‹ Portraits contemporainsChapitre 23 sur 28 · PAR M. DE MONTALEMBERT · texte numérisé non relu

PAR M. DE MONTALEMBERT

Je ne sais si notre temps sera auMi ié&dateiir et créateur qu'on .a pu, à oertaios moments^ Tespérer sans trop d'InMraiseEi^Ianoe; mais, à coup sûr (ce qui d'aiUeufs n'est pas mae incompatibilité arec la force de création), il est un temps de rmaéssance par l'étude et par l'enteote intelligente de ce qui a précédé. M. Ampère, dans son coufs d'ouvert«re du •dernier mois (i), reprenant l'histoire des lettres en France à l'époque de Gharlemagne, distinguait, avec cette vue lumineuse et ingénieuse qu'on lui connadt, trois renaissances, en quelque sorte giraduelles z c^e >de Gharlemagne, celle du xii« siècle, et celle enfin 'des xv* et xvi^, qu^on est habitué à désigner partieij^èremeiit aous œ nom. On peut dire qu'après le règne plus régulier et composé des 3V1I® et x¥m® siècles , nous sommes revenus, retombés, à quelq4ies égards, «dans lUi état analogue à

(1) Bécembre 1836.

celui du XVI*, pour la confusion, la multiplicité. Nous sommes une sorte d'époque de renaissance aussi, avec tout ce que cette situation entraîne, à ses retours, de mêlé, de diffus, de riche peut-être. Cette renaissance, qui n'a plus à s'appliquer à la lettre de l'antiquité, va au fond , à l'esprit des temps, remonte plus haut que la Grèce, ne s'arrête plus à la décadence de Rome : en particulier, elle a pour objet le moyen âge, toute cette époque dont l'oubli et le rejet avaient été une condition de la renaissance aux xv* et xvi* siècles. Nous voilà donc, embrassant par l'esprit et par l'étude, toute la série des âges qui ont précédé, nous faisant miroir le plus étendu et le plus varié qu'il est possible, reproduisant chaque chose à sa manière et à la nôtre; une époque alexandrine et trajane au complet ; une espèce de musée de Versailles où tout a place, depuis les groupes mythologiques d'Apollon et de Latone jusqu'au bon maréchal de Champagne et à Boucicault; une renaissance, encore un coup, par tous les points et sur tous les bords.

Et ceci ne laisse pas d'être une originalité qui aurait bien son prix, et qu'il ne faudrait pas trop mépriser, à défaut d'autres. Je me figure quelquefois le jeune Siècle comme un aventureux jeune homme qui s'est mis en route de bonne heure pour faire son tour du monde, pour y bâtir un temple de Delphes ou une cathédrale de Reims incomparables. Seulement il veut choisir V emplacement le plus beau; il veut tout voir auparavant, afin, plus tard, de tout surpasser. Il va donc, regarde, apprend, étudie, fait des plans de tem-

pie et les défait, et marque, le long du chemin, tous les marbres les plus précieux qui lui doivent servir. HélasI le temps se passe, des difficultés surviennent, des troubles à l'intérieur du pays; et puis, la diffusion de l'esprit nuit à l'œuvre, la science opprime un peu le nerf de l'art. Bref, le jeune Siècle, déjà un peu vieilli, s'en revient, rapportant.. ^ quoi? des échantillons de tous ces beaux marbres qu'il a vus, des plans, desfac-similé de toutes ces belles cathédrales qu'il voulait surpasser, et il forme un cabinet de dessins parfaits, de reliefs d'ivoire, ou encore un cabinet de minéralogie, . d'où il résulte aussi toutes sortes de lumières. Eh bien! : n'y a-t-il pas là un trésor, ce trésor même de la fable de La Fontaine, que recommandait le père mourant à^ ses fils? Le trésor, c'est que le champ ait été en tout sens labouré. Mais il y a plus. M. Cousin a très-bien remarqué, dans sa préface du Sic et non, que le propre de la renaissance du xn« siècle avait été, pour la philosophie, d'être excitée déjà suffisamment, et non opprimée encore, comme le xvi% par l'antiquité. Cela eut lieu, aussi pour l'art chez Dante. Laissant aux futurs génies^ de nos temps le souci de se tirer à leur tour, par un' coup d'aile sublime, de tant d'études croissantes et de tout ce fardeau du passé, et en prenant les choses comme elles se présentent aujourd'hui, notons déjà le bienfait. Ce n'est pas une étude morte et purement savante, que celle à laquelle notre époque s'est vouée^ Elle a de toutes choses l'étude colorée et vivifiée, Tintelligehceet l'amour. Elle Ta d'elle-même d'abord; car, comme elle n'omet rien dans son regard, elle ne saurait

Si.

s'omettre, elle aussi, la première, dans celte analyse €t cet amour. Elle est donc lyrique, non plus primitivement lyrique comme Alcman et Alcée, mais avec réflexion, comme René, Byron, Lamartine. Et puis elle iest essentiellement historique, soit comme Walter Scott dans l'art encore, soit comme tant d'historiens que «chacim nomme, dans l'histoire pure et sévère. Ainsi, poésie lyrique personnelle et esprit des temps ! A travers toute la bagarre de fabrique littéraire qui, par moments, rompt la vue; au milieu de toute cette boue fréquente, Jiideuse, qui nous éclabousse les pieds, et que l'avenir, j'espère, ne verra pas, voilà des »gnes originaux qui 4istingueront peut-être assez noblement ce siècle, si |)réoccupé entre tous de son ambitieuse destinée.

