simplement, en comprenant que leur charme est tout moral; ou elles savent faire oublier la disgrâce de leurs proportions par une sorte d'élégance dans les détails qui divertit le regard et occupe Tesprit. » Il est impossible de plus délicatement observer et de mieux dire. M"» Claës nous touche encore quand, voyant dans les premiers temps son mari qui lui échappe, sans en

(1) Je sais une femme qui a pour mari un homme de génie ou qn'eUe croit tel (ce qui revient au même), et dont elle craint de n*ètre pas assez aimée; cette femme a été séduite à Balzac par M*"* Glaés. Aussi mon séyère ami, que ce sujet met yolontiers en humeur, disait : « Henri IV a conquis son royaume ville à ville : H. de Balzac a conquis son public maladif infirmités par infirmités. Aujourd'hui les femmes de trente ans, demain celles de cinquante; après-demain leschlorotiques; dans Claës, les contrefaites. NuUe part il n*est question de dents, etc. »

comprendre la cause, « elle attend un retour d'afifection et se dit chaque soir : — Ce sera demain! en traitant son bonheur comme un absent. » Mais ce qui choque bientôt et ce qui revient indiscrètement à plu< sieurs reprises, ce sont les allusions directes aux secrets de Talcôve, et à des situations conjugales, aisément déplaisantes, qui rappellent trop le théoricien de la Physiologie du Mariage.

Le dernier roman de M. de Balzac nous a fourni l'occasion de lire une brochure dont le sujet est le même, mais qui contient une histoire vraie et bien récente. Nul doute que, si M. de Balzac avait connu ce petit écrit, il n'eût donné à son livre le cachet de réalité qui y manque, et ne se fût garanti de beaucoup d'à peu pris qui sont faux. Un alchimiste de nos jours (car, de nos jours, il y a ça et là répandus et cachés un assez grand nombre d'alchimistes encore) a fait imprimer en 1832, chez Félix Locquin, rue Notre- Dame-des-Victoires, le récit de ses tribulations et de sa découverte, sous le titre d'Hermès dévoilé. L'auteur de ce récit, qui ne se nomme pas, est évidemment un homme vertueux, d'une parfaite bonne foi, sensible de cœur et pénétré de la vérité de ce qu'il raconte. Nous citerons le début : « Le Ciel m'ayant permis de réussir à faire la pierre philosophale, après avoir passé trentesept ans à sa recherche, veillé au moins quinze cents nuits, éprouvé des malheurs sans nombre et des pertes irréparables, j'ai cru devoir offrir à la jeunesse, l'espérance de son pays, le tableau déchirant de ma vie, afin de lui servir de leçon, et en même temps de la

3» PORTRAÎt» GfCyNYËMPORAINS.

détouFner d*Oa art, etc. u En effet, l'honnête alrfTïinâme, \Âm ^a'il ait tfduvé le ^ect^ de la transmutatic», coflsefve jusstïûe daûs âOù triomphe ira scffittmetit si prolbnd de ^M iftfdrtofie pass^ée, qa'^il voudrait détourner tes j^mes gens des périls de cette science hermétique, au mometii même où il 1^ }eur dévoile «bscnrémefit. Ses épreuves, paiotte hommel fureiït grandement amères; Bernard de Palissy n'en eut pas m son tenyps de si lamentables. Marié jeune, devenu père d'ime Tioiinbreuse famille, ralchîmiste, qtri ne se désigAe hii-même que comme llnfeirtuné Ci..., £s^îpe la dot de sa f^nme, tt)it mmiit tde misère ^ de dftagiin totfs ses 'etifànts^ mais il pretid % totftes ces dotileu«qtri r^iotiïtot i>tiepan èè sympathie him mitement siciife Cfl hGfnâifie que Gkê^*, ce ^e»t$m^em *de bien^ttânwe p6m les fcômmeis ^t de compassion powr les siens, qui se fiiêle à tme si dpitiifitre rechef cte, e^ nn trait natumi que le romandes n'a pas assé2 à&Aï^ ni ménagé. Chaque l%ne de ce petit écrh anncfffcé trir travrilleur lôwgiemps^ 'Sëcfuesti* lâtj mondé, ign^faut ûA^emem tè uraiït cfeS'Chfoses, •et'éff parlant avecùifè mci^&^mtknm. mis le plas iofifdiiatit et le phs Mmi^ table eadrâit feât dôltti ô& « wcotfte sa découverte, m res setïsaticm&in^les qui ra^ëferft sitbt que iétttëtcâ»*râIafiké'€itt=of siMi9iS^^f(6ttï î « Qwe «i* joffeftit vlv^ et gt^nde! f Stais b($rs de mo^miSme,}^ fis wattké pygfmaHdfl, Jeme «éWs à geticHiit pôUr contempfet tmtï owragè^ en remercier rÉterae!!. îé me mis à vewêt itfï tôffeflt de ltt*mesî qa'éflés aaient doueesï que • itton cmm ét^ soulagél H me seffait dîificile de pefte-

