‹ Portraits d'hier et d'aujourd'huiChapitre 13 sur 20 · UN SAGE · texte numérisé non relu

UN SAGE

« Si peu de valeur qu'ait le cadeau, dit M. de Sacy dans sa préface, c'est moi-même que j'offre au public en deux volumes : je ne pouvais pas faire autrement, je ne pouvais pas faire mieux; je suis là tout entier. » Cet aveu est le meilleur éloge d'un livre, qui dissimule sous un titre modeste une supériorité dont le secret tient à la personne même de l'écrivain, je veux dire à la distinction d'un esprit soutenu par un caractère. Oui, un homme éminent est là, prés de nous, dans Tallitude de la méditation et l'abandon de la causerie. Je le vois, je l'entends, je lui parle : il me semble que je goûte la douceur de son intimité, tant il s'épanche avec la naïveté dune ùme qui ne redoute point les approches des indiscrets. Ou

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plulût, il ne songe pas que des curieux l'écoutcnt ; car il interroge ses goûts, son humeur, ses aversions, ses sympathies, comme s'il était seul avec lui-même. Affranciii pour un instant des importunilés qui assiègent la porte de son cabinet, il n'appartient plus à cette Chambre des députés où, pendant de longues heures, « l'esprit tendu, le cœur brûlant, il lui faut assister, l'arme au bras, aux joutes ardentes de la parole. » Il ne dépend plus de ce public impatient qui le condamne chaque jour à prendre la plume à la hâte pour traduire en traits décisifs le sens ou l'effet politique d'une séance orageuse. Gouvernement, opposition, révolution, budget, dynastie, porlefeuillc, adresse, réforme, ces mots turbulents ont cessé de gronder autour de lui. 11 oublie que, demain, il lui faudra monter de nouveau sur la brèche pour défendre son drapeau, au risque de trouver des amis parmi ses adversaires. La polémique lui donne culiu congé, et, en attendant que le devoir le rappelle, le journaliste en profite pour rentrer chez lui, et vivie enfin, à sa guise, parmi ses plus chères affections, sans souci des intérêts qui divisent ou des j)assions qui inilenl.

Ce sentiment d'émancipation tressaille dans cha- ( une (le ces pages, écrites loin du cliaiui) de b;il;iill(', pciidaiit ces heures de trêve dont on n'apprécie le bienfait qu'après avoir pavé de sa personne dans les éclatants et périlleux labeurs d'une campagne. Bien

qu'une comparaison militaire convienne peu à une physionomie souriante et pacifique, M. de Sacy, courant à la littérature après avoir corrigé les épreuves d'un premier-Paris^ me semble avoir été le Yauvenargue du Journal des Débats : il fit bi avement honneur à sesépaulellcs, lorsqu'il fallait donner Texemple du courage; mais, au retour d'une chaude affaire, il ouvrait avec volupté cette Bible ou cet Homère qui plus d'une fois lui déroba le souvenir des morts ou des blessés, et le transporta dans ces champs Élysées de l'intelligence que peuple l'élite des grandes âmes. Si les circonstances ne l'avaient pas détourné de sa première vocation, je m'imagine que son ambition naturelle eût été de vivre et de mouiir bibliophile. Si vous en doutez, lisez les chapitres où il parle avec tant d'éloquence de ces catalogues qui « lui donnèrent des battements de cœur. » — « Je deviendrais aveugle, s'écrie-t-il, que j'aurais encore du plaisir à tenir dans mes mains un beau livre; je sentirais du moins le velouté de sa reliure, je croirais le voir. » Il a comme un petit coin d'idolâtrie pour les antiques caractères, le papier jauni, le maroquin parfumé d'une édition choisie. Mais n'allez point ici crier à la manie; car ces beaux et chers volumes « qu'il a rassemblés à la sueur de son front, » il ne se contente pas du très-grand et très-légitime plaisir de les contempler d'un œil d'amateur, de les ranger, de les manier, de les épousseter, d'en admirer la propreté