VHistoire de mia^ Elisabeth de Hongrie, par M. de Montalembert, provoqifê bôen naturdlement ces consi- •déralions : c'est une légende exacte de sainteté, une pièce d'onotion et -d'art du .moyen âge, écrite en toute -sdeiM^e et bonne foi par un lienune de nos jours. Au ^commencement du siècle, l'art allemand du moyen âge fut en quelque sorte découvedrt, éclairé, restitué, grâce \ de beaus travaux d'arcfaédogie auxquels les fraies Boisserée de Pologne ; attachèrent leur nom. JL'âxrfe -•catholique allemande ae fooKla successivement dansia philosqphie, la poésie, la peinture. Stolberg, Frédéric Sddegel, Novalis, Gœrrès, Brentano, Overbeck, etc., forment déjà une chaîne as»ez complète et brillante. Munich est devenu le principal centre de cette influence. "M. de Montalembert s'y rapporte par cette «euvre. Très- Jeune, plein de foi, d'abord un des collaborateurs de

V Avenir, et disciple de M. de La Mennais, après s'être dévoué avec noblesse, puis s'être séparé avec simplicité, il alla passer deux ans de réflexion, de douleur et d'étude en Allemagne. Il faut, dans son introduction, l'entendre raconter lui-mdme comment, en anivant à Marbourg, il vit l'église gothique dédiée à sainte Elisabeth, l'admira, s'enquit de la sainte, s'éprit envers elle de tendresse pieuse, et résolut d'écrire sa vie. Ainsi Guido Gœrrès a écrit la vie de Jeanne d'Arc Le s(»ivenir d'une sœur de ce nom d'Elisabeth, morte à quinze ans, s'y mêla par une religion touchsite. Dès ce moment, études, voyages sur les traces de la sainte, manuscrits à consulter, renseignements et traditions populaires à recueillir, l'auteur fervent ne négligea rien; il embrassa cette chère mémoire : il se it le desservant, après des âges, de cette gloire séraphique oubliée. 11 voulut en elle rdever aux regards l'exemple adorable de ces figures aoeomplies du xoi* siècle, grandes et humbles, et la placer dans une perspective heureuse entre saint Franco^ d'Assise et saint Louis. Il suffît de jeter les yeux sur le magnifique volume, sur le faixe typographique et retendue des pages, sur les dessins qu'il renferme, pour voir que l'intention de l'auteur a été complète, qu'il n'a rien ménagé à son offrande, et qu'il a voulu que le beau^ en cette image, ne fût pas séparable du saint.

L'ouvrage s'ouvre par une introductioQ majestueuse sur le xin® siècle, apogée du développement catholique : avant d'en venir à âudîer et à dâmontrer la cfaq^Ile et la châsse de la sainte, le pèlerin croyant s'arrête

devant l'Église tout entière pour la contempler. Ce tableau a de la grandeur et de la solennité en ce qui regarde les figures d'Innocent III, de Grégoire IX et de l'empereur Frédéric II ; il a de la beauté et de la grâce en ce qui touche saint Louis, saint François d'Assise, le culte de la Vierge alors dans toute sa fleur, les épopées chevaleresques et religieuses dans leur premier et chaste épanouissement. Pourtant, je ne me permettrai ni de l'accepter ni de le contredire sous le point de vue de la vérité historique. Pour le contredire, il faudrait avoir soi-même étudié de très-près et aux sources, seule manière en pareil cas d'avoir conviction et de se sentir autorité. Bien des opinions considérables et plausibles sont différentes de celles de Tauteur sur l'aspect de ces guerres entre le sacerdoce et l'empire, entre Simon de Montfort et les Albigeois. Son opinion, à lui, est dominée, et, en quelque sorte, donnée par sa croyance. L'étude, qui vient à l'appui, a pu vérifier pour lui cette opinion , mais elle n'a pas contribué seule à la faire naître. C'est un inconvénient dans la science de l'histoire. J'aimerais assez, si c'était possible, qu'on Ht pour l'étude de l'histoire ce que Descartes a tenté de faire pour l'étude de soi-même , table rase de ses opinions antérieures. L'effort seul, fût-il incomplet, deviendrait une garantie de prudence. Mais l'esprit, je le sais, qu'une foi absolue possède, mourrait plutôt que de s'en laisser un instant séparer. Au reste, dans une introduction comme celle-ci, l'inconvénient n'exiite qu'assez secondaire : ces tableaux généraux ont besoin d'une perspective ; celle que l'auteur trouvait tout na-

turellement tracée et éclairée par sa foi était la plus magnifique qu'il pût offrir.

