B09SINI
dans le regard. Il est Italien jusqu'au bout des ongles, ei il connatt à fond son pays. Il sût par cœur ses compatriotes. S'il voulait parler, personne mieux que lui ne définirait l'Italie, personne n'en prédirait plus sûrement les destinées, il a le jugement droit et sûr, il ebserve car il parle peu, excepté lorsque sa verve méridionale l'entraîne, en petit comité et devant des amis éprouvés.
Il ne pose point, il est naturel, il n'a ni la modestie d'un homme timide, ni l'assurance d'un vaniteux. Il a de lui-même l'opinion qu'il doit en avoir. Il ne s'estime pas plus qu'il ne * faut, il est très-capable de se rallier en sa pensée et de l'examiner aussi impartialement qu'il examinerait son voisin. Il ne réussirait pas à se tromper, sa perspicacité est inouïe.
Rossini joint à son esprit de mots un esprit de calcul au-dessus de tout ce qu'on peut imaginer. 11 dresse des contrats et fait des devis mieux que tous les notaires et que tous les architectes. Il a gagné beaucoup d'argent, il y tient et cela se conçoit. Il n'a pas les prodigalités de la Bohême, et sait parfaitement que la clef du sol et les doubles croches sont une triste nourriture, lorsqu'on est réduit à ne manger que cela. 11 n'a aucune vocation ni pour les besoins,
ROSSÎNI 167
ni pour les voyages. La vne seule d'un chemin de fer le fait évanouir. Il aime la vie» elle lui parait bonne et douce, il désire la conserver le plus longtemps possible et fuit les occasions de l'aventure. Ceci est d'une bonne administration, il soigne son individu, il s'en occupe spirituellement, sans en ennuyer les autres et sans s'ennuyer non plus par des minuties, ce qui est le comble du savoir-vivre, je prends ce mot, non dans le sens de l'étiquette et des convenances, mais dans celui de la science de la vie, ce qm ne se ressemble pas du tout.
Son abord est gracieux, encourageant, il est plein d'indulgence, il la montre du moins et la pousse jusqu'aux compliments, c'est pour lui une monnaie courante et de convention, il ne s'engage pas à la donner vraie, et n'exige pas qu'on l'accepte pour telle. Ceux qui le connaissent découvriraient facilement la vérité dans un pli de son sourire bienveillant, dans un éclair de son regard. S'il ne dit pas tout ce qu'il pense, du moins il n'a pas la prétention de penser tout ce qu'il dit.
On Ta accusé d'être envieux et de voir avec regret les succès des autres, ceci n'est pas exact. Ces succès , il les escompte en épigrammes , si finement acérées qu'elles ressemblent à