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LES ÉTOILES

Tandis que la nuit embaumée

Nous dérobe aux yeux des humains,

Viens, regarde, ô ma Bien-aimée,

Ces Cienx , livre de nos destins.

A travers ces limpides yoiles

Que l'ombre jette autour de nous ,

Vois-tu ces riantes étoiles?

A.utrefois j'en étais jaloux.

Car, dans les songes de ma vie,

J'ai vu des Anges dans l'azur,

Et contemplé d'un œil d'envie

Ce Ciel et si grand et si pur!

Aujourd'hui la terre est trop belle.

Je n'en détache plus les yeux,

Je t'y vois, et crois dans ces lieux

Commencer la vie immortelle.

Dans leur immense majesté

Lis-tu quelque profond mystère? *

Sens-tu, comme moi, qu'à la terre

Ton destin n'est pas arrêté?

Crois-tu qu'une race inconnue

Peuple ces mondes radieux?

Sont-ce des Anges ou des Dieux?

Et toi 1 duquel es-tu venue?

Da plus beau, je n'en doute pasi

De quelque éclat que Dieu l' honore ^

Des yeux t'y cherchent ici-bas ,

Chère Amour, on t'y pleure encore I

De quelques fleurs qu'il soit paré,

Si riantes que soient ses voies,

Aisément lié par sa promptitude de cœur, sa dévotion pour la poésie et sa jeunesse d'imagination, avec les générations survenantes, M. Guttinguer a mérité, vers 1830, de son ami Alfred de Musset, ce poétique hommage qui commence magnifiquement ainsi :

Ulric, nul œil des mers n'a mesuré l'abîme, Ni les hérons plongeurs, ni les vieux matelots : Le soleil vient briser ses rayons sur leur cime, Comme un guerrier vaincu brise ses javelots I

Ainsi nul œil, Ulric, n'a mesuré les ondes De tes fortes douleurs, etc.

Moi-même, entré dans ses confidences d'alors, ému de ses souvenirs plus que des miens, j'ai rêvé avec lui, près de lui, sous ces ombrages qu'Arthur sait si bien décrire, un grand roman poétique et qui était déjà commencé, quand Juillet est venu pour toujours l'interrompre : c'était un de ces romans de loisir et que la Restauration seule pouvait encadrer. Je demande d'en citer un passage (prose et vers), qui me semble fidèlement reproduire l'impression élégiaque sous laquelle j'avais conçu le héros. Ce héros, qui n'était autre qu'Arthur, qu'Ulric lui-même, ^'exprimait ainsi dans

Il doit à ses célestes joies Manquer ton regard adoré.

Détourne , oh ! détourne la Tue De ton étincelant berceau, De peur qu'une voix dans la nue Ne rappelle un Ange si beau.

Ta carrière n'est point remplie; Mon sort est toujours dans tes jeux :

Attends , et que le Ciel t'oublie Quelque temps encor dans ces lieux !

le prélude du récit de ceUe passion dernière qui l'ailait envahir, XBais qui se> dérobait encore comme sous un léger rideau de saules, au l>ord de son beau fleuve normand : '

« L'avouerai*je pourtant? je n'étsùs pas malheureux « alors; je commençais à me fatiguer du tourbillon <( où mon inconstance m'avait entraîné, et à croire (( qu'il était temps de songer. à une demirretraite..< Je (( me plaisais à mes maux, âmes pleurs, au faible <( murmure de mon repentir. Mon léger dégoût des (( choses était presque un plaisir de vanité pour moi, « parce qu'il semblait m'avertir que j'avais tout goûté. « Sage comme je m'imaginais Têtre, je n'avais plus a d'autre vœu qu'une société choisie et moins éparse, <( ma famille, la campagne sans l'isolement, quelques <i livres , surtout la poésie , celle qui répondait à mes « besoins, à mes sentiments, et çà et là encore, non « loin de moi , quelque liaison délicate et tendre , pour « achever d'aimer. Voilà ce que me faisait inventer de « chimérique, comme réforme et premier retour au <( bien, une morale riante et mondaine, rigide en hon- « neur, en amitié, mais sur le reste accommodante et <( fragile. Je trouve, dans les poésies que je laissais « échapper alors, une pièce qui me paraît exprimer à <( merveille cette situaticm démon âme, et que, pour « cela, je veux placer ici :

STAWCES.