En commençant Thistoire de sa ckère sainte, comme il dit, M. de Montalembert s'est fait écrivain légendaire, et, durant tout le cours du récit, il est resté fidèle à ce rôle qu'il n'interrompt que rarement par des retours sur nos temps mauvais, retours inspirés toujours de Tonction et des larmes du passé, ou ranimés d'une espérance immortelle. Dans l'histoire de cette sainte, morte à vingt-quatre ans, fille de rois, mariée enfant au jeune landgrave de Thuringe et de Hesse qu'elle appelle jusqu'au bout du nom de frère, et qui la nomme sœur, bientôt veuve par la mort de l'époux, parti à la croisadfe, persécutée, chassée par ses beauxfrères, puis retirée à Marbourg au sein de l'oraison». de l'aumône, et mourant sous l'habit de saint François; dans cette histoire si fidèlement rassemblée et réédifiée, ce qui brille, comme l'a remarqué l'auteur, c'est surtout la pureté matinale, la virginité de sentiment, la.> pudeur dans le mariage, toutes les puissances de la^ foi et de la charité dans la frêle jeunesse. Comme losanges toujours jeunes de visage, cette sainte nous apparaît toujours adolescente. Ces qualités, que l'auteur croit retrouver exprimées jusque dans les formes de^ l'église dédiée à sainte Elisabeth, il les a lui-même portées dans son récit. Malgré la difiiculté d'être vraiment naïf, en sachant si bien ce qu'on veut et ce qu'on fait, il a laissé échapper sur presque toutes les pages la candeur, que sa piété n'a pas perdue, la facilité à Fenthousiasme, le bonheur d'admirer, d'adorer, la docilité^

i'élanceflMmt, la skaplioité de cœur, toutes ces belles qualités du disciple et du jeune homme, si rares de nos joues à reacontoer, si pervmties le pkus souv^dt et « expldtées là où elles ess^ent de naître. Aussi, dès qu'on y enetre soi-môme avec quelque simplické, ce long et ]6Dt réûît prend un. grand charme. On assiste à UNIS les détails de i'^nfance et 4es iiançailles de la jeuoe Élfflabeth, à ses ruses innocentes parmi ^es compagnes pour rse mcordô^ à leur insu et prier, à ses premières joies si couotes et qu'on sent qui vont s'évanouir : « AÎBsi Dieu, dit l'auteur, donne à sa ciséature M cett&roséeinalinale^pour qu'ellefiache résisterensuite <i au poids et à lu chaleur du jour. )> — « ÉlisiJïeth, » «faconte-t-il plus tard en un «adroit, « aimait à porter « •eUe-même aux pauvres, à. la dérobée, non-seuteffleuit -n l'argent, mais ^encore ks vivfles ^et les antMes objets M qu'dle leur destinait £lle cheminait, ainsi chargée, ^ par les sentiers escarpés et détournés qui conduire saitoit de son château à la ville et aux chaudières <{ des vallées voisines. Un jour qu'elle descendait, ac- >c oompagnée d'une de ses suivantes favorites, par un 0 petit sentier très-rude que Ton montre encore, por- «fc tant dans les pans de son manteau du pain , de la ^( viande , des œufs , et d'autres mets peur les diâtri- 4( buer aux pauvres, die se tnmva teut à coup en face •<( de -son mûri qui revenait de la diasse. Éten&é de la ^ voir ainsi ployant sous le (poids de son fardeau, il lui >-a dit : « Voyons ce que vous portez ; » et, en même ^ temps, ouvrit, malgré elle, le manteau qu'elle serrait, ^ tout effrayée, contre sa poitrine; rwds il n'y avait

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« plus que des roses blanche» et ronges, les plus befles « qu'il eût vnes de sa vie; cera fe surprit d'autant plu» a que ce n'était plus la saison dtes fleurs. Voyant u le trouble d'Élteabeth, il Toulut la rassurer par se» (( caresses , mais s'arrêta tout à coup en voyant, appâte raître sur sa tête une image lumineuse en forme de « crucifix : il lui dit alors de continuer son chemin « sans s'incfuiéter de lui, et remonta hiinnénre à la « Wartbourg, en méditant avec recueillement sur ce* « que Dieu faisait tfefle, et emportant avec lui une de « ces roses merveilleuses qu'il garda toute sa vie. » Cfe miracfe des roses rend avec suavité le parfum que l'ensemble du livre exhale.

L'auteur d'ordinaire termine ses chapitres par quelque vocation élevée, quelque réflexion affectuese, nf sur le don des larmes qu'on avait en ces temps, et qui semble de jour en jour tarir; sur les mariages chrétiens à la fois si passionnés et si chastes, et dont celui d'Elisabeth et du landgrave est comme un type accompli ; sur ce que le souvenir de Luther, au château même de la Wartbourg a détrôné celui de l'humble Elisabeth, dont le nom toutefois est resté à une fleur des champs^ Ces fins de chapitres sont charmantes d'accent et comme harmonieuses , relevées d'une poésie toujoursnée du oœur.

