‹ Portraits contemporainsChapitre 27 sur 40 · DE LADMIRAULT · texte numérisé non relu

DE LADMIRAULT

Les journaux se demandaient alors comment M. le général Ladmirault n'avait pas exigé plus tôt des poursuites, et le Temps insistait pour faire remarquer que « si l'autorité militaire ne pouvait justifier d'aucune pression illégitime dans le sens de l'indulgence (sous le gouvernement de M. Thiers), elle avouerait implicitement une pression plus récente dans le sens de la poursuite, et ni elle, ni surtout le gouvernement dont elle aurait consenti à subir l'influence, n'auraient à se féliciter du résultat de cette enquête.

(( A l'heure qu'il est, ajoutait le Temps l'enquête n'est pas faite, et nous ne saurions préjuger quels résultats elle donnera ; nous nous bornerons à constater qu'elle est nécessaire, et que M. le général de Ladmirault est moralement tenu de faire connaître à l'Assemblée les causes de sa résolution tardive, et spécialement de réfuter les assertions suivantes émises par M. Dufaure à la séance du 20 décembre 1871, lors de l'interpellation adressée au gouvernement sur le cas de M. Ranc :

(( Le gouvernement, disait le garde des sceaux, aabdi- (( que et il abdiquera toujours devant l'autorité judiciaire. « On a demandé si le gouvernement, qui n'avait point « ordonné de poursuites, nen avait jamais empêché aucune. (( Là est la question. Je réponds hardiment : le gouvernement « n a jamais ordonné aucu7ie poursuite, nen a jamais empêché (( aucune. »

a Puis, M. Te comte de Larochetulon ayant demandé au ministre de la guerre si M. le général de Ladmirault n'avait jamais sollicité l'autorisation de lancer un mandat d'amener contre M. Ranc, M. le général de Gissey répondit :

« La preuve que je n'ai reçu aucune demande de ce (( genre, c'est que, il y a quelques jours, M. Ranc a com- (( paru devant le parquet d'un conseil de guerre, qui n'a « pas jugé qu'il y eût lieu de le retenir. »

(> On insiste encore et l'on pose au gouvernement la « question suivante : « Est-il vrai, oui ou non, que, le 5 (( septembre dernier, le gouvernement ait reçu une dece mande d'autorisation d'arrestation du sieur Ranc ? »

« M. Dufaure répond : Aucune demande de ce gem^e na « été faite au gouvernement, pas plus pour M. Ranc que « pour un autre. Je l'affirme!))

(( Telles sont les affirmations péremptoires que M. le

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général de Ladmirault s'est implicitement chargé de réfuter. S'il n'y parvenait pas, ajoutait le Temps, le bon sens public en conclurait tout naturellement que si des instructions plus ou moins licites ont compromis l'indépendance de l'autorité militaire, dans une fonction purement judiciaire où cette indépendance doit être respectée autant que celle du magistrat, ce n'est pas en 1871 ni en 1872, mais à une date beaucoup plus récente. »

11 n'y eut point d'enquête, et, le 18 juin, le jour même 011 M. Ducros, préfet de Lyon, interdisait les enterrements civils en dehors de certaines heures spéciales fixées par l'autorité, M. Baragnon se leva de nouveau pour demander qu'on poursuivît le député du Rhône.

Il ne nous appartient pas de raconter ici longuement ces incidents dont nous avons fait connaître la suite dans noive. Histoire de la Révolutioii o^e 1870-71. Nous dépasserions la limite que nous imposent ces portraits. Qu'on nous permette cependant de rappeler un fait curieux et, en somme, ironique. Lorsque la délégation du gouvernement de la Défense Nationale, installée à Tours, apprit que des pourparlers étaient engagés entre le maréchal Bazaine et les Prussiens pour arriver à la capitulation de Metz, M. Gambetta s'émut. Il sentait bien, avec toute la France, quel deuil, quelle douleur c'était pour la patrie que la chute de la grande citadelle! Donc, il fut convenu qu'un envoyé du gouvernement irait à Metz, muni de pleins pouvoirs, et là irait signifier au maréchal Bazaine, au milieu de son armée, le décret de Tours.

Que ceux-là qui ne mettent pas, à de certaines heures, le salut de la patrie au-dessus de toutes les autres questions, essaient de blâmer une telle décision ! Ce qui est certain, c'est qu'il a manqué un général à l'armée de

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Metz, et que le gouvernement de la Défense l'avait trouvé et désigné.

Ce chef suprême, c'était M. le général de Ladmirault et, chose étrange, l'envoyé du gouvernement de la Défense, l'homme qui se préparait à traverser les lignes ennemies, et, comme Valentin à Strasbourg, voulait entrer à Metz, c'était M. Arthur Ranc, le député dont le gouverneur de Paris réclamait la déchéance.

M. Ranc ne put partir, la nouvelle de la capitulation de Metz étant arrivée à Tours, comme un coup de foudre. Ce petit fait, que je crois ignoré, est un de ceux qui portent le plus à penser, et nous conduiraient loin si nous voulions en dégager la philosophie.

Solide, la barbe blanche, l'air simple, aiïable et résolu à la fois, le général de Ladmirault est une figure militaire sympathique. Quand on le rencontre, suivi de son escorte de cuirassiers, on ne se douterait pas, à le voir presque paternel, que c'est l'état de siège qui passe. Au reste, de set état de siège, il n'a pas, je le répète, abusé pour favoriser les complots contre la République, et on le vit, un jour, fidèle à sa consigne, frapper, lui, légitimiste, un journal ultra royaliste. C'est que M. le général de Ladmirault, grand officier de la Légion d'honneur, est plus fier de sa médaille militaire que de ses croix, et que, laissant là les partis combattre, il est fidèle à son épaulette et à son uniforme, et se borne à être, dans toute la force du terme, un soldat — et un bon soldat.

Varmée du Bhi'n^ — du Rhin, hélas ! — ne pouvait pas être plus habilement commandée et plus dignement représentée que par lui.

Plût à la destinée qu'avant d'être gouverneur de Paris, M. le général de Ladmirault eût été gouverneur de Metz !

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