‹ Portraits d'hier et d'aujourd'huiChapitre 2 sur 20 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

vante, les traits de nature par lesquels se révèle la personne plutôt que le personnage !

De toutes les formes de la critique, celle qui nous tente le plus est l'analyse psychologique, qui note des impressions prises sur le fait, cause avec le lecteur, l'associe à ses jugements par des citations justificatives, pénètre peu à peu dans l'intimité d'un esprit, le laisse se définir par ses propres aveux, lui emprunte des couleurs pour le peindre, essaye en un mot d'allier la connaissance des caractères à la pi ofession des doctrines éprouvées par le temps.

Cette méthode, il est plus sûr de l'appliquer aux morts qu'aux vivants.

Les premiers, en effet, ont dit leur dernier mot, ou ne le diront jamais. A vous de savoir le lire ou le deviner.

Fixés dans l'attitude de l'éternelle immobilité, ils se prêtent à toutes les expériences, comme des pièces anatomiqucs. Yous pouvez enfoncer le scalpel jusqu'au cœur, sans qu'ils résistent^ sans qu'ils souffrent, sans qu'ils poussent un cri de douleur. Que votre main ne tremble donc pas en sondant leurs blessures. Vous ne leur devez que la vérité, tempérée toutefois par les égards dont il ne faut jamais s'affranchir, en face d'une destinée humaine, iirévucablement accomplie.

4 l'Iltl-ACE.

Mais les contemporains sont des modèles moins dociles et moins commodes : ou ils posent mal, ou ils posent tiop.

Les uns, par leurs allées et venues, par l'inquiétude de leur perpétuelle agitation, déconcertent et impatientent l'observateur. Leur vie n'est point un ouvrage délinitivement livré à la publicité, mais plutôt une épreuve, sur laquelle ils n'ont pas encore écrit: Bon à tirer. Laissons-les donc corriger, effacer, défaire ou refaire; et avant de les juger en dernier ressort, attendons la suite des chapitres renvoyés au prochain numéro.

D'autres, au contraire, sachant qu'on les regarde, veulent trop paraître à leur avantage. 11 est rtiéme tel amour- propre assez susceptible pour ne pas agréer IcMcens de la louange, s'il s'y mêle quelques parfums amers, ou si la dose n'est point administrée suivant les rites consacrés et le cérémonial du temple. Puisque des feuilles de roses auraient des plis douloureux pour ces sybarites, à plus forte raison faudrait-il un courage cruel pour les disséquer tout vifs.

Le silence sera-t-il donc le refuge de ceux qui répugnent également à la complaisance et au dénigrement'.' non. Entre ces deux écueils il y a la bonne toi, (jui concilie l.i franchise avec la politesse, la \cnlc, (tu ce ([lie l'on croit Ici, avec le respect de

l'HÉTACE. r>

nous-mêmes et des autres. Se conformer à la double loi des convenances et de l'équité ne nous paraît pas fort méritoire ; car c'est le premier devoir que la conscience impose au plus éminent comme au plus humble des critiques.

D'ailleurs il nous était facile d'obéir à ces principes, en un volume qui n'est plus une prise d'armes, comme celui que nous avons publié sur le Réalisme\

Au lendemain de cette petite campagne, où nous avons été soutenus par des encouragements dont nous gardons un souvenir plein de gratitude, il nous larrdait de rentrer au foyer pacifique des études qui sont à la fois un repos et un plaisir. Ici donc, la polémique n'est guère qu'im jeu d'escrime courtoise. Le plus souvent, nous avons été heureux de nous abandonner à nos sympathies; et alors, l'éloge n'était qu'une des formes de la reconnaissance, une dette de justice, une satisfaction personnelle.

Aussi, mettons nos essais sous le patronage des écrivains dont le commerce eut pour nous la do\iceur d'une amitié littéraire. Que leur nom protège le nôtre, et nous méuite aujourd'hui, avec les précieux conseils de nos juges, la bienveillance de nos lecteurs d'hier !

* Le Héalixtne et la Faritaisir. ISGl. Didier.

Page 1