Pourtant, en avançant dans la vie, même dans unevie qui doit se clore à vingt-quatre ans, la lutte devient plus sombre, les grâces du début se décolorent,, le mal qu'il faut combattre apparaît et fait tache sur les devants du tableau. Elisabeth, après la mort de sott'

époux, est chassée, persécutée, honnie. Il faut bien se figurer ceci pour être dans le vrai de la réalité historique : de tout temps , les facultés diverses de l'esprit fiumain ont été représentées au complet, bien qu'en des proportions variables, et, de même que, dans les plus saintes âmes, il y a des moments d'éclipsé, de doute, d'angoisse, enfin des combats, de même, dans les siècles réputés les plus orthodoxes, le gros bon sens ou la moquerie ont eu leur voix, leurs échos, pour protester contre ce qui semblait une folie sainte. Elisabeth réprouva au xui* siècle , tout comme au xvn® la mère Angélique , quand elle révolta le monde et sa famille par la réforme de son abbaye. Ce que les lecteurs mondains diraient de nos jours en lisant le détail des mortifications et de certains excès, un grand nombre parmi les contemporains des personnages le disaient également et presque par les mêmes termes. La meilleure réponse à faire à c^s objections dont quelques-unes, il faut l'avouer, n'évitent pas de s'offrir trop naturellement à Tesprît non encore régénéré, c'est qu'avec ces bonnes raisons on n'arriverait jamais à la charité dont 4es miracles s'enfantent, au contraire, dans cette route •escarpée qui, pour ainsi dire, offense. Il y a d'affreux détails dans ce que l'auteur raconte de la charité d'Elisabeth, notamment lorsqu'elle boit cette eau (p. 213), 5)our se punir d'un dégoût. On rencontre de pareils détails dans la vie de presque tous les saints. Moimême, dans un exemple assez rapproché, je trouve que, quand la jeune Angélique entreprit sa réforme à Port-Royal , elle commença par rejeter le linge confor-

mément à la règle, et par garder jour et nuit des vêtements de laine qui eurent bientôt mille inconvénients. Mais souvenons-nous que Volney, qui place si haut la propreté dans l'échelle des vertus, était aisément le plus sec et le plus égoïste des hommes. Si pourtant je n'avais affaire chez M. de Montalembert qu'à l'artiste, j'eusse désiré dans son tableau quelque omission sur ces points, ou du moins quelque ombre. Un poëte a dit :

La Charité fervente est une mère pure (Raphaël quelque part sous ses traits la figure) ; Son œil regarde au loin, et les enfants venus Contre elle de tous points se serrent froids et nus. Un de ses bras les tient, l'autre bras en implore; Elle en presse à son sein, et son œil cherche encore. Quelques-uns, par derrière, atteignant à ses plis, Et sentis seulement, sont déjà recueillis. Jamais, jamais assez, ô sainte Hospitalière I Mais ce que Raphaël en sa noble manière Ne dit pas, c'est qu'au cœur elle a souvent son mal Elle aussi, — quelque plaie à l'aiguillon fatal; Pourtant, comme à l'insu de la douleur qui creuse. Chaque orphelin qui vient enlève l'âme heureuse!

Mais cet ulcère que la Charité a quelquefois au sein et que Raphaël n'indique pas, il suffit d'avertir qu'il existe sans qu'il faille pourtant le faire toucher. J'en dirai autant du chapitre de maître Conrad et du détail de ses duretés révoltantes. Cela gâte. Ce vilain côté me rappelle le bourreau qui , durant le noble combat des poètes à la Wartbourg, se tenait, corde en main, pour pendre, séance tenante, le chantre vaincu. L'auteur» n. 25

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s'il n'était qu'artiste , s'il n'avait traité que poétiquement son sujet, et même» dans tous les cas, sans fausser le vrai, aurait pu indiquer plus brièvement ce rôle de mattre Conrad, et l'effet céleste da visage et de Tattitdde de la sainte, devant nos yeux mortels, y aurait gagnée Mais l'àme, à la fin du chapitre, est du moins abondamment rafiraîchie et satisfaite par ce baiser d'union que la reine Blanche, la mère de saint Louis, donne à sainte Elisabeth sur le front du jeune fils de celle-ci, qui lui était présenté. La mort de la sainte et ces anges sous forme d'oiseaux qiti lin diantent sa délivrance, la canonisation et ses splendeurs, et ses sereins et magniûques tonnerres, achèvent divinement et glorifient le récit de tant de souffrances, de tant d'humUes verttts. Les reliques de sainte Éliaabeth sont dispersées à fépoqoe de la Réforme, et sa chap^Ie reste sans honneur; mais ^m cœur, déposé % Cambrai, va y attendre celui de Fénelon.