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appétissante, quand ils sont 15, classés sur les rayons de sa bibliothèque. Il n'est pas de ceux qui, sans savoir un mot de grec ou de latin, achèteraient hardiment, au poids de l'or, un Homère de Claïke, ou un Virgile de Heyne, et se bornent à faire vanité d'en être les délenteurs ignorants, comme d'un meuble de luxe qui décore un appartement. Non, il n'a point pour les livres cet amour platonique qui n'y louche jamais. Mais il veut, avant tout, en parer son esprit, en nourrir son cœur : avec quelle tendresse! Ecoutez ce passage : « Qui ne s'est figuré avec ilélices une petite retraite bien sûre, bien modeste, où l'on n'aurait plus à s'occuper que du beau et du vrai en euxmêmes, où l'on lie verrait plus les hommes et leurs passions, les affaires et leurs ennuis, l'histoire et ses terribles agitations, qu'à travers ce rayon de pure lumière que le génie des écrivains répand sur tout ce qu'il représente? Quelles charmantes matinées que celles que l'on passerait, par un beau soleil, dans une allée bien sombre, au milieu de ce bruit des champs, immense, confus, cl pourinul si harmonieux et si doux, à lelire tantôt une tragédie de Racine, lantôt rili>loiro des origines du monde, racontées par l)0ssuet avec une grâce si majestueuse! Quel plai-ir de ne pas se sentir troublé, au milieu de ces enivrantes éludes, par l'affaire qui vous lappelle à la maison, de ne pas porter au fond de l'iime l'idée iuipoitune de l'eimui qui vous a donné rendez-vous

pour ce soir ou pour demain, et qui ne sera, hélas! que Irop exact à l'iieure; de ne rentrer chez soi que pour changer de livres et de méditation, ou pour se livrer à ce repos absolu, qui est doux comme le senîment d'une bonne conscience! Aujourd'hui, c'est Montaigne qui fera les frais delà journée; demain, ce sera Tacite. On se crée des semblants d'étude, on se ménage des récréations. Le fonds de la vie, ce serait un abandon complet aux lettres , sans ambition personnelle, sans autre passion que celle d'embellir et d'épurer son intelligence. »

Ce rêve, qui de nous ne l'a fait aussi, dans ces moments d'affaissement et de lassitude où l'homme proteste contre les rouages dans lesquels il est engrené? Mais était-ce vraiment un cri parti du fond des entrailles, avec cet accent pénétré qui ne recouvre ni la fatigue du devoir accompli, ni le désir d'un repos qui ne s'achète pas, ni (car il faut bien se l'avouer) l'attrait de ce doux rien-faire qui nous pèserait bientôt plus que l'assujetlissement d'une occupation régulière et imposée? Pour être en droit de se dire ami des lettres, le mieux n'est-il pas encore de leur avoir prouvé son dévouement, au sein même de celte vie militante dont les obligations nous éloignent des études désintéressées? Vous y reviendrez alors avec une fraîcheur qui ravive la jouissance par la privation, et la retrempe comme dans une fontaine de Jouvence.

IGO PORTRAIT? D'HIER ET D' AIJO URD'IIV I.

Or, c'est là ce qui me ravit cliez M. de Sacy. Ces lectures exquises dont il ne us raconte les impressions communicatives ne furent point pour lui la distraction d'un épicurien qui a des loisirs à dissiper, et peut se dispenser d'aller droit au solide ; mais il en fit un des plus dignes emplois d'une vie honorable : il y mit ce choix qui entre dans tous les goûts de l'honnête homme; il se créa vraiment des amitiés parmi ces sages de l'antiquité et du christianisme, qui offrent l'enseignement sous le charme, qui reposenl, fortifient, consolent, et surtout nous aident à penser ou à nous mieux connaitre nous-mêmes. 11 ne fut point conduit vers eux par un parti pris d'opinion, par une habitude devenue exclusive, mais par la pente de son inclination, par une préférence réfléchie, je dirais presque un devoir moral, ou plutôt une affinité de nature qui le rapproche des meilleurs, et lui méritera peut-être un jour une pelile place dans leur voisinage. Croyez-cn cette admiration qui a l'originalité d'une découverte. Quand il est en présence de la perfection, il semble qu'il vient de s'en apercevoir le premier. Il ne peut contenir son émotion; on dirait qu'il a reucoutré une àuic rralcrnelle, ou, si vous voulez, un bienfaiteur dont il se seul l'obligé, envers lequel il s'acquitte par relTusion d'un hommage qui n'est que de la reconnaissance.

C'est dans ce sens élevé que M. de Sacy est classique. 11 est né tel et n'a point eu besoin de le devenir

à ses dépens, à l'école des expériences et des déceptions, au retour des voyages et des aventures. Sa foi instinctive et irrésistible fut le don de la grâce, qu'il n'a jamais perdue. De là lui vient cet air de sérénité qui le distingue de la plupart des contemporains. Sa physionomie a le calme heureux de la certitude. Elle ne trahit pas le malaise de la lutte ou des recherches inquiètes. La paix y rayonne. En lisant ces deux volumes, on s'écrierait volontiers : Beali mites! C'est assez dire que M. de Sacy, tout en restant inébranlable dans la quiétude de son orthodoxie littéraire, ne gêne et n'attaque directement aucun scepticisme et aucune hérésie. Il trouve si douce la liberté des croyances, qu'il ne veut point chercher querelle aux dissidents. Seulement, pour n'être pas scandalisé par tant de livres qui l'affligeraient, il se contente d'en ignorer jusqu'au litre, et de les condamner par le silence. Il vit, à côté de la contagion, dans une retraite qui l'en isole. Mais, sans le vouloir, il prêche par l'exemple, et je ne serais pas surpris qu'il fit ainsi parmi les profanes plus d'une conversion, tant il est malaisé de ne pas se laisser toucher par la ferveur et l'onction de ses sympathies.

