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« Messieurs, on disait il y a cinquante ans que la France était centre gauche ; je crois qu'elle n'a pas changé et j'en dirai la raison : Pays ami de l'ordre et de la liberté, ennemi des extrêmes, la France revient toujours à ceux qui lui parlent de modération. Elle aime surtout ceux qui ne la dédaignent pas, ceux qui n'ont pas la prétention de la régenter en la traitant comme une mineure éternelle
Elle donne sa confiance à ceux qui ont confiance en elle. »
Ces paroles, que M. Edouard Laboulaye prononçait naguère, en sa qualité de président de la réunion du centre gauche, peignent exactement, et en quelques lignes, l'homme dont nous voulons esquisser la physionomie politique et littéraire. Dans un pays quêtant d'écarts successifs devraient avoir rendu plus amoureux de la modération, M. Edouard Laboulaye, qui sait fort bien que la grosse popularité ne va, dans tous les partis, qu'aux excessifs, s'est contenté tout d'abord du suffrage des gens de raison et de bon sens. Ce n'est pas là un mince courage. Mais — chose extraordinaire! — il s'est trouvé qu'en se bornant à ce rôle qui pouvait paraître modeste, M. Laboulaye a acquis, dans ce pays-ci, l'autorité et la durable renommée, qui ne manquent jamais à ceux qui ont le talent et la rare vertu d'être conséquents avec euxmêmes.
M. Édouard-René Lefebvre-Laboulaye a aujourd'hui soixante-quatre ans. C'est un homme d'une moyenne taille, au visage correct, à la fois souriant et austère, les cheveux longs et collés sur le front, le nez droit, la bouche ironique, aux lèvres accentuées, le menton plein de volonté, et, dans toute sa personne, quelque chose du pasteur protestant, du clergyman, la redingote noire strictement boutonnée, la démarche lente de l'homme d'étude
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OU de riiomme d'éj^lise. A lire ses travaux érudits sur l'Amérique ou ses études sur Ghanning, on croirait qu'il a été élevé aux États-Unis, tant il les connaît profondément et tant il les aime. Non, Parisien de Paris, M. Laboulaye est encore un fils de l'Université parisienne. Il y a étudié le droit, il a connu le quartier latin d'autrefois, ses vieilles rues et ses jeunes rêves. Le père ou le grandpère de M. Laboulaye (le détail ne m'est pas très-présent à la mémoire) était, s'il m'en souvient, le notaire de Marie-Antoinette enfermée au Temple. Le bruit courut même fort longtemps que la reine, en mourant, avait confié à M. Laboulaye, l'officier ministériel, un testament enterré, disait-on, sous la rotonde du Temple. Lorsqu'on démolit la rotonde (qui appartenait, comme on sait, à M. Laurent Pichat), on se livra, pour découvrir ce prétendu testament de Marie-Antoinette, h d'activés recherches, mais on ne parvint à rien trouver. La vérité est qu'il n'existait pas.
Né le 18 janvier 1811, M. Laboulaye débutait, à vingthuit ans, après de sérieuses études, par un de ces ouvrages qui sont d'ordinaire le couronnement de l'existence d'un savant. Ea 1839, à vingt-huit ans, il publiait une Histoire du droit de propriété foncière en Europe depuis Constantin jusquà nos jours, que l'Académie des inscriptions et belles-lettres couronnait aussitôt. L'ouvrage était signé Laboulaye, fondeur. M. Laboulaye, suivant en cela le précepte de J.-J. Rousseau dans \ Emile., avait, en effet,
appris un état, un métier, tout en demeurant étudiant. Il exerçait à la fois et son esprit et ses mains. Et si les revers de la fortune devaient un jour l'accabler, il se disait que la plume ne pouvant nourrir son homme, il retrouverait chez l'écrivain le fondeur de caractères. C'est une bonne et fière façon d'entrer dans la vie.