Le style de ce livre est grave, nombreux, élevé, élégant; il prend, par moments, avec bonheur, les accents de l'hymne. J'y relève à pei«e quelques incorrecdons, quelques locutions impropres qui font tache légère. Ainsi, dans ce style de couleur exacte et simple, le château de la Wartbourg ne devrait jamais être désigné, ce me semble, comme le <mir$ du mouvetnent politiqw et administrcUif du pays : je n'aime pas non plus voir sainte Elisabeth jeter les bases de la vèniralion dont ces beaux lieux sont entourés, le remarque, page 172, deux elle qui, ne seraiq[)Qrtaiitpas à la môme personne, font amphibologie; page 190, dans une note,

HISTOIIiE DE SàlNTE ELISABETH. 43S

deux son rapprochés qui ne se rapportent pas au même objet, et dont Tun est improprement «ooployé. C'est ainsi encore qu'à la page 256 une faute de ce genre se reproduit : « Cette mère dénaturée, au lieu d'être tou- « chée de tant de g&kérosité, ne songea qa'à spéculer « sur sa prolongation**. » Le soin que je meis à signa^ kr en détail ces points inexacts montre cMibieû ils sont peu nombreux; mais il importe qu'il n'y en ait pas trace dans un si beau et si pur talent d'écrivain.

Un sentiment supérieur à l'idée de kmaoge, et qui se formait en iBoi à celte lecture, est le respect qu'ins{Hfeot de s^nblables travaux pour la jeune vie, d'ailleurs si ornée, qui s'y consacre avec aideun De tels écrits, qui ne sont pas seuè^nent des œovres d'étude et d'érudition poétique, mais des prières et des actes de piété , portent avec eux leur récompense. L'auteur, nous dit-on, a déjà trouvé la sienne. Poer eoim»me de ce livre qu'il dédiait à la asémoire dé sa sosur, il a rencontré dans nu mariage chrétien, par une découverte aussi imprévue que touebante, une noble fleur issue de la tige même d'Elisabeth.

Ce n'est presque pas sortir de ce sujet qœ d'y joindre quelqties mots s»r un livre extrsu^rdinaire^ publié en Allemagne par un po^ catholique, M. Clément Brentano, et traduit chez nous par un homme de la même foi et d'un talent bien connu , M. de Gazalès. Les visions de la sœur Emmerich sur la passion de Jésus-Christ semblent, à la lettre, un fragment détaché d'une légende du moyen èige. 11 arrivait fréquemment , en ce temps , que des personnes pieuses^xaltées par

l'oraison, par le jeûne, eussent des visions, des communications «uivies avec la Vierge ou les saints. Ainsi sainte Elisabeth, dont nous venons de parler, avait, au dire de son biographe, des conversations régulières avec saint Jean l'évangéliste et avec la Vierge , et elle en rendait au réveil un compte exact, qu'on a pu noter. Mais c'était le drame de la Passion, dans toutes ses circonstances, qui devenait particulièrement l'objet de ces préoccupations mentales, de ces représentations intérieures. Indépendamment de toute explication surnaturelle, il y a ici un grand fait psychologique à remarquer : la singulière et puissante faculté dramatique que nous possédons tous en dormant, même quand, durant la veille, nous en serions fort dénués. Combien de fois, en rêve, une personne se présente, cause avec nous, trouve ses expressions à merveille comme une âme distincte de nous, nous étonne par ce qu'elle dit, nous apprend souvent un secret graduellement, et nous qui écoutons, nous passons par toutes les alternatives d'attente et de surprise, comme si cela ne s'agitait pas. en notre esprit et par notre esprit, auteur du drame!

C'est cette faculté, chez nous en jeu dans le moindre rêve, qui, chez les saintes du moyen âge (Brigitte, Elisabeth, etc.), se dirigeant tout à fait sur la Passion de Jésus-Christ, et comme éclairée alors de faveurs singulières, amenait tant de tableaux exacts, vivants, qui la reproduisaient dans des détails infinis.

La sœur Emmerich , née dans l'évéché de Munster en 1774, morte au couvent d'Agnetenberg, à Dulmen,

en 1824, est la dernière des saintes âmes mystiques qui jouirent de tels spectacles. Fille de paysans, sans éducation, elle ne pouvait composer ses tableaux de mémoire; sa bonne foi d'ailleurs, sa simplicité parfaite, sa piété ardente, sont attestées par les hommes les plus éclairés qui la visitèrent. Un poète connu, M. Clément Brentano , venu là comme curieux , y est resté comme croyant, et a passé des années à recueillir, presque sous la dictée de l'humble fille, les paroles et descriptions en bas allemand, qui ne tarissaient pas sur ses lèvres. Un tel livre ne s'analyse point. Depuis la dernière cène de Jésus-Christ avec ses disciples jusqu'après la résurrection, toute la série des événements de l'Évangile s'y trouve développée, variée, illustrée, comme par un témoin oculaire , dans un minutieux et touchant détail de conversation, de localité, de costume. En un mot, c'est à la fois, pour les chrétiens, un admirable exemple de la persistance d'une faculté sainte et d'un don qui semblait retiré au monde; pour les philosophes, un objet d'étonnement sérieux et d'étude sur l'abîme sans cesse rouvert de l'esprit humain; pour les érudits, la matière la plus riche et la plus complète d'un mt/stère, comme on les jouait au moyen âge; pour les poètes et artistes enfin, une suite de cartons retrouvés d'une Passion, selon quelque bon fnre antérieur à Raphaël.

15 janvier 1837.

