IL VILL£M AIN. 3TI
détacb^e du fond, aisément fuyante si on la i presse, quelques efforts mëritanlis, quelques nouveautés quit avaient leur prix s'^moussent, et quelques vérités non essayées se découragent, combien aussi de fausses vuesopiniâtnes >>^enneat édiouerl Et quand une nouveauté valable trou e grâce auprès de ce bon sens aiguisé qui la dépouille et la châtie, quand une idée véritablement neuve fait son avènement dans un esprit éminent éb cette famille, oh I alors, s'il la saisit de ^on propo& clair et débarrassé, élégant et covûrt (comme disait Vau^ gelas, comme faisait Voltaire); s'il l'arme de finesse,, s'il la revêt de plus d'une flatteuse imagination et d'éclairs lumineux {lumkia oroUonis)-, si surtout il la colore d'une sorte de passion sentie et la fait renaîtra à chaque instantavec originalité; oh! alors l'idiée, int> contestable en même temps qu'attrayante, a perdu tout aspect outré, tout jargon d'école et de système; elle se multiplie, se féconde, s'illustre d'esemples en tOtt& aens^ s'étaye de comparaisons et de rapporta; elle a percé enfin, elèe se sécularise.
Le jauie panégyxiste de Moixtaigne, disions- nous ^ débuta aans téixioigoer de passion dominante ; je me trompe, il avait celle de la belle littérature, le culte de rimaginatioa, l'amour des grands écrivains et de leurs formes immortelles. Dans ses trois morceaux académiques coaronnés, VÉl^ge de Montakpue, le Discours^ swr la Gritiqiu, WÉioge de Montesquieu, ce sentiment domine. Toutes les parties, même philosophiques ^ politiques,^ sont traitées convenablement; l'appréciatioa littéraire est déjà consommée et supérieure. Ces dis-
cours, par leur façon nette, leste, piquante, et leur tour d'imagination dans la louange, rappelleraient assez le genre de Chamfort, n'était ce sentiment exquis d'admiration littéraire que le xvni* siècle n'eut jamais^ La Harpe était d'un ton plus uni, moins relevé en saveur que cela.
A propos du style de Montaigne qui, parlant avec image des abeilles et de leur mî^l composé de mille fleurs, ajoute : « Ce n'est plus ni thym ni marjolaine; » le panégyriste s'écrie : « Voilà tout Montaigne! » C'est que lui-même il est de ces esprits doués comme l'abeille; il va tout d'abord au point odorant, il extrait d'emblée la chose flatteuse. Ce n'est pas sa manière naturelle, à lui, d'entrer dans les choses par les épines; il lui faut, pour y venir, être averti, poussé du dehors. Sa pente serait plutôt celle du poli brillant, celle des routes gazonnèes et doux fleurantes. Mais ne vous hâtez pas de juger : il se fortifie avec son siècle; il a vaincu, réparé cette disposition première contre laquelle il est en garde; il ne lui est resté que l'agrément. Cet agrément consiste, au milieu de tant d'autres qualités sérieuses, à ne pouvoir toucher la science, traverser l'érudition, la grammaire, aucun coin aride de la cri- ' tique, sans l'égayer à l'instant d'un reflet animé. Si dans Tycho-Brahé qu'il effleure, dans Leibnitz, dans Gibbon, n'importe où, à côté de lui, il y a un mot, un 'détail qui prête à l'imagination, à l'émotion du critique, soyez sûr qu'il ne le manque pas; il le dégage comme le point à faire saillir et à éclairer. Avec lui japais d'ennui ni de pesanteur,
Le Discours sur la Critique montre à quel degré le jeune écrivain en avait déjà le génie pour toute la partie du style et des convenances. 11 y loue, il y distingue Marmontel et La Harpe, en homme qui au début les égale en ne leur ressemblant pas, et qui doit les faire oublier. Shakspeare y est nommé avec des restrictions, mais avec une bienveillance précoce; c'est un germe déposé que plus tard, la saison aidant, il développera. Delille, qui vient de mourir, y reçoit de fines critiques s'exhalant dans des hommages, et cet habile et inexprimable mélange dénotait bien celui qui saurait, sans refuser Tadmiration, maintenir la dignité et la malice délicate de la critique devant les poètes. M. Villemain, qui avait lu deux ans auparavant quelque chose de son Éloge de Montaigne à une séance de l'Académie, en présence de Delille, lut, en 181/(, un morceau de son Discours sur la Critique, dans une séance à laquelle assistaient les souverains alliés. Il se ressouvint honorablement, en 182/(, de cette circonstance, le jour où dans sa chaire il éleva la voix pour son éloquent collègue (M. Cousin), alors prisonnier de la Prusse. Ainsi chez M. Villemain, même dans Tordre des sentiments publics et nationaux, gradation par nuances avec les années, acquisition croissante sans rupture, modification en mieux sans disparate et sans oubli.
L'enthousiasme littéraire, le seul que nous remarquons d'abord en lui, cette espèce de religion du beau, qui de plus en plus, en avançant, se fondera sur l'histoire, sur la comparaison des littératures, sur l'expérience des hommes et de la politique, ce premier
enthousiasme eut quelques inconvénieiits, quelques superstitions, comme tous les cultes. Je me hààit^ comme on voit, d'entasser sur cette première période de M. Villemain toutes les critiques possibles, parce qu'en effet plus tard, bientôt, sa manière parfaite et achevée va échapper au jugement pour ne laisser que le charme. Un de ces inconvénients, c'est, en écrivant sur les auteurs ou en touchant œrtainc^ idées religieuses, sociales, d'ôtre trop tenté de prendre les I)ersonnes ou les choses par leur surface embellie, par l'expression convenable et consacrée selon laquelle elles se produisent. On peut dire à certains égard» qu'il y a deux littératures, comme dans les antiques écoles il y avait deux doctrines : une littérature officielle, écrite, conventionnelle, professée, cioéronienae,^ admirative; l'autre orale, en causeries du coin du feu, anecdotique, moqueuse, irrévérente, corrigeant et souvent défaisant la première, mourant quelquefois pifesque en entier avec les ocâitemporains. NL Villemain, plus que personne en ce D^sips^ possède les deux. Dans sa première manière, il s'est gardé so%neusement de faire rien passer de l'une dans l'autre. Bayle et Voltaire n'en agissaient pas si discrèteii»»Lt.. Bayle, il e^ vrai, qui, suivant la remarque de M. Villemain, exerçait sa critique sur l'érudition et ^r la philosophie plus que sur le goût, n'y regardait pas de bien près en délicatesse, et Voltaire, par passion, se permettait souvent d'étranges familiarités. Toutefois, dans sa première manière, M. Villemain poussait trop loin le scrupule. L'habitude des discours académiques, qui
cowsîste à revêtir, selon le précepte de BufTon, les choses particulières de termes généraux, se retrouve», à l'absence de certains détails, jusque dans le grand morceau sur Pascal des premiers Mélanges. L'anecdote de la conversation de Pascal avec M. de Saci, et celle de la roulette résolue pendant un violent mal de dents, sont indiquées par alluskm et noblement, au lieu d'être expressément racontées; ce qui pourtant mordrait bien mieux sur l'esprit du lecteur. Plus tard, dans d'admi-^ râbles biographies, telles que celle de Fénelon déjà et celle de Byron enfin, dans ses coure animés d'intéressantes et nombreuses figures, dans ses deux leçons, par exemple, sur Bernardin de Saint-Pierre, M. Villemai» n'a pas craint la propriété et le relief du détail ; il a semblé tout concilier. Après cela, un reste.de conve^ nance traditionnelle l'emporte encore par instants et continue de masquer certains endroits. Il s'est ressouvenu ainsi plus d'une fois qu'il parlait en Sorborme (comme il disait), et il s^'est détourné spirituellement là où son tact pouvait tout oser. Dans sa belle et récente biographie de Byron, il a évité de sonder chez le poète la corruption du cœur et s'est rejeté vite sur la licence d'imagination, quand cette corroption trop certaine, plus approfondie, eût mieux donné à connaître, ce semble, l'abîme mystérieux du génie et les allianceis contradictoires de la nature humaine. Fieutr être a-t-il bien fait, et son goût supérieur l'a-t-il mieux guidé, après tout, que ne l'eût fait un amour insatial^ de la réalité, lequel a aussi ses illusions et ses subtilités plus trompeuses que d^ explications 8im|des. Peu^
être encore est-ce devoir de ne pas tout dire sur les grands écrivains, de voiler un côté faible, petit, inutile, humain, contraire à la statue. Certes Tadmiration, cette âme viviflante de la critique et qu'il importe grandement de transmettre, y gagne; la religion du génie n*est pas violée. Souvenons- nous que c'est dans un recueil dont la moitié appartient à la corruption et aux divulgations honteuses, que répigramme antique a pu dire : Hominem pagina nostra sapit.
