‹ Portraits d'Ignotus [pseud.]Chapitre 25 sur 68 · L'EMPEREUR FRANÇOIS-JOSEPH IO · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR FRANÇOIS-JOSEPH IO

Pratcr. L'impératrice, qui conduit elle-même ses poneys, n'a pas plus d'escorte que François-Joseph. D'ordinaire, il se couche de bonne heure, après le thé. Il se lève à six heures. A neuf heures, il travaille avec ses ministres. On trouve chez l'empereur ce que j'ai trouvé dans la chambre à coucher de la plupart des rois et des princes dont j'ai fait le portrait — un modeste lit de camp. Gomme tout roi, François-Joseph est chasseur. Il préfère la chasse du coq de bois qui se fait de très-bon matin. Il possède la plus belle collection de fusils de chasse. L'autre mois, il avait dans son cabinet de travail un modèle en carton d'un hôpital et un modèle en acier d'un canon. Sur la cheminée et sur la grande table carrée, — des portraits de tout âge de ses enfants, ses deux filles et son fils : l'archiduchesse Giselle, mariée à un prince de Bavière ; une jolie petite archiduchesse de neuf ans, la princesse Marie-Valérie — et un prince héritier de dix-huit ans qui a, avec une expression peut-être plus douce, les yeux de sa mère. L'Empereur, qui porte tous les costumes militaires de son empire comme il en parle toutes les langues, reproche à l'archiduc Rodolphe, l'héritier du trône, de trop aimer le costume bourgeois. — Je crains que l'âpre destinée de sa maison ne guérisse trop tôt de ce défaut le jeune héritier des Césars !

Les notes dominantes du 'caractère de François- Joseph sont la bonté, la modération et le sentiment de mesure. Jamais roi constitutionnel n'a montré plus de probité politique dans ses rapports avec la nation. S'il n'a pas les qualités ou les défauts qui séduisent nos races latines, son peuple aime en lui la royauté, le roi et l'homme. Alors que d'autres repré-

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sentent la royauté triomphante ou foudroyée, François-Joseph, qui sait et travaille beaucoup, représente avec une majestueuse mélancolie la royauté militante. Il n'est pas descendu dans le malheur; il y est monté. — Voici qu'on dirait une accalmie dans sa vie. Il n'a pas terrassé la Destinée, il l'a lassée par sa persévérance et son courage. Le roi qui représentait l'ancienne société immobile, représente aujourd'hui la nouvelle société monarchique libérale. Son œuvre est un pont jeté sur le gouffre qui sépare les deux siècles. — Cela explique peut-être pourquoi elle est pleine des frissons de l'abîme !

Que Dieu garde François-Joseph ! Car ses infortunes passées sont sœurs des nôtres. Personne plus que la France ne serait heureux de voir ce front auguste et doux — illuminé enfin par le soleil et non plus par les éclairs.

Le peuple viennois racontait qu'avant Sadowa, on ivait vu errer dans le vieux palais impérial les pâles figures tragiques de notre duc de Reichstadt et de l'empereur Maximilien. Voici qu'on dit qu'on y a vu errer tout à l'heure la grande Marie-Thérèse. Et le peuple voit là un prestige certain de gloire. Cet entêtement naïf dans l'espoir, d'un peuple si éprouvé, est singulièrement émouvant. Je fais des souhaits pour lui, sans partager sa confiance. Cependant, ce jeune doyen des rois n'a sur sa vie que l'ombre faite par le bras de Dieu. Pur, il est digne du choix divin, et, dans le dix-neuvième siècle, l'imprévu s'est seul accompli. — On se demande aujourd'hui si cet empereur n'était pas un instrument que Dieu façonnait !

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