IJOP.TP.AITS n IIIEP, ET r» AClOUnDHlI
sit et y consent après examen. Son franc parler avait même des audaces capables de contrister des cœurs fervents. N'osa-t il pas écrire ce blasphème : « Ceux à qui Racine suffit sont de pauvres âmes et de pauvres esprits. Ce sont des âmes et des esprits béjaunes et pensionnaires de couvent. » Ou bien encore : « Racine et Roileau ne sont pas des eaux de source. Un beau choix dans l'imitation fait leur mérite. Ce sont leurs livres qui imitent les livres, et non leurs âmes qui imitent les âmes. » Voilà presque de l'impertinence. Décidément, il y avait déjà du romantisme dans l'air, et l'orage menaçait. Mais quoique ces irrévérences ne prouvent point l'infaillibilité du juge, il est bon de les noter comme un symptôme, et on leur pardonnera parce que la sincérité est toujours louable jusque dans ses erreurs. Elles ont d'ailleurs l'avantage de provoquer la riposte. Or c'est par la tiédeur des orthodoxes et non par les hérésies des dissidents que les religions languissent et meurent. Ces coups de collier d'un insoumis paraîtront peutêtre bien timides aujourd'hui que les jougs littélaires sont devenus si légers; mais alors ils étaient des hardiesses que M. Joubeit devait dérober à ses amis, de peur de les scandaliser. Je croirais presque (|ne, dans le huis clos du cabinet, il se dédommageait ainsi par ces vivacités de plume des iinpnliiMices contenues auxquelles le condanuiaient autour de lui ceux qui ne cessaient d'appeler Arislide
M. .10 11 H Kl! T. toi
le Juste. 11 s'émancipait loiit à coup aux clôpens des demi dieux dont il approchait familièrement la statue, sans trop se soucier du piédestal. Fénelon est encore un de ceux qu'il s'est amusé à toiser d'un regard malin qui ne veut pas être dupe. 11 le l'ut peutêtre cependant, mais de ses propres subtilités. Citons, vous apprécierez : « Fénelon eut le fiel de la colombe, dont ses reproches les plus aigres imitaient les gémissements; et parce que Bossuet parlait plus haut, on le croyait plus emporté. L'un avait plus d'amis et pour ainsi parler plus d'adorateurs que l'autre, parce qu'il avait plus d'artifices. Il n'y a point d'ensorcellement sans art et sans habileté. L'esprit de Fénelon avait quelque chose de plus doux que la douceur môme, de plus patient que la patience. Un tour de voix toujours égal et une douce contenance toujours grave et polie ont l'air de la simplicité, mais n'en sont pas. Les plis, les replis et l'adresse qu'il mit dans ses discussions pénétrèrent dans sa conduite. Celle multiplicité d'explications, cette rapidité soit à se défendre tout haut, soit î\ attaquer sourdement, ces ruses innocentes, celte vigilante attention pour répondre, pour prévenir, et pour saisir les occasions, me rappellent malgré moi la simplicité du serpent tel qu'il était dans le premier âge du monde, lorsqu'il avait de la candeur, du bonheur et de l'innocence : simplicité insinuante, non insidieuse cependant, sans perfidie, mais non