Trois ans après son début littéraire, M. Laboulaye devenait avocat à la cour de Paris, tout en publiant, presque coup sur coup, un essai sur la vie et les doctrines de F.-G. de Savigny, et des recherches, encore consultées, sur la Condition civile et politique des femmes depuis les Romains jusque nos jours (1843). L'Académie des inscriptions ne se lassait pas de couronner ces solides et brillants travaux. Elle semblait avoir choisi M. Laboulaye pour son lauréat. Un Essai su?' les lois crirninelles des Romains concernant la respoîisabilité des 7nagist?'ats, valait encore, en 1845, la couronne académique. Après l'avoir tant applaudi, l'Académie des inscriptions lui devait bien de lui ouvrir ses portes, et elle les ouvrit toutes grandes. M. Edouard Laboulaye était, en outre, nommé professeur de législation comparée au Collège de France. C'était en 1849. Dès ses débuts dans l'enseignement, M. Laboulaye se fit applaudir et se fit aimer. Il charmait tout en enseignant. Il ne mettait certes pas en rondeaux l'histoire du Droit, comme ce personnage de comédie y voulait mettre l'histoire de France, mais il agrémentait l'érudition, il l'ornait, il la rendait facile, aimable, attirante, et on peut dire qu'il
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était de ces savants aussi profonds que d'autres, mais plus accessibles, qui ont inventé la science fleurie.
L'empire vint. M. Laboulaye avait toujours aimé la liberté. Durant les lourdes années de la puissance impériale, le professeur fit mieux encore : cette liberté, il s'attacha par-dessus tout à la faire aimer. Il la célébra dans ses bienfaits ; il la montra toujours radieuse malgré ses chutes. Il mit au service de la déesse et son éloquence et son esprit. M. Laboulaye n'est pas seulement, en effet, un écrivain entraînant et un orateur chaleureux autant que disert, il est aussi un causeur spirituel et un satirique excellent. La bonhomie de Franklin et la religion de Ghanning se triplent chez lui d'une ironie qui aie ton mordant du rire de Voltaire. Aussi bien, après avoir écrit, dans une langue ferme, simple et cependant colorée, une Histoire politique des États-Unis qui forme aujourd'hui un ouvrage capital, M. Edouard Laboulaye se plaisait-il à donner libre cours à sa verve railleuse, et le voyait-on signer Paris en Amérique en même temps que son beau livre le Paris libéral et son avenir.
Paris en Amérique! La popularité réelle de M. Edouard Laboulaye date de ce pamphlet sans fiel sinon sans malice, et tout rempli d'enseignements dissimulés sous un charme absolu. M. Laboulaye ne le signa point tout d'abord de son nom, mais de ses prénoms, Reyié Lefebvre, et ce fut par le pseudonyme que lui vint la gloire en gros sous.
Paris en Amérique date de 1«63. Douze ans ! Que de choses en douze ans ! Et que de malheurs on eût évités si l'on eût suivi la politique de libéralisme et de paix que préconisait M. Laboulaye sous une forme agressive!
M. Laboulaye avait d'ailleurs bien raison de s'armer de cette arme légère et toute française qui s'appelle le pamphlet. Je dis toute française, parce que, comme la chanson, le pamphlet est du pays de Rabelais et de Voltaire. Sans doute, les autres littératures ont produit de hardis et de grands pamphlétaires et, pour n'en citer que fort peu, l'Angleterre a Swift, l'Allemagne a Luwig Bœrne et Henri Heine, l'Espagne a José de Larra. Mais, chez Larra, la satire se fait aussi funèbre que l'Escurial ; chez Heine, la fantaisie germanique fait du pamphlet une sorte de poésie; chez Swift, la plaisanterie est trop souvent saignante comme les énormes roastbeefs anglais. Au contraire, Rabelais rit à larges lèvres. Voltaire s'amuse et amuse, Camille Desmoulins voltige, Paul- Louis Courier affile et affine le trait : tous ces Français sont de bons plaisants et de vrais Gaulois.
