‹ Portraits contemporainsChapitre 16 sur 28 · LE DOCTEUR CABARRUS · texte numérisé non relu

LE DOCTEUR CABARRUS

spéculations serait Fexercicede la médecine, et il ne s'est pas trompé.

Au milieu de ces globules et de ces infiniments petits» M. Gabarrus a encore des retours vers les travaux financiers. Il vit familièrement avec la haute finance et soigne plusieurs des notabilités sonnantes de ce temps-ci. Il trouve des combinaisons qui les étonnent et rsdsonne souvent mieux qu'eux sur ces matières dangereuses. £n 18A8 , il adressa dans la Presse, une lettre à M. de Lamartine. Ces quelques lignes contiennent le» vrais principes du crédit et la consolidation de la dette flottante, adoptée par le gouvernement républicain sur la proposition de M. Gabarrus ; cette ingénieuse idée a non-seulement libéré la France, en enrichissant les créanciers, mais elle rend pour l'avenir toute banqueroute inutile.

Épris du progrès en toutes choses, le docteur s'est donné à l'homœopathie , sans renoncer pourtant à ce qu'il avait appris, à ce qu'il pourrait apprendre encore. Il a expliqué sa conversion dans un livre qui a pour titre : Philosophie de la médecine. Le livre est rempli de science et d'anecdotes en même temps, il a été lu à quelques amis seulement, et si l'auteur consent aie faire connaître au public, il est appelé à un grand succès.

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La Journée deH. Cabarrus appartient tout en* tière à ses malades et à ses études» nous Tavoûs dit, rien ne Feu détourne, pas môme ces éclairs de génie calculateur, dont nous parlions tout à l'heure. Il est sérieusement enveloppé dans sa robe de médecin, et Molière ne s'en fût pas moqué, lui le grand sceptique de Gallien et d'Hippocrate. Il est vrai qu'Hippocrate et Gallien n'étaient pas des homceopathes, ce qui est tout à fait difiérent.

A partir de sept heures du soir, cette robe est renfermée dans une armoire, nous ne retrouvons plus le grave personnage, dont la tête enfante tant de choses sérieuses et dont la main signe tant de bienfaisantes prescriptions ; il ne reste que rhomme d'esprit, le conteur charmant, l'habitué des réunions de M*" de Girardin, appelées par M. de Lamartine : Les petite couverts de rois sans sujets.

Il ne dîne jamais chez lui, il n'a point de vie intérieure. Autrefois il mangeait au café de Paris, maintenant c'est au café Anglais. On le sait et on va l'y attendre, afin d'apprendre de lui des nouvelles et de l'entendre les raconter.

Cette conversation étincelle de mots heureux et d'aperçus philosophiques. Il juge parfaitement les événements et les hommes, mais il a une étrange habitude, c'est de mettre lui-même ces

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mots et ces aperçus en circulation sous le nom d'un autre. D'abord ce fut M. de Montrond, puis, plus tard, le prince Galimaki, ce qui fai<* sait dire à la grande Delphine :

— Je connais quelqu'un qui a plus d'esprit que Gabarrus, c'est le prince Galimaki.

Elle a cité beaucoup le docteur Gabarrus, entr' autres dans son roman de Marguerite^ la fameuse définition des affaires.

— C'est l'argent des autres.

M. de Girardin est son frère de lait, ils ne se sont jamais perdus de vue depuis lors. G'est avec lui que le rédacteur en chef de la Presse affronta la colère de la foule , dans cette fameuse journée de 48, racontée à l'article de M. de Girardin. Ils coururent ensemble cet immense danger, et le médecin ne montra pas moins d'intrépidité que le publiciste. Il est très-courageux et très-énergique, bien que personne n'ait plus de douceur et un caractère plus facile. Il est bon, il est serviable, il oblige volontiers de ses démarches et même de sa bourse, il ne peut pas voir souffrir, ce qui est étrange chez un homme accoutumé à vivre entouré de souffrances.

Il est gai, il plaisante volontiers, il manie très-bien la raillerie sans méchanceté. Toujours prêt à la riposte, il n'attaque guère; il aime à

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parler, son langage est choisi sans pédanterie. Ses manières sont parfaites, il est d'exœllente compagnie mais le trait particulier de sa physionomie est la bienveillance.

n est partout; on le rencontre dans les salons, aux premières représentations, aux réunions d'artistes. Recherché dans tous les mondes, il y tient admirablement sa place, il n'est ni pédant, ni obséquieux.

Chaque soir, de onze heures à une heure du matin, le docteur se promène sur le boulevard des Italiens , hiver et été ; il faut une pluie battante pour qu'il y manque.

Cinq ou six fidèles l'accompagnent, parmi eux est le docteur Favrot, un allopathe homœopathique, je ne dis pas homœopathisé, car il n'a pas changé de croyance, il fait seulement quelques excursions dans le camp rival et il y butine. Des feuilletonistes, des chroniqueurs bien avisés, ne manquent pas ce rendez-vous quotidien , ils le quittent avec leur article tout fait, car on y parle de tout et de tous, et le trait n'y manque pas plus que le fond.

M. Gabarrus adore les femmes, il en est sans cesse entouré, il a pour elles de ces galanteries, de ces attentions du siècle dernier, reflets de son adorable mère et qui la rappellent. Son en-

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