tire ici tofft ce <îu« je resseatâfe, m te portion ofi je me tttmvais. Marttltss iâé6â s^dffl^fit à la fois : la pren^iè)^ tûè portait %t diP)|;er ïa&A pâs près do t%4- Citoyen ^t à l«i ifalfferâV^ de tftà dAimfVértift ; TauWe, à faii^ tm jôirt- aô6t*'d*6r pk)iir ftinfiw divers établissemefits datts la ville qdl i»è vit lasâtCrè^; tme adtre kté«l me poftafit * itiartèf le tnéme jotff atitâïit de filles qu'il y a de seetioûs è'fttffe, en les dotait; «Dfe autre idée ttie porta» à toe iJrocdrefr l'adifesse dés pafuvfes hotiiëWA, et à ttllef tâoi-mêttie letir diiftribtier des secout^ & ddmicfile. Enfin je Commençai à craindre que ma iû% ne me fffperSre la faîâon. Je sënfis te nécessité de me feire vîotence et de pfrendre beaucoup d*exercice en me promenant à la campagne, ce que je fis pendant îmît jwifô cônsiëcntift. ïl ne se passait pas qtielques heures sans que j'ôtasse mon chapeau, et, levant les yeulx att Ciel, je le remerciais de m' avoir accordé u&.pareil bienfait, et je versais d'abondantes pleurs (1). Enfin je parvins à me calmer^ et à sentir combien je m'eiçposerais en f^ôsavt de fM^reilles démarohes^ Après avoir réfiéeU todirémem, }e prtà la tâsdltftioh dé vivrè an sein dé ^obscurité sans éclat, et de borner mon ambition à faire de» heureux en seoreK sans «me iaife^ oonnakr^^ d C'esl lé jeodii^afni mt, à 10 hetfré»? tniimtês dû mati», que falcliimîste âvaîi opéré seul la lùranSmutation; il a noté le jour et Theare comme Daste et Pétrarque ont fait pour le jour m rtostaût béni 'o5 Ife vîfeîit leuft

(i) Le^lxm flStJliimiMe oublie ^miBtïhtmi^OH ^ejfleitirs n'M IMâù «ftdBMi g0i»e ^[«el«rmM»

divinités, et la page que je viens de citer du bon alchimi3te me semble presque rappeler en na!ve allégresse certains passages de la Vita Nuova. L'aldiimiste remît d'opérer la transmutation devant sa femme au lundi de Pâques; il fît emplette d'une branche de laurier et d'une tige d'immortelle, pour lui annoncer dignement cette nouvelle heureuse; toute cette conclusion domestique est pleine de simplicité, d'attendrissement et de sagesse : la réalité ici fait envie au roman. L'alchimiste, possesseur du merveilleux secret, vit de peu, répand les bienfaits sans bruit et se souvient de ses malheurs. Belle leçon à nous tous poètes, romanciers et hommes I Heureux qui, dans sa vie laborieuse et du fond mélangé de ses œuvres, sait réaliser un peu d'or puri qu'il se tienne satisfait de son sort et remercie les Dieux I

Novembre 1834.