Ecartez donc bien loin d'ici toute idée d'école. Ce vilain mot n'a rien de commun avec un solitaire aimable qui paraît chérir comme sa propre indépendance l'ombre et l'oubli. Son goût n'est point une consigne et un mot d'ordre. Il n'a rien d'agressif,

d'étroit et de convenu. Ne nous demandez pas où commence et où finit la province dans laquelle il se renferme, en vertu de quel code il absout ou condamne. Je ne lui en connais pas d'autre qu'une conscience droite et susceptible que blessent toutes les dissonances, et que réjouit par-dessus tout l'harmonie du style et de la pensée. Ouand je vois dans ses appréciations tant de solidité et de finesse, je ne sais quoi d'arrêté, de vilal et de définitif, un bon sens ingénieux sans raffinement, une sensibilité qui touche chaque idée par le cœur, une clairvoyance morale qui me fait comprendre les relations nécessaires du bien et du beau, j'assiste au jeu souple et discipliné d'un esprit complet, dont toutes les facultés entrent à la fois en exercice pour faire œuvre de maître, sous l'apparence d'une conversation pleine d'agrément. Je me sens dominé par une direction persuasive et insinuante à laquelle je cède comme à une autorité qu'on respecte et qu'on aime.

Peu de lectures sont plus propres à nous réconcilier avec la tradition. Les ennemis qui lui ont f;iil le plus de mal ne lurent pas les novateurs qui péchèrent envers elle \n\i irrévérence et se crurent appelés à lui succéder, mais ces adorateurs routiniers qui substituèrent à un culte intelligent un enthousiasme factice, appris comme une leçon de rliéloiiciue débitée sur un ton déclamatoire. Les rites subsistaient, mais l'âme s'en était retirée; les prêtres

eux-mêmes, chargés d'évangéliscr les fidèles, n'avaienl sur les lèvres que des lettres mortes, des formules sonores qui impalientèrenl une génération jeune et ardente. L'ennui est toujours un mauvais initiateur, qui compromet les meilleures causes et provoque les désertions. Voulez-vous ramener notre indifférence aux sources fécondes du passé, faites-les donc jaillir toutes vives et toutes fraîches, de manière à donner soif aux moins altérés. Allez y puiser vous-mêmes, sans recourir à aucun intermédiaire maladroit; goùtez-en la saveur et la pureté; prouve/ à tous par votre santé que ce régime est salutaii'c et porte évidemment bonheur au talent. Or voilà le service que nous a rendu M. de Sacy. Au lieu de nous imposer ses prélerences sous l'appareil dune doctrine, il nous remet en appétit des aliments délicats et substantiels, par le plaisir même avec lequel il les savoure; il nous démontre leur efficace vertu par le bien-être qu'il en éprouve.

C'est de la piété vraie, sans mélange de superstition. Aussi s'exprime-t-elle toujours par le Irait spontané du sentiment pris sur le fait. Le mot semble faire explosion et arrive à notre cœur parce qu'il a passé par celui de l'écrivain. Nous nous livrons à lui, avec une confiance qui ravit l'assentiment, comme si sa devise était : Qui m aime me suive. Or, comment ne pas céder à l'altract'on de cet esprit à

ici PORTRAITS D'HIER ET DAV JOURD'HUI.

la fois ouvert et recueilli, auprès duquel on se sent à l'aise et en sécurité? Si le dix-septième siècle est sa patrie d'adoption, il sait aussi admirer ailleurs la diversité des temps et des génies. Son érudition a fait maini voyage en ce vieux pays gaulois « auquel il faudra toujours remonter, si l'on veut bien parler et bien éciire, frapper sa phrase d'une empreinte française, et posséder à fond les tours ou les finesses de noire langue. » Il passe de Fénelon à Rabelais, de Racine à Marot. S'il ne lit plus Montaigne, c'est qu'il le sait par cœur. Il a vécu dans l'imprimerie d'Henri Eslienne; il a traduit Plularquc avec Amyol. Il vous indiquera mieux que personne tous les bons endroits de ce seizième siècle où le style était si vif, si gai, si populaire, si personnel, où les caractères avaient encore une rudesse, une fierté, une trempe dont l'énergie l'cnclianle. Il regrette presque par inslants que Louis \IV ait organisé la société littéraire par une police uniforme et inflexible. Mais non ; ce serait de l'ingratitude. Seulement, le spectacle de cette régularité majestueuse ne lui gâte pas les surprises de la fantaisie prime-sautière. Les seuls écarts qu'il ne puisse pas admettre sont les saillies de la licence liberliiie ou impie. Voilà pourquoi il ne respire qu'à regret l'air du dix-huitième siècle. Ouand il ouvre Voltaire, il se demande « si .sa philosophie était sérieuse, et si elle avait pour but d'élcvei- et dépurer l'esprit hniiKiiu eu l'a (franchissant, ou de mettre les