La première partie de la carrière littéraire de M. Villemain s'étend assez naturellement jusque vers 1823 ou 1824, époque où il reprit son cours à la Faculté des lettres après diverses interruptions. En 1814, il avait quelque temps été suppléant de M. Guizot pour l'histoire moderne et avait professé sur le xv® siècle. En 1815, il eut la chaire de littérature française et d'Éloquence. Le titre de sa chaire fut tout d'abord justifié par lui; il introduisit dans la critique la vivacité, l'imagination, la biographie, l'histoire; plus ses études s'élargirent et ses idées se fortifièrent, plus son élégante et vive parole, toujours passionnée du culte de l'esprit, grandit véritablement à l'éloquence. On n'a rien conservé des leçons de ces années. Le premier discours d'ouverture imprimé est une revue du xvi« et du xvii* siècle, de 1822. Engagé dans la politique avec M. Decazes, chargé en 1819 de la division des lettres au ministère de l'intérieur, et maître des requêtes, M. Villemain sortit des affaires avec son patron et donna des preuves alors de cette honorable fidélité à
des amitiés politiques, qui est devenue bientôt de la fidélité à des principes (1). Il ne perdit pourtant sa position de maître des requêtes qu'en 1826, destitué pour cause de manifestation au sein de l'Académie touchant la loi de la presse. Nommé conseiller d'État après la chute du ministère Villèle, il donna sa démission au 8 août. Il dut à cet apprentissage précoce des affaires sous M. Decazes ce que le grand usage du monde avait commencé de lui donner, cette merveilleuse faculté de garder, au milieu des distractions et des emplois divers, et à travers mille occupations graves ou épineuses, un esprit vif, alerte, détaché, toujours présent, jamais obscurci, tout au plus capricieux par moments et fugitif; c'est, à lui, sa seule manière d'être préoccupé et appesanti. Ainsi rompu à tous les exercices d'intelligence et se jouant sous des contentions de divers genres, on le voit aujourd'hui à la Chambre des Pairs, au Conseil d'État, au Conseil de l'Université, dans l'administration du personnel qui lui est confié, à TAca-
(1) Je glisse ici un jugement qui se rapporte bien à cette date et à ces années; s*il est sur un autre ton et d'une familiarité plus vive que Tarticle, il n'en est pas moins vrai pour cela : « Il faut avoir connu Villemain dans le temps où, jeune, il avait tout son succès, où il sentait qu'il conquérait par son esprit une position plus grande qu'il n'aurait pu d'abord espérer, et où il avait à monter encore. Il avait le vent en poupe, et il voguait à pleines voiles. Soc amour-propre comblé, quoiqu'il n'ait jamais été satisfait, ne le rendait pas alors aussi malheureux que depuis et le tenait constamment en haleine. Il eut là de beaux jours, de brillantes et merveilleuses soirées. // faisait sentir Véloquence dans la conversatton, et cela sans excès, sans passer la mesure. (Ce dernier mot «st de Salvandy.) »
SW PORTRAITS CONTEIéPORAINS.
demie enfin, être actif et suflireà tout, sans perdre une pointe de son agrément ni la moindre fraîcheur de sa littérature. Pour peu qu'on y pense, cette fleur gardée intacte n'est pas moins prodigieuse que la fermeté d'esprit d'un Cuvier écrivant de la science et de Tanatomie entre deux affaires. Chez les anciens, Cicéron, Sénèque et Pline le Jeune nous offrent seuls des exemples comparables d^une littérature à la fois si abondante et si délicate dans de pareils empêchements : frigidis negoîiis, disait Pline, çuar simul et avocant aninrnm et comminuunt. Mais Pline disait cela avec regret, avec doléance; M. Villemain ne s'en plaint qu'à la légère» et sa littérature sans effort se joue de l'obstacle bien autrement que celle de Pline.
M. Villemain avait publié Cronvwell en 1*820 ; il fut reçu en 1821 à TAcadémie (1), y remplaçant à vingtneuf ans M. de Fontanes. Mais c'est au pied de sa chaire que nous avons hâte de venir. 11 y avait été suppléé dans ses absences par M. Jules Pierrot qui professait le seizième siècle avec sérieux et succès, et dont les leçons analysées ont été dans le temps recueillies. Une fois rentré dans ses fonctions d'enseignement, M. Villemain y demeura jusqu'en 1830. Des trois premières années, on n'a qu'un discours d'ouverture de 1824, imprimé; vers 1826-1827^ d'ingénieuses et transparentes analyses
(1) On a vu là dedans une épigramme, comme qui dirait : « Il eut un non-succès en 1820, et cela lui mérita l'Académie Tannée soiyante. » Je n*y avais pas mis tant de malice, et il n'y avait de ma part qu'une légère erreur, car le Cromwell était de 1819, et non de 1820.