(Cet article qui, maintenant que Je le relis, me semble encore modéré et même respectueux, excita, au moment où il parut, la colère de M. de Balxac, qui, depuis ce jour, me poursi:dTit plus d'une fois à outrance, soit dans sa critique, soit même dans certains de ses romans. Je le lui ai peut-être moi-même rendu à Toccasion. Quoi qu'il en soit, c'est un besoin pour moi dindiquer que, vers l'époque de sa mort, j'ai parlé de lui (Constitutionnel du 2 septembre 1852] sous un point de vue plus général et en embrassant de mon mieux l'ensemble de son œuvre, que je ne suis point cependant arrivé à admirer autant que je le voudrais. On peut voir cet article au tome II des Causeries du Lundi.)

— Jules Sandeau m'a plus d'une fois raconté qu'il était auprès de Balzac au moment où cet article de la Revue des Deux Mondes lui arriva. Le grand romancier, qui comptaU sur on article tout

landatif et tout favorable, se mit lai-même à le lire toat haut. Les premières pages ne le choquèrent pas trop, et il continuait d'assez bonne humeur sa lecture. Mais bientôt son visage se rembrunit ! il jeta la Revue et s*écria dans sa colère : « Il me le payera; je lui passerai ma plume au travers du corps. » Et il a|outa pour complément de vengeance : t Je referai Volupté, » Ge dernier roman venait de paraître.

Un sentiment qui semble naturel à la plupart des écrivains, critiques ou poètes, après le premier moment où Ton s'élançait avec union et enthousiasme dans la carrière, c*est la crainte d'être gêné dans sa libre expansion, d'être frustré dans sa part de louange par les hommes supérieurs qui continuent de nous primer, ou par les hommes distingués qui s'élèvent à côté de nous et nous pressent. Ce sentiment, qui paraît être excité surtout aux époques de grande concurrence et de plénitude, au second ou au troisième âge des littératures très-cultivées, sentiment utile et bon, à vrai dire, en tant qu'il n'est qu'avertissement et aiguillon, devient faux s'il renferme une crainte sérieuse et une tristesse jalouse. A moins de venir à quelque époque encore brute, inégale et demi-barbare, à moins d'être un de ces hommes quasi fabuleux (Homère, Dante,... Shakspeare en est le dernier) qui obscurcissent, éteignent leurs contemporains, les engloutissent tous et les confisquent, pour ainsi dire, en une seule gloire ; à moins d'être cela, ce qui, j'en conviens, est incom-

fit. VILX.BMAIN, ^Qi

p^rable, il y a avai]t^gQ aQ«^re, mêa^ au poÎQl; d^ v?ip' de la gloire, à oaltne h. un^ ^qjue peuplée de oom3 et d^ chaque coia écl{iin6#> Vq$^ oa offôt : 1^ o^ombre, 1$ nqpprocbemeBt, Qot-ite)aioaia nui aux ]^riUaot6 cham^ pious de la pensée.* de la poésie, ou de réloqueynce?. Tout au com^raire; et», si Tqa regs^nie 4a93 le pweét. Qoiot^iep^ mas mmoiter i^i^ hmt que le ri^ue de hom^ XIV, cetta. neocoitfr^ iooulei o^to érwiation ea tQU0 scores de gpG^nd» eaprUa» de t^leola ç$mtempo<* rain^ oe oguti^bue-tr^l^ ipm k la Imtièvf) distinctû dout chaque froat deloiju opw».Iwtl Au »ô9le suivant! de mâiue. Et si. à m borvsQO beaucoup pjki«> iiappror *ràé., et dans des limites moindres» noua Pe^ardo»?? derrière nous, a-tril douiC nui au?ç bon^flaesqui pré* sid^ot à c^tte ouv^^rture delîépoqne de la BestaMration,, à c»tte espèce de petite. Besaiftsance, et qui coroposentj la troupe de rhiâtoijDii, de la philos^hie, da ï^^ mr tique et de réloqufum^Uttén&Mre^ à cette géjiAération quij nous précède iomiédiatemeat et dans laquelle nous saluons nos maîtres, leur a^^-il nul d'être plusieurs, d'étiîe au nombre, de ic(à^ rivaux et divers dans ces chaires retentipaantes^. doot le souvenir forme encore la meilleure pactie de leur^ gloire? Et ailleurs, dan^ la critique courante., dâPS te poé§ie, combiea n'a-t-ij pas servi aux esiwrits d'être. ^ nombre, en groupes opposés! et aommo qqIA' aid?: plutôt à la figure qu'à, cette courte distance ils {ont. déjà I Oo» est, en. effi^U tous contemporains, amis ou rivaux, dans son époque, comme un équipage à bord d'un navire, à bord d'un<^ «ventureuse Ârgo, Plus Téquipage est jwwnbreux, bril-