« Par ce soleil d'automne, au bord de ce beau fleuve, Dont l'eau baigne \e& bois que ma jnain. a plantés,

Après les jours d'ivresse, après- les jours d*épreuTe, Viens, mon Ame, apaisons nos destins agités;

Viens, avant que le temps dont la fuite nous presse Ait dévoré le Iruit dea^enmèfts 6ai8Oii0« Avant ^tt'à nos n)giurés>ia^biume qu'il abaisse Ait voilé la blancheur de& vaaftes horizons,

Viens, respire, ô mon Ame, et, contemplant ces lies Où le fleuve assoupi ne fait pins que gémir, €herche en ton cours errant des souvenirs tranquittts Autour desquels aussi ton flot puifise dormir.

Dépose le limon qu'a soulevé Torage; Uablme est loin encore, il nousiaut l'oublier; n nous faut les douceurs d'une secrète plage : J'attache ma nacelle au tronc d'un peuplier.

Hélas t dans ces jardins dont j'aime le mystère, <}ue de jours écoulés, sereins ou nuageux! A midi sur ce banc s'assoit encor mon père ; Mes filles ont foulé ces gazons dans leurs jeux.

Scms ces acacrias, ies ptéds dans la rosée. J'ai quelquefois, dès l'aube, égaré la beauté : L'oîseou chantait à peme, et la fleur repesée Assemblait 'un povfum ichargé de volupté.

Après bien des détours dans l'ombre ^et sûr latmnim liaupore avecile jour ameoaities aéievx : bfin>^aie disant dmnam, qu^m voix 'était douce ^e lotn^en fa quittant, jcf4a*snivais des yeux!

Puis je tm'en refrénais, solitaire et* superëe, iReoevantle soleil et Fair par tous mes sens, "Gueilkint 1er lrai#^ bouton, ramassant le brin d herbe^ ISX le ^TBnr inotfdé'dliarmonieux accents.

^¥oici tottjouvs les lieax, tes^ places 4rop'€onmie^

Et Tombre comme hier flottant dans ce chemin. Vous toutes, seulement, qu'êtes- vous devenues? Et quelle autre, à mon bras, doit y marcher demain?

Je n'ai point passé l'âge où Ton platt, où Ton aime; Mes cheveux sont touffus et décorent mon front; Les regards de mes yeux ont un charme suprême. Et, bien longtemps encor, les âmes s'y prendront.

Mais que pour cette fois ce soit une belle ^me. Tendre et douce à l'amour, et légère à guider, Qui déjeunes baisers rafraîchisse ma flamme, Me couvre de son aile et me sache garder;

Qui des rayons de feu que lance ma paupière Réfléchisse en ses pleurs la tremblante clarté. Et, sans orage au ciel, sans trop vive lumière, Se lève sur le soir de mon rapide été!

Que l'oubli du passé me vienne à côté d'elle; Que, rentré dans la paix, je craigne d'en sortir... Que cet amour surtout, bien que noble et fidèle. Au cœur pieux des miens n'aille pas retentir (4)1»

(1) Puisque j*ai remué des feuilles oubliées, j'en tirerai encore un seul passage qui servira à encadrer une autre élégie : la passion qui va saisir le héros en est déjà aux préliminaires; c'est lui toujours qui raconte :

« ... Le dimanche, elle recevait volontiers du monde de la ville; « j*y fus invité , par un petit mot de sa main , pour le second di- « manche qu'elle y passa : il ne devait y avoir que moi, m'écri- « vait-elle. Je n'étais jamais allé à Groscy, ou du moins je n'avais « fait qu'entrevoir la maison à travers la grille, et côtoyer le parc, « en m'en revenant à cheval de chez un de mes amis qui demeu- « rait dans les environs. Toujours j'avais admiré la solitude da « lieu , l'épaisseur du bois , et , plus d'un soir, descendant au pas « le sentier couvert qui mène au vallon , respirant les parfums de « seringat qui m'arrivaient par bouffées avec la brise, il m'était