M. VTLLCHAIN. 39»
dans le 6l9be par M. Patsn, et des souvenîra. On a gardé celui des brillantes excursions xlu pr^esBcur dans la littérature italienne, dans les jardins du Tasse, et, entre autres leçoms, d'un dialogue supposé entre deux Italt^s, doDtFun était académicien delà Crusca. M. Berryer assistait à cette plaidoirie d'un noim^au genre, et applaudissait à ces pôles singulièrement amimes, à ces répliques piquantes et subtiles que se donnaît tour' à' tour la même éloquence.
¥ers 4627, par le silence à peu près abeolu des autres cbaires et la KHsette de toute parole publique dont on était afflamé, par la gravité des Cfrcenstanees* qui allaient jusqu'à meuacer l'expression de la pensée littéraire, ^t par lesdéveloppenents^roisBant» du professeur, le Cours de M. Villemain avait pris uwe iflfhienoe immense; x^baeune de ses leçons était un événement et une fête. C'est peu après qu'on se mit ^ les recueillir par la «t^ographie. On en a cinq voîuities» deux sur le moyen âge, trois sur le xviii^ siècle; un sraème volume qui complète ce siècle et en retrace le? commencement, va paraître, refeit de souvenir par l'auteur (1). Chacun, dans cette lecture, peut apprécier la marche du critique, le procédé savant des tableaux, la nouveauté expressive des figures, cette tiiéorie ^rse, dissimulée, qui est à la fois nulle part et partout, se retrouvant de préférence dans des faits virants, dans des rapprochemeaits inattendus, et comme
(1) Au Ueu d*uTi seul vottime, Tauteur en a âonné deux (Î838)^ et il en a fait son chel^d'œiirre.
en action; cette lumière enfin distribuée par une multitude d'aperçus et pénétrant tout ce qu'elle touche. Mais, malgré la révision de l'auteur, combien de qualités mobiles, de composés pour ainsi dire instantanés, ont disparu, ou du moins se sont modifiés en se fixant, et dont ceux qui ont assidûment entendu le maître peuvent seuls rendre aujourd'hui témoignage! Il y a l'accent qui insinuait, le geste qui achevait, la saillie qui osait, qui se reprenait et s'apaisait aussitôt, qui^ comme une vague échappée et prête à faire écume, rentrait tout à coup au sein du discours avec grâce, et la nuance de plaisir et de pensée , et l'impression née de cet ensemble; il y a l'orateur, la merveille ellemême, comme disait moins poliment le rival vaincu du grand Athénien.
L'originalité de M. Villemain dans sa critique professée, ce qui lui constitue une grande place inconnue avant lui et impossible depuis à tout autre, c'est de n'avoir pas été un critique de détail, d'application textuelle.de quatre ou cinq principes de goût à l'examen des chefs-d'œuvre, un simple praticien éclairé, comme La Harpe l'a été à merveille dans les belles parties de son Cours; c'est de n'avoir pas été non plus un historien littéraire à proprement parler, et dans ce vaste pays mal défriché, dont on ne connaissait bien alors que quelques grandes capitales et leurs alentours, de ne s'être pas choisi un sujet circonscrit, tel ou tel siècle antérieur, y suivant pied à pied ses lignes d'investigation, y élargissant laborieusement son chemin, y instituant une littérature historique, scientifique en
quelque sorte, ne reculant pas devant l'appareil de la dissertation, comme fait M. Fauriel pour prendre un excellent exemple, comme doivent faire et font les jeunes et savants professeurs qui, succédant dans la carrière à M. Villemain, veulent être originaux et utiles après lui. Son procédé est autre et tout complexe. M. Dubois dans le Globe (1) l'avait déjà très-bien démêlé. M. Villemain, nourri de Thistoire, de l'antiquité et des littératures modernes, de plus en plus attentif à n'asseoir son jugement des œuvres que dans une étude approfondie de l'époque et de la vie de l'auteur, et en cela si différent des critiques précédents qui s'en tiennent à un portrait général au plus, et à des jugements de goût et de diction, ne diffère pas moins des autres appliqués et ingénieux savants; sa manière est libre en effet, littéraire, oratoire, non asservie à l'investigation minutieuse et à la série des faits, plus à la merci de l'émotion et de l'éloquence. L'histoire, chez lui, prête sa lumière à l'imagination, le précepte se fond dans la peinture. Cette admirable position, qu'il a tenue pendant six années ininterrompues, était singulièrement appropriée au cadre même de la Restauration, à ces générations mixtes, brillantes, excitées en tous sens, à cette jeune croisade empressée d'érudition hâtive et renaissante, d'imagination pleine d'espoir et de générosité trop tôt satisfaite ou déçue. M. Villemain, dans le domaine infini de sa connaissance littéraire, mena à sa suite et à côté de lui cette rapide jeunesse, ouvrant
(1) 7 mai 1828 et ailleurs.
3tt PORTRAITS CONTEBIf ORAINS.
pour elle daos la belle fbrét tittts ou; quatre longues perspectives, làmêma où lesioutes royales des grands Biècles manquaient; mais ees peespeetives^ si beinreiiseneDt /)uveFles par lui et qui aidtaeet.à m^ûafmr. sm glorieuflL^paesage^ se xefemœraîoiit.dârnère, si de noi^ veatiAOL veaus ne travaiUaient à le» tenir Qbresi, à tes limiter et à; les par^ pour ainm dire : c^eet Tticuie naintesant de ne plus travecserla forêt, comme Élisa»beth à Windsor, comme Franqote 1^ en ofaasae brillante daifô oeUftde SkuxtaineUeaUy mais ée s^étabiè' en ii^nieursy hélasi et presque em géomètœs, d^.en mesurer les-côtâs etitoutes les lignesv
Quel art chtzs M. Villemain oonstrmsaii k diaqué moment, souéenait et. rendait vivante oette oampesitioa dfense^em^iLti toujours libre etirewMivelée? comment œt assemblage indéfinissadile de tant dTéléineais iëvecsett fugitifs ne faisait^l jamais fsute, et,, parei aux (Mvms trépieds, s'anîmaitiJl de lut-ménie»} omnmetit se recréaitril sans cesse atvec nouveauté^ etifcalcbem; après la SRxième année comme auwpnmier jpur,^ am regards émerveillés ? G'esÉlà Fiocconparable tatenl^ le ^^ie propre de M. Villemain^, son avt et mm^ œmffre ^ms^ un sens aussi vrai quf^vftlepeutidîre des peétes^
M; Wflemain, quand il ^orit, gagne sans^ do<«ite''eB Infection, en poli, en pensée pNis nourrie et mieux ménagée, mais il y a queltfue>ofao£»qii'il'nfaiplus9 qpnmid il est lui écrivain, il n'^ipae^lui orateur. Le dfoai^je? il songe peut-être à trop de personnes en écrivan^r eo voulant tout concilier, il se tient lui-même en échec, il s*émousse à dessein quelquefœs. Le vif et le mordtant