—Par cet article sur V Histoire de sainte Elisabeth, on voit (ce qui surprendra peut-être bien des gens) quQ j'ai été Tun des

parrains litténtei d« M. 4« MaatalMnlcrt, Je auii loin de rn^rn prévaloir ou de m^n iwrter. Qoeîqoe j'aie beaucoup vécu au temps de ma jeunesse à côté de AL de Montalembert et dans quelques-unes des marnes sociétés, je n'tf jamais contracté mnc lui de tiaiaoD pwHeiÉiètt et «aeere aidn» 4*«inlié TëritaUe : c'était assez de le côtoyer sans le coudoyer. J'ai maïqné la aorte d*estime respectueuse que m'inspirait cette jeune existence si sérieuse et si déTOuée à quelques idées gjSnérales; mais je ne me suis Jamaâs ^Mimulé «n défaut, aelai awi capital, «pd a préfsiàà hUnUà la formation intellectuelle de ce beau talent, et t^ les année» anr- Tenantes et la renommée établie o|it plutôt masqué aux yeux qu'effacé en réi^ité : M. de Montalend}ert, comme esprit, n'a pas d^o* riginalité; il est disciple ; il 1*^4» daM. éaHaiatmeB ntleiMi, et de M. de La ItoMnU yhis partieiilières»ei»t, de Victor Hugo em architecture et en admiration du gothique; et quand il était disciple en un sens, il allait tout droit devant lui , il ne regardait ni à droite ni à gaucbe, il renversait teutr Je wtreuf^daws des netea, écrHes pour mei aeiil^ le p4»rtiiidt suivant qui, ai ]e ne ne tnompe, doit être le sien quand il avait vingt-cinq ans :

« Phmmr «t hamatt^t 4tové d» e«Mir, â a an tatent^awis pcnnt 9an^ nalité vraie; et qnelle suffisance! Dàs le premier jour où il arrive dans «ne msinn; ilee lance tavmnsa^, il parte — fortMen, — pea^ntoM hooie, sor l'halle, sur ^^Tt mi Tst rnrtii^flnlnrr iaifriiiii rs swiit rtiiii encore. Des hommes distingués, considérables, sont là qni l'écontant bouche dose, san» q^fl leor soit possible de gSver on mot Pendant qu'il paria ainsi saas diiCflrtfam<ir, d'ana voix tiairi^ las yaaa baissés» va* esftee de sourire vagne à sa bouche (assex gracieux dans son dédain) annonce cette profonde et doae» satisfactiott, cett» inâme et parfait» certitade qu'il a'da lairiBêma. Fat hnehaai, Pktuum est z^giaax, cathaUfju, tt cioit : sa Uâ est un beau voile i sa suffisance. Phanor a toujours été disciple de quelqo'tin ; fi lis été de La Mennais pow ses caAoMeiaBe politique, de SEoga pour ses cathédaales* Daqai l'astpâ as^naélaiit U vient dTÂUsoMigne. Qnl a-t-il TU? Je ne sais. Mais qu'importe le nom de son PNittret soyez sûr qu'il en a un. PImnarmX né dîsciple. » (1636.)

Ce défaut n'avait nullement échappé à ses meilleurs ajib!». Je ne sais s'il est vrai qu'au sortir d'une ctntféreMe de lAcordaire M. de Montalembert se soit laissé aller à dire : « Quand on vient d'entendre de ces choses, on sent le besoin de réciter son Credo; » mais il est bien certain qu'après avoir entendu un discours ou la quelque écrit de M. de Montalembert, l'abbé Lacordaîre disait:

HISTOIRE de: 9AINTB ELISABETH. 439

« Cet homme sera doii6 toujours le disciple de quelqu'un! » Un grand talent, comme une riche draperie, dissimule et cache bien des laeunes^ ou des déduits ^ et AL de Montalembert orateur avait de plus en piua fait pnwm d'an de eea talents magnifiques qui éUoukaent fliôaie fmr imtMktft la» epposanti et lea adversaires. J%vais eu. Iras de imh s^ljewr ea f^lgifne «i 1848, ei à mon arrivée à l'ÛBiversiti'de liége, à é&ammàet à M» é» Ifentalem^tort un bon office que Je ne crains pas de rappeler et qu'il ne rendit avec bonne grftce. A mon retour en Phmce, et lonque ftentamai ma série des Lundis, Vun des premiers articles (5 novembre 1849} fut consacré k dL de^ MonUiimnbert , orateur. J'essayai, sans le flatter, de le dépeindre par les meilleurs c6tés , et les plus acceptables, de sa brillante et militante éloquence : si l'on veut bien se reporta an moment et aonger que c'était dans le Constitutionnel que paraissait cet article à son sujet, on y verra doublement le désir de lui être agréable» J'eus soin d'ailleurs de m'y maintenir dans cette ligne de neutralité littéraire que j'aime à observer, surtout en fisce de doctrines tranchées et absolues. L'article lui agréa en effet, et il voulut bien me le témoigner de la manière la plus délicate en associant à son remerci^nent la personne qui avait le droit d'être la plus difficile et la plus exigeante à son sujet. Je reçus à cette occasion les deux lettres suivantes :

