DE LA
De loin la littérature d'une époque se dessine aux yeux en masse comme une chose simple; de près elle se déroule successivement en toutes sortes de diversités et de différences. Elle est en marche : rien n'est encore accompli. Elle a ses progrès, ses écarts, ses moments d'hésitation ou d'entraînement. Il y a lieu de les noter à l'instant, de signaler les fausses routes, les pentes ruineuses ; ce n'est pas toujours en vain. On fait partie d'ailleurs du gros de la caravane, on s'y intéresse forcément, on en cause autour de soi en toute liberté : il est bon quelquefois d'écrire comme on cause et comme on pense.
C'est un fait que la détresse et le désastre de la librairie en France depuis quelques années; depuis quelques mois le mal a encore empiré : on y peut voir
(i) On n'a pas hésité à glisser dans Tintervalle de ces portraits quelques articles de pure critique et même de polémique, tels que celui-ci, qui furent écrits dans la Revue des Deux Mondes, pour répondre à des besoins ou parer à des dangers du moment.
surtout un grave symptôme. La chose littéraire (à comprendre particulièrement sous ce nom l'ensemble des productions d'imagination et d'art) semble de plus en plus compromise, et par sa faute. Si l'on compte çà et là des exceptions, elles vont comme s'éloignant, s'éva- Douissant dans un vaste naufrage : rari nantes. La physionomie de l'ensemble domine, le niveau du mauvais gagne et monte. On ne rencontre que de bons esprits qui en sont préoccupés comme d'un débordement. Il semble qu'on n'ait pas affaire à un fâcheux accident , au simple coup de grêle d'une saison moins heureuse, mais à un résultat général tenant à des causes profondes et qui doit plutôt s'augmenter.
Lorsqu'il y a tout à Theure dix ans une brusque révolution vint rompre la série d'études et d'idées qui étaient en plein développement, une première et longue anarchie s'ensuivit; dans cette confusion inévitable, du moins de nouveaux talents se produisirent; les anciens n'avaient pas péri ; on pouvait espérer dans un ordre renaissant une marche littéraire satisfaisante au cœur et glorieuse. Mais voilà qu'en littérature, comme en politique, à mesure que les causes extérieures de per-^ turbation ont cessé, les symptômes intérieurs et de désorganisation profonde se sont mieux laissé voir. Je m'en tiendrai ici à la littérature.
Sous la Restauration on écrivait sans doute beaucoup et de toute manière. À côté de quelques vrais monuments, on produisait une foule d'ouvrages plus ou moins secondaires, surtout politiques, historiques. L'imagination n'était guère encore en éveil que chez
44C PORTRAITS COIITEMPORAII^.
les talents d'élite. A cette quantité d'àuâ'es écrit» de circonstance et de combat, une idée morale, une a{^arenoe de patriotisme, im dnqpeau donnait mie sorte de noblesse et recouvrait aux yeux der pcd»^, anx yeax des anteoTS et compilatemrs ens-nêmes^ le mobile plu» secret. Depuis la Restauration et au moment où elle a croulé, ces idées morales et polMques se sont, chez la plupart, subitement abattues; le drapeau a cessé ée flotter SUT toute une cargaison d'offvrageB qu'il bonoTait et dont 9 coutrait, comme oo dit, la marchandise. La grande masse de la littérature, tout ce fonds Hbre ^ flottant qu^on désigne un peu ▼aguemem sous ce nom. n'a plus senti au dedans et n'a pli» accusé au dehors que les mobiles réels, à savoir une émulation efl^^ée des amours-propres, et un besoin pressant de vivre : la littérature industrielle s'est de plus en frtus démasquée.
Pour ne pas s'effirayerdu mot, pour mieux combatti'e la chose, il s'agit d'abord de ne se rfen acagérer. De tout temps ht littérature indostri^le a existé. Depuis qu'on imprime surtout, on a écrit pour vivre, et la majeure partie des livres imprimés est due sans doute à ce mobile si respectable. Combinée avec les passions et les croyances d'un chacun, avec le talent naturel, la pauvreté a engendré sa part, même des plus noMes œuvres, et de celles qui ont l'air le phis désintéressées. Paupertas impulU cMdax, nous dit Horace, et Le Sage écrivait Giï Bios pour le libraire. En général pourtant, surtout en France, dans le cours du xvn» et du ^ xvm* siècle, des idées de libéralité et de désintéres-
sèment s'étaient à bon droit attachées aux belles œuvres.
Je sais qu'un noble asj^il peut, a&MS bOAta #t «roii crkaa^ Tirer de 6on travail un tribut légitime,
disait Boileacr en fanreur de Racine, et cfétait Que manière de conc^ision. Lui-môme, Boilean, faisait cadeau de ses vers à Barbin et ne les vendait pas. Dans tons ces monuments majestuenx et diversement continus des Bossuet, des Fénelon, des La Bruyère, dans ceux de Montesquieu ou de Buffon , on n^aperçoît pas de porte qui mène à Farrière-boutique du Kbraire. Voltaire s'enrichissait plutôt encore à Taide de spéculations étrangères que par ses livres, qu'il ne négligeait pourtant pas. Diderot, nécessiteux, donnait son travail plus volontiers qu'il ne le vendait. Bernardin de Saint- Pierre offrit l'un des premiers le triste spectacle (f un talent élevé, idéal et poétique, en chicane avec les libraires. Beaumarchais, le grand corrupteur, commença à spéculer avec génie sur les éditions et à combiner du Law dans l'écrivain. Mais, en général, la dignité des lettres subsistait, recouvrait toute cette partie matérielle secondaire , et maintenait le préjugé honorable dans lequel on nous secoue si videmment aujourdTmî. Sous FEmpire, relativement, on écrivit peu; sous la Restauration, en écrivant beaucoup, on garda, je Tai dit, de nobles enseignes. Il est donc arrivé qu'au sortir de nos habitudes généreuses ou spécieuses de la Restauration , et avec notre fonds de préjugés an peu délicats en cette matière, aujounf hui que
la littérature purement industrielle s'affiche crûment, la chose nous semble beaucoup plus nouvelle qu'elle ne l'est en efièt : il est vrai que le manifeste des prétentions et la menace d'envahissement n'ont jamais été plus au comble.