Le Paris en Amérique de M. Laboulaye est de la famille de ces admirables pamphlets. Que cela est supérieur, et comme fonds et comme forme, à la bourgeoise drôlerie cependant divertissante - de M. Louis Reybaud, ^eVâme Paturott Le style de M. Laboulaye est léger, acéré, net et brillant. Et avec quelle imagination l'auteur nous énu-
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mère les bienfaits de cette civilisation américaine que M. Sardou a caricaturée dans l'Oncle Sam. Pour M. Laboulaye, l'Amérique est un Éden, une Salente, une terre promise, simplement parce qu'il y croît cette plante rare qui se nomme la liberté.
Et il a raison. Un peuple libre est toujours un grand peuple, n'eût-il pas la vitalité étonnante, gigantesque, des États-Unis. Le vent qui souffle à travers le Far-West serait salubre à nos poumons européens. Il doit contenir de l'iode, comme le vent de la mer.
Les Américains, enchantés de ce Pa?ns en Amérique de M. Laboulaye, présentèrent bientôt à M. Laboulaye des offres considérables pour une série de conférences à New- York, à la Nouvelle-Orléans et à Philadelphie. M. Laboulaye refusa. L'accueil enthousiaste qu'avait reçu Charles Dickens l'attendait sûrement de l'autre côté de l'Atlantique. Lorsque les Américains admirent, ils le font, comme toutes choses, largement.
— On m'a assuré, disait un jour Lamartine, que si je me décidais à aller en Amérique, je ne pourrais pas même poser le pied à terre; des milliers de bras me soulèveraient sur le quai de débarquement et me porteraient en triomphe jusqu'à mon hôtel I
Lamartine disant cela ne péchait peut-être point par excès de modestie, mais à coup sûr il ne péchait point par
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exagération ; les triomphes américains ont de ces immensités. Jenny Lind a connu de ces savanes qu'elle eût pu franchir sur le dos de ses admirateurs.
M. Edouard Laboulaye refusa pourtant et les offres pécuniaires considérables et la perspective de ces hurrahs. C'est un homme de coin du feu et qui doit détester les voyages, quoiqu'il ait écrit les Souvenirs d'un voyageur. Je me le figure aimant par-dessus tout son logis, sa table de travail, le papier blanc qui est là tout près de la plume et aussi attirant que la neige vierge des Alpes, et les livres, la bibliothèque ouverte tant de fois, avec ses reliures aussi réjouissantes à l'œil qu'une toile du Gorrége! Il aime tout cela et il aime aussi les contes; les contes, cette joie des petits, ce rajeunissement des hommes, cette poésie à son aurore, ce balbutiement du roman de la vie, cette chimère consolante et qui nous montre toujours au dénouement le vice châtié et la vertu triomphante!
Toute belle âme un peu rêveuse aimera les contes. « Mes « chers amis, disait le bon Denis Diderot, mes chers amis, « faisons des contes. Tandis qu'on fait des contes on ou- « blie, et le conte de la vie s'achève sans qu'on s'en aper- « çoive. V
M. Laboulaye a donc fait des contes, et des plus charmants. Il a écrit les Contes bleus et \q^ Nouveaux Contes bleus, et la gravité de ses précédents travaux, de ses études sur
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rAUemagne ou sur les pays slaves, de ses essais de morale et de politique, ne Font point poussé à trouver trop légère la façon d'écrire de Charles Perrault; au contraire, et c'est plaisir de voir un môme homme capable de publier VEtat et ses limites, et de raconter aux enfants les aventures de Poucinet, les Ti^ois Citrons et Pif-Paf ou l'art de gouverner les hommes. On croirait entendre parfois le Bonhomme Richard donnant à sa science le piquant et le je ne sais quoi d'ailé de la fantaisie.