« Je trouve, monsiear, que v«fi»m*aves pris tiep am moi, Jè^^ vona avaii fOppMé chi ne pM me pendre ttnhpwnat d'aprèv natais' c laaù» voici mt pottrait où je pnw à p^n» m» ru— nithe» taat il «et flatfeil Un^aedé* plaît p«i d'aiUen» de patser à la postante sous l'iiabit qve vous m*avex fait, et dont je vous remeicie ooidialemoit. Ma» je fait des vœaz trèe- •incères pour que l'avenir, en me rendant à l'étnde et an silence, me permette de ne pas démentir le pronostic trop favorable que vons ttret sor mxA. J*ai envoyé le CmattNtiimnH d'hier à lif*« de Montalembect, qai voas en sMim encore pins de gré que moi, et dont je vous ofte #avaaoe les remeicieaeats, en y joignant l'isapwioa da mes sentimeali dévonés et distingués,

• CB. DB MOMTALBKBBBt.

• Ce 6 novembre 1919. w

A pM de Jours de là, je reeerais cette lettre de M*"* de Montalemlmrt :

c ViUerMXel, 11 Borembre 1640.

• Monsiem/ « Me permettrez-vmis de ne point résister ait désir qne f éprouve de vous

dire ma tiès-?ive jouissance et ma sincère reconnaissance du charmant article qae je Yiens de lire aTOc tant de bonheur dans le Constitutionnel? Je n'y ai rien trouTé que de vrai je dois et je pois, il me semble, oser en tonte simphcité tous le dire, monsieur ; mais cette impression ne diminue en rien celle qae j*ai reçue de la bienveillance si bien sentie et si visible qui accompagne tout un portrait qoi m'a été si doux à lire. Si je pouvais espérer vous rencontrer i Tun de mes premiers voyages en Belgique (ifm* de Montalembert me croyait encore en Belgique, ou je n^étais plus de puis quelques mois), j'aimerais à vous réitérer moi-même cette expression de la grande jonissance que vous m'avez fiait éprouver.

« Veuillez en agréer ici la bien sensible assurance, ainsi que celle de ma considération très-distinguée,

C MiRODS DB MOMTALBMBBRT. >

Ten étais là avec M. de Montalembert, lorsqu'à une séance particulière de TAcadémie, quelques années après le 2 décembre, j'eus le regret d'avoir à le contredire directement et avec une certaine énergie. Je raconterai peut-être un jour cette séance qui n'a laissé de trace nulle part et qu'on chercherait vainement dans les procès-verbaux. J'avais cependant pu espérer, depuis, qu'il m'avait pardonné ce qui avait été de ma part un acte de conviction et, J'oserai dire, de sagesse, lorsque j'ai cru m'apercevoir que sa plume ardente avait bien envie en quelques occasions de m'atteindre, et quand je dis atteindre, il faudrait dire de me flétrir, car la plume de M. de Montalembert, en fait d'attaques, n'y va jamais à demi. Ce qu'il affectionne le plus, en effet, dans sa polémique, c'est de pouvoir dire à ses adversaires qu'ils ont renié leur passé, qu'ils sont des renégats, et que, par conséquent, ils sont méprisables et vils. Sa rhétorique dévote s'accommode de cette accusation de Judas lancée à la face de l'adversaire, en même temps que sa hauteur et son dédain de nature y trouvent leur compte. Par malheur pour l'ardent polémiste , il pourra difficilement me prendre en flagrant délit de ce côté. Dans ma vie intellectuelle, sujette à bien des variations, un heureux instinct plus encore que la prudence a su me garder à temps et m'empêcher de prendre de ces engagements absolus, qu'il est ensuite pénible de rompre : M. de Montalembert aura donc beau dire, il ne fera pas de moi un renégat (au sens où il le voudrait), — ni un renégat du catholicisme, malgré des liaisons anciennes et chères, et dont je m'honore, — ni un renégat du libéralisme, malgré la vivacité de quelques-uns de mes coups de plume, quand je servais en volon*'

HISTOIRE DE SAINTE ELISABETH. 4il

taire dans ce camp et bous ce drapeau (1). Me permettra-t-il de le lui dire? les années, les souffrances, les échecs et les humiliations de l'amour-propre , tout ce qui aurait dû rabattre de son habitude agressive n'a fait au contraire qu'irriter en lu{ j^ besoin, cette rage d'insulte et d'invective qu'il semble avoir retenus de son premier maître La Mennais et qui fait tache dans son noble talent. Je me rappelle avoir entendu, il y a bien des années, Alexis de Saint-Priest, un Jour que Montalembert développait dans un salon, de cet air d'enfant de chœur qu'il garda longtemps et de sa voix la plus coulante, une de ses théories inflexibles et absolues, lui dire avec gaieté : « Montalembert, vous me rappelez la jeunesse de Torquemada. » Passe pour la Jeunesse! mais pourquoi la vieillesse, en approchant, ne lui inspire-trelle donc pas un peu plus d'indulgence? Catholique de pied en cap , pourquoi ne trouve-t-il pas dans son cœur une seule petite fibre chrétienne un peu adoucie? Hier encore (mai 1868), il m'insultait sans nécessité, sans motif sufi&sant (2) ; il ne se disait pas que j'étais son confrère, que Je l'avais toujours salué et respecté en public; que j'avais allumé le premier un cierge à sa chapelle de sainte Elisabeth; que je l'avais célébré orateur dans U Constitutionnel,

