M. LOUIS ULBACH
maquignon, moitié Robert Macaire, au chapeau incliné, à la moustache hérissée, un Philippe Bridant contemporain. 11 a passé par Melun, et il meurt dans le delirium tremens. Ni dans un Beau-frère, ni surtout dans Madame Obernin., M. Malot n'a jamais reculé devant les hardiesses. Parmi les héritiers, non pas d'Arthur, mais d'Honoré de
Balzac, je n'en sais pas de plus virils que l'auteur de la Fille de la Comédienne et de V Auberge du Monde.
M. Ferdinand Fabre, que Sainte-Beuve appelait aussi un des Meilleurs élèves de Balzac.^ a conquis une place à part dans le roman contemporain. Il s'est classé d'un seul coup; il s'est mis au premier rang avec ces Courbezon que l'Académie couronna, il y a quelques années. Depuis, avec le Chevrier ^ Julien Savignac et surtout VAbbé Tigrane , M. Fabre a enfoncé son nom plus avant dans la mémoire du public. Ij^Abbé Tigrane^ en particulier, est un chefd'œuvre. M. Fabre, malheureusement pour sa popularité sinon pour son talent, se cantonne dans un certain genre et se spécialise. Les curés de campagne, les candidats à la papauté et les ermites gloutons sont ses personnages habituels. Vous rappelez-vous ce gandin d'une comédie de M. Sardou qui juge ainsi la Vie de Jésus de M. E. Renan : Çà manque de femmes! Il en dirait certainement autant des romans de M. Ferdinand Fabre. Çà manque de femmes, voilà ce qui est certain.
M. Fabre, il est vrai, n'écrit ni pour les gandins, ni pour leurs amis. Ses romans s'adressent aux lettrés et les charment. Il y a des paysages superbes, des scènes bouffonnes, aux dessous tragiques, une virilité singulière et une vérité puissante dans ce livre de Barnabe, le dernier venu des romans de l'auteur. C'est là un volume à lire et un des plus remarquables à coup sûr de M. Ferdinand Fabre, le romancier et le peintre du clergé redoutable ou comique.