Ce qui la caractérise en ce moment cette littérature, et la rend un phénomène tout à fait propre à ce tempsci, c'est la naïveté et souvent l'audace de sa requête, d'être nécessiteuse et de passer en demande toutes les bornes du nécessaire, de se mêler avec une passion effrénée de la gloire ou (dutôt de la célébrité, de s'amalgamer intimement avec l'orgueil littéraire, de se donner à lui pour mesure et de le prendre pour mesure lui-même dans l'émulation de leurs exigences accumulées; c'est de se rencontrer là où on la supposerait et où on l'excuse le moins, dans les branches les plus fleuries de l'imagination, dans celles qui sembleraient tenir aux parties les plus délicates et les plus fines du talent.
Chaque époque a sa folie et son ridicule ; en littérature nous avons déjà assisté (et trop aidé peut-être) à bien des manies; le démon de l'élégie, du désespoir, a eu son temps; l'art pur a eu son culte, sa mysticité; mais voici que le masque change; l'industrie pénètre 'ians le rêve et le fait à son image, tout en se faisant ântastique comme lui; le démon de la propriété littéraire monte les têtes, et paraît constituer chez quelques-uns une vraie maladie pindarique, une danse de saint Guy curieuse à décrire. Chacun s'exagérant son importance se met à évaluer son propre génie en
sommes rondes ; le jet de chaque orgueil retombe en pluie d'or. Gela va aisément à des millions, l'on ne rougit pas de les étaler et de les mendier. Avec plus d'un illustre, le discours ne sort plus de là : c'est un cri de misère en style de haute banque et avec accompagnement d'espèces sonnantes. Marot, tendant la main au Roy pour avoir cent escus dans quelque joli dizain, y mettait moins de façon et plus de grâce (1).
(1) Plaise au Roy ne refuser point
Ou donner, lequel qu'il Toadra, A Marot cent escus apoinct, Bt il promet qu'en son pourpoint Pour les garder ne les coudra...
Je conseille de relire les dizains charmants au Boy de Navarre : Mon second Roy, j'ay une haqnenée» etc. ;
et à la Royne de Naoarre :
Mes créanciers, qui de dizains n'ont cure, etc.
Dans répltre au Boy pour avoir esté desrobé, il épuise tous les tours et toutes les gentillesses de la requête; il ne ressemble pas à tant de gens insatiables, dit-il, il ne veut plus rien demander :
Mais je commence à devenir honteux, Bt ne TOUX plus à vos dons m'arreiter; Je ne dy pas, si voulez rien prester^
Que ne le prenne
Et savez-Tons, Sire, comment je paye?
Je vous ferai une belle cedule A vous payer ( sans usure s'entend ) Qiiand on verra tout le monde content; Ou si voulez, à payer ce sera Quand yotre loz et renom cessera.
Advisez donc si vous avez désir
De rien prester : vous me ferez plaisir;
Car puis un peu, j'ai basti à Clément
Sur ce^point comme sur presque tous les autres qui touchent à la littérature, il ue s'élèfV'e pourtant aucun blftme, aucun rire haut et franc: la poli^ exIérieuFe ne se fait phis. La littérature iDdustriei!s$jest anivée à .|. supprimer la critique et à occuper la place à fpeu près sans contracBction et comme si die existait seirie. Sans doute pour qui considère les productions de f époque* d'un coup d*œil complet, il y a d'autres Httérutufes coexistantes et qui ne cessent de pousser de sérieux et honorables travaux : par exemple la littérature qu'on peut appeler d'Académie des Inscriptions, et qui reste fidèle à sa missibn de critiqua et de recherche en y portait tt& Eedoabtoœent d'aotivité et en y introduisant quelque jeunesse; il y a encore la littérature qu'on peut appeler d'Université, confinant à l'autre, et qui par des enseignements, par des thèses qui deviennent des ouvrages, est dès longtemps sortie de la routine sans perdre la iaraditl6n« Mais, il faut le dire, avet toole l'estime qu'inspirent de semblables travaux, rentière gloire littéraire d'une nation n'est pas là; une certaine
Là oà j*i^ fait mi i^rand desbonnement, Bt à Ifarot qui est un pea plus loing : Tout tomben, qui &*«ii aniA la toing.
Gasconnade pour gasconnade, cette dernière, par l'espièglerie, n'en vaut-eUe pas bien d'antres? Quant au fond de la requête, il est le même chez nous; mais que le ton a changél « Certes, si la France « exerce une prépondérance si incontestable et si transcendante « en Europe, elle le doît44iiK«a.deweiMnuB«sëniiients, hommes « d'art, d'intelligence, de- poésie et de ccenr..^ parmi lesquels je « suis. » Voilà le début noavean de toute «ompisinte : c'est à son de trompe qu'on entonne désormais sa pâtStfon; J*aimais mieux le flageolet de Blarot.