M. GUTTIN6UER. 409

Pour achever ces indiscrétions sur l'auteur d'Arthur, je dirai que, si celui de Volv/pté l'avait connu , il sem-

« venu à Tidée soas ces ombrages un roman selon mon cœur. De- « puis que j*en connaissais Thabitantet ces souvenirs m*ayaient K repris ayec plus de yiyacité, et, la veille du fortuné dimanche, « Us ne me laissèrent pas un moment de cesse que Je n'eusse écrit « les vers suivants :

Eh quoi? ces doux jardinf, cette retraite heureuse. Qui des plus chers désirs de mon âme amoureuse

Bnferme les derniers; Beaux lieux dont je n'ai vu que l'enceinte , hordée De mélèses en pleurs et d'arhres de Judée

Bt de faux ébéniers;

Bosquets voilés au jour, secrètes avenues. Dont je n'ai respiré les odeurs inconnues

Que par la haie en fleur; ▲a bord desquels poussant mon alezan rapide , Xai souvent en chemin cueilli la feuille humide

Pour la mettre à mon cœur;

Quoil ces lieux de son choix, ces gaxons qu'elle arroso» Ces courbes des sentiers dont à son gré dispose

Un caprice adoré ; Ce plaisir de ses yeux, son bonheur dès l'aurore; Tout ce qu'elle embellit et tout ce qu'elle honore,

Demain je le verrai?

Je verrai tout : déjà je sais et je devine, Je suis sous les berceaux sa démarche divine

Et son pas agité ; Je l'imagine émue , en flottante ceinture , Bn blonds cheveux, plus belle au sein de la nature »

O Reine, 6 ma Beauté 1

Ohl dis, en ces moments de suave pensée, Lorsqu'au pâle rayon dont elle est caressée

L'âme s'épanouit.

Comme ces tendres fleurs que le soleil dévore» Que le soir attiédit, et qui n'osent éclore

Qu'aux rayons de la nuit ;

«10 PORTRAITS COIfTEBtPORÂlNS.

blerait avoir songé à lui expressément dans le p^tr^k de rami de Normandie.

,Qu«nd loin d«. auû^ sans ciAlnt* et pins reccnQaissftnte, Tu nourris de soupirs cette anûtié naissante

Bt ce con&is amour; Quand sur un banc de mousse, attendrie et pflMe, Tu tiens encor le livre et que ton oeil oublie

Qu'il n'est déjà plus jour;

Quaad ta Toi»tla> passé» -ton» eee plaisirs fafttiees. Tous ces prinlempa pea^ns «onpoiés ans délices

Qui geriMiKt'^Mi» tOB'^war; Comkjaa pour attta Aimer. nonsifliroQs I de : puismnce , Mais que, méaaan» icai» biens, ^«neofloase ou l'absenca

Retranchant lejneiUenr;

Ohl dis, en ces.MMieBts d'abanéen lat de Janaa*, Sens-tu tomber' Aea«tim8 ^isa.biriflBi tlea^riMa

Contra on amanfc saaaMS?

Sens-tu fléchir ton <£n(Miti>«stla.:ii0iftear>ae.£Midffif Et tes féaÉmnMnlsBaaaiMr.ée lépaadrer

Qaaad de/Join laiflémiff?

4)bli4iii«i<M«siai6»lQbaar dofpliaacbarwwt «mJ^rfc»» Dans teaioisira sans «fia, to^i0«(»etiMiia pMPlage

Suis-je en toQ^nniiiRtet Dis; iimasnt aa>réirail(ff«e 4anA(tat«béKe allée, Sous l'adïra confident de^ta pUinta acdialée.