de ce rare esprit, aa liberté tout entière ne se déploie ou que dans le tôte-à^tête^ ou que devant tous. Devant tous l'instinct remporte « la verve s'en mêle, le mot jaillit. Dans cette chaire où ilmonte avec une négligence qui, pour être extrême, n'est pas disgracieuse, dans cette chaire où il se courbe, sur laquelle il frappe, avec un manque ap{)arent de gravité qui donne le démenti aux préceptes de Cicéron, et qui brave le deformitas agêndi mtexditk l'orateur, écoutez-le I sa voix sonore et chantante avec agrément, mélodieuse et sachant les nombres, a dès l'abord tout racheté. Il se penche, il s'avance des làvres versL'auditoire : si. le premier banc, légèrement, reconnu, ne le préoccupe pas trop, ne le gêne point par quelques ligures peu compatibles et contradictoires, sa parole se lance; il s'inquiète encore de son auditoire sans doute, mais c'est de tous alors et non de quelques-uns. Son esprit alerte et souple donne sur tous les points à la fois de cette demi-circonférence 4pii ondule et frémit d'une rumeur flatteuse autour de lai;.ii nese tient. pas serré au centre, ferme et ramassé euiSfià, comme Bossuet l'a dît.quelque part de l'abbé de Rancé; — non; — il. ne ramène pas à lui impérieusement son auditoire sur un point principal, autour de la monade moi, comme faisait dans aa manière différemment admirable M. Cousin : mais penché au dehors, rayonnant vers tous, cherchant, demandant alentour le point d'appui et l'aiguillon, questionnant et, pour ainsi dire, agaçant à la fois toutes les intelligenoes , allant, venant, voltigeant sur les flancs et comme aux deux ailes de sa pensée; quel spectacle amusant et
actif, quelle étude délicieuse que de l'entendre I quelle révélation, pour qui sait les saisir, sur les secrets de naissance de la pensée littéraire I Et là où il faut se souvenir, sa mémoire vaste, distincte, actuelle, et qui a un certain tour d'invention, devient un nouvel éton nement. De môme que son érudition classique est sans calepin, sa mémoire d'orateur porte tout avec elle; elle égale, je le parierais, celle d'Hortensius; elle n'a pas l'air, je vous assure, de se rattacher du tout aux compartiments du plafond, comme Quintilien le raconte de Métrodore. Si le passage de l'auteur à citer ne se trouve pas assez tôt sous la main, elle le sait tout entier et le récite; elle est inexorable aussi pour les mauvaises phrases et les citations moqueuses; dans l'entraînement de la parole, à force de présence d'esprit, elle lui a joué plus d'une malice : car son irrésistible naturel s'échappe alors; il a ce que les anciens appelaient les jeux de Torateur {dicta, sales), l'anecdote aiguisée, la sortie imprévue, que son masque expressif et spirituel accompagne ; et si la saillie est trop forte, trop hardie (jamais pour le goûtl), si elle a trop porté, il la ressaisit au vol, il la retire, et elle échappe encore; et c'est alors une lutte engagée de la vivacité et de la prudence, un miracle de flexibilité et de contours, et de saillies lancées, reprises, rétractées, expliquées, toujours au triomphe du sens et de la grâce (1).
(1) M. ViUemaiii me parait assez exactement appartenir à cette classe d'orateurs que Cicéron caractérise , à divers endroits de ses œuvres de rhétorique, par ces expressions: « Tenues, Muti, om- « nia docentes et dilucidiora factentes, suhtili quadam et pressa
M. Dubois, caractérisant dans le Globe cette sorte d'éblouissement causé par la parole de M. Villemain, ajoutait avec sa vivacité pittoresque de critique : « Mais « lorsqu'on est aguerri au feu, si j'ose ainsi parler, « c'est alors qu'on est frappé de la fécondité, de la « sagacité, de l'étendue et de la justesse des vues du (( professeur. » Benjamin Constant, dans un charmant portrait de femme, a parlé de ces traits d'esprit, qui sont comme des coups de fusil tirés sur les idées, et qui mettent la conversation en déroute. S'il fallait s'aguerrir au feu spirituel et éblouissant de M. Villemain afin de bien saisir ce qui était derrière, l'idée et le sens du discours n'en souffraient jamais. Pour le prendre au complet et embrasser à fond toute l'étendue de ses ressources dans ce genre de composition oratoire si mobile et si mélangé, notons quatre points principaux, et comme quatre grands camps de réserve qu'il avait su asseoir à distances convenables et où il puisait sans cesse. Déjà maître de l'antiquité et des sources grecques si mal fréquentées en général, ayant derrière lui pour fond de scène ces cimes sacrées, il s'était fait dans l'étude des Pères un autre fonds d'antiquité plus rapproché, et d'une comparaison plus neuve. Introduit pour la première fois à cette lecture à l'occasion d'un JEssai sur VOraison funèbre, qui complète Y Essai sur les Éloges de Thomas, il était tout d'abord allé, selon la nature de son esprit d'abeille , au miel contenu dans
« m'otione limati,..» faceti, florentes etiam et ïeviter ornati,,,, m « narrando venusti. » Il a Vacumen plutôt que le lenitas ou le vis, ce qui, suivant Cîcéron, rend surtout propre à enseigner. II. 22
le tronc de ces vieux chênes. Il bous en a donné tin extrait précieux dans d'éloquentes pages sur les Pères du Christianisme; mais en ne cessant de les relire et de les étudier, il y découvrait chaque jour davantage, et peut-être une histoire des premières sociétés chrétiennes «n pourra plus tard sortir. Voilà déjà deux belles et puissantes positions occupées par M. Villemain, l'antiquité classique et l'antiquité chrétienne : la troisième fut l'Angleterre, Milton, Shak^>eare et les orateurs anglais. Ce nouveau choix est habile. L'Allemagne convenait peu à M. Villemain, il n'a pas mal fait de l'ignorer ou du moins de ne la savoir que par ouï-dire; les questions sur ce terrain mouvant sont peu commodes à aborder; on se perd dans des restes de Forét-Noire. L'esprit net et concis du grand professeur y répugnait et avec raison. En transportant le débat en Angleterre, sur un sol circonscrit et autour de monuments irréguliers quelquefois, mais mesurables et visibles par tous les points, il pourvoyait à sa supériorité de critique, à sa sécurilé de juge. Ehl quel plifô beau rendez-vous de discussion, quelle plus dominante vue sur les tournois littéraires du jour que les balcons de Shakspearel S'il n'y avait eu alors les Auger, Arnault et quelques autres, je pourrais ajouter : Quelle plus inviolable tour pour assister de haut et pour ne se mêler qu'à son heure au combat I Enfin, comme quatrième et essentielle position, M. Villemain se poru au cœur du moyen âge par ses études sur Grégoire VII. La gloire historique, qui, d'après l'exemple d'Augustin Thierry, le tente noblement, et qui est en effet le seul
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vœu d'agrandissement légitime qu'il ait à former,, lui suggéra ce sujet et ces travaux, d*où il retira incidemaient tant de profit pour sa critique littéraire. On conçoit donc qu'avec ces quatre réserves ainsi ménagées sur une base étendue, M. Villemain, critique et professeur, pût se procurer à tout instant, de quoi qu'il s'agît, le secours de maintes comparaisons, de maints rapports piquants ou lumineux : sa célérité volait d'un camp à Tautre; il s'y repliait sans peine au besoin, et, pour dire un mot qui n'est guère de sa langue choisie,^ il s'y ravitaillait toujours. Chez beaucoup de critiques de coup d'oeil ferme d'ailleurs et pénétrant, les spécialités trop isolées ou trop ramassées ne donnent pas autant de champ et d'horizon. Si sur quelques-uns de ces peints isolés, d'art principalement, M. Villemain ne nous semble ni assez prompt, ni assez formel, c'est que le parfait critique, comme Çicéron l'a dit de l'orateur, est impossible à trouver.
