ROSSINI
des éloges ; il sait bien qu'il en retrouvera de nouveaux, d'éclatants, le jour où il daignera nous accorder la permission de l'applaudir, il se délecte dans sa tranquillité, dans le doice far^ niente qu'il peuple de tant d'admirations et de tant de souvenirs, il se livre à ses goûts, il s'écoute vivre au lieu de s'écouter chanter. Cest un rossignol en cage, bien choyé, regasdant à travers les barreaux ceux qui se mouillent, ceux que le soleil brûle sur les branches. Il a toujours son gosier divin, il pourrait imir sa voix au sublime concert de la nature, et tous se tairaient pour l'entendre; il reste sur son perchoir, il hérisse ses plumes afin qu'elles le couvrent mieux et qu'elles lui fassent un édredon plus doux. Il dort la tête sous son aile, jusqu'au moment où un rayon de son astre aimé vient le frapper à son tour, où un reflet de la poésie juvénile réveille ses instincts engourdis, alors la cage s'ouvre devant sa volonté, il déploie ses ailes, il lance dans l'espace ces notes merveilleuses que les anges lui envient, et tient de nouveau l'univers à ses genoux.
Hélas I quand s'ouvrira cette cage ?
La vie du maestro est fort régulière, il est assez matinal et reçoit chaque matin les artistes qui lui sont recommandés. Il les aime, il leur
BOSSINI 109
accorde des auditions, et, s'il les juge capable de réussir, il les protège. Il n'épargne point ses conseils et ne garde pas rancune à ceux qui ne les suivent point. Il est obligeant, il cherche à rendre service, il se donne ce plaisir comme un luxe dont on n'aime pas à s'embarrasser, il ne prend ainsi que la quintessence de la vie. On assure que son testament renferme plusieurs legs à des artistes pauvres et des fondations de bienfaisance en leur faveur. C'est d'un noble cœur, il fuit même les remerciements et la reconnaissance, ceci s'appelle la pudeur de la bonté.
La maison de Rossini e^st trës*hospitaIiëre, il reçoit beaucoup et fort bien, il appelle autour de lui toutes le^ célébrités, et sait les faire valoir. Ses dîners sont cités, il est gourmand, non pas à notre manière, il pousse au plus haut degré le patriotisme de l'estomac, et ne prise que les mets italiens. Il met son amour-propre à les faire connaître et à en inventer de nouveaux. On lui fait sa cour on les louant et en les mangeant de bon appétit.
Le maître du logis se retire de très-bonne heure, excepté les jours où il y a du monde, où il reste généralement jusqu'à la fin. Il se promène à pied après son déjeuner pour l'hygiène, hors cela il ne sort presque jamais, ne va point
î70 ROSSTNl
dans le monde^ ne dîne chez personne et ne fait pas de visites* Il ne met pas le pied dans un théâtre, quelquefois à une répétition générale; il adore la musique, quoi qu'il en dise dans ses boutades, el quoi qu'on en ait dit surtout.
Dans sa jeunesse, il était fort beau, la tète est encore superbe, il a énormément grossi. A l'époque de ses succès, il s'est fort occupé des femmes, qui le lui pnt bien rendu. Il a épousé une des plus belles et des plus séduisantes personnes de son temps, mademoiselle Olympe Pélissier. Elle fait les honneurs de ce salon d'élite avec toute la bonne grâce d'une femme heureuse etfière de porter un pareil nom.
Rossini est fort distingué, il a d'excellentes manières, il met chacun à son aise, on n'est pas intimidé devant lui, malgré son génie. Il semble l'oublier et descend au niveau de celui qui lui parle. Il a l'apparence bon homme ^ et cependant rien n'est plus loin que lui de cette qualification vulgaire. Il est bon avec discernement, il ne prodigue point les caresses de son cœur, s'il éparpille celles de son esprit. Il a des amis anciens et dévoués, il les connaît et s'appuie sur eux, lorsque l'espèce humainelui parait trop sotte ou trop ingrate. Il a assisté à trop d'événements pour ne pas être philosophe et pour ne pas attendre patiemment l'avenir.