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passions au large en corrompant le cœur. » Mais ne craignez pas que, triomphant de certaines faiblesses, il en fasse jamais le prétexte d'un réquisitoire injuste et violent. Il sait respecter le génie, môme dans ses erreurs.

Religion tolérante d'un idéal élevé, voilà le fond de cette critique où la raison s'allie au sentiment. M. de Sacy est donc de la vieille roche, mais sans rappeler jamais ces docleurs surannés, dont la pédagogie boursouflée ne savait qu'arrondir des périodes, lancer des points d'exclamation à la fin d'une tirade, s'exalter à froid, juger vaguement, et délayer le vernis d'un éloge monotone sur toutes les beautés qu'approchait la banalité glaciale de leurs lieux communs. Malgré ses principes antiques, il est beaucoup plus moderne qu'il ne le croit, par ce que j'appellerai rmstinct des atticismes. Car il excelle dans l'analyse des nuances ; il est gourmet, passez -moi cette familiarité ; il s'entend à déguster un style, à en deviner le terroir, à fixer sa date, à nommer son cru, à préciser sa valeur absolue ou relative. Ce n'est pas lui qui dans une époque ne voit qu'une couleur générale uniformément répandue sur la variété des ouvrages qu'elle embrasse ; mais il y distingue des manières successives, des procédés particuliers; il dessine des groupes dans l'ensemble du tableau. Sous l'unité apparente d'un siècle, il retrouve la physionomie propre de chaque département littéraire; et jusque

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dans un même écrivain, il lient compte des métamorphoses qu'expliquent le milieu et les circonstances où il vécut. 11 est clair qu'ici la méthode vivante de M, Sainte-Beuve a l'ait oublier celle de La Harpe.

La critique contemporaine a encore un antre mérite qui atténue, à mes yeux, la plupart des péchés qu'elle peut avoir sur la conscience : c'est son indépendance et sa sincérité. Qu'elle soit volontiers sceptique, indifférente pour les idées, Iropsoucieuse d'amusement, d'acord; mais, au moins, elle est une voix qui parle et non un écho qui répète ; elle a le ton personnel; son accent ne ment pas à ses impressions, dût-elle s'exposer à se contredire, ce qui vaut encore mieux que l'arlilice et l'apprêt dun rôle à soutenir devant le public. Or M. de Sacy est aussi lui de la famille des causeurs qui ne professent jamais, et parlent uniquement pour se satisfaire, l'uen de plus individuel (jue sa façon de penser ou de sentir. 11 veut rire de son avis, et ne paraître que ce qu'il a conscicFice d'être; ses articles sont rédigés sous la dictée de l'heure présente; il a noté ses pulsations; il a saisi au passage tous les éclairs qui lui ont traversé l'esprit, en face du livre cpi'il feuillelail. Mais il a pu rapprocher ces pages sans craindre les dis[)arales, jiaree (jue la discipline des fortes convictions était sa nature même. Il en résulte que, sans courir les liasaids du ciquiee, il eu a toute la grâce.

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On dirait parfois qu'il est l'iiumorisle du bon sens. C'est au point que tel chapitre ressemble à une sorte de confession, entre autres celui qui traite de Fénelon. Ne commcnce-l-il pas par avouer franchement, tout en demandant pardon au bon goût, que, dans sa jeunesse, Télémaque l'ennuya profondément? Les sermons de Menlor l'assoupissaient. Il ne pouvait s'en défendre. Mais il crut prudent de ne pas s'en tenir à celte impression. Vers la trentaine, il reprit donc cette lecture, sans sauter une phrase, suivant son habitude : alors, grande surprise, il trouva ce livre trop court! Le rideau s'était levé, ce fut un éblouissemenl complet, et il s'abandonna sans réserve à l'enchantement de cet art séducteur: c'était la simplicité d'Homère, la douceur de Virgile, la sublimité de Platon et de l'Évangile! Beaucoup d'entre nous se seraient ainsi (ixés à l'enthousiasme ; mais, avec M. de Sàcy, les choses ne vont pas de la sorte : il voulut encore se contrôler lui-même, el, quelques années plus tard, renouvela l'épreuve qui, celte lois, j'en suis sûr, fut décisive. Car tous ceux qui se souviennent de cette dernière étude conviendront avec nous qu'il est difficile de juger avec plus de pénétration et de mesure une œuvre aussi complexe que le caiactèrc même de son auteur. Citons à l'appui ces lignes qui contiennent la conclusion : « Je ne crois pas qu'il exis'.e au monde un ouvrage plus singulier, où les contrastes se rapprochent et se heurtent davantage.

