M. DE LADMIRAULT
C'est surtout l'armée de Metz que je veux peindre en traçant le portrait du général de Ladmirault. Le gouverneur de Paris en a représenté le dévouement, l'héroïsme et l'honneur; il lui eût peut-être assuré la victoire, s'il avait tenu entre ses mains le sort de ces milliers d'hommes résolus, que l'impéritie coupable a conduits à la capitulation.
Le général Louis-René-Paul de Ladmirault est né en 1808 et, sorti de Saint-Gyr en 1829, il fit ses premières armes en Afrique. Nous le voyons promu au grade de général de brigade en 1848, et, le 24 juin 1859, il commandait à Solférino une des deux divisions qui emportèrent la colline même de Solférino et décidèrent de la journée. L'autre division, qui se couvrit de gloire et combattit, ce jour-là, à côté de la division Ladmirault, était — retour étrange des choses humaines ! — commandée par le général Bazaine.
Je trouve la mention de ce fait d'armes dans un livre qui date de Tannée même de cette guerre :
« Le mouvement s'était prononcé victorieusement sur toute la ligne. La division Ladmirault (2® du l'"'' corps), qui, en atteignant le mamelon des Cyprès, avait eu son
chef blessé de deux balles et était passée sous le commandement du général de brigade de Négrier , avait triomphé des derniers obstacles, grâce au puissant appui de la division Bazaine (3^ du 1" corps). Successivement, tous les régiments de cette vaillante division ^ furent lancés sur un cimetière crénelé placé en arrière du mamelon des Cyprès. Après le l''^ de zouaves (colonel Brincourt) vint le 34'^ (colonel Pinard), puis le 37^ et enfin le 78^ (colonel Barry), dont le 3^ bataillon, sous les ordres du commandant Lafaille, emporta la position qui fut définitivement occupée par la garde impériale'-. »
La guérison de la double blessure du général de Ladmiraultfut, s'il m'en souvient bien, assez longue. Ce fait d'armes avait d'ailleurs rendu le général populaire. Nommé sénateur le 20 décembre 1866, il était, le 2 mars 1867, appelé au commandement supérieur du 2^ corps d'armée, à Lille. Il a laissé, dans cette ville, les meilleurs souvenirs. Cette même année, il commandait le camp de Châlons et s'y faisait, dit M. Léon Garnier, le biographe du Supplément au Dictionnaire de Yapereau, « une répu- « tation de tacticien. »
1870 arrive. La guerre éclate. Le général de Ladmirault commandait encore le 2^ corps d'armée. On donna ce commandement au général Frossard. A quoi tient la destinée? Supposez le général de Ladmirault à Forbach et à Spickeren, le 6 août, et la journée était à nous. Au lieu de se contenter de repousser les premières attaques des Prussiens en se fiant, comme le faisait Frossard, officier du corps du génie, à l'excellence de la position, le général de I admirault profitait des avantages obtenus
1. Moins le 33^ régiment, qui formait la garnison de Brescia.