Demain je 4tia VOD» »

As-tu ce matin aaè«o^aa*taiMTa leaplaota, Aa-tu peigRé-ie aabtooiktse vainNit<te6 ttftaes

Et les miennes aosii; As-tu bien dit à l'arbre, «ttz>sÉBeaux«iÀ l'abeiUe, Aarant, -^ de mamnier ls»fl)l— ipaàiasa oniiimt

« C'est ici ^ a'esliid I

-c Ici qu'elle est tsmw^ ici yi»»*soliÉriia> S'est lentemtat an eUa»aeeampii ce^aystèae

Qui nous chuagntan antfoi ; Ici qu'ell* a- r^ré qa^Ua a'était donaée , Ici qu'elle a béni le >imr, le mois, Tmaée

Qui ViiBisMi*àbiil»s

BI. QUTTINGU&H. 411

(7est qu*^ effet les idées religieuses, qui sont V amour ^imùre^ Vmnour rectifié et élernisé, vinrentà cette^toie volofÉMuse ^t eenaiUe. .Ce né^igeni et tendre poëte <fél^i08, >}eté 4afis.la reÉraite:;âes chan^ps, lut l'jSvangile, lâs Pères du désert, le ihéosophe SaiatrMartin, le Pm-oissien, et, deceite aeiaenee bien distfihuée ^le tlectufes,^'4orfeitohez loiuBed^nièreet meiUeiureidSiois- 'son. G'«et là tout itrtKiur,i auquel il est temps d'arriver.

Le loman, tout fomaa (il faut bien le dir6}:est plus ou moÎBS contraîffe au sévère christianisme^ parce que tout roman renferme en aoi^t caresse pins ou moins un idéaiide fâkité sur terreyou ^un idéal de douleurs. Depuis leibon^véque deiBèlleY,. Camus, qui a fait tant et (de > si pauvres vomanskidioâtiens, jusqu'à ceux qu'on renouvelle de nos jom^^ je «sais que lesiauteurs ont cberdié à ékider, à >se dégirâer riDCOivément; mais il >esl daas la fond et laioatare .desioboses , «t on peut au {dos leidisaimuler et Je dimÎDueren s^avertisaant. Et

Vœu sacré 1^ — M»»^u.nomM, pour demaio, belle t^t N'est-il pas, n'est-il pas, vers cette heure indécise

Où lont-pOTSMl! <f«Mr, Kest-il)pas ua aeatier dant le tp^^ et la rose» Un bosquet de Clarens où le ramier se pose,

OùdesMod lo'teiatrf

M Je les luiTiemis «n.peuiaqpoè&.inoiLanMrée, dans un moment « où nous étions seuls. Elle se retiia quelque temps sous une allée « pour les Kre, et reparut bientôt confuse et glorieuse, arec un « mttoiBfa9»sement;iMurquéjlfaiala coipiyigiiie nous était sun^nue, » eti^e^ïmi^me, se .défiant de son émotion « ^^^ P^i^ garde pour M le reste du jour de ne pas prêter à un nouveau téte-à-tète; il « n'y eut aonc point à Gnnsey de bosquet de Clarens : lé baiser ne ade^méit pw/et, à mai din« ikétait d^à^tat <

c'est ce qui suffit après tout, un roman ne devant jamais être un livre d'oraison, une règle de conduite, mais une inspiration passagère qui mérite indulgence et faveur si elle esv relativement bonne à quelques-uns et les pousse même vaguement au bien. L'auteur d' Arthur, au chapitre des femmes et de Vamowr, se pose l'objection, la discute à merveille, et, toutefois, s'en tire peut-être incomplètement dans l'application. Mais peu importe; il suffit que le mal ne puisse sortir de sa confession, et qu'il y ait presque à toute page d'admirables instincts et élancements de pur amour. Arthur se compose d'une première partie toute en mémoires, en lettres et en récit, et d'une seconde partie presque toute en citations, en extraits de lectures, et qui n'est pas la moins intéressante ni la moins originale , tant le malade attendri a su animer, commenter naïvement, mouiller de ses pleurs, reproduire et continuer dans ses accents les pages choisiesdont il s'environne. Quelques lettres finales éclairent et apaisent le lecteur sur la situation où on laisse Arthur converti.