« Hommes sérieux, laissez-nous donc oublier quelquefois cette vie que vous rendez si triste. Vous ne pouvez donner à tous la santé, la fortune ni la puissance. Il vous faut donc des rêveurs pour aimer et faire aimer aux autres ces biens dont l'espérance seule vaut tous les trésors de la terre, mais que vous n'estimez d'aucun prix : la beauté, la justice, la liberté. Les rêveurs ont cela de bon qu'ils ne prennent la part de personne; l'idéal leur tient lieu de tout. Quand on peut être le calife de Bagdad à ses heures, on voit de haut les ambitions du jour. Quel orateur vaudra jamais l'oiseau qui dit tout? En fait de dévoûment et de ressources, quel ministre approchera du Chat botté? Quant à moi, une seule profession m'aurait souri peut-être, c'est la diplomatie. J'aurais voulu rechercher par toute l'Europe celte robe couleur du temps que Peau-d'Ane a laissé à la cour, mais dont les hommes politiques, à ce qu'on assure, ont gardé les morceaux. Tout le reste m'est indifférent. L'expérience m'apprend tous les jours que le monde ne vaut pas l'empire de la fantaisie. »
Ne reconnaît-on point là, dans ces lignes piquantes, narquoises, adorablement spirituelles, le trait de plume de rhomme qui écrira le Prince Caniche^ satire amusante et sortie du despotisme de notre pays, si changeant, que M. Éd. Laboulaye appelle le pays des gobe-mouches, et de la politique de M. Rouher, dont on trouve là une si divertissante critique.
Mais M. Laboulaye n'a point pour seule méthode de faire servir le conte à la politique ; il en fait avant tout un outil, — ou un joujou — de moralisation, comme on voudra. Et, c'est ainsi que, parlant à ses jeunes lecteurs, il écrit cette touchante et mélancolique page sur les contes de fées comparés à l'histoire de tous les jours :
« Messieurs, ne croyez pas, dit-il, que tous vous deviendrez princes en devinant des énigmes ; ni vous. Mesdemoiselles, n'imaginez pas que les fils de rois se disputeront votre pantoufle et votre main. La vie ne ressemble guère aux contes de Perrault, les fées qu'on y rencontre sont un danger plutôt qu'un appui. Aujourd'hui, comme au temps de Virgile, la fortune n'aime que les audacieux. Et même pour les moins ambitieux, à qui suffit encore la paix de l'âme et l'étude, il n'est qu'un talisman pour conquérir ces biens si doux : c'est un labeur opiniâtre. L'enchanteur qui nous protège, c'est le travail ; lui seul nous modère dans la prospérité, lui seul nous aide à oublier nos misères. Travaillez donc avec courage, faites fortune même, si vous trouvez la fortune sur le chemin de l'hon-
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neur; mais ne méprisez pas le merveilleux, qui amuse votre enfance, gardez toujours un coin pour l'illusion. Vous en aurez besoin contre les ennuis qui assiègent la vie ; cette chimère, que dédaignent les habiles, vous empêchera du moins de prendre trop au sérieux ce que le monde nomme sagesse, et qui n'est trop souvent que sécheresse, égoïsme et brutalité. »
Voilà le moraliste, et le plus sympathique et le plus souriant des moralistes, quoiqu'il n'ait garde d'oublier la goutte d'amertume qui reste au fond de toutes les coupes humaines. Mais l'homme qu'on ne trouve pas dans les livres de M. Laboulaye, livres savants ou livres aimables, l'homme qu'il faut avoir entendu pour pouvoir le connaître, c'est le causeur, c'est l'orateur, ou plutôt, si je pouvais créer tout exprès un mot et employer un barbarisme, c'est le conversateur .
