‹ Portraits d'Ignotus [pseud.]Chapitre 30 sur 68 · M. DUFAURE · texte numérisé non relu

M. DUFAURE

Le succès de M. Dufaure provient de la vérité de cet adage : « La France est centre gauche ». En effet, la France penche toujours, si ce n'est verse, du côté de l'opposition révolutionnaire tempérée. Gela explique suffisamment les différentes stations que M. Dufaure a faites au pouvoir. La marche de notre pays semble décrire un cercle et imiter le dessin que fait le serpent qui se mord la queue ; puisque dans l'espace de trente et quelques années nous rencontrons cinq fois sur notre chemin le même homme qui n'a pas bougé de place.

M. Dufaure n'est pas quelqu'un, comme M. de Broglie ; — il est quelque chose comme le tempérament d'un peuple. Il est l'esprit frondeur sous une forme austère; la Révolution honnête et modérée; la critique de l'autorité plutôt que sa négation. Voilà pourquoi M. Dufaure est toujours à la veille ou de prendre ou de quitter le pouvoir.

Son heure vient quand tout est embrouillé et confus; quand l'esprit public n'y voit plus. Ce n'est pas un homme d'État nocturne, mais de pénombre. — Il ne paraît qu'avant ou après le jour.

Cela nous dit assez comment il a eu ce rare privilège de n'avoir la responsabilité d'aucun de nos malheurs. Quand le pays tombe, M. Dufaure n'est plus là ; quand il se relève, M. Dufaure n'est pas encore là.

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