DE LA LirtÉRATURE INDUSTIIIELLE. 4St
?ie même, Kbre et trarâfe, chercha toujours aventure hors de ces enceiates : c'est dans le grand champ da (tehor? que Timagination a tontes diances de se déployer. Or, ce champ Hbre qui a formé jusqu'ici ic principal honneur de la France, qu'en a-t-on fait? Sa condition d^étre commun et ouvert à tous Fa sans douté, à chaque époque, laissé en proie à tous les hasards des esprits. Les diflërraites fermes du mauvais goût, les modes' bigarrées, les bruyantes écoles, y ont passé; I« faasses couleurs y ont fait torrent. Ce diamp, en un mot, a été de tout temps infesté par dies baindes; mais jamais il ne lui arriva d'être envabi, exf^oHé, réclamé à titre de juste possession, par une bande si nombreuse, sa disparate, et presque organisée comme nous le "wyons aujoord'hm, et avec cette seule devise inscrite au drapeau r fhire m éffrwemtt Dédain ou mtimidation, on se tait et cela gagne; des esprits sérieux et qui honorent l'époque, renfermés dans leurs vocations spéciales, garéent le silence sur des excès qu'ils ne sauraient comment q^ralifier. Cependant de grands et hauts talents, obsédés on «veuglés, cèdent au torrent et y poussent, imitent et encouragent les déportements dont ifo cnHent pouvoir toujours se th^ eux-mêmes sans désboimeiir. Quelques plume» sages protestentçà et Ht, à la sourdine; mais la digue n'est nulle part. La connivence éteint to«t a* d'alarme. On en est réduh (l«croirait*on?) mir certaÉaesF questions courantes et vives, à n'avoir plus pour sentineBe hardie que Tespritet le caprice de M. Janin, qui dit ce matin-là, avec un bon sens pétulant et sonore, ee que diacun pense. Jamais on n'a
mieux senti, au sein de la littérature usuelle et de la critique active, le manque de tant d'écrivains spirituels, instruits, consciencieux, qui avaient pris un si beau rôle dans les dernières années de la Restauration, et qui, au moment de la révolution de Juillet, en passant brusquement à la politique, ont fait véritablement défection à la littérature. Quelque hauts services que puissent penser avoir rendus à leur cause les anciens écrivains du Globe devenus députés, conseillers d'État et ministres, je suis persuadé qu'en y réfléchissant, quelques-ans au moins d'entre eux se représentent dans un regret tacite les autres services croissants qu'ils auraient pu rendre, avec non moins d'éclat, à une cause qui est celle de la société aussi : il leur suffisait d'oser durer sous leur première forme, de maintenir leur tribune philosophique et littéraire, en continuant, par quelques-unes de leurs plumes, d'y pratiquer leur mission de critique élevée et vigilante ; aux temps de calme, l'autorité se serait retrouvée. Leur brusque retraite a fait lacune, et, par cet entier déplacement de forces, il y a eu, on peut l'affirmer, solution de continuité en littérature plus qu'en politique entre le régime d'après Juillet et le régime d'auparavant. Les talents nouveaux et les jeunes espoirs n'ont plus trouvé de groupe déjà formé et expérimenté auquel ils se pussent /allier; chacun a cherché fortune et a frayé sa voie au hasard; plusieurs ont dérivé vers des systèmes tout à fait excentriques, les seuls pourtant qui offrissent quelque corps tant soit peu imposant de doctrine. Beaucoup, en restant dans le milieu commun, exposés à
cette atmosphère cholérique et embrasée, sur ce sol peu sûr, en proie à toutes les causes d'excitation et de corruption, ont été plus ou moins gâtés, et n'ont plus su ce que c'était que de l'être. De là, une littérature à physionomie jusqu'à présent inouïe dans son ensemble, active, effervescente, ambitieuse, osant tout, menant les passions les plus raffinées de la civilisation avec le sans-façon effréné de l'état de nature ; perdant un premier enjeu de générosité et de talent dans des gouffres d'égoïsme et de cupidité qui s'élargissent en s'enorgueillissant; et, au milieu de ses prétentions, de ses animosités intestines, n'ayant pu trouver jusqu'ici d'apparence d'unité que dans des ligues momentanées d'intérêts et d'amours-propres, dans de pures coalitions qui violent le premier mot de toute harmonie morale. Je n'exagère pas. En province, à Paris même, si Ton n'y est pas plus ou moins mêlé , on ignore ce que c'est au fond que la presse, pe bruyant rendez-vous, ce poudreux boulevard de la littérature du jour, mais qui a, dans chaque allée, ses passages secrets. En parlant de la presse, je sais quelles exceptions il convient de faire; politiquement j'en pourrais surtout noter; mais littérairement, il y en a très-peu à reconnaître. La moindre importance qu'on attache probablement à une branche réputée accessoire a fait que sur ce point on a laissé aller les choses. Il en est résulté dans la plupart des journaux, chez quelques-uns même de ceux qui passeraient volontiers pour puritains, un ensemble d'abus et une organisation purement mercantile qui fomente la plaie littéraire d'alentour et qui en dépend.
4S4 POBTRAlTâ CONTEMPOmAINS.
Une première refitrietioii eai po«irtafii à pos^ éaiis le blâme. 11 iaot bi^ se résigner aux habitudes naièvelles, à risTasioo de la déiBOcratie liuéraire comote à ravénenrat de toutes les autres démeaaties. Peu înporle que cela «eoiMe plis muoi en litlérattare. Ce sera de moîas en moias un Irait distm^f que d'écrire et de faire iMf>rix]ier. Avec bob eiœurg Rectorale», industrielles, tout le BMmde, woe îob au moins dans sa vie, aura en sa page, son discours, son prospectus, son têost, sera auteur. De là à faire un feuilleton, il n*y a qu'un pa& Pourquoi pas moi aussi? se dit chacun. Des aiguilkHis respectables s'eaoi m^nt. On a une Camille, on s'est marié par amour, la femme sous un pseudonyme écrira aussL Qimi de {dus hmiorable, de plus digne d'iirtârét que le travail aasidci (fôt41 un peu hàtif et Iftché) d'an écrivain pauvre, vivant par là et soutenant les skns? Ces situations s(mt fréquentes : il v aurait scrupule à les déprécier.