F. 0mË.fku.
C'est une étrange époque que celle où les financiers deviennentâes études où les physionomies de ceux qu'on appelait jadis des traitants et des parvenus tiennent une place véritable dans l'histoire contemporaine et savent occuper le monde d'eux autrement que par leurs écus.
L'argent est un haut et puissant seigneur, il ni* velle bien des choses, il prend ce qui est en bas pour rélever j et il relève ce qui tombe. Cependant, l'argent seul ne peut donner une valeur réelle à un houome ; la fortune dore la superficie, elle ne fait pas un caractère. Tout aveugle qu'elle soiti celui qu'elle a comblé de ses faveurs ne se soutient pas avec son seul appui : on l'encense, et on s'en moque; elle attire des flatteurs, mais non pas des amis, lorsque rien ne la justifie, Nos financiers d'aujourd'hui ne ressemblent pas à la majorité de ceux d'autrefois, qu'on traitait
de sots, en leur faisant la révérence et en puisant dans leurs coffres à pleines mains. Ils se sont enrichis, d'abord parce qu'ils sont heureux, ceci est incontestable, mais aussi parce qu'ils sont habiles. S'il y a des atous en grand nombre dans leur jeu, il y a également du bien joué et de l'adresse. Les circonstances les ont servis, leur savoir-faire a profité des circonstances; avee rien, ils ont élevé un édifice, plus ou moins solide peut-être, il est au moins magnifique à l'extérieur. Ce n'est point im château de cartes, il ne sufiirait pas d'un coup de vent pour le renverser.
Parmi ces figures remarquables, celle dont nous nous occupons en ce moment forme un type tout à fait à part des autres. Rien dans la personne de M. Solar ne révèle la position qu'il occupe. Vous diriez plutôt un hidalgo, ayant dans les veines quelques gouttes de sang Maure, qu'un spéculateur d'affaires industrielles. Il reçoit en grand seigneur, avec une politesse irréprochable. Non-seulement il sait vivre, ce qui est rare aujourd'hui dans tous les mondes et surtout dans celui-là, mais il est très-bien élevé, il a d'excellentes manières, dans toute l'expression de ce terme. Il a reçu une éducation solide et bienveillante en même temps. On en a fait
un homme du monde et un homme d'études.
U sume les livres avec passion, comme chacun sait, il a une des plus splendides bibliothèques de l'Europe, non par la quantité peut-être, mais par la qualité. Il est fort difficile dans ses choix et n'admet pas sur ses rayons le premier bouquin qui se présente. Il ne suffit pas qu'il soit rare , il faut surtout qu'il soit précieux. M. Solar est à la fois im bibliomane et un bibliophile. Son orgueil et son bonheur consistent à trouver ces éditions merveilleuses et authentiques que l'or seul ne procure pas, il a des trésors en ce genre. Ses reliures sont aussi magistrales, un amateur passerait des nuits à examiner en détail ces richesses et ne s'en lasserait pas.
M. Solar est trës-instruit et cette instruction s'augmente par le goût irrésistible qui l'entraine vers la science et la littérature. C'est un chercheur infatigable de chroniques, d'anciennes légendes. U ne se contente pas de regarder les volumes qu'il paie si cher, il les lit, il les fouille, il en prend la quintessence et s'en forme une érudition, qui s'agrandit insensiblement.
Il a été longtemps journaliste, il s'en souvient : il aime les lettres et les fait marcher de front avec les affaires. On a de lui des portraits historiques qui le placent au nombre des écri-
17& F. SOLÂR
vains, et qui n'ont point été oubliés. Il a dirigé
Y Époque, lors de Tapparition de ce journal et il
est entraîné vers les souvenirs de ses anciens
travaux, voire même vers le théâtre, où il donne
encore des pièces incognito.
