M. JULES VERNE
« Mes chers amis, disait Diderot, faisons des contes ; <( pendant que nous en faisons, le conte de la \ie s'achève (( et nous sommes heureux ! » L'humanité ne peut vivre sans roman. Quand elle n'en lit pas, elle en compose. Mais les romans changent de forme et de ton selon les époques. Le roman a été tour à tour intime, héroïque, épileptique, historique, philosophique, socialiste, pittoresque, américain, national ; il est devenu électrique.
Go ahead! C'est bien aussi là le mot d'ordre actuel, mais il est employé dans un autre sens. Il ne s'agit plus de monter haut, il s'agit de marcher vite. Pour caractériser
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l'état des gens pressés, on a inventé un mot nouveau et une nouvelle catégorie : les paj-oxistes. Un des paroxistes les plus en vue du moment, c'est cet officier de hussards hongrois, naguère venu tout d'une traite de Vienne à Paris au galop de ce cheval Caradoc, aussi célèbre désormais que le Encéphale d'Alexandre et que Bayard, Frontin, Rabican du Roland Furieux. M. de Zubowicz a fait fureur au Bois. Nous sommes envahis, écrasés par tant de prose, qu'un peu de poésie ne messiedpas. Le brillant cavalier a été, à Paris, le lion du jour, et quelques-uns doutaient qu'il soit de chair et d'os, et soutenaient qu'il appartient simplement à la catégorie des héros travellers des romans de Jules Verne.
Jules Verne incarne en effet, à l'heure où nous sommes, le romanesque essentiellement moderne et contemporain. Il a résolu ce problème d'intéresser avec des gens en vestons courts, en paletots sacs et en guêtres de voyage. Son Philéas Fogg et son capitaine Hatteras sont les d'Artagnan et les Monte-Cristo d'une époque pratique et qui sait le prix des chèques, des tickets et des télégraphes. Les coups d'épée des mousquetaires et les bottes secrètes de Nevers rencontreraient aujourd'hui plus d'un sourire sceptique ; mais les coups de revolver du Parisien Passe- Partout, de l'Américain Gorsican sont acceptés comme détonations d'Évangile. Ils ont leurs disciples et leurs croyants. Encore une fois il faut toujours à l'humanité sa part de rêve. Chacun de nous, sa journée finie, la plupart du temps terne et maussade, éprouve le besoin d'ouvrir une sorte de lucarne sur l'infini. Vivent les contes qui consolent de l'histoire quotidienne ! Et, lorsque l'herculéen Porthos, Je fdngant Aramis, Athos le pensif sont