De nos jours^ d'ailleurs , qui donc peut se dire qu'il n'écrit pas un peu pour vivre {pro victu)^ depuis les plus illustres? Ce mobile va de pair même avec la plus légitime gloire. Pascal, Montaigi^, pariant des philosophes qui écrmnt contre la gloire, les montrent en ccmtradictîan avec eusHnèmes et la désirant. Et moi qui écris ceci^ ajoote Pascal... Et mei-mêffie qui écris ceci, doit-on se dire lorsqu'on éoît sur ceux qui écrivent un peu pour vivre»
Mais, ces avertissements donnés, ces iMrécauti(ms prises, et profitant à notre tour de cette audace qu'appuie la nécessité aussi, et de cette in^iration âpre et
DE LA LITTÉRATURE INBUSTRlfilLE. 459
Ubre d'une vie (le plus en phis déga^, on es4en posltioB et en droit de dire le vrai cotaiBie on l'entend sur un ensembte dont Tinqu^ession n'est pas douteuse, dont le résultat révolte et crie de plus en plus. L'étâl actuel de la presse quotidienne, en ce qui ooseerae la littérature, est, pour trancher le aoot, désastreux. Aucune idée morale n'étant en balance, il est arrivé qu'une suite de circonstances matâ'ielles a graduellement altéré la pensée et en a dénaturé l'expression. Et^ par exeiople^ M. de Martignac a légué, sans s'en douè^^ an germe de mort aux journaux par sa loi de juillet 1828, loi relatir vement libérale, mais qui, en rendant à cedaJos éigards les publications quotidiennes ou périodiques {dus accessibles à tous, les greva de certaines conditions pécuniaires comme contre-poids, et qui, en les allégeaxu à l'endroit de la police et de la politii;^, accrut en leur sein la chaîne industrielle. Pour subvenir êxa frais nouveaux, que &roQs-nous? cUsai^U les îeumaux. — £h bieni vous ferez des annonces, leur réfoodait'On. — Les journaux s'âargireat; l' annonce naquit, modeste encore p^iidant quelque temps ; mais ce fiut Ten&nce de Gargantua, et elle passa vite aux prodiges. Les conséquences de l'annonce furent r<i^ides et infinies. On eut beau vouloir séparer dans le journal ce qui restait consciencieux ei libre, de ce qui devenait public et vénal : la limite du fiUt fut bientôt franchie. La réckme (1) s&mit de pont. Comment cooifeimner à deux
(1) Pour ceux qui l'ignorent, nous dirons que la réclame est la feéHB note gUssée Tera la fin, à VûUérieur du joamad, d'ordinaire payée par le libraire, insérée le mâme jmr que FaBaoaoe ou ]«
doigts de distance, qualifier détestable et funeste ce qui se proclamait et s'affichait deux doigts plus bas comme la merveille de l'époque? L'attraction des majuscules croissantes de l'annonce l'emporta : ce fut une montagne d'aimant qui ût mentir la boussole. Afin d'avoir en caisse le profit de l'annonce, on eut de la complaisance pour les livres annoncés-, la critique y perdit son crédit. Qu'importe! l'annonce n'étaît-elle pas la partie la plus productive et la plus nette de l'entreprise? Des journaux parurent, uniquement fondés sur le produit présumé de l'annonce : alors surtout la complaisance fut forcée; toute indépendance et toute réserve cessèrent.
Cette malheureuse annonce n'a pas eu une influence moins fatale sur la librairie ; pour sa bonne part, elle a contribué à la tuer. Gomment? L'annonce constitue, après l'impression, un redoublement de frais qu'il faut prélever sur la première vente, avant d'atteindre aucun profit; mille francs d'annonces pour un ouvrage nou* veau ; aussi, à partir de là, les libraires ont-ils impitoyablement exigé des auteurs deux volumes au lieu d'un, et des volumes in-8<> au lieu d'un format moindre; car cela ne coûte pas plus à annoncer, et, les frais d'annonce restant les mêmes, la vente du moins est double et répare. De cascades en cascades, je n'aurais pas de sitôt fini sur Vannonce, qui demanderait toute une histoire : Swift, d'une encre amère, l'aurait tracée.
lendemain, et donnant en deux mots un petit Jugement flatteur qui prépare et préjuge celui de l'article.
La situation des journaux a notablement empiré depuis l'introduction de la presse dite à quarante francs : je ne m'attache à juger que du contre-coup moral. Le personnage trop célèbre et d'une capacité aussi incontestable que malheureusement- dirigée, qui a eu cette idée hardie, prétendait tuer ce qu'on appelait le monopole de quelques grands journaux ; mais il n'a fait que mettre tout le monde et lui-même dans des conditions plus ou moins illusoires, et où il devient déplus en plus difficile, à ne parler même que de la littérature, de se tirer d'affaire avec vérité, avec franchise. Les journaux, par cette baisse de prix, par cet élargissement de format, sont devenus de plus en plus tributaires de l'annonce; elle a perdu son reste de pudeur, si elle en avait. Maintenant, quand on lit dans un grand journal l'éloge d'un livre, et, quand le nom du critique n'offre pas une garantie absolue, on n'est jamais très-sûr que le libraire ou même l'auteur (si par grand hasard l'auteur est riche) n'y trempe pas un peu. 11 est très-fâcheux qu'à l'origine de cette espèce d'invasion de la presse dite à quarante francs, les conséquences morales et littéraires n'en aient pas été présentées avec vigueur et netteté par quelqu'une des plumes alors en crédit. Une voix pourtant, celle de Carrel, avait commencé à s'élever, quand elle s'est tue. Les autres journaux étaient trop intéressés sans doute dans la question, et le Vous êtes orfèvre eût diminué l'autorité de leur résistance. Malgré cette défaveur de position, certains faits auraient pu ressortir avec évidence et 'certitude. Je crois, par exemple, que c'a été une faute au Journal des Débats, resté u. 26
45S PORTRAITS CaNTSMf ORAII^S.
