‹ Portraits d'Ignotus [pseud.]Chapitre 23 sur 68 · L EMPEREUR FRANÇOIS- JOSEPH IDÔ · texte numérisé non relu

L EMPEREUR FRANÇOIS- JOSEPH IDÔ

Que si l'on regarde de haut l'histoire d'hier, on voit que ce service rendu à la maison de Hapsbourg est une des plus grandes causes occasionnelles. La Russie appela « ingrate » l'Autriche qui était restée neutre pendant la guerre de Sébastopol. Le prince Gortschakoff disait, il y a six mois, à un homme d'Etat belge : « Nous avons enfin oublié l'ingratitude de l'Autriche ». Et Sadowa fut, qui engendra Sedan! Cependant François-Joseph n'avait pas été aussi ingrat qu'on le dit. S'il avait pris parti contre la Russie, il empêchait l'unité italienne de se produire et confisquait à son profit l'unité allemande. Mais c'en était dit et fait. — ■ Son manteau d'empereur devait être déchiré par tous les événements, comme par une meute ! François-Joseph devait avoir cette étrange destinée de rappeler aujourd'hui les derniers souvenirs de gloire militaire à un grand peuple frappé par Dieu — la France; et d'être dépouillé par une nation qu'il a toujours vaincue quand elle a été seule contre lui — l'Italie !

Et pourtant, en cette année de 1S54, le jeune empereur eut ri devant qui lui eût prédit l'avenir. Il était en cette lune de miel où l'homme nierait même le tonnerre. Il avait épousé la femme qu'il aimait ardemment. Aussi cette princesse de Bavière était-elle la plus belle créature dans les yeux de qui Dieu pût contempler son œuvre. Jamais cheveux, d'un châtain sombre, plus beaux, plus longs et plus vivants n'avaient entouré plus lumineux visage de femme. Elle avait le regard noir et l'œil profond de toutes les princesses de Bavière, qu'ont illustrées leur beauté et leur énergie. C'est la sœur aînée de la reine de Naples, l'héroïne de Gaète ; c'est aussi la

sœur d'une Française, belle-fille du duc de Nemours, la duchesse d'Alençon. Enfin, c'est l'impératrice d'Autriche, qui, l'autre an, a passé cinq jours dans notre Paris républicain. Un soir, dans un bal aux eaux d'Ischl, alors qu'on parlait de ses fiançailles avec une autre princesse en Bavière, l'empereur choisit tout à coup pour la première valse la princesse Elisabeth. Tout le monde comprit aussitôt le secret de son cœur. Une valse avait fait une impératrice d'Autriche ! Comme c'est allemand !

Aime donc, ô roi, tant que Dieu t'en donne le temps ! Mais hâte-toi ! Voici deux importuns qui approchent à l'horizon. Un est plus près *, et l'autre est plus loin. Un a des lunettes et l'autre a une grosse moustache noire. — On dit qu'ils s'appellent M. de Cavour et M. de Bismarck !

Alors commencèrent les quiproquos tragiques. Nous forgeâmes inconscients le fer qui devait déchirer le flanc de la patrie. Nous fîmes contre François- Joseph l'unité de l'Italie, mère de l'unité allemande. Qu'importe! notre œuvre fut honnête. Si la probité politique apportait toujours avec elle le succès, elle ne serait plus une vertu de haut goût qui plaît aux tiers, mais un expédient qui serait accaparé par les habiles. Voici Magenta — dont il ne nous reste qu'un grand nom : le duc de Magenta. Voici Solférino.

C'est après la bataille. Au loin les régiments autrichiens disparaissent comme des fantômes blancs. François-Joseph, accompagné d'une nombreuse escorte, quitte \\u petit galop du cheval le champ de bataille. In sous-officier d'artillerie français fait tirer sur ce groupe d'hommes. On dit que J'empereur

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