‹ Portraits contemporainsChapitre 2 sur 40 · LE C^^ DE CHAMBORD · texte numérisé non relu

LE C^^ DE CHAMBORD

Je regardais naguère une lithographie qui fat longtemps fameuse et qui représente deux enfants dans le costume aujourd'hui quasi-comique d'il y a quarante ans passés : un jeune garçon et une jeune fille, Henri et Caroline en Ecosse. Elle, avec ses manches à gigot, ses cheveux relevés en touffe et maintenus par un peigne d'écaillé, est assise sur un quartier de roche; lui, debout, avec une veste au lourd collet montant derrière la nuque et un pantalon blanc à pont, semble rêver à la patrie absente. Au bas, on lit ces vers de Chateaubriand, qui accom-

pagnent mélancoliquement la lithographie, comme une sourdine souligne une romance ;

Combien j'ai douce souvenance Du beau pays de mon enfance !

Ma sœur, qu'ils étaient beaux ces jours

De France.

0 mou pays! sois mes amours

Toujours!

Ce duo sentimental, qui attendrit fort longtemps les âmes sensibles, est maintenant fort démodé, et la lithographie célèbre, qui paraissait sous Louis-Philippe presque factieuse, ne se rencontre plus guère que dans les chambres de province, où les hobereaux logent les amis qui viennent en passant leur rendre visite.

Ce portrait du comte de Ghambord (car ce jeune garçon au pantalon à pont, c'est le Roy) joua cependant au lendemain de 1830 le rôle des portraits-cartes qui représentent aujourd'hui le prince impérial couronné de l'envergure d'un aigle. Souhaitons, d'ailleurs, que les imageries des deux prétendants aient, à la longue, le môme sort.

Le comte de Ghambord était, lorsqu'on le lithographiait ainsi, V enfant du miracle, comme Napoléon II avait été le fils de l'homme, comme Napoléon IV, — ou plutôt « Napoléon le septième, » pour lui conserver le numéro de sa sortie de Woolwich, — est l'enfant de V appel au peuple.

Aucun de ceux qui gardaient à la royauté légitime un dévoûment réel ne doutait alors du retour prochain de celui qu'ils appelaient déjà Henri Y. La royauté bourgeoise de la branche cadette ne devait durer, répétaient les purs de la légitimité, que l'espace d'un matin, et s'ils la comparaient ainsi aux roses, c'était avant tout pour bien constater qu'elle avait des épines.

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