après tout à la tête de la littérature quotîdiemie^ dV béir en cette crise à soa système de prudence, et de ne pasproteàier tout haut. Mais comment alors» dans le gouvernemeat^ des hommes d'État sérieux et vertueux ont-ils pu prêter appui à la légère* et dans des vues toutes momentanées, à des opérations qui n'ont jamais présenté aucune chance de succès légitime et qui entraînaient visiblement à une corruption immédiate? £e qui est certain (et en réduisant toujours notre point •de vue), c'est que la nK)ralité littéraire de la presse en général a baissé depuis k»cs d'un cran. IS Ton peignait au complet le détail de ces moeurs» on ne le croirait pas. M. de Balzac a rassemblé, dernièrement, beaucoup de ces vilenies dans un roman qui a pour titre Un Grand Homme de Province, mais en les envelq)pant de son fantastique ordinaire : comme dernier trait qu'il a omis, toutes ces révélations curieuses ne Font pas brouillé avec les gens en question, dès que leurs in^ térêts sont redevenus communs.
Au théâtre, les mômes plaies se retrouveraient; les mœurs ouvertement industrielles y tiennent une place plus évidente encore. Il en fut ainsi en tcmt temps : mais» dans une histoire du théâtre depuÈ} dixaitô, oc suivrait le contre-coup croissant et désordonné de ce mauvais régime littéraire. L'exigence des aoteors «a vogue augmente et souvent ne ressemble pas mal à de la voracité. Pour se les attacher on a, par exenaple» i's^pât des primes : aussitôt une pièce de Tua d'eux lue et reçue, une somme est donnée, cinq mille francs, je crois, si la pièce a cinq actes. Quand la pièce réussit,
quand les engagements se tiennent avec quelgtie fidélité, tout ya au mieux, mais Tordinaire n'est pas là. Les théâtres s'^ tirent parfois pourtant mieux que le reste. Leur plaie réelle a toujours élé dans la rareté des bonnes pièces et dans celle des f^ons sujets, des bons acteurs. Une seule bonne fortme^ ce g^irer^re hmk ées pertes. Passons.
' CTest à la littérature inaprimée, à celle dlmagmatSon particidièrement, aux lîrres auparavant susceptibles de vogue, et de d^^ en degré à presque tow les ouvrages nouveaux, que le mal, dans la fonne que m«s dénonçons, -s'est profondément attaqué. Depuis deux ans^ surtout, on ne vend plus : la librairie se meurt. On a tant abusé du public, taftt mis de papier blanc sous des volumes enflés et smrfaits, tant réimprimé du vieux pour du neuf, tant vanté sur tous les tons rîosipide et le plat,, que le public est devenu à la lettre comme un cadavre. Les cabinets de lecture a^ètent à peine. On a vu dernièrement un auteur réclamer tout haut contre Tusage de quelques-uns de ces cabinets qui, pour ne pas^ se ruiner en douMes achats, découpent dans ies journaux et font relier les romans qui paraissent en feiiilietons-, Tauteur dénonçait avec indignation cette mesure économique : €'est heureux qu'il n'ait pas déféré le cas^ au procureur du roi. Mais quT attendre aussi d*un livre quand il ne fait que ramasser des pages écrites pour fournir le plus de colonnes avec le moins d'idées? Les journaux s'^argtssant, les feuitletcmfi seimeat, fêlas indéfiniment, l'Sastîcité des phrases a dû prêter, et Ton a redoublé de vains mots, de descriptions oiseuses^
d'épithètes redondantes : le style s'est étiré dans tous ses ûls comme les étoffes trop tendues. Il y a des auteurs qui n'écrivent plus leurs romans de feuilletons qu'en dialogue, parce qu'à chaque phrase, et quelquefois à chaque mot, il y a du blanc, et que Ton gagne une ligne. Or, savez-vous ce que c'est qu'une ligne ? Une ligne de moins en idée, quand cela revient souvent, c'est une notable épargne de cerveau; une ligne de plus en compte, c'est une somme parfois fort honnête. Il y a tel écrivain de renom qui exigera (quand il condescend aux journaux) qu'on lui paye deux francs la ligne ou le vers, et qui ajoutera peut-être encore que ce n*est pas autant payé qu'à lord Byron. Voilà qui est savoir au juste la dignité et le prix de la pensée. Il se rencontre des entrepreneurs charlatans qui consentent à ces excès de prétention pour avoir au moins un article et se parer d'un nom : cela se regagne sur l'actionnaire. Des hommes ignorants des lettres, envahissant la librairie et y rêvant des gains chimériques, ont fait taire les calculs sensés et ont favorisé les rêves cupides. Ainsi chacun est ailé tout droit dans son égoisme, coupant l'arbre par la racine. Chacun, en y passant, a ef, fondre le terrain sous ses pas : qu'importent les survenants? après nous le déluge! L'écrivain ayant mis son cerveau en coupe réglée, il y a eu des mécomptes; bon an, mal an, comme on dit : les livres vendus et payés d'avance n'ont pu toujours être faits. De scandaleux procès ont trop souvent éclairé ces misères. Quoi donc d'étonnant que la librairie, ainsi placée entre toutes les causes de ruine, entre son propre charlatanisme, les
exigences des auteurs, les exactions des journaux, et enfin la contrefaçon étrangère, ait succombé ? Car il n'y a plus de librairie en ce moment que celle d'université, de droit, de médecine, de religion, précisément parce qu'en ces branches spéciales elle est restée à peu près soustraite aux diverses atteintes.
