‹ Portraits contemporainsChapitre 3 sur 40 · I.E COMTE DE CHAMnORD · texte numérisé non relu

I.E COMTE DE CHAMnORD

N6 le 28 septembre 1820, à Paris, baptise avec l'eau du Jourdain rapportée de Palestine par Chateaubriand luimême, Henri-Charles-Ferdinand-Marie-Dicudonnc d'Artois, duc de Bordeaux, à qui une souscription nationale donnait, en 1821, le château de Chambord, semblait destiné, malgré son exil, à remonter sur le trône de France.

Il errait à travers l'Europe, tantôt à Holyrood, tantôt h Goritz, tantôt à Prague; mais ses partisans se disaient qu'îaprès tout il n'y a pas loin de l'Autriche aux Tuileries.

Un jour, en juillet 1841, il tomba de cheval àKirchberg et se brisa la cuisse. Des rapports médicaux, dont Louis- Philippe et le chancelier Pasquier eurent le secret, établirent même que cette chute amena dans l'organisme du comte de Chambord des désordres plus graves. Le jeune prétendant n'en continua pas moins à se poser en représentant de la légitimité, et ses premiers manifestes, datés de Londres, montrent déjà qu'il se regardait comme un souverain. A Belgrave-Square, il recevait avec l'étiquette royale les Berryer, les Fitz- James, les Pastoret, les Valmy, les Larcy qui allaient le visiter.

En 1847, le comte de Chambord épousa la fille aînée du duc de Modène, Marie-Thérèse Béatrix. Il se fixait peu de temps après au château de Frohsdorff, près de Vienne. C'est de là qu'il attendit toujours les événements.

La doctrine du comte de Chambord se résume dans le précepte cabalistique : Nec ire, fac venire ; sa règle est : « Laisser venir. » C'est ainsi qu'attendant toujours le flot populaire qui devait (se-disait-il) le porter au trône, il est demeuré à la fin comme une épave, regardant passer, sans en comprendre le cours, le fleuve qui emporte la société moderne. Stendhal disait que tout légitimiste res-

semble peu ou prou à Robinson dans son île. Henri V est le roi de ces Robinsons-là.

1848, 1 851 , 1870 l'ont trouvé également tout prêt, comme il dit, à sauver la France, mais incapable de rien risquer pour assurer le triomphe de ses idées. Il est si tenace et si complètement fidèle à ses propres principes, qu'il en a irrité ses partisan-s. L'un d'eux l'accusait naguère d'égoïsme; un autre, plus narquois, comparait ce roi^ qui se croit un sauveur et qui ne bouge point, à un terre-neuve qui n'oserait se jeter à l'eau.

Le comte de Ghambord n'a rien fait, il est vrai, il n'a fait que la fusion. Cette fusion fameuse entre les deux branches de la famille des Bourbons, la branche aînée et la branche cadette, l'oubli du passé, la réconciliation entre les fils du duc de Berry et les petits-fils de Philippe- Égalité, l'héritier légitime du droit divin et les représentants de la monarchie du droit populaire, les descendants du 7'oi des banncades, cette fusion, à la fin accomplie, fut pendant longtemps la chimère poursuivie par les monarchistes,

M. le comte de Falloux, qui ne fait point partie de l'Assemblée nationale, s'avisa un beau jour de réunir chez M. de Meaux, gendre de M. de Montalembert et aujourd'hui ministre de la République, quelques-uns des soutiens avérés de la monarchie et leur tint un discours dont il devait plus tard donner lui-même le texte dans la revue catholique le Con^espondant, mais dont le sens ne fut guère divulgué alors que par une feuille légitimiste de province, la Gazette de l'Ouest.

Le discours de M. de Falloux pouvait, dégagé de sa forme académique, se résumer ainsi en quelques traits :

LK COMTK l)i; CIIAMUOUI). 53

« La France ne retrouvera sa santé et sa prospérité que dans la monarchie ; elle est aujourd'hui en convalescence, et cette convalescence, c'est la présidence de M. Thiers, ce pourrait être aussi la présidence de M. le duc d'Aumale. » M. de Falloux ne prévoyait pas alors la présidence du Maréchal de Mac-Mahon. Une voulait, comme autrefois, qu'une^/a?îc/2e entre la République et la royauté. La planche jadis s'était appelée cependant (M. de Falloux eût dû y songer) d'abord Louis-Napoléon, ensuite Napoléon III. Mais à quoi servent l'expérience et l'histoire ?