SCO PORTRAIT» CONTEMPORAINS.

lant dans son ensemble, composé de héros qu'on peut nommer, plus aussi la gloire de chacun y gagne, et plus il est avantageux d'en faire partie. Ce qui, de près, est souvent une lutte et une souffrance entre vivants, est de loin, pour la postérité, un concert. Les uns étaient à la poupe, les autres à la proue : voilà pour elle toute la différence. Si cela est vrai, comme nous le disons, des hautes époques et des Siècles de Louis XIV, cela ne Test pas moins des époques plus difficiles où la grande gloire est plus rare, et qui ont surtout à se défendre contre les comparaisons onéreuses du passé et le flot grossissant de Favenir par la réunion des nobles efforts, par la masse, le redoublement des connaissances étendues et choisies, et, dans la diminution inévitable de ce qu'on peut appeler proprement génies créateurs, par le nombre des talents distingués, ingénieux, intelligents, instruits et nourris en toute matière d'art, d'étude et de pensée, séduisants à lire, éloquents à entendre, conservateurs avec goût, novateurs avec décence.

Entre les hommes de notre temps, celui dont le nom attire à lui et nous peint, nous réfléchit le mieux toutes ces louanges, est sans contredit M. Villemain. Par Tordre de sa ùate, par le rang éminent où il s'est placé d'abord, par la vive influence qu'il a longuement exercée, par le progrès et l'accroissement où il n'a pas cessé de se tenir, en même temps qu'il reste pour nous du trèspetit nombre des maîtres illustres, il est de ceux dont l'autorité continue de vivre, et qu'on est certain, en avançant, de toujours et de plus en plus retrouver.

M. Abel Villemain, né à Paris vers la fin de 91 ou au

M. VILLEMAIN. m

commencement de 92 (1), d'une mère que tous ceux. qui ont l'honneur de la connaître savent d'humeur sî spirituelle et si marquée, fit de ces bonnes et excellentes = études classiques, qu'il eût, en tout cas, réparées avec sa rare promptitude si elles avaient été insufiSsantes, mais dont l'heureuse et précoce facilité eut une grandfe part dans sa tournure littéraire. Sans être trop assujetti à une discipline régulière et rigoureuse qui alors n'existait pas (car il y avait quelque chose de très^ libre et de paternel dans les études renaissantes), fl se trouva en pension chez un maître bien connu, qui savait parfaitement le grec, M. Planche; et le jeune Villemain dut au secours qu'il rencontra, d*acquérir

(1) Oq voit que je n'étais naUement sûr de la date de la naisrsance. Dans un livre, intitulé Victor Hugo et la Restauration (1869), M. Edmond Biré, qui s'est amusé à recueillir, à collectionner nombre de petites inexactitudes des auteurs contemporains, m'apprend que M. Villemain est né le 10 juin 1790. Je répéterai ici ce que j*ai déjà dit ailleurs : ces Portraits n'étaient point précisément des biographies ; je tâchais d'être exact autant que possible sur les points biographiques et bibliographiques que je rencontrais sur ma route; mais il faut se souvenir qu'on n'avait point alors sous la main tous les instruments qu'on a eus depuis, le Quérard achevé, le VapereaUj etc. Ayant à passer le premier sur beaucoup de sujets, je ne visais dans les parties accessoires et secondaires qu'à une exactitude approximative et provisoire. J'aurais cru manquer de goût que d'aller m'adresser directement à M. Villemain pour lui demander, au moment où je m'occupais do son Portrait, son acte de naissance : cet homme d'esprit, qui était une coquette, m'aurait jugé là-dessus et m'eût répondu par une plaisanterie. Ces Portraits, dans lesquels j'e cherchais surtout la ressemblance et la fidélité par la mesure des dons naturels et du mérite, par le juste rapport des tons et des couleurs, étaient souvent une surprise pour le modèle lui-même qui avait posé sans s'en douter.