J'ai nommé la contrefaçon étrangère, et je l'ai nommée la dernière parce qu'en effet elle ne vient qu'en dernier lieu dans ma pensée, et qu'il y a bien d'autres causes mortelles avant celle-là. Tel ne parait pas l'avis de beaucoup d'intéressés, et c'est à la contrefaçon étrangère presque uniquement qu'auteurs et éditeurs s'en sont pris dans la dernière crise. Je crois pourtant qu'eux-mêmes les premiers ont fait beau jeu à la contrefaçon belge, qui se fonde avant tout sur le débit de volumes gros de matière et à bon marché (1). Mais sans prétendre diminuer l'idée du tort immense qu'apporte la contrefaçon extérieure, on n'y peut rien directement : il faudrait là une intervention du Gouvernement, une négociation internationale. On fait bien d'appeler et de provoquer l'attention du pouvoir sur ce point ; le pouvoir a fait semblant de s'en occuper, comme il fera toujours désormais de ce qui lui sera déféré avec bruit et grand concert d'intérêts en souffrance : mais tout s'est borné à des démonstrations. Qu'on le pousse toutefois, qu'on le prêche et qu'on l'édifie là-dessus, s'il y a moyen:
(1) Le succès des diverses petites Bihliothèqties publiées en format dit anglais prouve que de bons livres remplis et peu cbers garderaient toutes chances : et encore n'a-t-on pas toujours été scrupuleux dans les choix.
rien de mîenx, et, avec de la constance et quelque cinquante ans de lutte, nos Wîberforce, qui ont comparé la contrefaçon étrangère à la traite des nègres, pourront remporter. Mais, encore mi coup, il n'y a ries là sur quoi f on ait prise immédiate, et cela est si vrai que la société récemment fondée à l'occasion môme du débat, la Société des Gens de Lettres, après avoir posé le principe général, a dû appliquer son activité vers des détails plus intérieurs.
L'idée première de cette Société est due à un écrivain d^esprit, M. Desnoyers, qui a su conserver dans la mêlée la plus active des intentions droites et des habitudes élevées de caractère. Dans ce que je me permettrai de dire de Tassociation naissante, je m'enquerrai moins de son objet positif et financier que des conséquences littéraires probables et de certains abus (!1 s'en glisse partout, et surtout dans les corps) qui pourraient s'entrevoir déjà. Rien de plus légitime assurément que des gens de lettres s' associant pour s'entendre sur leurs intérêts matériels et s'y éclairer. A défaut de la contrefaçon étrangère qu'on ne peut atteindre, il y a des manières de contrefaçon à l'intérieur, sinon pour les livres, du moins pour les feuilletons : il y a des journaux voleurs qui vous citent et vous copient» Quelques auteurs entichés pourraient s'en trouver purement et simplement flattés ; de plus aguerris et de plus stricts useraient du droit de répression, requérant en justice dommages et intérêts : le plus sûr et le plus fructueux est d'amener par transaction ces jouroa«z à payer tribut pour leur reproduction, et à s'abonner» en
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quelque sorte, à vaus. Régulariser en un mot ce genre de contrefaçon à l'intérieur, voîlà un résultat. Comme rhomme de lettres isolé a peu de force, de îoisîr, et souvent^ peu (Tentente de ces chicanes, un agent spécial, un comité permanent, veilleront pour lui et plaideront son intérêt. Rien de mieux jusque-là. 11 y a toujours à prendre garde cependant de trop aliéner les droits de l'individu dans le pouvoir du comité. Si en traitant, par exemple, avec chaque membre de la Société, un éditeur se trouvait avoir affaire à une Société plus réellement propriétaire de ses œuvres à quelques égards que lui-môme, ce serait un inconvénient, une entrave, une vraie servitude. Si une Revue (pour préciser encore mieux), qui paye un article à un auteur, se trouvait presque aussitôt dépossédée de cet article par quelque journal payant tribut réguKer de reproduction à cet auteur, ce serait une piquante façon d'être leurré : on serait contrefait à bout pourtant, à l'aide de ce qui aurait été fondé précisément contre la contrefaçon. Mais je laisse là ces questions, qui appartiennent au plus subtil du Code de commerce; je ne sais jusqu'à quel point la légalité s'en accommodera; les tribunaux, mis^ en demeure de prononcer dans quelques cas, paraissent jusqu'ici peu y condescendre, et les vieux juges, ouvrant de grands yeux^ n'y entendent rien du tout. On conçoit cependant, je le répète, une Société de gens de lettres s'entendant de leur mieux pour s'assurer le plus grand salaire possible de leurs veilles, si leur force unie se contient dans des termes d'équité et ne va jamais jusqu'à la coactioû envers les éditeurs : car il ne faudrait
pas tomber ici dans rien qui rappelât les coalitions d'ouvriers; on a bien crié contre la camaraderie, ceci est déjà du compagnonnage.
Premier résultat moral pourtant. Quelle que soit la légitimité stricte du fond, n*est-il pas triste pour les lettres en général que leur condition matérielle et leur préoccupation besogneuse en viennent à ce degré d'organisation et de publicité? Je m'étais figuré toujours, pour ce qu'on appelle la propriété littéraire, quelque cbose de plus simple. On écrit, on achève un livre; on traite de la vente avec un libraire; on remplit ses conditions et lui les siennes; après quoi l'on rentre dans sa propriété. Si Ton est contrefait en Belgique dans l'intervalle, malheur et honneur ! Le libraire n'est pas d'ailleurs tout à fait sans l'avoir prévu. Au lieu d'un livre, est-ce de simples articles qu'on écrit : on traite avec un journal, on remplit mutuellement ses conditions. Si l'on est contrefait, copié par une feuille voleuse, c'est l'affaire du journal de défendre son bien, et de poursuivre, s'il lui plaît. L'auteur reste dans Vignorance de ce détail et se lave les mains du procès. C'est là sans doute une économie politique bien élémentaire et bien mesquine en fait de propriété littéraire; elle doit faire pitié à bien des illustres; il y a particulièrement de quoi faire hausser les épaules à plus d'un de nos douze maréchaux de France, comme les appelle le président actuel de la Société des Gens de Lettres dans une lettre récemment publiée (1); car un
(i) M. de Balzac. — Voir a Presse et e Siècle des 18 et 19 août (1839).
maréchal de France en littérature, c'est un de ces hommes, sachez-le bien, qui offrent à V exploitation une certaine surface commerciale^ Notre chétive et frugale théorie de propriété littéraire n'a qu'un avantage : tant qu'elle a régné dans les lettres, on n'y jetait pas un éclat de financier aux yeux des passants, on ne les attroupait pas non plus autour de ses misères.