Arthur est écrit comme on n'écrit plus depuis l'abbé Prévost, et, osons le dire, depuis Laclos. L'auteur, qui ne se montre pas seulement ici un homme sentimental, comme il l'était dans ses élégies, mais qui sait le monde, qui a le ton de la raillerie, l'aperçu exquis des ridicules, des travers, des médisances, et tout ce bon goût rapide et chatouilleux que donne, hélas! une corruption élégante, l'auteur, qui est auteur aussi peu que possible, écrit en prose comme on ferait dans des lettres charmantes à un ami. C'est court, net, vif,

cursif, mêlé d'allusiotas promptes et frappantes, d'élans tendres et modérés. On sent une nature très-délicate et très-vite dégoûtée, qui a pris la fleur de mille choses et n'a pas appuyé. Il y a toutes sortes de grâœs dignes du dix-septième siècle» d'un Bussy-Rabutin, moins bel esprit et plus poëte, et racontant à ses fils ses erreurs, son retour, avec repentance, avec goût; il y a beaucoup du vicomte de Valmont, qui serait sincèrement devenu chrétien.

Les lettres de madame d'Émery sont de dignes sœurs de celles de la marquise de Merteuil, mais cela si naturellement arrêté à temps, si bien coupé de conclusions et de remarques morales, utiles, pénétrantes I L'ironie est tout juste assez pour montrer combien ce converti, ce cœur dévot et tendre, sait le monde, combien il était remuable à ses moindres souffles ; et, s'il y a vengeance ou coquetterie à lui à faire connaître qu'il le sait si bien et que, s'il pardonne les malices, ce n'est pas qu'il les ignore, cette coquetterie, cette vengeance est bien fine et bien vite passée, et fait à la lecture un délicieux contraste avec Ponction qui d'ailleurs déborde.

Arthur nous raconte son enfance, la maison paternelle, celle de son oncle curé, mais sans puérilité, sans s'appesantir. La Terreur est touchée en quelques grands traits : Bonaparte et le Consulat éblouissent en passant; on voit sous quels rayons, sous quels roma nesques prestiges ces souvenirs historiques se sont reflétés et nuancés dans une adolescence si vive oix toutes les parties non sévères se hâtaient d'éclore. Dans

414 PORTRirrS CONTEMPORAINS.

un roman dont je n'ai pas parié, et que M. 6uttiiq;aOT avait publié vers lêâ8, ^Amaur st Opinion, les mœurs de l'époque impériale, celles de 1815, étaient déjà bien exprimées : -élégie -de fin d^fimpire, ^rite par unex- *garde d'honneur, où les personnages sont de beaux colonels et des généraux xle vingtHieaf ans , de jeunes et belles comtesses de vingt-cinq roù la sc^ae se passe -dans des châteaux, et le long des parcs bordés d'arbres de Judée et de Sainte-Lucie : en tout très^peu de Waterloo. — Mais Arihv/r est le vrai, le seul roman de M. Outtinguer, et dispense de lire l^autre.

Arthur marié, puis ve^if-et Hbre avec mue gvande fortune, devient la proie d-une passion qu'il oe fait qu'indiquer en éclairs énergiques, sinistres, d'une de ces passions tai'âives dont Properce cHsait :

Ssepe veuit ioagno fonore tardus Amor,

et qui le laisse dans un état de consternation et de ruine morale, sujet de ce livre : nous assistons aux diverses phases de la réparation, de la guérison.

La moquerie méchante de ces femmes du monde chez la baronne de Trùn, lorsque Arthur essaye d'aller s'y distraire, est peinte comme nul de nos jours ne le ferait. M. de Balzac, qui a sur ces points tant de qualités et de parties d'observation heureuse, devra admirer cette sobriété, cette précision de trait, qui est le -goût suprême du genre. De ce château de la baronne de Trûn, Arthur «e réfu^ au rivage de Normandie, à quelque auberge de la -^te , non loin de cette forêt solitaire qtf51 se mettra bientôt à embellir et à créer

M. GlITTmQUEB. 415

coimBe ^âemeure. Ici commeneent des tableaiiK naturels merveilleusement saisis. Je'^reoomHiaDdeila lettre y®, ^a^Arllrar à Louise 'dte..., comme an de cesifaysages, une de ces marines normandes francdies, Iégères,.transpareotes, tout à^ tatit 'enteVées.

