CHANGARNIER 1 2Q
ce qu'il n'avait pu faire pendant sa vie. Enfin le glorieux mort a vaincu. Toute la France conservatrice était représentée par ses chefs. Le temps était superbe. On eût dit vraiment que son soleil d'Afrique était venu là !
Le haut de l'esplanade, rempli de cuirasses et de sabres, avait ce reflet d'acier qu'aimait tant l'illustre général. Le maréchal de Mac-Mahon était là. Je me souviens que Tannée dernière, au château de Sully, près d'Autun, chez sa nièce, la marquise Karl de Mac-Mahon, le président de la République avait bu « A ce général qui a soutenu mes débuts dans la carrière militaire ». On n'a pas assez dit, en effet, que Mac-Mahon a été aide de camp de Ghargarnier. Les troupes ont défilé devant Chargarnier. C'était la première fois depuis les revues triomphales de i85o. C'était aussi la dernière fois.
La foule n'était pas grande. Mais on n'y voyait que des hauts chapeaux et pas de blouses. On a fait du moins à cet aristocrate libéral un enterrement aristocratique. Chargarnier, comme Guizot, était fier d'être impopulaire. Mais le parti conservateur aurait du envoyer là au moins autant de suivants que la Révolution le fait aux obsèques d'un radical. C'est notre âpre devoir d'écrivain de constater le dernier insuccès populaire de ce fier soldat, qui aima l'ordre, la liberté et le pays. Parfois j'ai entendu des Français qui se moquaient de ses larmes et de nos larmes sur Metz. — Petites gens qui n'ont pas reçu la blessure commune, parce que, dans les douleurs nationales, Dieu ne frappe les cœurs qu'à hauteur d'homme !