Mais la Société des Gens de Lettres nous paraît receler d'autres inconvénients littéraires, si elle n'y prend garde. Dans de telles associations, la majorité décide; et qu'est-ce que la majorité en littérature? La Société s'engage (c'est tout simple) à aider ses membres, à procurer le placement de leurs travaux, à aplanir aux jeunes gens qui en font partie l'entrée dans la carrière. Mais où sont les conditions littéraires et les garanties de l'admission? Tout le monde peut se dire homms de lettres : c'est le titre de qui n'en a point. Les plus empressés à se donner pour tels ne sont pas les plus dignes. La Société songera-t-elle au mérite réel dans l'admission? peut-elle y songer? où sera l'expertise? Dans les compagnonnages des divers métiers, on ne reçoit que des ouvriers faits et sur preuves; mais, en matière littéraire, qui décidera? Voilà donc une Société qui recevra tous ceux qui s'offriront pour gens de lettres, et qui les aidera, et qui les organisera en force compacte; et dans toutes les questions, les moindres, les moins éclairés, les moins intéressés à ce qui touche vraiment les lettres, crieront le plus haut, soyez-en sûr. Les bons esprits que renferme l'association ont dû y réfléchir déjà, et par expérience. Que
serait-ce qu'âne Sodëté qoî, comprcfiant la presque totalité des Ifttératetirs 4a jour à tous les degrés de réchelle, deriendraît pour eux w» espèce d*aBS«rMice HMituene contre la critique et pofwr la louMige? Je signale un écueil lointain, maisnra pas toutefois sans quMl y ait des signes avant-coureurs. Ne wit-on pas des journaux, coalisés sur ce point, flTenlendre à merveille au milieu des injures qu'As se laoeent par d'autres endroits? Le Siècle répétait Fautre jour la let^ du président de ta Société, et rempruntai eaurtoisement à fa Presse, en ajoutant, sans rire, que cette lettre sovtevaU de graves questions. Je orâis qwe le spirituel Charwfuri ri*ait aussi, cette firis, ouMié tjte rire. L«s journaux polîtSquement cCattaquent, s*injurient, se font avœîe et guerre : les feuîfletons fraternisent. On correspond d'une place à Tau^re par le bas, par le rez-de^baussée, par les eaves.
Biais que fais-je en ce moment? Et n'es^ce pas courir de grands risques que de parier aînâ? Car «m des inconvénients d'une teHs Société, si encore ^le n'y prend garde, ce serait l'intfmidatira. QusihI on se croît la force en main , en en abuse aisAnent. L'autre jour, il est arrivé à une personne de nott>e connaissance, à randen gérant de cette Revw, d'être accusé <f en mot inouf : il se serait plaint, en plaisantant, d'ayok* affaire à deux sortes de gens les f^us indisc^nables du monde, les comédiens et les gens de lettKs. Le propos eût ^ leste, et je ne pms croire que M. Bulox Tait tenu (1). Quoi qif îl en soît, «ne note se trouva îne^:^
(1) Oa racontait, en effet, que M. Buloz, qui cumulait les soins
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dans deux ou trois journaux^ dans ceux^à mêmes qui s'attaquent tous ks Bdatins en politique, mais qui s'entendent si cordiailement en littérature ; note qui avait une tournure vraiment officielle, et qui relatait qu'à la noctvelile du propos scandaleux le CkHiûté de Tassociation s'était transporté cbes le mauvais plaisant pour recevoir son ilésaveu /ormeL Ona inséré tout cela sans rire. Il n'est ebnc peut^-êire plus permis de dire que les gens de lettres sont, n<» pas indisciplinables, mais trop discîpliiiés, et que la coalition en ce sens aurait d'étranges conséquences* Il y a peut-être^ à l'heure qu'il est, des personnes qui se croîeftt les représentait unàques et jwés de la littérature firançaiae, prôts à vous demsader compte des bons ou méchants mots, et à vous cker par-devant eux pour la i^us grande dignité de l'Ordre. Ce sérail une liberté de plus que nous aurions conquise, et semblable à beaucoup d'autres en ce siècle de ISyerté ; Boikau le satirique et le portraitiste La Bruyère auraient eu meilleure condition en leur temps. Au reste, nous parlons d'autant plus à l'aise de cette SoeUU des Gens de Lettres, que, le grand nombre nous en étant parfaitement inconnu, une portion sulisante da mmns nous semble ofiErir, par les noms, toute sorte de garanties. Nous sommes persuadé
de directeur de la Revw des Deux Mondes et lés fonctions de commissaire royal près le Théâtre-Français, ayant été reçu tm andieiice par Louis-Philippe, et e^ui-tf , selon son habitude peu royale, s'étant mis à se plaindre et à gémir sur les difficultés qu^il rencontrait à gouverner, M. Buloz lui aurait répondu : « Et à qui dites-vous cela. Sire? à moi qui ai affaire aux deux sortes de gens les plus indisciplinables^ les comédiens et les gens de lettres! »
qu'une quantité de membres sont de notre avis au fond, et qu'ils sauront, au besoin, résister aux tentatives d'envahissement immodéré. S'il faut quelque audace pour cela, ils l'auront. Comment n'en serionsnous pas persuadé, quand, pour citer un illustre exemple, nous trouvons que le membre qui a le premier présidé la Société est M. Villemain ? Je ne puis m'ôter de la pensée que le spirituel académicien n'avait accepté cette charge que pour avoir occasion , avec ce bon goût qui ne l'abandonne jamais et avec ce courage d'esprit dont il a donné tant de preuves dans toutes les circonstances décisives, de rappeler et de maintenir devant cette démocratie littéraire les vrais principes de l'indépendance et du goût. Il est dommage que d'autres fonctions suprêmes l'aient enlevé avant qu'il ait pu exprimer ce qui dans sa bouche aurait eu une autorité charmante. Mais tant que cette espèce de courage ne manquera pas aux hommes de talent haut pla« ces, il y aura de la ressource contre le mal (1).