d'abord et sans peine ce fonds exquis, si favorable eusuite à toute culture. Vers Tâge de douze ans, il jouaU la tragédie en grec à sa pension, dans les exercices de la fin de Tannée; il sait encore et récite aujourd'hui à nos oreilles un peu. déconcertées tout son rôle d'Ulysse, de la tragédie de Philoctète. Geoffroy avait été invité à Tune de ces représentations qui ne rappelaient pas mal, dans l'Université renaissante, les thèses en grec de MNL Rollin et Boivin le cadet, si fameuses dans l'ancienne Université,, ou mieux encore les exercices de MM. Le Pelatier fils et da jeune a^bé de Louvois. Émerveillé de ce qu'il venait d'entendie, il fit, au sortir de là, un. article intitulé le Théâtre dlAthhies. Ces libres mais fortes études prédisposaient avec bonheur l'esprit de l'enfant à ce qu'il devait être dans la suite, en lui ouvrant facilement et pour toujours les grandes et limpides sources primitives. M. Vîllemain, dans ses appréciations des écrivains et des poètes, remarque souvent, et il en a le droit plus que personne, l'importance durable de ces jeunes et antiques études, de ces études qu'avaient, en se jouant, Racine et Fénelon, qui eussent si bien contenu et affermi le be^u génie de Lamartine, que M. de Chateaubriand se donna à force de vouloir, mais que si peu ont le courage ou la ressource de réparer, et que dmvent regretter avec larmeâ ceux qui en chérissent le sentiment et à qui elles ont fait fauto. Racine, dans la prairie de Port-Royal, lisait et savait par cœur Théagène en grec, comme nous écoliers, aux heures printanières, nous lisions Estelle et Numa; mais, le livre jeté ou confisqué, il lui restait de

iftOB le grec qu'il savait à toujours, Taccës direct et perpétuel d'Euripide et de PucMiare.

Le jeune ViUemain, indépendamment de sesexerdoes k la pension de M. Planehe^ sui^t les cours du Lycée iaqpérial (Louis-lM^rand) : il y rencontra, pour profteseur de rhétorique laÉine, M. Gaatel, et de rhétorique française, Luce de Laoïcival, deuK universitaives qui passaient pour poëlee, (teint matires du moins assez fleuris et assez mondains, dégagés de la vieille rouille. Lui^Biême, son cours d^tudesétittt terminé avec éclat, San» prie d'honaieur pourtant (en quoi ses camarades disaient qu'on l'avait tridié), il doma des leçon» au Lycée impérial, tandis qise d'ailleurs il entamait le Df oit avec zèle et facilité, comme toutes choses. La connaissance qu'il en prit (^ lors ne lui fut pas inutile plus tard dans lesidiscBSSîoi»de lois^d'aSaiitesauiqueUes ilifuit mâé. Maifi^ l'Univevsitiet la littérature l'attirèrent biemvTfie et s&rapproprièrwU Ayant eu occasion devoir dœz M,. Lucie l'abbé des Renandes, et par' suite de connaître M. Roger el M. de Pontenea, œ dernier lui donna «me cbaire de rhétorique àCUiariemagne. Un petit dis- •cours« prononcé sur 1« tombe de Luce,. fit admirer chez le naissant orateur le talrat de bien dire, dont alors les moindres tëmoignageSi. dans le silence déi Jt presse €t de la trifanne^ étaient si curieasement releipés et fioentis. Comme écrivain* il allait s'annoncer à tous. UÈlogs de Mmtaigne, écrit en bail jowrs >par ce jeune homme de vingt ans (1843) et couronné par l'Académie ^dans un concours auqud: prenait part le redoutable Victorin Fabre^ en possession jusque^à aswrée du

triomphe, fut un événement littéraire très-vif. Parmi les vaincus, outre Victorin Fabre, qui obtint dans le rapport une mention singulière, on remarque plus d'un nom connu : Droz, Biot, etc. L'ouvrage, qui ravit avec tant d'aisance un prix si disputé, est demeuré un morceau précieux et charmant, sans trace aucune de hasard ni d'inexpérience. Toutes les grâces naturelles et vives du talent de M. Villemain s'y sont du premier coup rassemblées.