(1) Carrel lui-même, une des dernières fois que je le vis, me le disait avec un retour amer sur lui-même : c Vous êtes heureux, yousI tous n'êtes pas engagé. >

(2) C'est dans un article du Corretpondant, de mai 1868, sur la Liberté de l'enseignement, que M. de Montalembert, s'emparant d'une phrase d'un de mes discours au Sénat, m'accuse de renier la liberté, et, poussant selon sa tactique les choses à l'extrême, de reprendre à mon compte la souveraineté du but proclamée par Barbés en 1848, « époque, ajoute-t-il, où M. Sainte- Beuve s'était réfugié en Belgique, pour échapper à la simple menace des conséquences trè»4tténuées de ses doctrines actuelles. » Cette petite allusion à mon séjour en Belgique est une délicatesse de la part de M. de Montalembert, qui a pu savoir mieux que personne, puisqu'il m*a rendu alors un bon office» à quelle fin j'allais en Belgique. Il est faux que je me sois réfugié en Belgique; ce qui est vrai, c'est que sans fortune, ayant donné ma démission d'une place de bibliothécaire, je suis allé, au mois d'octobre 1848, c'est-à-dire sept ou huit mois après le 24 février, professer à l'Université de Liège et y vivre de ma littérature^ puisque pour le moment cette littérature n'avait plus cours en France. Je ne vois pas ce que les théories de Barbes ont à faire là dedans : on était plus près alors du Falloux que du Barbes. 11 n'est pas très-honnête à M. de Montalembert de traduire et de falsifier ainsi les faits, an gré de sa colère et de sa haine du moment.

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jouraal habîtoel des Toltairtem; qae, s! bautain et aristocratique de nature qu'on toit, on pai de sjnpatbie enrers les bonnes gens d'une astre étoffe qne no«i n'est Jimisis im tort; que si, de» pais quelque» années, il est éprmifé, je le saie anssi, et queeeia peat-ètre défait faire un nen ; que Ifc eè la PlratMence a Jugé k propos de le fri^per dooieurensement, la nature aussi m'a affi^ presque de la même manière; que nous nomme» à quelque degré compai^ioas da naui... Mais M. de Mentalembert répondra qu'il sérit an nom des principes. — Les principes, soH; mais à la condition qu'ils ne se séparent Jamais de tUnmianiiH

L'iramanitér ftl toudié le point faible, le défaut de la cuirasse de cet espnt ie«i Medalr aristeerate dès le berceau , et qui est resté tel maigre tout, sonsson vernis et son 0ads de Ii%iérai;sme(f ). Il ne faut pas éemander aux bommes de truraformer leur nature. M* de MontaieiÉbeft a eu de benne beure tout son talent : il gar- (tera tous ses- cMftnta Jusqu'à son dernier soupir. Les Tébénrences et les splendeurs de ce talent, il les a autant que Jamais et au même degré; sen théâtre oratoire lui manquant, il les a retrourés et ressaisis par sa pkmM; il les applique dfrersement et avec une vigueur égale dans ses granéi morceaux de considérations politiques et dans ses livres. Son Histoire des Moines d'Occident, si éloquente qu'elle soit, montre d'ailleurs à quel point il sait st pass^ de critique. En le lisant, on n'entend jamais qu'une cloche et qu'un son. Il célèbre d'un bout à l'autre, ou il dénigre; panégyrique ou phiUppique, il n'y a pas de milieu. Esprit de hauteur, de snrftkce et d'éclat, il nlsst jamais entré dans les replis de rien. Ses livres peuvent attirer et forcer l'admiration pendant quel({aea pages, mais bientôt leur monotonie fatigue; car ils sont le contraire de ces écrits cbers à Montaigne, pleins de suc et de moelle intérieure, pétris d'expérience et d'indulgence, qui gagnent à être exprimés et proisés» et <]^ da ton^ temps eaè fiît les délices des bemmee de semr,. «tes bannies de goét,^ des hemmes vraiment lumiaiiiSk*.

Au résumé, <fest un militant; il l'est en tout et partout; comme tel , il laissera dans l'histoire des guerres politiques et r^ ligieuses de ce temps une trace lumineuse : Lacordaire et lui,

(1) « Pour pc^uUriser l'ansuE, il abusait du vocabvlaiie do la libtiti. » C'est le mot de quelqu'un, qui l'a bion connu, d'an do ses anciens collègues et compagnons d'annos à la Chambra dos psirs^ le comto d'Alton-Shéo»

deux lieutenants de La Mennais, et qui ont continué de tenir brillamment la campagne après que leur général avait passé à l'ennemi. Mais le grand déserteur, dans son absence même, les domine et demeure présent à leur pensée, à la pensée de tous : ils ne sont que de premiers lieutenants.

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