Dans le plein du succès de M. Villemain, un jour d'été de 1827, vers la fin du ministère Villèle, un auditeur s^était glissé dans la foule, quelques instants avant l'entrée du maître ; mais il s'était mal dérobé aux regards, en s'asseyant bien vite sous la statue de Fénelon. M. de Chateaubriand entendit M. Villemain parler de Milton, de ce Paradis Perdu qu'il traduit aujourd'hui, et qu'on attend. Une ou deux allusions bfen naturelles et inévitables jaillirent du front du grand aveugle biblique et vinrent en plein se refléter sur celui du chantre des ckrétiennesr amours. Des appiaudissenients inextinguibles solennisèrent ce mo-
ment, où tant de jeunes yeux brillaient d'étincelles et de larmes ; c'était aussi un serment de liberté et d'avenir. La salle entière se leva, la statue de Fénelon dénonçait l'idole. Fontanes, de quelque endroit du plafond, regardait ses deux amis, et jouissait, mais s'étonnait de tant d'audace.
M. Villemain n'est pas poète; il a probablement fait autrefois de jolis vers latins. Je ne sais de lui que deux vers français, et encore, comme c'est un début en vers croisés, ils ne riment pas. Mais comme tous les grands critiques, il a son poëte, et ce poëte c'est M. de Chateaubriand. Après l'antiquité grecque ouchrétienne, aprèsson moyen âge etShakspeare, il est un lieu où M. Villemain, professeur, a toujours aimé toucher vers la fin du discours, comme on arrivait avec joie près du temple de Delphes, sur ce terrain sacré où cessaient les guerres. Tout ce culte de l'imagination, qui est la vertu, la foi, l'éloquence du critique, il le transporte, parmi les contemporains, sur M. de Chateaubriand. M. de Lamartine seul a partagé quelquefois les honneurs de ces citations toujours certaines et applaudies. M. Villemain aime donc M. de Chateaubriand, etc'est un trait de son talent de critique. On est heureux, dit-il, de le connaître, de vivre de son temps. On comparait je ne sais plus quel style de nos jours à celui-là : « Oh! ne touchez pas, » s'écria-t-il, « aux armes de Roland. » Après quelque intervalle, quelque refroidissement peut-être, dû à la politique, à la première rencontre, en entendant de nouveau des accents de cette prose cadencée dont parla si bien Fontanes, tout est oublié, tout se ravive; Tad-
miratioD refleurit plus jeune. Il dirait volontiers, comme Pline : « Mais ne serait-ce pas une indignité, qu'on « ne pût admirer à son aise et tout haut un homme « digne d*admiration, parce qu'il nous arrive de le voir, <( de le connaître et de le posséder? » >CJe ne crois pas inutile de noter quel fut le rapport exact de M. Villemain avec les jeunes écoles dites romantiques, qu'il côtoya sans trop les coudoyer jamais, et en les accostant quelquefois. Le Giobs, par M. Dubois et quelques autres, épousait tout à fait M. Villemain , et paraissait s'entendre avec lui sur la mesure des renouvellements et le maintien de l'art. Mais M. Villemain se détachait nettement de ceux du Globe qui parlaient avec peu de révérence de la langue courtisanesque de Louis XIV, qui traitaient cavalièrement le grand style de Bossuet, et faisaient bon marché de Toriginalité française. Il les a réfutés plus d'une fois indirectement , et , dans ses belles leçons sur le xvii« siècle, il fut constamment préoccupé de parer à la familiarité de leurs paradoxes. Sa méthode en ces occasions était merveilleuse d'habileté et de goût : il avançait toujours en paraissant n'être que sur la défensive. Ses bons alliés les classiques n'ont jamais fait tant de chemin en un jour que quand il tient pour eux. Mais ses adversaires n'y gagnaient pas; sa critique avisée et flexible s'emparait, se prévalait avec tant de célérité de ce qu'il y avait d'incontestable alentour, qu'elle semblait l'avoir pensé en même temps; sa concession se dérobait derrière une objection presque toujours évidente et qui portait coup. J'ai remarqué cela ail-
leurs encore, dans sa causerie, à propos surtout des déçussions du romantisme poétique. Quand il vous combat, magicien habile qu'il est, par un aimant secret et invisible, il attire à lui tout Tor de votre armure; il ne vous reste, si vous n'y prenez garde, que i'étain et le cuivre. Toute la part de bonnes raisons que vous aviez a passé chez lui, tant il est prompt à entendre, à devancer, et vous êtes réduit à Tassertion absurde. Cette école du romantisme poétique ne fut d'ailleurs qu'à peine touchée dans son Cours; il l'éluda dans sa charmante et judicieuse leçon sur André Chénier. Il l'a éludée depuis dans son article sur M. Nisard, où la question revenait se poser. Il fut d'ordinaire, à l'égard de cette tentative, non répulsif, attentif plutôt, bienveillant, légèrement douleur, ou même moqueur avec grâce. S'il lui arrivait de s'écrier comme Pline, dont j'aime à citer le nom près de lui : « Magnum proventvm poetarum anma hic attulit. Cette année a fourni une ample moisson de poètes, » ce serait avec un sourire d'aimable raillerie » et non e» homme qui se pique de faire et de réciter à son toar des bendécasyllabes. La suite n'a pas dooné tort à sa justesse prudente : mais n'aurait-il pu cependant se prononcer un peu plus sans mécompte? Au reste , ce rôle de critique actuel, de journaliste contemp(H*un, siérait mal à un maître illustre; il a mieux à faire qu'à s'employer à ces fatigues d'éclaireur, à ces hasards d'avant-garde. Quand il a écrit dans ks journaux, soit en littérature, soît en politique, il y a moins réussi qu'en tout autre genre. Il improvise en parole, mais il
M. VILLEMÂIN. S9lc
n'improvise pas au courant et à la pointe de la plume. Bien que la facilité d'exécution soit un des caractères de ses pages les plus achevées, la négligence forcée, et Taudace agressive, et le diagnostic décisif et souvent scabreux de la polémique politique ou de la critique littéraire courante , ne sont pas son fait. A lui la richesse qui ne trompe pas. Son inspiration , sa gloire , c'est d'étudier, de ranimer et d'éclairer les monuments accomplis des âges.