J'ai nommé Victorin Fabre, et cet écrivain honorable, qui s'annonçait avec tant de promesses, que tant de bons juges désignaient sans hésiter à la gloire, et qui s'est éteint tout entier oublié, mérite bien un mot de moi.

Né dans le Midi, venu à Paris dans les premières années du siècle, et disciple studieux, ardent, de l'école républicaine et philosophique, de Garât, Ginguené, Chénier, il présente avec le jeune et facile rival qui, pour coup d'essai, le détrôna, des contrastes frappants, et dont tous n'étaient pas à son désavantage. Victorin Fabre est exactement sorti du xvra* siècle ; il en a les convictions (en tant que déisme), l'inspiration politique, les habitudes d'analyse, les procédés d'écrire laborieux, fermes et raisonnes. Il a décomposé la phrase de Rousseau et de BufTon, il en a mesuré les nombres; il remonte par eux à Bossuet; il remonte à travers Gondillac à Fénelon. Pareillement pour les anciens; comme Marie-Joseph Chénier, son maître, c'est à travers l'antiquité latine qu'il atteint la Grèce. Tacite et Sénèque sont plus voisins de lui que le chœur des

Troyennes. Il s'applique, il analyse; rien de vague, d'effleuré d* abord, rien dont il ne veuille scrupuleusement se rendre compte. L'Éloge de Corneille, par lequel il débuta en 1808 aussi brillamment que M. Villemain en 1812 par celui de Montaigne, présente ce genre de qualités et de formes, à un moindre degré pourtant que ses Éloges de La Bruyère et de Montaigne, morceaux approfondis et d'un grave caractère. Victorin Fabre subit, par malheur, tous les inconvénients de l'école à laquelle il se voua, et de la manière qu'il ne sut pas renouveler. Vaincu dans le concours de Montaigne, il ne tarda pas à quitter Paris et l'arène, comme fait le taureau noblement jaloux, qui cède le champ au jeune vainqueur. Retiré dans sa province méridionale où l'enchaînaient d'honorables devoirs fortement compris, où le refoulaient des douleurs patriotiques et républicaines qu'il est beau à lui d'avoir exagérées, il perdit assez vite le sentiment vrai des choses, il fit fausse voie dans sa destinée. Des entreprises de grands ouvrages le tentèrent; à force de creuser, il tomba dans l'abstrus, il s'y obéra. Il y a, je me le suis dit souvent, un jour décisif et fatal après la première jeunesse, après les premiers triomphes; il s'agit de réaliser les espérances, de pousser sa conquête, d'asseoir sa seconde et définitive destinée. Cela est plus difficile et on y réussit souvent bien moins qu'aux premiers abords, déjà si difficiles à surmonter. Au sortir donc des gorges et des rampes étroites où nous avons gravi longtemps, où nous avons fini par triompher et nous acquérir quelque nom, nous nous trouvons, grâce à notre succès même,

portés sur le plateau, dans la plaine; il s'agit de £aiFe bonne ûgdve an soleil i et devant tous dans cette nouvelle poàtion, et de tenir décemment la oampagM. €e qui semblait tout à i'heore un gros de troupes à notre suite n'est 30uv«it plus aloni qu'une poignée. Gbm-bien de talents pèeine de promesses ont soccombé h l'épreuve! combien peu ont su gagner leur bataille 1 C'est ce jour^à qu'en distingue celui qui n'était qu'41» hardi et brillant partisan; de l'homme qui va être, sir non un conquérant ée génie, du moins un esprit d'étendue, d^habiieté et de ressources. Victorin Fabre se trompa; les convictions enracinées,' le besoin d^ap^profondir, toutes ces choses honorables lui devinrent iunestes.

Quand il revit Paris dix années après son départ, le monde avait changé, et, en se rencontrant l*ua Tautre, ils ne se reconnurent plus. Je l'ai visitéi^ j^ l'ai entendu quelquefois alors; la science et la bien<^ veillance respiraient &à lui; mais la blessure était grande. Dans l'illusion de sesregrets, il parlait de 1811 et des concours glorieux 4SDmme d'hier. 11 avait.presqve dîné la veille avec le cardinal Maury, et il ne faisait que quitter M. Suard. Son jeune rival, qui depuis ce temps avait beaucoup vu et entendu, et qui s'était renouvelé sur bien des points, me fait, par rapporta lui retardataire et laissé sur ie diemin, le môme effet que le glorieux René dépassant de mille stades Ofaer-* man immobile et oublié, i'admire, je salue k gtoire, et les génies, les talents qui la justifient et la rem^ plissent; maïs je plains et j'ainie aussi ces homo»»

Vt. 'VîLLBMAÎN. 30?

dont le vœu et souvent la force étaient pins larges que la gêne du sort (1).

