M. JULES FAYRE
Tous ceux qui, depuis la Révolution de 1870, ont attaqué le 4 Septembre, ont, volontairement ou involontairement, fait, comme on dit, le jeu de l'Empire. Les gens du 2 Décembre ont seuls intérêt à ameuter l'opinion contre ceux qu'ils appellent les gens du 4 Septembre. Parmi ceux-là, nul n'a été plus attaqué, plus violemment calomnié, plus abreuvé d'outrages, que l'homme dont nous venons d'écrire le nom. M. Jules Favre a tout supporté avec une hauteur singulière, et l'injure prodiguée n'a pu contraindre au silence sa véhémente parole. Naguère encore, de toute sa violence heureuse, il flétrissait le coup d'État, et sa harangue éclairait d'une lueur intense la discussion des lois constitutionnelles.
M. Jules Favre est aujourd'hui encore en pleine possession d'un talent élevé et incomparable. Il a soixante-quatre ans ; les événements, les souffrances personnelles ont vieilli son visage altier et courbé sa taille. Mais la flamme est toujours vivace en lui, et, en dépit de l'épreuve, il est resté debout.
Il y a sept ou huit ans, malade et crachant le sang, M. Jules Favre, qui était alors le chef de l'opposition
contre l'Empire auquel il jetait le Mexique à la face, répétait avec angoisse :
— Mourir ! Comment ! je mourrais sans avoir vu la France libre ?
Et il se raidissait pour vivre.
M. Jules Favre est né à Lyon, le 21 mars 1809, et il a gardé Thumeur d'une partie de la démocratie lyonnaise, qui aime la République, mais qui n'entend pas qu'on touche à Notre-Dame de Fourvières. Il avait vingt et un ans lorsque la Révolution de 1830 éclata. Dès le 29 juillet, il réclamait, dans une lettre que le National inséra, l'abolition de la royauté et la création d'une Constituante. II devint avocat au barreau de Lyon ; il défendit les ouvriers mutuellistes, et les batailles dans les rues de Lyon lui inspirèrent un livre étrange, dans le genre des Paroles dMn Croyant^ de Lamennais, et qu'il appelait : Anathème.
L'œuvre est inspirée, quoique un peu déclamatoire, et l'indignation, qui fait les poètes, dicte souvent à M. Jules Favre des pages brûlantes :
« Je n'ai plus de larmes à verser, s'écrie-t-il ; la colère et la honte les ont séchées ; la rougeur m'est montée au front de me trouver Français, quand les Français égorgeaient leurs frères.
« 0 mon pauvre Pays ! mon beau Lyon, qu'as-tu done fait à Dieu pour que, six jours entiers, il ait placé des cœurs de tigre sous des uniformes nationaux. »
Déjà M. Jules Favre se déclare pour ce désarmement idéal auquel la Prusse forcera, plus de trente ans après, toutes les nations à renoncer :
< Nous aimons mieux, dit-il, des canaux, des routes et des manufactures, que des forteresses et des palissades, w
11 peint ensuite, dans cet Anathème, la situation sociale de la patrie sous des couleurs sombres :
« Les finances publiques se sont épuisées à soutenir un système que nous avons longtemps cru admirable.