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quelque dissimulés qu'ils soient par un ait prodigieux, un ouvrage plus chrétien et plus païen tout ensemble, plus sage et plus cliimériquc, plus ingénu et plus habile, plus naturel dans sa forme apparente, plus rafliné et plus calculé au fond, un ouvrage qui se rapproche davantage des anciens, et qui s'en écarte plus quand on en sonde les ressorts secrets. C'est le comble et le chef-d'œuvre de l'esprit; c'est le livre d'un grand poêle, d'un sage et d'un homme de génie, auquel a manqué pourtant l'une des plus précieuses qualités d'un homme de génie, d'un grand poëte et d'un sage, la candeur, la vraie simplicité d'àme, une certaine naïveté de bon sens qui fera le charme éternel d'Homère et de Bossuet. »

Cette liberté d'appréciation est plus sensible et plus méritoire encore quand elle porte sur les contemporains. Or M. de Sacy a pu parler même d'un collaborateur et d'un ami de vingt-cinq ans, sans (luon ait à lui reprocher une partialité qui aveugle. Son attachement à la personne ne fut alors qu'une lumière nouvcHe qui lui cxplitiua l'écrivain. Pour a\oir plus d'intimité, l'éloge n'en admit pas moins ces restrictions qui en doublent la valeur. Lisez l'article sur M. Jules Janin, mais bien attentivement, en soulignant les malices affectueuses (jui se glissent sous dus douceurs (pie personne n'appellera des llalleries amicales. Rien n'est surfait, ui ce talent plein de lïanchise, de jeunesse cl de verve intarissable, ni

certains défauts dont nous devenons si volontiers les complices, parce qu'ils tiennent aux qualités mêmes. Lumière, ombre, clair-obscur, rien ne manque au portrait. Jugez-en par cette esquisse abrégée : « Il m'est arrivé, je le reconnais, après une lecture un peu trop prolongée des feuilletons réunis dans ces deux volumes, d'avoir appétit de quelque chose de moins splendide, de désirer presque, pour mon soulagement, un style maigre et sec. Quelle abondance ! quelle richesse ! quel luxe de tours et d'images ! Donnez un mot à M. Jules Janin, le premier qui vous viendra à l'esprit, et sur ce mot il va vous écrire toute une page. Poussez le ressort qui relient la source, aussitôt l'eau jaillit en gerbes éblouissantes et retombe en perles dorées ! Rien ne Fépuise, rien ne la dessèche et ne la décolore. Elle ne s arrête^ on le sent bien, que parce qu'il faut que tout finisse. Quand je lis M. Jules Janin, je crois être dans un immense Palais-Royal, aux boutiques étincelantes de lumière, de pierreries et d'étoffes précieuses : ici le damas, la soie, la gaze légère ou les toiles de Perse, aux fraîciies cl capricieuses peintures ; là, le diamant, les rubis, l'émeraude enchaînés en colliers et en bracelets ; plus loin, des fleurs vraies ou fausses de toutes les nuances. L'œil est charmé, ébloui, fatigué quelquefois. Je ne connais pas d'écrivain qui ait, au même degré que M. Jules Janin, tous les trésors du style à sa disposition. // en abuse! les riches abusent

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toujours ! Qu'on est iieureiix de pouvoir abuser, au moins dans ce genre-là ! »

Louer sans aller jusqu'au compliment, conseiller ou blâmer sans atteindre l'auiour-propre, n'est-ce pas le triomphe de cette critique qui sait rester polie, tout en sauvant son indépendance, et offre aux esprits éveillés l'occasion d'exercer leur sagacité sur les sous-enlcndus et les rélicences? M. de Sacy pratique à merveille l'art de tout dire à demi-mol, de glisser sans appuyer, d'indiquer le trait important sans en exagérer le relief, de poser un doigl léger sur un point vulnérable, sans foire crier le patient . Soyez donc avertis : si vous voulez coimaitre toute sa pensée, ayez les yeux sur sa physionomie, qui accompagne, inlerpréte et achève sa paiole. Il ne vous sulfil pas d'entendre. Un sourire, un clignement de paupières est le commentaire du discours. Sa boniiomic, elle est réelle, mais elle n'est dupe de rien. Gare à l'ironie qui perce sous la bienveillance! Ajoutons cependant que celle arme n'est point à craindre dans ses mains. Il ne s'en sert ([u';i contre-cœur, à la dernièi'e extrémité, (juand la charité serait peine perdue. Ou plutôt, si (pielques épigrammes lui oui échappé dans ces deux volumes, ce fut l'eflet d'un premier mouvement; la lléche ne l'ut pas alliléc complaisammeid, et par amour de 1 art, dans le silence du cabinet, mais elle partit toute ^eulc, sans viser. Si elle atteignit une victime, Minerve conduisit