M. Villemaîn, à Ja différence de Victorin Fabre, se rattachait au xvin« siècle littéraire et phiïoBophiqiieaussi peu qu'il était possible à un jeune honwnede» son temps. Nourri des Grecs, des anciens, préférairt' en style parmi les modernes Pascal et Fénelon, il était frappé et choqué surtout, dans les écrivains sérieux^ déjà nommés, que nous avait légués le xvnT siècle, de certaines phrases lourdes, chargées, abstraites, et trop dénuées de l'analogie rapide et naturelle. 11 ne se sentait attiré avec charme que vers cette première fletnr du beau siècle de l'éloquence. La tradition des prin-

(1) Quelques obserratioBS novs ont été adressées «u sujet ert ii rencontre de ce jugemeat sur Victorin Eabre. On ncms a rapf^Ié qu'il avait été absent de Puis six ans consécutifs et non pas dix^ qu'après un voyage dans le Midi en 1811, il était revenu à Paris en 18t^, avait publié dans le courant de cette année son Êhge de Montatgtw, et n'était reparti, pow son long s^our en province qu'en 1815. Au sujet de cet Éloge de Montaigne, on nous a fait valoir le jugement de Gingueoé dans le Mercure et les concessions de Dussault même dans les Dékat^.GarsÂ^^ de plus, avait promis à M. Jay des articles pour le Jowmal de Paris : ces articles, à mesure qa'it les écrivait, devinrent peu à peu, sous sa plume fertile, tout un volume, comme cela lui arriva aussi pour Suard; mais le volume sur Montaigne est, par malheur, resté dans ses papiers. Quant k l'ouvrage considérable 6ntrei«is par Victorin Fabre et qui traite delà société politique et civile, il n'est pas, nous a-t-op dît, aussi inachevé que nous l'avions craint, et pourra même quelque jour être publié. (Noté de 1836.) — Les Œuvres de Victorin Fabre ont depuis été publiées en effet, et j*ai écrit à cette occasion deux articles qui résument toute ma pensée à son égard {Revue de Parit, 11 juin 1844 et 8 févri^ 1845). On les retrouvera dans l'un de* Yolumes suivants de ce recueil de Porttmts coMempêrains.

aW PORTRAITS CONTEMPORAINS.

dpes philosophiques et de l'enthousiasme politique, par où débutèrent tant de jeunes esprits d'alors, ne lui arriva point. Bien des anecdotes piquantes cît; Suard et de Fontanes lui offrirent, avant tout, des coins d'arrière-scène et quelque dessous de cartes, plus qu'elles ne lui inspirèrent le culte de certains hommes et de certaines idées. Ce qu'il connut bien vite, ce qu'il goûta et saisit aisément du xvm» siècle, ce fut le côté mondain, la façon spirituelle, sceptique, convenable toujours, l'aperçu vif, court, net, délibéré, léger quelquefoîîs, sensé en courant, moqueur avec grâce; en un mot, M. Villemain de bonne heure entendit causer et causa. Sur ce point, une part de l'héritage de Delille est en lui. Le comte Louis de Narbonne l'avait pris en grande amitié; chez lui, chez la princesse de Vaudemont, dans ce monde, le jeune écolier qu'on savait si docte, qu'on trouvait de propos si étourdi et si piquant, était fort goûté et n'avait qu'à recueillir des succès dus tout entiers à l'esprit. Lorsqu'il fut devenu aide de camp de l'Empereur, M. de Narbonne voulut lui être un protecteur actif. Il alla un jour l'entendre à une des conférences de l'École normale. En 1813, l'éloge de Duroc fut commandé à M. Villemain, comme celui de Bessières à Fabre : « Puisqu'il ne veut rien, avait dit l'Empereur de ce dernier, au moins il ne me refusera pas cela (1). » M. Villemain, qui cédait de meilleure grâce à