« Le trône, ajoutait M. de Falloux, appartient à M. le comte de Ghambord et doit lui revenir. Henri V sera roi, les princes d'Orléans seront la famille royale ; le comte de Paris recevrait la couronne après la mort d'Henri Y. Malheureusement le comte de Ghambord s'est enveloppé dans le drapeau blanc et refuse de s'en séparer ; les princes d'Orléans ne veulent à aucun prix abandonner le drapeau tricolore. La difficulté est grande, mais non pas insurmontable ; l'Assemblée pourrait devenir un arbitre entité la branche ainée et la branche cadette ; pour tout concilier, elle déciderait que le drapeau tricolore seim parsemé de fleurs de lis. »

On voit là clairement quel était le plan des monarchistes.

Gette dernière concession, qui était depuis nombre d'années dans l'esprit de certains catholiques libéraux^ eut pour effet de jeter le trouble dans la réunion, et plusieurs auditeurs de M. de Falloux se levèrent furieux. Quelques-uns même firent entendre qu'ils protesteraient publiquement dans les journaux dévoués à leur cause contre un semblable discours. Un des plus fougueux de

24 POHÏHAITS CONTEMPORAINS

ces Méi'ovingiens (c'est le nom qu'on leur donne avec celui de chevau-légers) était M. le marquis de Franclieu qui rédigea même, on s'en souvient, une longue épître destinée au journal V Union. La tentative de M. de Falloux ne servit qu'à lui attirer, de la part de M. Veuillot, le reproche d'avoir montré une figure d'intrigant.

Voilà à quoi aboutissait l'entrevue ménagée par M. de Falloux. La question du drapeau avait empêché toute fusion, et ce n'était pas la première fois qu'elle se posait devant le parti légitimiste. Quelques vingt-cinq ans auparavant, dans une sorte de conférence où M. de Lévis, M. de Falloux etM. de Montalembert s'étaient rencontrés, on avait agité gravement la question de savoir si l'on devait enlever le drapeau tricolore à la France. C'était l'histoire de ces chasseurs de la fable vendant la pv'^au de l'ours avant de l'avoir tué. Pauvre drapeau tricolore , qu'on voulait ainsi arracher au pays !

En 1814, des esprits même libéraux comme Benjamin Constant avaient conseillé aux Bourbons de sacrifier un drapeau tout sanglant de crimes et dépouillé de l'auréole du succès (c'était le drapeau tricolore) et les adjurait de reprendre l'oriflamme de lews peines. Benjamin Constant ne se doutait pas, il est vrai, qu'il conseillait de la sorte à Louis XYIII de déployer ]e drapeau rouge, le vieil oriflamme.

La question du drapeau avait été débattue aussi bien longtemps avant la réunion chez M. de Meaux, et déjà à cette époque, tandis que M. de Lévis tenait pour le drapeau blanc en disant : « C'est le drapeau deFontenoy », Berryer, plus clairvoyant et plus conciliant, avait accepcé le drapeau tricolore, tandis que M. de Falloux proposait

i.K cmm: dk ciiAMnoui). n

déjà A'étoiler le tricolore de fleurs de lys. C'était donc là une vieille idée, mais une idée impraticable.

Dans un pays militaire comme la France et artiste comme elle, la question du drapeau est doublement sérieuse. C'est elle, on peut le dire, qui a empêché l'essai de rétablissement de la monarchie que l'Assemblée eût évidemment tenté, sans Vinconnu, peut-être sinistre, qui résultait de ce changement d'étendards.

— Les chassepots partiraient tout seuls, avait dit le maréchal de Mac-Mahon lui-même.

L'Assemblée, qui s'occupait à chercher, en pointant d'avance toutes les voix, une majorité pour la monarchie, hésita devant une telle parole, et le comte de Chambord lui-même se demanda s'il aurait l'audace d'aller chercher un trône à travers la fumée de la guerre civile et les cris des mourants.

Il brandit alors ce drapeau blanc, qui est le suaire de la royauté, et s'enveloppa dans ses plis pour y mourir.

Oubliant le pourpre oriflamme de Bouvines pour le blanc étendard d'Henri lY, il déclarait que ce dernier était le seul légitime, et il s'en faisait un linceul.

Alors, Victor Hugo pouvait dire à Henri Y, dans son Année terrible:

C'est bien. L'homme est viril et fort qui se décide

A changer sa fin triste en un fier suicide ;

Qui sait tout abdiquer, hormis son vieil honneur ;

Qui cherche l'ombre, ainsi qu'Hamlet dans Elseneur,

Et qui, se sentant grand, surtout comme fantôme.

Ne vend pas son drapeau, même au prix d'un royaume.

Le Lys ne peut cesser d'être blanc. Il est bon,

Certes, de demeurer Capet, étant Bourbon ;

Vous avez raison d'être honnête homme. L'histoire

Est une région de chute et de victoire,

Où plus d'un vient ramper, où plus d'un vient sombrer.

Mieux vaut en bien sortir, prince, qu'y mal entrer.