Lors de la révolution de 18i8, il n'appartenait pasà Topinion régnante. Ucrut comme beaucoup
d'autres aux traditions de la première république contre ses ennemis et sans attendre qu'on le persécutât, il se réfugia lui-même en Espagne. Lorsque la première tourmente fut passée, il se hasarda à reparaître, et obtint d'abord une petite place de dix-huit cents francs. C'était peu! Une circonstance heureuse, son ancienne liaison avec M. Mires, le rendit l'associé de celui-ci, et commença sa rapide fortune. Ses vastes conceptions financières, son intelligence, la justesse de ses vues, le rendirent bientôt un des éléments les plus indispensables de cette grande maison. M. Solar est ce que l'on appelle une bonne tête; il conçoit promptement et il mûrit, son activité d'imagination est prodigieuse.
Il travaille bien et il travaille vite, ce qui lui laisse beaucoup de temps à dépenser. Il dépouille une affaire en un coup-d'œil et la réduit à sa plus simple et plus véritable expression. Son sens est parfaitement droit.
F. SOLÂR 175
Il a pris avec les associés un double rôle que sa nature, son éducation et ses habitudes lui rendent facile. Il entreprend beaucoup, et pourtant il est le frein qui souvent arrête les élans trop hardis, parce qu'il en prévoit les conséquences. Il est en même temps la goutte d'huile adoucissante, il pallie la rudesse de certaines manières, il corrige les brusqueries par ses relations agréables ; on est rarement mécontent de lui, lorsqu'on le quitte.
Toujours calme, toujours maître de lui, il a de la diplomatie dans les façons : il sait tourner les choses pour qu'elles ne blessent pas, et cependant il parvient à tout dire. Fin, délié, contenu, il est causeur sans être bavard et ne montre de sa pensée que ce qu'il faut en laisser voir, quand ou ne tient pas à une renommée de dissimulation enviée par quelques-uns, rejetée par les esprits justes. La dissimulation une fois connue ne trompe personne, on s'en défie, on cherche un sens caché à toutes les paroles, on ne croit plus en celui qui ne montre jamais son visage, on ne prend même pas la peine de soulever son mas« que, on est très-convaincu que ce qu'il cache n'est pas la vérité, il ne découvrirait qu'une grimace de plus.
Ce millionnaire est un grand financier, il a les
176 F. SOLÀR
qualités et les défauts nécessaires à la réussite. Un être parfait ne gagnerait que de l'eau claire et des déceptions à ce métier-là. C'est une sorte de guerre, où Ton déploie des finesses, pour ne pas dire des finasseries, auxquelles un caractère confiant perdrait son latin. Il faut savoir se défendre, en se servant des mêmes armes que ses adversaires, il faut les deviner, il faut prévoir les coups dont on est menacé et les prévenir en attaquant soi-même. C'est plus difficile qu'on ne pense.
M. Solar est généreux par inclination. Il a îeàt beaucoup de bien aux gens de lettres, il n'oublie pas ses anciens amis et cherche à leur être utile. Cependant il est partagé entre deux principes, régnant successivement en son âme. Le bon génie le livre d'abord tout entier au désir, au besoin de secourir ceux qui souffrent ou ceux qu'il a aimés. Le génie défiant vient ensuite, escorté de Tamour-propre; ils murmurent yà son oreille le mot d'exploitation et l'ange compatissant s'enfuit à tire-d'aile. De là, les inégalités qu'on a remarquées chez lui ; de là, les difiérents accueils que reçoivent les mêmes demandes. Quelques-uns l'ont trouvé dur, d'autres bon jusqu'à la plus exquise délicatesse. Sa bienveillance est la même au fond, je n'en
p. SOLiR 177
doute pas; les effets changent suivant les inspi* rations du moment. Il est sincère dans l'un et l'autre cas, il obéit à un entraînement ou à une iremeur» (je voudrais bien que ce mot-là fût français, il rend bien ma pensée) ; il n'y a ni ostentation ni rancune dans le bienfait ou dans le refus, il n'y a qu'une impression traduite par un fait.
On citersdt de lui bien des traits de philantropie, je dirais même de charité, ce qui vaut mieux. Ainsi, un de ses amis lui envoya un jour deux tableaux assez médiocres, en lui écrivant :
<( Vous ne faites point collection de peintures CI et ces toiles ne sont pas dignes de figurer dans
a une collection : il s'agit de secourir une grande « misère ; je m'adresse à vous, bien certain de « ne pas être refusé. »
M. Solar envoya cinq cents francs et mit les cadres au grenier. Il le fit spontanément, sans hésiter, avec la bonne grâce qui double le prix de la bonne action.