(1) On a dans la Correspondance de Napoléon la lettre par laquelle l'Empereur ordonnait ces deux Éloges; elle est adressée au prince Cambacérès, archichancelier de l'Empire, et datée do Dresde, 22 juin 1813 : « Mon cousin, conformément à la désigna-

la faveur, ne gardait pas moins sa liberté de saillie et sa capricieuse allure. Un jour M. de Narbonne lui parlait de quelques mots jetés à l'Empereur sur l'éducation du Roi de Rome; une autre fois, il lui touchait upe idée qu'avait TEmpereur de réformer les auteurs classiques, semés de maximes et de principes qu'il faudrait élaguer avec art : u Dites-lui donc, » répliquait le jeune homme de goût, « que César ne s'avisa jamais de (1 donner d'édition abrégée de Cicéron. » Et il ne fut plus reparlé de cela. A M. de Fontanes attristé en 1813 et prédisant déjà le retour de l'anarchie au bout du désastre de l'Empiré : « Eh bien! non, répondait-il; nous aurons la liberté anglaise. » Il aimait dès lors et pressentait le genre d'éloquence anglaise, parlementaire, par instinct d'orateur et par besoin d'une honnête liberté dans la parole. Fontanes reprenait : « Mais que « reste-t-il de vos orateurs anglais? pas une page. » Et, lui, répondait : « Il reste l'Amérique. » Il est vrai que l'Amérique n'était pas et n'est pas encore une page bien littéraire, ce qu'appréciait le plus Fontanes. .

Bref, il y a deux manières principales de débuter dans la jeunesse : par la croyance, par la passion, par l'excès, par l'assaut livré aux choses, comme les amants, les poètes, les enthousiastes et systématiques en tous genres ; ainsi, à côté de M. Villemain, débutait si puis-

« tion de M. le comte de Fontanes, chargez les sieurs Villemain et « Victorin Fabre de faire l'oraison funèbre, Tun du duc de Frioul M et Tautre du duc d'Istrie. 11 n'y a pas besoin de prêtres, n — Les Journées de Dresde, Gulm et Leipzig, dérangèrent la cérémonie qui s'annonçait, on le voit, comme très-prochaine.

samment M. Cousin en philosophie; ainsi, d'un âge un peu moindre, toute cette partie stoîque et puritaine de l'École normale, les Jouffroy, Dubois, etc...; ainsi plus jeune nous-même, à la suite de nos amis, avons*nous fait en notre temps. Puis cela tombe; on s'auénne, on se réduit; trop souvent, si Ton ne s'entête pas, on se rabat trop. Et il y a Faudre manière de débuter, gaie^ vive, insouciante de l'impossible, d'ailleurs éveillée à .tout, tournant court à temps, capricieuse sans passion, curieuse avec intelligence, un peu timide d'abord, un peu superficielle sur bien des points, mais qui, an lieu de s'atténuer, s'accrdt, se fortifia chaque jour, profite des foutes mêmes et des pertes des autres, et est moins sujette ensuite au désabusement des revers. Ainsi nous avons vu, à plusieurs égards, Bayle, sauf une petite fausse pointe de quelques mois (1) ; ainsi M. Villemain au milieu des chaleureux et systématiques de son âge; ainsi eût été parmi ses contemporains plus ardents M. Saint-Marc Girardin, s'il consentait à être davantage et tout à fait ce qu'il est surtout, un homme de lettres. J'expose et mets en regard ces deux manières sams avoir la prétention de les juger, ni d'assigner la préférence à l'une ou à l'autre. Ce sont les individus qui, dans le degré et la mesure où ils en jouissent, les font pltfô ou mdns préMrables et supérieures. Si dans le dernier cas, devant cette raison mobile, trempée de moquerie, chatouiUeiiae de bon sens et de sens malin,

(I) C'est ce mfôn a pa Ure «a tome P' des Portraits liUérairêt dans l'iurticle sur' Bayle. Cet article avait été inséré dans la Bmm$^ des Deux Mondes un mois ayant ITÊtude sur M. Villemain.

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