La circonstance mystérieuse, et cependant méBfoUe, tqûifaitqn^Artbar retrotre&JuIîe et son enfantydoÉroduit *e 'léger intérêt romanesque qui, arec la conversion, convpose^toseule actiontde e«^ fivraoà; joomrtant Titrait

*i!ie'cesse"p«s.

ETfristoire de '^JuHe, ide la feotme • de chambre, en Tappélam à ceux qui 'f rat la leijoli«t pathétique ro-

^mwtï'&'A^âhte, de ?<i«lâier, 8'ân<<di8tHigae par eette'féa- Kté, cette' dairvoyanoe constante d'observation et de Técit, que ia passion trwerse, mais ne rompt pas.

<<!lomme Wniérieur ^ la m^re de Julie, de ces petites ^moisons^élégantes et fragiles, «est touché ^avecrelief, avec émotion, et par quelqu'un qui les a trop vues 1

31 faudrait tpaBScrire (car sans cda je n'ose assez le lower) le récit d'Arthur, lettre xi», ce .départ en aotomne par un temps triste , •BOTtiBe nouteiboeeose, ces mi'

'^ères du cantoanvier qur«asse son aaiikni du matin tau

""«oir, ces juren^nis et'oes' coups deifouet du roulier,

^ee l^éveil bideux d^neidiltgence qu'on rencontre, toute

^>cett&isaleté, œ dégoût, .^eette nausée dujmal xlont est ^aîsi Poisif et le voluptueux, lui«^ême dévoré dans son

^oesur. Ces pages-là, si- vraies de couleur et de sentiment, sont surtout beUes par la philosophie élevée où

^^tles ^srboutissent : cela conunence par FaquoreUe et

^ûïât par le* rayon d'Emmaôs.

Ohl oui, Arthur a raison : tout est souffrant, tout est mauvais, tout est corrompu; les uns plus tôt, les autres plus tard, chacun à sa manière; la vue même du mal rend mauvais, la simple connaissance de la corruption corrompt, quand on n'a pas Taromate immortel.

Pourtant, en général, dans Arthur, le cœur est de beaucoup plus fort que la raison, que la pensée; celleci, en maint endroit, est exclusive, dédaigneuse, aristocratique, légère, prenant trop ses répugnances ou ses affections pour la règle du possible, pour la mesure du vrai. Il y a évidemment réaction chez l'auteur; il ne sait pas tenir en présence, en échec, une idée avec une autre idée qu'il s'agit, non d'anéantir, mais de modifier, de réconcilier. Il penche tout d'un côté. C'est donc le cœur qu'il faut demander chez Arthur et que nous y louerons sans réserve comme plein d'aspirations adorables.

Ainsi, dans la seconde partie, lorsque Arthur, après un court éloignement, après cette rencontre si mémorable et si simple du vieillard sous les oliviers près d'Avignon, revient à sa terre, l'embellit , s'ouvre de toutes parts à travers sa forêt , comme à travers ses souvenirs , des perspectives vers le ciel, et remercie à genoux l'Auteur de ces biens ; lorsqu'il nous donne le journal de ses promenades, l'extrait de ses lectures, comme un bouquet champêtre assorti pour la parure de l'autel le jour de la fête de la patronne ; lorsqu'il nous raconte un des derniers jours d^ octobre, ou sa belle cathédrale de Rouen, ou le salut de la Sainte-Catherine»

OU le gazon frais des calvaires , l'effusion abonde , la charité coule par ses lèvres, se répand sur tous, et réternel christianisme des èmes tendres rajeunit et multiplie ses plus chers accents. Je donne au long un seul de ces chapitres affectueux :

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