le trait, comme dans les temps héroïques. Le bon sens en est responsable, n'en accusez point une malignité réfléciiie et préméditée. Vous en aurez au besoin la preuve dans une élude bien incisive sur les Mélanges de M. Jouffroy. Ce jour-là, M. de Sacy avait évidemment les nerfs agacés par les philosophes. Il avait cru jusqu'alors à leurs promesses; il en attendait l'accomplissement; et, voyant que les résultats ne tenaient pas parole, que les préfaces s'ajoutaient aux préfaces, sans profit sensible pour les disciples, il perdit patience et se mit à faire tapage. Oui, cette fois, l'abeille a montré l'aiguillon. Mais que de légèreté dans son bourdonnement! que de finesse dans ces piqûres! D'ailleurs, n'oubliez pas la date: 1855. Elle explique un peu la mauvaise humeur du journaliste, qui, quatre ans auparavant, avait été beaucoup plus indulgent pour l'écleclisme. C'est que, dans l'intervalle, comme nous le dit une note pleine de bonne foi, une révolution était survenue; et ce coup de foudre avait singulièrement vieilli les hommes. « En toutes choses, l'enthousiasme avait cédé à l'expérience, pour ne pas dire au désenchantement de l'ùge mûr. » — Je ne hais point ces contradictions que l'on ne veut pas effacer, quand il suffirait pour cela d'un trait de plume. L'aveu en est d'un bon exemple et honore un livre.

Si M. de Sacy est quelquefois sévèi'e contre les ambitions de la libre pensée, les amis de la raison ne

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sauraient s'en attrister; car il a toujours défendu énergiquement ses droits, tout en lui donnant d'utiles conseils. N'est-il pas philosophe anssi lui, dans le sens le plus pratique de ce mot, si on en écarte toute idée de spéculation abstraite pour n'y voir que la curiosité d'un esprit observateur? Certaines pages de ce recueil me plaisent comme un essai de Montaigne, revu et tempéré par la douceur de Fpnelon et la gravité de Nicole. M. de Sacy n'est jamais plus à l'aise que dans les sujets qui se prêtent à une psychologie délicate. Il est bien regrettable que cette aptitude si marquée ne se soit produite que furlivement dans le cadre restreint du feuilleton littéraire : car il y a en lui un moraliste dont l'àme limpide se laisse pénétrer à fond par le regard de la réiloxion désintéressée. Pour voir aussi clair dans le cœur humain, il faut que l'oxpéricuce n'ait été aigrie par aucune amertume, ni faussée par aucun trouble. Cette lucidité ne se donne pas, elle se mérite, par la sévérité envers soi-même et l'indulgence sans faiblesse envers autrui. Ne serait-ce pas le signe d'une existence dont le bonheur ne fut pas l'œuvre du liasard, mais de la conduite, niais d'une sorte de sagesse acquise et devenue facile comme une habitude? « Ce n'est pas dans rusa{.'e, mais dans la fuite des passions que s'apprend la science de l'homme, » a dit quelque i)arl M. de Sacy. En le pratiquant de près, (111 trouve dans son livre la démonstration de

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cette vérité. Au lieu de se jeter dans la mêlée des passions, désintérêts, des vanités, des ôgoïsnnes, des ressentiments, il s'est tenu à distance de la lutlo, sur les hauteurs d'où on la domine. Aussi son intelligence de nos misères et de notre infirmité n'a-t-elle lien d'irrité ni de méprisant; elle est impartiale et compatissante. La peur du mal, l'aversion qu'il inspire à une conscience droite, la souffrance que fait éprouver même son voisinage, n'est-ce pas encore la plus sûre de tontes les lumières? Non, pour connaître une maladie, il n'est pas nécessaire de s'en inoculer le germe ; laissons ce paradoxe à une littérature de décadence, dont l'inspiration ressemble au délire de la fièvre, et préservons plutôt contre toutes les atteintes cette santé morale qui est la meilleure garantie d'une observation infaillible. Mais si vous avez réussi à valoir un peu mieux que les autres, n'en tirez point avantage contre eux. Imitez plutôt M. de Sacy, qui, lorsqu'il juge sévèrement ses semblables, ne sous-enfend jamais aucune exception en sa faveur, mais se confond très-sincèrement avec les moins privilégiés : « Ne verrait-on que soi-même, dit-il, on en aurait vu assez. Qui ne porte en soi le germe de toutes les passions, la racine de toutes les sottises et de tous les ridicules? Qui a vécu sans avoir, un jour ou l'autre, aperçu avec effroi, dans quelque coin reculé de son âme, la petite semence où, sans les sains vigilants, sans le cri de l'honneur