Je lui reprocherai pourtant, dans les belles routes où il marche, et sur un exemple récent, cette inclination paardale à guider son cortège vers les génies les plus fréquentés , et son faible de consulter d'avance, et de ne jamais étonner ni redresser, dans ses jugements sur les poètes, les sentences de la faveur populaire. En son bel article sur Bypon, déjà cité, il offense, il évince presque en deux mots du rang des vrais poètes le tendre et iwofond Cowper, le sublime Wordsworth; il les rejette négligemment parmi les esprits singuliers et maàadifs, êtres saiks puissance sur l'imagination des autres hommes. Pour nous, aux yeux de qui Byron, si nettement saisi par M. Villemain, ne semble pas moîm singulier qu'eux et moins bizarre, nous souffrons d'une dispensation si inégale de la part du critique fait piour donner la loi à ces Ombres flottantes du public des poètes, encore plus que pour la suivre. Non, l'auteur de Michaél ou du Vietix Mendicmt du Cumberland (pour prendre au hasard de courts et endianteurs poên^es) n'est pas inférieur à Byron en géùie simple, en pein^ ture naturelle et profonde, comme il l'est en gloire».
Non, dans les arts, dans la poésie, non plus qu*en diverses matières humaines, le succès n'est pas la bonne mesure, et Papplaudissement soudain, décerné à bon droit à quelques-uns, ne prouve pas contre la lutte ou l'isolement prolongé de quelques autres. Les beauxarts et la poésie, dans toute une partie essentielle, sont et doivent être des industries singulières et par un coin secrètes, des initiations, à certains égards, d'esprits merveilleux, des savoir-faire dédaliens, où n'atteint pas le grand nombre , mais à quoi il finit par croire, sur la foi de son impression sans doute, mais de son impression dirigée et quelquefois créée par les critiques et connaisseurs. À cela M. Villemain , entre autres raisons plausibles, aura à répondre que de telles distinctions, en les supposant quelque peu vraies, sont du cabinet et de Tatelier bien plus que de la large scène de l'enseignement, et qu'elles s'adaptent mal au point de vue de la critique distribuable à tous et de l'amphithéâtre.
J'en finis avec ces chicanes qui ne portent, on le voit, que sur des détails très-secondaires dans le développement et l'œuvre si riche de M. Villemain. A qui conviendrait-il mieux d'en reconnaître l'influence et le profit, qu'à nous en particulier, qui de plus, dans notre faible rôle, l'avons rencontré toujours si ami, si indulgent? Combien de fois, au temps même de ces Cours nourrissants où nous nous rafraîchissions avec toute la jeunesse, vers 1829, encore émus de sa parole que nous venions de quitter si éloquente, ne l'avonsnous pas retrouvé, esprit tout divers et inépuisable de
grâce dans des causeries nouvelles? J'ai souvenir de quelques promenades d'alors et de bien des discours sensés, fleuris, mélancoliques un peu, car il était triste, par ses yeux souffrants encore, par les désirs contrariés d'un bonheur qu'il a depuis trouvé dans le mariage, par les circonstances publiques enfin. Ce n'était ni verve ni saillie éblouissante, mais quelque chose de plus doux; une pensée perpétuelle sans effort, de l'animation sans fumée ni flamme, la proportion juste des idées, chaque objet saisi à son point et avec détachement, tout lenonchaloir des loisirs. Des souvenirs bien assortis, des citations piquantes ornaient le sérieux sans le rompre. Rencontrait-on en passant des roses odorantes, il lui échappait quelque distique de Martial sur les roses (1), et l'entretien reprenait, assez pareil, je me figure, si on avait su y donner la réplique, à ces belles formes de conversations morales, entremêlées aussi de vers, qu'affectionne Cicéron, pendant les intervalles du Forum, pendant les heures tristes de la patrie. M. Villemain n'a pas fondé d'école, à proprement parler. Ce mélange, cette construction élégante et savante d'idées, de faits nombreux, d'aperçus et de rapprochements, n'avait d'unité qu'en lui, et s'est comme
(1) C'était peut-être ce passage- ci : Ut rosa delectat, metitur quœ pollice primo; ou cet autre : Sutilibus sertis omne rubebat iter; ou peut-être enfin :
Rara javant; primis sic major gratia pomis : Hibernœ pretiam sic meraere rosœ;
à moins que ce ne fût quelque chose, non de Martial, mais des Boses d*Âusone.
M PORTRAITS CaNTEHPORÂINS.
diiq>ersée' au momem où il s'est tu. Mais tous ceux qui en étaient dignes y ont partieipé par quelque endroit prédeux, et quiconque l'a entendu est son élèye. Parmi les hommes qui, pr^ue contemporains de M. Villemain, semblent briller d'une nuance radoucie de son talent, je ne veux pourtant pas oublier ici un maître bien goûté de ceux qui l'approchent, et qui soutient une partie du difficile héritage. M. Patin, qui analysait le Cours de M. Villemain dans le Globe, qui débuta après lui par des couronnes académiques, a porté dans la poésie latine qu'il professe un sel délicat et rare , une urbanité élégante et simple, une aménité de parole où l'art disparaît, pour ainsi dire, dans une décence naturelle. On peut apprécier par lui certaines quali^ fines de M. Villemain , qui se trouvent là comme séparées. Pour se dire combien M. Villemain tranche par sa critique avec la manière et le fond de l'école philosophique du xviii* sfecle, qu'on essaye de comparer un mènent M. Patin» dans sa fleur de Grèce et de Fénelon, avec les procédés et les inspirations de Vîctorin Fabre» » dernier élève sérieux de l'autre école (1).
(i) Le dernier maître de l'école du x\uf siècle , et certes le plus sagacc , le plas docte de tous en diction , M. Daunou, a quelquefois examiné les ouvrages de M. Villemain ; un tel jugement n*est pas sans intérêt à consulter. (Voir dans la Tribune , fondée par MM. Fabre vers 1828, des articles non signés sur le Cours de M. Villemain, et dans le Journal des Savants de 1823 Texamen de ht traduction de la Républiqw.) J'indiquerai aussi, pour qu'on puisse compléter ces jugements l'un par l'autre, un article approfoa<^ du critique allemand Neumann. (Écrits de Neumaim; Ber-> lin, 1834, dans le premier volume.)