Ce jour-là, et bien d'autres jours encore, c'était lui qui triomphait.
La maison de M. Solar est charmante, elle est surtout d'un confort délicieux. Il reçoit trèspeu de monde, des amis seulement. Il donne quelques dîners, jamais de fêtes. Son hospita*
178 F. SOLÂR
lité est très-large, très*rechercbée, très-élègante. Sa vie est plutôt extérieure que retirée. Il sort beaucoup, pour ses affaires et pour ses plaisirs, lorsqu'il ne se concentre pas avec ses livres bien-aimés. D a dans la conversation toute la gaieté méridionale, il est amusant et gai, il plaisante bien sans satire, ou lorsqu'elle pointe, elle est assez fine pour ne pas être blâmée. D a un grand soin de sa personne, sans ridicule toutefois. Hors de son cabinet, c'est un homme du monde distingué et désireux d'être traité comme tel.
Tous ceux qui sont familiers avec l'histoire anecdotique du dix-huitième siècle connaissent M. de Beaujon, le grand financier, que sa bienfaisance a rendu populaire. C'était un homme d'esprit, aimant avec enthousiasme tout ce qui est beau, tout ce qui est aimable, les arts, les femmes, la magnificence ; c'était un sultan au petit pied ; il avait des harems dans tous les coins de Paris, il achetait également des statues, des livres, des amours et des châteaux. Il dépensait sa vie de mille côtés, il la dépensa si vite, qu'il l'usa de bonne heure. Arrivé à l'âge où d ordinaire les jouissances de toutes sortes ne sont pas éteintes, il fut réduit aux illusions. La faculté et la nature lui défen-
dirent de concert les bons repas, les doux entretiens; il ne lui resta plus que T ombre de tout ce qu'il avait adoré. Il en fut réduit à s'entourer des plus jolies femmes de Paris, qui se relevaient pour le distraire ; il leur faisait servir des repas splendides, il les regardait manger et vider leurs coupes d'ambroisie, en buvant de l'eau clairVen grignotant un biscuit. Il écoutait leurs sîiillies et n'en souriait plus que du bout des lèvres ; il s'endormait enfin au milieu de ces beautés, qui s'amusaient quelquefois à le bercer de leurs chansons, ce qui les fit appeler ses berceuses.
Parmi nos hommes de finance d'aujourd hui, M. de Beaujon a fait école. Il en est certains d'entre eux qui aiment comme lui cette existence brillante, éparpillée, ouvrent leurs trésors aux artistes, aux jolies filles, aux spéculations, surtout aux malheureux, dépensant royalement ce qu'ils gagnent, laissant après eux une trace dorée et une mémoire bénie.
Seulement, ils-en sont à la première manière; mieux organisés que leur devancier, ils n'ont pas recours aux chimères, et s'ils ont des berceuses, oe ne sera que pour écouter leurs mélodieuses voix et répéter avec elles de gais refrains.
ALFAE» mm jmmmm^tT
Avec quelle profonde tristesse ma plume vient de tracer ce nom, en pensant qu'il est maintenant gravé sur une tombe. Lui, ce poëte, que j'ai connu plein de vie, brillant, fêté, il est parti si jeune, parti pour toujours, sans que les vœux de ceux qui l'ont aimé le rappellent jamais? Hélas 1 que puis-je en dire? Non pas ce que tout le monde sait, pourquoi faire?
Une fleur de plus à sa couronne, que signifierait-elle ? Mais une larme pour sa mémoire, une larme du cœur, il ne l'eût pas dédaignée, c'est l'obole du souvenir, c'est le regret !