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éveillé par l'éducation, pourraient se développer tous les vices, grandir les instincis les plus criminels et la dépravation la plus honteuse? L'humilité chrétienne, si rare, et qui paraît si ridicule à ceux qui s'en font une idée fausse, n'est pas autre chose que cette connaissance de soi-même. Pour êlre humble, il n'est pas nécessaire, comme se l'imaginent quelques personnes, de se croire moins de mérite, moins de vertu, moins d'esprit que l'on en a ; il suffit de ne pas s'en accorder plus qu'on n'en possède. Kludiezvous donc, étudiez-vous à la pure lumière de cetle règle de justice et de vérité qui brille en nous, quand nous ne l'éteignons pas volontairement. Vous voulez connaître le sot, le fat, le menteur, je n'ose pas dire le perfide, le méchant ; je recule devant ma propre sincérité, j'ai peur qu'on ne me prenne au mot : alors, je ne vous défends pas d'étudier aussi les autres, mais à condition que, dans les autres, vous saurez que c'est votre propre image que vous contemplez, le fond de votre nature, et sinon ce que vous êtes, au moins ce que vous auriez pu être, ce que vous avez été plus d'une fois peut-être, dans le secret de vos pensées, dans le tumulte de vos désirs et le mouvement presque imperceptible de vos penchants. Pour mon compte, quand je voudrai peindre riioinmc en laid, je n'irai pas cherclier bien loin mon modèle. » Ajoutons seulement que, si M. de Sncy veut rcprésenler la nature humaine par ses

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instincts génêreiix, il les rencontre plus près encore. Du reste, aucun parti pris qui trahisse en lui Alcesle ou Pliilinte; il se contente d'avoir, sans roideur misanlhropique et sans compromis équivoques, riionnètelé de l'un et l'affabilité de l'autre. Ni optimiste, ce qui impatiente, ni pessimiste, ce qui décourage, il reproduit ce qu'il voit, non pas toutefois avec l'indifférence cruelle de l'anatomiste qui se réjouirait volontiers d'un vice bien caractérisé comme-d'un cas intéressant pour un scalpel adroit : mais il respecte l'humanité jusque dans ses imperfections. Il avoue que les moqueurs le rebutent, que le talent sans Ame l'irrite ou l'afflige. 11 lui faut encore quelques-unes de ces illusions qui consolent. Voilà pourquoi il ne se vante pas trop de ses relations intimes avec Montaigne, « et ne donnera jamais comme une marque de sagesse ce qui n'est qu'une preuve de bon goût. » Quant à La Rochefoucauld, il ne se l'impose que comme une pénitence : car ses fameuses Maximes lui sont antipathiques. « Je les hais, s'écrie-t-il, du fond de l'àme. A cet égard, je n'ai jamais varié; ce que je sentais il y a trente ans, je le sens encore aujourd'hui. Je les tiens pour un mauvais livre; j'éprouve en les lisant un malaise indéfinissable. Je sens qu'elles me rabaissent et qu'elles me flétrissenl. Je réclame pour l'homme, ou plutôt pour Dieu, qui a fait I homme, et qui n'a pas voulu sans doute être déshonoré par son ouvrage. » Aussi, comme il a hâte

170 PORTRAITS DIIIEP. ET D'AU JOU RDHUI.

de leur opposer un contre-poison ! Avec quel enchantement nerevienl-il pas à Sénèque, à Cicéron, à Epictète, à Marc-Auréle, a la République ou aux Lois de Platon, « ce délicieux ouvrage, tranquille et doux comme une belle soirée! » Parmi ces conseillers ou ces correcteurs, les plus austères lui plaisent le plus; car leur rigidité l'élève et le forlitie. Il est de ceux qui pensent que, pour être obéie, la loi doit se faire impérieuse, et que l'idéal inaccessible de la sainteté est une aide nécessaire à qui n'est capable que de la plus simple vertu. Mais laissons-le nous confier ces joies sérieuses : « Que de fois, par un beau jour de printemps ou d'automne, lorsque tout me souriait, la jeunesse, la santé, le présent et Pavenir, ai je relu dans mes promenades le Traité des Devoirs, le code le plus parfait de l'honnêteté, écrit dans un style aussi clair et aussi brillant que le ciel le j)tus pur ! Que de douces matinées m'ont fait passer les lettres à Lucilius, si spirituelles, si fortes, malgré l'exagération de certains passages, et beaucoup moins entachées qu'on ne le dit de faux briUant et de sopliismes! J'étais stoïcien avec Sénèque; j'aurais voulu être le parfait citoyen avec Cicéron, l'iiomme juste, généreux, aimable, n'usant de son éloquence que pour défendre les fail)leset soutenir l'Klat contre les l'aclicux. Une douce chaleur se répandait dans mon âme et me lendait meilleur en me faisant croire à la vertu, au désintéressement, à P héroïsme. »

Quelques-uns de ces vœux n'auraient-ils pas été réalisés par celui qui les exprime si bien?

