‹ Portraits d'Ignotus [pseud.]Chapitre 10 sur 68 · MGR DUPANLOUP ( IM · texte numérisé non relu

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il rentre chez lui où quelque Tartuffe vivant le trompera grossièrement. Homme peu pratique, il ne reconnaît pas en ce Tartuffe le cadavre que lui-même avait disséqué tout à l'heure.

Quand je ferai le portrait de M. Yeuillot qui ne peut manquer à cette longue galerie, je serai sincère : Je n'ai jamais répondu aux attaques de Y Univers contre moi. Je vais droit devant moi comme un somnambule. Mais je confesse déjà que, si j'ai souffert à en crier, quand j'ai vu M. Yeuillot attaquer Berryer, — la lutte contre Mgr Dupanloup m'a singulièrement intéressé. Ce n'était pas la lutte de l'ange avec le Jacob, de Bonnat. Cependant l'évêque, plus que le journaliste, y ressembla à Fange. Tous les coups étaient artistement portés. On a vu là que l'esprit et ses armes parfois cruelles ne peuvent briser l'éloquence et ses armes superbes. Mgr Dupanloup a eu parfois le dessus, quoiqu'il ne sût pas s'effacer et ne connût pas les feintes. M. Veuillot a eu le dernier mot, parce que le concile l'a dit pour lui. On sait avec quelle grandeur d'àme et quelle magnificence de termes Mgr Dupanloup s'est incliné. Aujourd'hui le vaincu est vénéré à Rome comme un Père de l'Eglise. Je n'ai point ici à donner mon avis. D'autre part, je ne veux pas imiter ces perruquiers qui demandent à leur client, en le coiffant, sa doctrine religieuse; mais c'est un spectacle de haut goût que de voir ce prélat académicien écrire un livre soumis, dont chaque ligne condamne les tendances de son passé et ses premières amours de penseur chrétien.

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Cependant, il ne faut pas tomber dans une erreur commune; Mgr Dupanloup n'a jamais été un suivant de Lamennais. Son tempérament autoritaire lui a servi de préservatif. Il a été plutôt gallican que libéral catholique, alors que les autres étaient plus libéraux encore que gallicans. Dans mon portrait de M. Littré, j'ai parlé de la faute qu'à mon avis Mgr Dupanloup a commise; je n'y reviendrai pas. Aussi bien ce portrait en pied est-il achevé. Vous reconnaîtrez cet évèque sévère pour lui et ses prêtres. On a remarqué que ces grands évèques aiment la discipline,— comme des colonels. On sait qu'il fait jouer Sophocle par les élèves de son séminaire : — vous voyez. ce goût pour les personnages tragiques qui se continue en grec ! Puis, son âme continuera à s'élever de plus en plus haut et droit, comme le vol de l'alouette, cet oiseau mystérieux. Avec la tendresse de son cœur et l'àpreté de son esprit — facultés rares et plus rarement unies — il continuera à aimer et à défendre en politique le libéralisme modéré que nous aimons.

Celui qui est le plus éloquent évêque de la chrétienté moderne continuera à regretter les naïves ardeurs du moyen âge et à parler ou à écrire à un peuple qui n'écoute pas et ne lit pas. Désormais, il est le seul prêtre qui puisse parler au nom du Christ du haut de la tribune française. — Cette situation nouvelle nous promet à coup sûr un renouveau d'éclat et peut-être la note sublime qui, seule, manquait à sa grande parole politique !

L'autre jour, Mgr Dupanloup nous a écrit pour démentir un bruit dont nous nous étions fait l'écho, bruit qui lui avait attribué le patronage d'un nouveau journal. La lettre était digne. Cependant Mgr Dupanloup se trompait et trompait le lecteur. En effet, toutes les fois que douze écrivains catho-

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liques pieux se réuniront ailleurs qu'au numéro 10 de la rue des Saints-Pères, Mgr Dupanloup sera même à son insu, au milieu d'eux. De même, tant qu'il y aura des âmes qui lutteront contre la marée matérialiste — comme ces ombres dont la tête sortait au-dessus de la boue, et qui virent le Dante et Virgile — il y aura des gens qui salueront avec respect Mgr Dupanloup !

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