J'avoue que les hésitations du comte de Gliambord, sa crainte de n'obtenir qu'une minorité à Versailles ou de soulever quelques révoltes dans le pays, enlevèrent beaucoup de grandeur à la résolution qu'on lui vit prendre. Il refusa le trône pour deux raisons : d'abord parce qu'il n'osa point le prendre, ensuite parce qu'il n'était pas certain de le prendre. Voilà la vérité ! La comtesse de Ghambord, tandis qu'on espérait, à Frohsdorff, que la royauté allait être votée par l'Assemblée de Versailles, joignait les mains et se désolait, dit-on, répétant à son mari que ce qui les attendait, l'un et l'autre, à Paris, c'était le sort de Louis XVI et de Marie- Antoinette. On ne pouvait l'arracher à cette idée.

Et le comte de Ghambord, bon et gros vivant, ami du coin de table et du coin de feu, de la plaisanterie, de la causerie, du rire, se souciait peu d'affronter lestempêles. De là son abdication volontaire et sa résolution, que se amis seuls ne trouvaient point chevaleresque.

Le comte était d'ailleurs logique avec lui-même, et fidèle à ses déclarations successives que je relis en feuilletant un recueil publié à Genève par des amis.

En novembre 1846, dans une lettre Aux dames de la Halle, le fils du duc de Berry s'exprimait ainsi :

« Nous remercions sincèrement les dames de la halle et des marchés de la bonne ville de Paris, des félicitations et des vœux qu'elles nous ont adressés à l'occasion de notre mariage. Tout ce qui nous vient, tout ce qui nous parle de la France a des droits sur nos cœurs. Nous recevons avec plaisir et reconnaissance les fleurs qui nous sont envoyées, et nous les garderons comme un témoi-

L1-: COMTE DE CHAMnOHI). 27

giiage précieux du souvenir et de l'affection que l'on nous conserve dans notre chère patrie. »

La lettre était signée des noms des deux époux : Henry — Marie-Thérèse.

Deux ans plus tard, le 1''" juin 1848, il publiait la déclaration qui suit :

« Je sais qu'il a été répandu plusieurs lettres qui tendraient à faire croire que j'ai renoncé au doux espoir de revoir ma chère patrie. Aucune de ces lettres n'est de moi. Ce qu'il y a de vrai, c'est mon amour pour la France, c'est le sentiment profond que j'ai de ses droits, de ses intérêts, de ses besoins.

«Français avant tout, je n'ai jamais souffert, je ne souffrirai jamais que mon nom soit prononcé lorsqu'il ne pourrait être qu'une cause de division et de trouble. Mais si les espérances du pays sont encore une fois trompées, si la France, lasse enfin de toutes ces expériences qui n'aboutissent qu'à la tenir perpétuellement suspendue sur un abîme, tourne vers moi ses regards et prononce elle-même mon nom comme un gage de sécurité et de salut, comme la garantie véritable des droits et de la liberté de tous, qu'elle se souvienne alors que mon bras, que mon cœur, que ma vie, que tout est à elle, et qu'elle peut toujours compter sur moi ! »

Le 28 Février 1852, le comte écrivait à M. de Gorcelle :

« Je suis convaincu que hors de la monarchie héréditaire, il n'y a ni repos, ni grandeur, ni prospérité durable pour le pays. Loin de repousser personne, je serais heureux au contraire d'accueillir tous les hommes utiles,

dans quelque situation politique qu'ils se soient trouvés, à quelque nuance d'opinion qu'ils appartiennent, pourvu qulls apportent au service de l'état un zèle éclairé et un véritable dévoûment.

« Quoi qu'il arrive, j'aurai mon plan, mes résolutions, mes mesure arrêtées, et le moment venu je serai à mon poste, bien décidé à me sacrifier tout entier pour le bonheur de la France. »

Enfin, au lendemain du 4 Septembre, celui qu'on appelle Henri V datait ce Manifeste de la frontière de France (Suisse), 9 octobre 1870 :

« Français!

« Vous êtes de nouveau maîtres de vos destinées. Durant les longues années d'un exil immérité, je n'ai pas permis un seul jour que mon nom fût une cause de division et de trouble; mais aujourd'hui qu'il peut être un gage de conciliation et de sécurité, je n'hésite pas à dire à mon pays que je suis prêt à me dévouer tout entier à son bonheur.

(( Pénétré des besoins de mon temps, toute mon ambition est de fonder avec vous un gouvernement vraiment national, ayant le droit pour base, l'honnêteté pour moyen , la grandeur morale pour but.

« Français, qu'un seul cri s'échappe de notre cœur : « Tout pour la France, par la France et avec la France. »

Mais ce n'est pas tout que de se déclarer prêt à ne jamais rien faire qu'avec et pour un pays; ce pays, il faut

LE COMTE DE CIIAMnOIU). 29

le connaître, il faut le comprendre, il faut savoir à quelles lois nouvelles il obéit, quel mouvement l'entraîne, quel idéal l'enflamme. Diriger une nation en marche vers le progrès et ne rien comprendre au progrès, quelle chimérique entreprise!