Heureux les moralistes qui n'ont pas été assombris parleurs méditations I qui croient encore aux sublimes espérances, et conservent sous les cendres l'élincelie du feu sacré! Cette exception est ici d'autant plus précieuse, que M. de Sacy n'est pas plus disposé à se tromper lui-même qu'à tromper les autres. Il sait au juste ce que valent les apparences; il ne confond pas l'ombre et la réalité. Il cherche à voir au dehors et autour de lui, non ce qu'il désire, mais ce qui est. S'il ne calomnie pas son siècle, il l'aime trop aussi pour le flatter; et, au lieu de l'étourdir avec des phrases, il lui dit vivement ses défauts, sans en renier sa part. Lisez, par exemple, le chapitre, j'allais dire le petit sermon intitulé : la Réaction religieuse, et vous saurez combien le chemin du ciel s'est élargi de nos jours. « C'est une belle route sablée, arrosée, macadamisée, ouverte à toutes les passions et à tous les goûts qui ne blessent pas trop manifestement l'honnêteté naturelle. On y entre et on y chemine tranquillement avec armes et bagages, je veux dire avec l'amour du plaisir ou de la fortune dans le cœur, avec un soin et une recherche perpétuels de son bien-être ou des commodités de la vie. » Si encore sous cet épicurisme mondain se cachait autre chose que des caprices d'imagination ou des semblants de culte extérieur! « Mais non; ce

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qu'on appelle aujourd'hui un retour à la foi, a tout juste la même portée, le même sérieux que notre goût pour les vieux meubles et pour les bahuts du temps passé. On les polit, on les vernit, on s'en amuse, on ne s'en sert pas. On est catholique, de nos jours, à pou près comme on était républicain à Rome du temps de Pline le Jeune, qui ne se sentait pas de joie le jour où le sénat s'assembla, pendant trois séances, pour juger un proconsul pillard et prévaricateur. Il trouvait cela beau et antique : Pulchrum cl untuinuml Pour'nous, la réaction religieuse c'est tout, excepté la religion. Vous aimez le style gothique de nos vieilles cathédrales; leurs vitraux peints, leur jour sombre, leur pavé froid, l'air humide qu'on y respire, ces figures immobiles de saints dans leurs niches, font passer dans notre esprit je ne sais quelle sensation vague de recueillement et de respect. Il n'en faut pas davantage! Vous êtes bons catholiques; allez en paix! La religion, c'est un instrument pour les politiques, une lyre pour les poètes, un symbole pour les philosophes, une façon de vivre qui ne sied pas mal aux honnêtes gens, et qui accompagne bien la décence et la probité. » flomme ce portrait est joliment tracé! N'y aurait-il pas aussi profit à faii-e de mille autres réilexions dont l'application convient à bien des épo(|ues7 Mais ne nous laissons pas aller plus loii,i;l(Mn|)s nu |)l;iisii' de la citation. Il nous suffira d'indiijutMiprcn toutes les

questions qui peuvent diviser ou passionner les esprits, M. de Sacy rencontre le mot de l'honnête homme qui a le courage de la franchise, luit les extrêmes, et ne perd jamais l'équilibre de la modération. Que de bonnes vérités adressées directement et en face à tous ceux qui, n'admettant jamais qu'un principe, vont tout droit au fanatisme ou à l'absurdité, en métaphysique comme en matière politique ou religieuse! Quel soulèvement de cœur, quelle révolte éloquente contre les écrivains qui se sont fails chez nous les apologistes d'une époque néfaste, et sont allés « chercher le crime dans la boue et le sang pour le réhabiliter! » Ailleurs, des dissentiments passagers peuvent exister entre le livre et tel ou tel lecteur; mais ils ne sont jamais qu'à la surface; car au fond circule partout, comme une àme intérieure, un esprit de conciliation libérale, qui semble convier toutes les opinions loyales et patriotiques à ee rapprocher sur un terrain ami où les partis pacifiés peuvent se serrer la main et oublier leur désaccord momentané, pour travailler ensemble à la restauration des idées saines et des principes libéraux sur lesquels ils doivent s'entendre.

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