M. de Balzac, qui a été nommé président à l'unanimité en remplacement de M. Villemain, aidera peutêtre au même résultat par des moyens contraires^ Homme d'imagination et de fantaisie, il la porte trop aisément en des sujets qui en sont peu susceptibles, et il pousse, sans y songer, à des conséquences fabuleuses dont chaque œil peut redresser de lui-même l'illusion. Sa lettre sur la propriété littéraire, que nous avoa
(1) Tout ceci est sensiblement ironique. Le courage d* esprit est ce qui a toujours manqué le plus essentiellement à cet homme de tant de talent et de faiblesse, M. Villemain.
déjà ÎDdiquée, est faite parce genre d'excès pour remettre les choses au vrai point de vue : elle ne tend à rien moins qu'à proposer au Gouvernement d'acheter les œuvres des dùn ou douze maréchaux de France, à commencer par celles de Tauteur lui-même qui s'évalue à deux millions, si j'ai bien compris. Vous imaginezvous le Gouvernement désintéressant l'auteur de la Physiologie du Mariage, afin de la mieux répandre, et débitant les Contes drolatiques comme on vend du papier timbré? Des conséquences si drolatiques sont trèspropres à faire rentrer en lui-môme le démon de la propriété littéraire, dont M. de Balzac n'a peut-être voulu, après tout, que se moquer agréablement.
Non ; quel que soit à chaque crise son redoublement d'espérance et d'audace, la littérature industrielle ne triomphera pas ; elle n'organisera rien de grand ni de fécond pour les lettres, parce que l'inspiration n'est pas là. Déjà en deux ou trois circonstances notables, depuis plusieurs années, elle a échoué fastueusement. Elle avait rallié des noms, des plumes célèbres, sans lien vrai; elles les a compromises, décréditées plutôt en détail, sans en rien tirer de collectif ni de puissant Déjà on l'a vue à l'œuvre dans cette entreprise giganjosque qui s'intitulait l'Europe littéraire, une autre fois dans la Chronique de Paris renouvelée, une autre fois et plus récemment dans la presse à quarante francs. Au théâtre, elle a eu à sa dévotion la scène de la Renaissance : qu'en a-t-elle fait? Grâce aux promptes rivalités, aux défections, aux exigences, cet instrument dérouté se réfugie dans la musique et se sauve, comme n. 87
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il peat « par des traNloctioiis d*opéras itaHens. Le dmiDe industriel a ea, à d^lamtres momems, dTantres tfiëàtres encore, la Pwte-Samt-Martin, FOdéon, le» François même, qui, pour n'en pas snbir les conditions mineases, ont dû bientôt Péloigner on ne ^y onvrir qtt'arec précaution. Cette littérature en un mot, qu'on est fiché d'att>ir ^ant de fois à nommer industrielle quand on sait quehi noms sTy trouvent m^és, a eu le iroaloir et les rnstruments d'innovation , les ca^pitaui et les tal^ite, eHe a toujours tout gasj^llé : lldée morafe étaà ad>sente, même la moindre; la cupidité égoisie ^tm chacun pott*ttdt Uentôt rutee à rènsemble.
Pouftwt , i cteqn^ fsprisc de tentative, c^ést pour tous cent qui ahnènt encoiis profondément les hsttres le moment dte vefller. t)e nos jours le lias-fond rèn^mte sans cesse et détient ttte te niveau commun, te reste s'écoulsmt on flDftbaÈssamt. Le mal sans donts ne date pas d'aujonrd'bni; mais tout est dai^ te mesure, et am^ourdl^ ott te eomAte; Les ressourtes sont grandte^ mais efli^tomnentaisitoèin en sens contraire^ on ne les rallie. Bftttt» ctens tes Mbikititèques : qneffè fifitttetion ardente! qne de jeunes gens étudient, et dans une bonne direction, ee sembte! Mais quil faut peu de chose à trotvers ces ncArles effort pour les feim 9évier et avorter I n est donc urgent qne tous les hommes honnêtes se tiennent, chacun d'abord dans sa propre dignité {(M le pecrt toujours), et entre dus, autant qu*îl se potirna^ quel que soit le point de d^rt, p» des convenances fidètes et une întelBgence sympadiiqne» Cest le cas stirtèut de retrouver te couragcr d'^prit et
de savoir braver. Que cette littérature industrielle existe, mais qu'elle rentre dans son lit et ne le creuse qu'avec lenteur : il ne tend que trop naturellement à s'agrandir. Pour conclure : deux littératures coexistent dans une proportion bien inégale et coexisteront de plus en plus, mêlées entre elles comme le bien et le mal en ce monde, confondues jusqu'au jour du jugement : tâchons 4*avBac«r et de mûrir ce jugement en dégageant la bonne et en limitant l'autre avec fermeté.
l** septembre 1839«