Je le répète, le comte de Chambord comprit que sa main était trop débile, et c'est pourquoi il publia, l'un après l'autre, ces manifestes qui tous se résument dans celui-ci :

« La persistance des efforts qui s'attachent à dénaturer « mes paroles, mes sentiments et mes actes, m'oblige à « une protestation que la loyauté commande et que l'hon- « neur m'impose.

« On s'étonne de m'avoir vu m'éloigner de Chambord ^ alors qu'il m'eût été si doux d'y prolonger mon séjour, « et l'on attribue ma résolution à une secrète pensée « d'abdication.

« Je n'ai pas à justifier la voie que je me suis tracée. « Je plains ceux qui ne m'ont pas compris; mais toutes « les espérances basées sur l'oubli de mes devoirs sont « vaines.

« Je n'abdiquerai jamais.

« Je ne laisserai pas porter atteinte, après l'avoir couj «( serve intact pendant quarante années, au principe « monarchique, patrimoine de la France, dernier espoir (( de sa grandeur et de ses libertés.

(t Le césarisme et l'anarchie nous menacent encore, «• parce que l'on cherche dans des questions de person- « nés le salut du pays, au lieu de le chercher dans les « principes.

« L'erreur de notre époque est de compter sur les ex- « pédients de la politique, pour échapper aux périls « d'une crise sociale.

« Et cependant, la France, au lendemain de nos désas- (( très, en affirmant dans un admirable élan sa foi monar- (( chique, a prouvé qu'elle ne voulait pas mourir.

(( Je ne devais pas, dit-on, demander à nos valeureux « soldats de marcher sous un nouvel étendard.

« Je n'' arbore pas un drapeau nouveau, je maintiendrai celui « de la France, et j^ai la fierté de croire qu il rendrait à nos « armées leur antique prestige,

'( Si le drapeau blanc a éprouvé des revers, il y a des « humiliations qu'il n'a pas connues.

« J'ai dit que j'étais la réforme, on a feint de com- « prendre que j'étais la réaction. Je n'ai pu assister aux « épreuves de l'Église sans me souvenir des traditions de « ma patrie. Ce langage a soulevé les plus aveugles pas- « sions.

« Par mon iriébranlable fidélité à yna foi et à mon drapeau, (( c'est l'honneur même de la France et son glorieux passé (( que je défends, c'est son avenir que je prépare.

« Chaque heure perdue à la recherche de combinaisons « stériles profite à tous ceux qui triomphent de nos abais- « sements.

(( En dehors du principe de l'hérédité monarchique, sans (( lequel je ne suis rien, avec lequel je puis tout, où seront nos « alliances ?

« Bien n ébranlera mes résolutions, rien ne lassera ma pa-

\.K COMTE I)K CHAMimHD 31

(( fioicr, et pc?'so)i)ie, sous aucun 'prétexte, n'obtiendra de moi (( que je consente à devenir le roi légitinie de la révolution! »

M. le comte de Ghambord ne sera donc point roi. 11 demeurera le comte de Ghambord. Il se contentera d'être heureux. Son lot est assez enviable. D'autres auront été des rois tyranniques, d'autres des rois constitutionnels, d'autres encore des rois libéraux, il aura été, lui, un roi en disponibilité. Son sort en \aut bien un autre : l'histoire ne lui demandera compte d'aucune tuerie, d'aucune entreprise coupable, d'aucune folie. Le laurier est rare autour de son front, mais on n'y trouve pas non plus, comme dirait un poëte classique, le cyprès de la mort. G'est beaucoup.

« Paris vaut bien une messe ! » disait ce gascon d'Henri IV. Volontiers Henri V dirait : « Un trône ne vaut pas mon repos. » Au lieu de régner, le comte de Ghambord digère. \\ vit en bon bourgeois et en gentleman f armer. H a la main solide, les épaules larges, le regard franc. C'est un Gaulois que ce Bourbon. Les plaisanteries de M. de Villemessant l'amusaient. Monseigneur, comme le nomment ses fidèles, est tout simplement le descendant du Béarnais par la belle humeur.

Soyez certain qu'il y a beaucoup de finesse chez ce petit-fils de grande race. Et je l'entends, ce me semble, se féliciter d'avoir désarmé le comte de Paris en le faisant venir à lui, et de n'avoir jamais cédé à Valea d'escalader le trône de France.

Mec ire^ fac venire. Ne pas aller, faire venir. Soit. Mais

les peuples réellement forts ne vont à personne ; ils poursuivent leur route et marchent seuls dans leur liberté.

Que la France marche donc ainsi, car si elle devait reprendre un maître, mieux eût valu pour elle encore l'homme de Frohsdorff que le lieutenant de Woohvich.

Page 1