L EMPEREUR FRANÇOIS-JOSEPH I JO
s'arrêta et mit son cheval au pas. Celui qui bientôt devait recevoir les coups de la Fortune, avec autant d'impassibilité que la statue d'empereur, qui est devant le palais de Vienne, reçoit la pluie et la grêle, — François-Joseph fut comme affolé par les premières atteintes du sort ! On croit qu'à ce moment il voulut laisser à la mort le temps de venir. Elle ne vint pas. Ne meurt pas qui veut ! L'empereur d'Autriche était destiné à une longue et grande vie. Il quittait la gloire éclatante pour entrer dans la gloire sombre. Sadowa était écrit. Cependant il eut une joie. Après la guerre, Venise lui restait. Il croyait que Venise était un des plus beaux bijoux de sa couronne. Oui, certes. Mais bijou charmant et néfaste — comme une opale !
Il fait malgré lui la guerre avec la Prusse ; puis, contre la Prusse. Quelqu'un d'irrésistible semble le pousser au milieu de fantômes qui demandent sa tète — l'unité italienne — l'unité allemande — le Slavisme, etc. C'est à peine s'il peut, de temps en temps, se retenir à certains hommes ou à certaines choses — comme quelqu'un qui marche sur le pont d'un navire ballotté.
Cependant, parfois, il partage l'illusion de son peuple. C'est du haut d'un grand rêve national qu'il est tombé à Sadowa ! Mais tout est inutile — même ses victoires, Custozza et Lissa. Cependant le peuple de Vienne donne au monde et à l'histoire un grand spectacle en accueillant avec respect son empereur vaincu. Ces terribles alternatives de fortune ont donné à la politique extérieure de François-Joseph un manque de fixité. Dans la politique intérieure il a souvent changé de côté, comme un malade sur son
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lit. — Mais son œuvre de réformateur libéral a été à chaque moment interrompue par les rappels du tambour. Cela ne m'étonne pas qu'il soit toujours en uniforme! Cependant la tempête de 1870 passa au-dessus de sa tête; et il en fut lui-même surpris. Mais après la paix, le nuage semblait venir sur lui. Cette fois, l'orage le trouva préparé. On n'a pas assez dit la profonde habileté qu'il a montrée. Peu à peu cet homme apprit à lire dans la clarté des éclairs. — L'année dernière il a été de la fameuse réunion des trois empereurs. Je me souviens d'en avoir vu trois autres dans les jardins de Versailles, à l'époque de la dernière exposition universelle. Ils se donnaient la main. Le temps était superbe. La nature riait — il y avait de quoi, si elle savait l'avenir !
Aujourd'hui, François-Joseph a l'œuvre d'un vieux roi et la phvsionomie d'un homme jeune. Son front a grandi en se dépouillant. La nuance devenue légèrement cendrée de ses longs favoris adoucit le teint de la figure. La moustache est épaisse, mais ne cache pas la bouche. Le menton nu se détache avec un ton mat. On dirait 'que ses yeux se sont enfoncés. Plus que jamais une gaze semble être devant le regard. Le masque est d'un rêveur. Quand 1 empereur écoute, souvent il effile, de la main droite, l'extrémité des moustaches, — de même que Napoléon III la tordait. La note dominante de l'attitude de François-Joseph me semble être un très-grand air de simplicité. Il n'a pas les six chevaux blancs de l'empereur Ferdinand, son prédécesseur. Souvent, à cinq heures de l'après-midi, il sort en voiture, accompagné par un aide de camp, ou monte à cheval au