Alfred de Musset ressemblait plus à ses œuvres qu'aucun de ses émules ou de ses rivaux. En le voyant dans l'intimité, en l'apercevant dans le monde, on retrouvait Y Enfant du Siècle^ on retrouvait l'amant de la Mar-^ chesa cCAmaiguy, on retrouvait tous ses héros
182 ALPRED DE MUSSET
réunis en un seul. Il faisait entrer sa vif ^ns la poésie, commo' la poési^^|^ sa vie eHemème. Aucun des poëtes de ce temps n'a possédé comme lui cette faculté. Souvent, qps ces gaietés enfantines, qu'il perdit sur la fin de sa carrière, au milieu d'un éclat de rire, d'une plaisanterie, jiprès une de ces pointes qu'il s'amusait à tirer par les'cheveux et qu'il prodamsdtsi bêies^ il devenait subitement rêveur, son €éà changeait d'expression» il abandonnait ceux qui Técoutaient» et son imagination partait sur l'aile de la fantaisie, pour un monde créé par lui, où il avait ses amitiés, sea sympaibies, w» chimères. Si on ne le réveillait pas, il restait ainsi longtemps, oubliant qu'il n'était pas seid et complètement dépouillé de sa gueniUe. Un mot le rappelait quelquefois; quelquefois aussi il fallait de véritables efforts pour qu'il descendit sur la terre. Il y retombât avec peine , presque toujours avec humeur» On s'informait alors d'où venait ce nuage, il répondait : Je n'ai rien, avec la mine d'un enfant arraché malgré Itd à son sommeiL
Une des singularités de cette nature, qui en avait tant, c'était de ne pas vouloir êU#ce qu'il était et de viser à autre chose. Ainsi , il n'aimait pas à parler de ses ouvrages, même
ilFRED D£ IfliSSKT i83
avec ceux qui les adinij^ieot. Les compliments, les éloges le taquinaient. Quand on lui disait : Vous êtes un grand poëte, il haussait les épaules et priait qu'on I0 laissât tranquille, n su proclamait positif, et cela dans les sentiments oiH l!idéat prend ordinaif ement la paft la plus large« 11 se posait vis4-Yis des femmes oa incrédule, en don Juan, il eberw chait à réduire Tamour aux proportions maté« rielles et sa moquait de tonte aspiration romanesque. Le plaisir était, agpurait-il, le seul but que Ton dût poursuivre, tout le reste ne valait pas une plume volante, une bulle de savoq, il n'en doQnenût pas un fétu de paille. Il insistait pour qu'on y^ crut, et cherchait à persuader enfte persuadant lui-même. Je dois ajouter qu'il ne réussissait pas plus d'un côté que de l'autre. Ses beaux raisonnements péchaient par la base, son cœur débordait^ malgré lui, sur ses teiired; q^Jgginheur qu'il afiectait.de mépriser était l'objet éternel de s^ désirs» Pour avoir trop souffert, il ne eroyait plus l'atteipdre, ils'éipargniftit^il se ménageait, comme on ménage un ami ;, il lui écjiappaitf daos -un momei^ djabandon, une comparaison un peu vulgaire, ^ut-être, mais qu'iirel^vait^ bi^Q4»tr son gMte eti)ar son sourire I
m ALFRKD DE MUSSET
-* En amour, disait-il, on se promet plus de beurre que de psdn. On mange le beurre avec délices, et quand il ne reste plus que le pain sec, on découvre qu'on s'était trompé. Je ne veux pas manger de pain sec.
Qui de nous n'en a pas mangé cependant !
Tout ce qui sentit le métier, en littérature, lui était odieux ; vivre de sa plume , en vivre uniquement surtout, lui semblait. impossible. Quand on parlait de fortunes trouvées dans un encrier :
— Je ne t^aurais jamais gagner autant d'argent que cela, répliquait-il.
Il n'avait point la vanité de son talent, il en montrait à. peine le juste orgueil. Sans envie, sans haines, il jugeait sainement, il rendait à chacun sa part. En jouant un jour devant nous le rôle de la postérité, il distribuait l'immortalité avec une mesure impartiale, mais, trop modeste, il se faisait une portion bien légère.
— Il restera quelques vers de moi.
Ils resteront tous, et plus le temps marchera, plus on saura l'apprécier. Il n'a point de rivaux dans son genre.
Son esprit lui ressemblait et ne pouvait ressembler qu'à lui. Il en avait beaucoup, et par boutades, il lui échappait des saillies, il était di'ôle