Le langage est exquis et choisi, le geste sobre et net, la voix caressante, insinuante et virile à la fois. Avec quelle souplesse infinie M. Laboulaye mène à bonne fin une conférence, un de ces discours familiers dont il a fait un livre! Comme l'anecdote y est bien placée, le trait bien ménagé, rapide et léger! Et aussi, comme le ton s'élève lorsqu'il le faut! Et quelle énergie, quelle émotion, quelle grandeur, lorsque le sujet emporte l'orateur vers les sommets! On n'a pas oublié, — et cet on s'appelle la France, — le discours en quelque sorte déchirant que M. Labou-
laye prononçait lors de la discussion des Lois constitutionnelles, magnifique discours qui adjurait tous les partis de ne plus avoir qu'un seul but, le bonheur de la nation, et que le journal la République française qualifiait justement d'une des plus belles harangues prononcées depuis vingt ans à la tribune française.
Avant d'être élu député de Paris, M. Edouard Laboulaye avait déjà demandé au suffrage universel le pouvoir législatif. Candidat à Paris, en 1863, M. Laboulaye avait disputé dans le Bas-Rhin, en 1866, le poste de député au candidat bonapartiste, puis, en 1869, dans Seine-et-Oise, où M. Barthélémy Saint-Hilaire fut élu. Les habitants de Strasbourg lui avaient même offert, en 1866, un magnifique encrier qui devint un motif de raillerie lorsque, à l'heure du plébiscite, en 1870, M. Laboulaye déclara qu'il voterait oui. On lui a jeté depuis cet encrier, au milieu des discussions, comme autrefois Luther jetait le sien à la tête du Diable, quand il ne trouvait pas contre son démon des raisons assez concluantes. La vérité est que M. Edouard Laboulaye eut tort de transiger, fût-ce un moment, avec l'Empire. Combien cette nouvelle nous fut pénible!
Nous éprouvions alors un double dépit : celui de voir un des hommes que nous aimions le plus accepter une trompeuse liberté des mains d'un homme qui ne pouvait la donner, — timeo danaos, — et celui d'assister à des scènes attristantes : la jeunesse insultant un de ses meil-
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leurs guides et un des plus honnêtes hommes de ce temps.
M. Laboulaye, il est vrai, représentait alors la grande masse de la nation, la masse timide et qui, libérale mais anti-révolutionnaire, a préféré la liberté déguisée à la liberté périlleuse, periculosa libertas. Sans doute croyait-il, espérait-il que le repos du pays exigeait qu'on se résignât à tenir une constitution hypocritement libérale d'un pouvoir issu d'un crime. « La meilleure constitution, disait-il avec Daunou, est celle qu'on a, pourvu qu'on s'en serve. » Depuis, terriblement détrompé, M. Laboulaye montre bien qu'il éprouve pour l'Empire les sentiments qu'il dut ressentir au lendemain de décembre, car c'est à cette faction qu'il songe, lorsque, dans le discours cité au début de cette étude, il s'écrie :
^^ Nous ne demandons ni violence ni proscription : cela n'a jamais été de notre goût; mais nous ne croyons pas avoir de prétentions excessives en demandant d'une part que ceux qui ont l'honneur de servir la République veuillent bien ne pas conspirer contre elle, et, d'autre part, que tous les citoyens soient tenus de respecter le principe du gouvernement.
« La République est aujourd'hui le nom politique de la France; qui attaque la République est un factieux et tombe sous le coup des lois. »
Ce sera un des titres de M. Edouard Laboulaye d'avoir plus que personne, et plus intelligemment que personne, travaillé à assurer, par une politique ferme et modérée à la fois, le triomphe de cette République, aujourd'hui devenue la loi. Un publiciste citait naguère, à propos de la République, la formule fameuse si souvent appliquée par de Maistre aux constitutions durables : « Cre^cit occulto « velut arbor œvo. Elle croît comme un arbre par l'effort « caché du temps. » Rien ne marque mieux la situation actuelle que ces mots. Certes, la République croîtra, pacifiquement, assurant à tous la liberté par l'ordre véritable; et puissent nos neveux s'asseoir un jour, à son ombre, racontant à leurs fils les nobles histoires et les jolis contes écrits par l'auteur de VHistoù^e des États-Unis et du Prince Caniche.
Ce jour-là, Paris ne sera pas en Amérique, mais l'Amérique sera à Paris.