Le discours que M. Villemain a mis en tête du Dictionnaire de l'Académie touche à une infinité de questions, les pose et les retourne sans avoir la prétention de les vider ; ce n'eet pas à dire pour cela qu'il les ^kire moins. Ce discours devra donc fournir matière à plus d'une discussion approfondie dont nom ne nous sentons pas ici le goàt ni la force. Les uns trouveront que Tauteur a trop peu accordé aux conjonctures politkiu^ dans la fixation d'une lang«e, et trop à ua certain sens intérieur, à une âme fomoatriee, non défink. Les autres lui contesteront la préférence décidée quMl décerne à la prose du xvn« siècle sur celle du xvra®, et en général au premier grand siècle des lit^ratures sir !e second. Il y en a qui lui reprocheront d'avoir trop inédit du fond actuel de la langue, de s'être t»q> méfié de ses ressources , d'avoir fiait trop facile part à u«e dure nécessité de décadence. On pourra troun^r «ncore qu'il s'est complu à élever un périst^e bîon svelte et bien gracieux, en tête d'un Dictionnaire qin, par sa nature , est plutôt (un produit et un meuhle vch lumineux d'utiHté qu'un monument. Ce qui demeure ' pour nous certain , c'^st que si AL Villomain n'a pas fait une dissertation, mais un composé, comme l'est en général sa critique, de vues, de traits choisis, d'anecdotes significatives, d'inductions arrêtées à temps, il n'a jamais réussi mieux, et n'a nulle part plus ingénieusement combiné les connaissances de tous genres, les ménagements intelligents et les prévisions insinuantes. Il y a dans ce petit chef-d'œuvre quelque chose du secret des artistes, l'arrangement qui échappe à toute dd-
composition, cet enchâssement créateur que les anciens comparaient volontiers au bouclier de Minerve. L'impression qce je tire de cette lecture, c'est que, quand le fond de la langue est chaque jour remué, grossi, déplacé, quand la synonymie inutile y abonde, quand les disparates de tous genres et mille affluents peu limpides s'y dégorgent, qu'importe? l'exception est toujours possible, et il y a raison de plus, aux esprits qui ont le sentiment éveillé, de se garantir près des sources, et de combattre, non en préchant, mais en pratiquant. Dix justes sauvaient une ville : un pareil nombre de bons, et, s'il se peut, d'excellents écrivains, ne suflSrait-il pas à sauver une époque? Travaillons donc, selon notre mesure, à approcher de ceux-là; travaillons à en être, à garder l'art, le style, le bien -dire. C'est une belle tâche à remplir encore, sentant sur soi , comme on fait, le poids du passé, autour de soi la confusion et la cohue du présent, puis hors de là, en avant, au loin, les incertitudes d'un avenir également inquiétant et redoutable, soit qu'il aille en cela à un déclin qui saura mal discerner, soit qu'il doive ressaisir une gloire nouvelle qui éteindra son aurore.
Janvier 1836.
— Arthur, roman; 4 836. —
La poésie, pour les esprits qui la savent goûter, a cela, entre autres choses, de séduisant, qu'à la fois c'est dans cette sphère qu'on a le très-grand, et aussi que le simplement distingué n'y est jamais perdu ni confondu. Le commun seul y répugne et y est honni. Non pas qu'il n'essaye. Dieu merci ! assez fâcheusement • et abondamment de s'y introduire; mais on s'y laisse moins prendre qu'ailleurs; on l'y sent tout aussitôt sous les déguisements et les emprunts qu'il tente ; on le rejette avec dégoût, ou plutôt il va naturellement au fond; et, tandis que, sous l'écorce de la prose, bien des talents équivoques en qualité surnagent, tandis qu'ils atteignent à une contrefaçon assez difficile à démêler, et qu'avec le travail , l'instruction , l'imitation de ce qu'on lit, la répétition assez bien débitée de ce qu'on entend, avec tous ces mérites surchargés, on parvient souvent à une sorte de compilation de fond ou de style, décente, et qui fait fort honnête contenance, en poésie la qualité fondamentale se dénote aussitôt, la substance des esprits s'y fait toucher dans «. " 23
le plus fin de l'étoffe; aussi très-feu suflSt pour qu*orï ait rang, sinon parmi les grands, du moins^entre les délicats, et qu'on soit, comme tel, distingué de la muse, de cette muse intérieure qui console : ce qui , j'en conviens, n'empêche pas d'être parfaitement ignoré du vulgaire, comme disent les- poètes, c'est-à-dire, du public. Nous craignons que ce ne soit là im peu le cas de l'auteur du roman à! Arthur. M. Guttinguer, vraie nature délicate et poétique, a été jusqu'ici fort apprécié de ses amis; et, quoique nous pensions depuis Ibngtemps de lui. ce que nous allons en écrire^ nous ne l'aurions peut-être jamais exprimé publiquement; sans l'occasion de ce roman d*Àrthur, de peur^ d'ua semblant de complaisance. Mais cet Arthur, qu'un hasard heureux, une saison plus recueillie^ a laissé écrire avec plus de soiaet de suite à un homme du monde redevenu chrétien; ce romanv bien fait pour plaire à beaucoup, nous permet de parler, selon notre cœur et notre goût, d'un poète aimable, d'un des naturels les plus charmants de ce temps-ci, et auquel il n'a manqué que le travail et4'bal^ne.
M. Ulric Guttinguer, p^ son âge et ses débuts^ remonte aux premiers temps de notre réveil poétique. Très-Français et très^Normand malgré l'origine alle^ mande de son nom, lecteur d'Oswald et de René, il était de ces âmes que l'élégie et la romance de Millevoye attiraient plus que les joyaux de Tabbé Delille, et auxquelles la voix de Lamartine et de Victor Hugo est venue apprendre ce qu'elles pressentaient , ce qu'elles soupiraient vaguement. Il s'est trouvé tout aussitôt au
IL OUTTINGUER. 9»
coarast de cette insfàrattoimouTelle) qu'il n'aurait pas découverte , mais qu'il a saluée du cœur e^ reconnue^ pour sienne. Il a peut-être à se plaindre du sort, d'ôtœ venu ainsi un peu trop tôt et .de n'avoir pasioiuué son talent selon une seule et môme^veifie. Aa restev homouB du monde, et trè^-^emidalDle à oe qneles lécteuts pourront voir dans Arthur, le travail et v l'idée de la gloire ne furent que des éclairs dans une vie donnée plutôt aux sentiments et aux émotions. Poésie et amour se confondirent toujours à ses yeux, et c'est .de lui, dans une Épître à Victor Hugo, que sont ces vers q^e j'aime à citer comme la devise du poète élégiaque , et qui le peignent lui-même tout eûtier :
II est aussi, Victor, une race bénie
Qui cherche dans le monde un mot mystérieux,
Un secret que du Ciel arrache le génie.
Et qu^aux yeux d^une amante ont denmndéme»i yeux.
Tout ce qu'il a écrit avant ce roman d'Arthur pourrait se renfermer dans cette épigraphe de Lamartine :
Ce qu'on appelle nos beaux jours N'est qu'un éclair serein dans une nuit d'orage, Et rien, excepté nos amours, N'y mérite un regret du sage.
