ROSSINI
contre-poids de ses qualités, ces défauts ulik$ sans lesquels on est toujours malheureux, ces défauts qui relient un pareil homme à celle terre d*argile, qui lui servent à conduire les autres, et à s'en créer des instruments.
Ce génie, comme tous les génies complets, est essentiellement multiple. H a composé Moise et Guillaume Tett^ il a écrit le comte Ory et Le Barbier. Il travaille tantôt avec son âme, tantôt avec son esprit. L'une lui dicte un jour les sublimes mélodies d*Otelto et Sémiramide, l'autre gazouilleà son oreille les fanfaronneries adorables deY Italienne à Alger. Il est tout entier dans ses œuvres, avec ses élans passionnés, avec ses douleurs rêvées, avec ses éclats joyeux et ses moque-
ries. Il a ses insouciances et ses paresses ; ses boutades d'enfant gâté, en cherchant bien, nous les retrouverons encore. Cette faculté créatrice et dominante, qui n'a qu'un nom dans toutes les langues, s'empare de celui qui la possède au point de le posséder à son tour, et de ne plus lui laisser la libre disposition de lui-même. Rossini a combattu son génie plus que personne, il a voulu de lui le repos après en avoir obtenu la célébrité et la fortune, il Ta comprimé peutêtre, mais il ne Ta pas vaincu et la preuve, c'est qu'il compose encore, c'est que, presque chaque
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jour, il écrit de Ja musique, il la garde pour lui et pour ses élus, c'est à proprement parler de la musique aussi brillante, aussi magnifique que s'il l'eût dédiée à un parterre de rois.
Ce Cygne de Pesaro est un des plus vastes, des plus charmants esprits que Dieu ait créés, il a le trait, il a la profondeur, il a l'à-propos surtout. On ne peut l'embarrasser; il a réponse à tout, il écoute admirablement, sa physionomie peint ce qu'il pense, ou plutôt ce qu'il veut penser. Quant à sa pensée réelle, nul ne la sait complètement que Dieu et lui. Sa conversation est prestigieuse, il y mêle tout ce qui sait plaire et attacher. Il est caustique souvent, il a cette pointe de malice qui relève la causerie et qui lui donne du montant. Il marque d'un mot les gens et les choses, ce mot* reste et ceux qui l'entendent ne peuvent l'oublier, il reste dans la mémoire comme un tableau.
Son tout est exquis, il s'arrêtera juste à la nuance qu'il ne faut pas franchir. Il juge d'un coup d'oeil d'aigle et les hommes et les positions, il sait ce qu'il faut faire pour réussir, il sait les difficultés du chemin et ne s'aventure jamais qu'après avoir exploré les routes.
Rossini est adroit au suprême degré, il a dans le caractère plus de finesse encore qu'il n'en a