Compatriote et de cette famille poétique de Vauquelin de La Fresnaye, de Raoan et de Segrais^ il aurait aimé du premier, s'il l'avait connu, le tendre sonnet de Domite et d^Amaranthe; la paresse élégante et le goât sans travail du second lui semblaient dévolus, et il
eût bien été capable de dire en une idylle, si Segrais ne Tavait fait déjà :
0 les discours charmants! ô les divines choses, Q:s an jour disait Araire en la saison des rosesl Doux Zéphirs, qui régniez alors dans ces beaux lieux, N'en portâtes-vous rien aux oreilles des Dieux?
11 a publié en divers temps plusieurs recueils de vers. Si quelques notes s'en retiennent, ce sont celles qui s'échappent des cordes du sentiment. Ainsi à propos de Jumiéges et des souvenirs galants qui se rattachent à ces abbayes normandes :
Oh ! non, c'est le nom d'une femme, D'une femme et de ses amours; Antique faiblesse de l'âme, Que rame retrouve toujours (4).
Un volume de Mélanges poétiques de M. Guttinguer parut en 182&, avec une Épître de M. de Latouche, qui servait d'épilogue. Le spirituel et malicieux introducteur, dans cette pièce , une des meilleures qu'il ait écrites, disait :
Qui? moi! du crayon rouge, attribut d'un censeur. De vos vers nonchalants affliger la douceur! Sur des rimes sans faste et sans art enlacées. Laisser tomber, pédant, la règle aux mains glacées I
(1) Alla&ion à Agnès Sorel, dont le cœur était conservé à Jumiéges. — Une romance de M. Guttinguer, La Suissesse au bord du lac, est devenue tout à fait populaire à Lausanne et aux environs; il y a quinze ans, toutes les demoiselles vaudoises la chantaient dans sa primeur : il est vrai que la musique aussi en est charmante.
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Vos accents imparfaits savent-ils émouvoir, Plaisent-ils? vous savez tout ce qu'il faut savoir. Vos vers sont comme vous, à la gène indociles, Volant près des amours sur des routes faciles. Laissez-les, croyez-moi, sans trouble et sans tourments. Grandir sous les lambris de yos châteaux normands.
Gomme un pommier ses fruits, laissez tomber vos vers» Ils ont« demi-formés des mains de la tendresse, La grâce et les défauts, enfants de la paresse. Allez flatter Agnès de couplets caressants, Les échos neustriens rappellent vos accents ; Et le soir, suppliant au seuil de la coquette, Sommeillez sous le myrte, et rôvez-vous poëte. Nos journaux vous font peur? Eh! qui va s'informer Qu'un amateur de plus s'abandonne à rimer?
Publiez-les vos vers, et qu'on n'en parle plus (4 ) I
Je ne sais si Ton parla beaucoup de ces vers, mais le poëte, mais son âme, encore plus que ses écrits, était connue et goûtée des maîtres. Nodier, Hugo, de Vigny, l'appréciaient comme un de ces confrères choisis qui nous sont à eux seuls un public aimé, comme un de ces trouvères heureux qui sentent toujours, qui expriment quelquefois. Il me fit surtout l'effet, quand je le connus, de l'homme sensible {the man of feeling), égaré dans les voies romanesques, pratiquant l'élégie et en ayant tous les accents :
Du besoin du passé notre âme est poursuivie, Et sur les pas du temps l'homme aime à revenir.
(1) Millevoye a dit beaucoup moins bien la même chose en quatre vers, — mais il Tavait dite avant Latouche*
402 PORTRAITS GOIfTBMPORAINS.
Il manque au jour présent .d& la plus 'belle vie L'^apérance «trie souiPeair.
C'était dans la poésie, comme oa valent ëefeame, le talent ne survivant jamais^à Témotion^ le début toujours vrai et parfois puissant, des traits faciles, et bientôt la fatigue, et le vers libre pour se soulager, et pas de conclusion. Plus d'une Ae ses élégies peut se rapprocher de celles de M*« Desbordes-Valmore. Geci est surtout vrai d*«n mince Tecueîl imprimé (1), mais inédit, distribué et non vendu, sans titre, in-S*», sur grand papier, vrai idéal d'impression comme en doit souhaiter pour ses^râArie.coftdis.tOttt poêle amoureux, délicat et dédaigneux. Le nôtre y avait râmi^n certain nombre d'élégies qui composaient l'histoire d'une passion, alors encore brûlante : il y en a de belles, et jd' admirables. surtout. au fdébiit, — comme un cri :
lis ont dit : a L'amour passe, et sa flamme est rapide; « Le plaisir le plus doux, toujours suivi du vide,
oc Laisse au cœur un vague tourment! » < Et nous, qui /dans Tamour cofisamoas nos journées, Nous, qui de nos regards vivjdoQ&des.aiméBS,
Nous disons : Ce n'est qu'un moment 1
Et lorsque du départ vient Pheuré inexorable, Plus épris, :pluffibrûlaiïls^ Tirresse «derable
Où rameur longtemps nous plongea; Indignés et surpris du temps qui nous réclame, Sortant comme d'uir rêve avec la mort dans l'âme
Tous les deux nous disons : Déjà!...
(1) Chez Fournier» 182».
M. GUTTfNGUER. t|OS
As-tu des mots, dis-moi, pour ce bonhear immense? Mm je n'en trouve pasi Ush^son «onfu» s'^^noe,
Stérile, hélas l et^sans vigueur.
Alors,. désespéré, je garde le silence.
Mais l'hymne est au fond de mon cœur!
Là se disent des chants inconnus à la terre,
Des chants trop forts pour Thomme, et que Thomme doittatre.
Des chants que le Ciel envlrait!
Celui qui, les sachant, trahirait leur mystère,
Sans doute, en les disaQt, inourrait !
Tout ce que la parole !t»f«Dte de tendresse^ Ce que disent les yeux et ieur vive caresse,
La voix, le sourire et les pleurs, De ce divin langage et des mots qu'il t'adresse
N'égaleraient pas les douceurs.
<}ue de regrets, ô ciel! sî lu iie <peiix eefuprendre, Hélas! que par des mots, ce langage si tendre
Et cet hymne consolateur!
Mais non; car sur ton sein j'ai cru souvent entendre
Les mêmes accents dans ton cœur.
Et cet autre début d'explosion passionnée :
Oh! pourquoi dans tes yeux cette douleur rêveuse,
Ce trouble en tes discours?
Tu m'aimes, je t'adore, et tu n'es pas heureuse!
Qu*ai-je fait de tes jours?
Nous passons dans le monde étrangers, à sa joie,
L'un vers Fautreattirés; De crainte, d'espérance incesswnment la proie,
Unis.r. et séparés!
La pièce intitulée^ies ÉioUes, iqui Jtk'a d'ailleurs rien
de commun que l'objet éthéré avec la méditation de Lamartine, est un chef-d'œuvre d*élégie idéale, sauf une faute de grammaire au milieu qu'il serait bien aisé de corriger : notre tendre poëte sait mieux en effet la guitare que la grammaire , et il s'est mépris à la règle des quelque (1).
(1) Je prends sur moi de corriger la faute, et je cite la pièce que le désireux lecteur ne saurait où trouver t