‹ Portraits d'Ignotus [pseud.]Chapitre 33 sur 68 · M. DUFAURE I 8 I · texte numérisé non relu

M. DUFAURE I 8 I

dre le fil... Or, les majorités se complètent surtout avec ceux-là !

D'autre part, s'il ne va jamais dans les nuages, il ne se plaît pas assez sur les sommets. Assurément il ne pourrait pas lutter contre un de ces orateurs de grande race, comme il en surgit à l'horizon, trois ou quatre par siècle. Mais aujourd'hui il n'y en a pas ! J'estime même qu'un orateur passionné, personnel, véhément, peut lutter avec avantage contre lui. Mais ces orateurs-là se méfient de l'écorce rude de M. Dufaure : ils tournent autour de son argumentation, comme les chiens autour d'une tortue qui s1est repliée sous sa carapace. Enfin, M. Dufaure ne s'aventure jamais dans certaines questions nettes, élevées, ardentes ; et, s'il réussit souvent à la tribune, c'est que là, comme au palais, il sait choisir ses causes.

Nonobstant, M. Dufaure excite autour de lui plus de respect que d'enthousiasme. Il est, dit-on, le plus salué par ses collègues. Cependant il a peu de clients. Pourtant il n'a jamais trahi quelqu'un ou quelque chose. — C'est peut-être parce qu'il ne s'est jamais donné ! Le duc de Broglie est moins salué, mais plus entouré; plus haï, mais plus aimé.

Cette personnalité, pleine de finesse et de sangfroid, est une de celles qui étonnent le plus les étrangers. Ils ne comprennent pas ces influences intermittentes d'un homme mesuré ôt modéré, sur un peuple sans mesure et sans frein. J'ai essayé de les expliquer et je dis que deux côtés de ce caractère me séduisent: — M. Dufaure est mystérieux et il n'est pas démocrate. — A coup sur, il ne croit pas, malgré le suffrage universel, que M. Marcou soit son égal.

Aucuns disent aujourd'hui qu'il va être principal

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ministre. Cela ne rétonnerait pas de retrouver ou de quitter le pouvoir, mais bien d'y rester. Je sais que selon l'habitude de M. Dufaure, son arrivée au pouvoir annoncerait le prochain avènement d'un système gouvernemental opposé au sien. - — Mais quel est le sien ? Je voudrais bien le savoir !

Jamais époque plus troublée ne produisit homme plus calme. Au milieu du bal masqué contemporain auquel ont pris part tous les partis politiques, un homme d'une taille moyenne s'est promené, vêtu d'un long mac-farlane sombre. Sa figure ronde, d'une pâleur mate, mais un peu rougeaude aux fossettes des joues, est éclairée par des yeux d'un noir vif. Son regard est un peu inquiet. Ses cheveux sont d'un blanc d'argent. Il avait un air doux et grave. Parfois, il s'est arrêté devant nos groupes. Il a parlé avec la voix d'un véritable orateur. Puis, sur un calepin, il a inscrit le nombre des violons, des becs de gaz, etc. Il a payé les soupers. Quand le mercredi des Gendres.est venu, le même homme, comptable acharné, a été le payeur du dernier quart d'heure de Rabelais. — Sa passion de tout dénombrer était telle qu'il voulait compter les cendres ! Philosophe placide et caissier imperturbable, il a tenu la bourse où la fatalité implacable puisait à pleines mains. — Cet homme est « Monsieur Magne », comme on disait « Monsieur Guizot ».

M. Magne n'a jamais beaucoup ri-, mais il n'a jamais beaucoup pleuré. Il a compté notre marche, avec l'impassibilité d'un podomètre. Venu de rien, il est

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arrivé à tout. On ne le voit ni monter ni descendre. De temps en temps, il apparaît au sommet et il disparaît. Il a cela de rare, qu'il a su beaucoup parler sans se confesser. Il mourra sans qu'on connaisse tout le secret de sa pensée politique. Homme de sangfroid, il n'a pas été trahi par la passion. Rien ne l'a grisé. Voilà pourquoi on ne sait rien de son âme. — Il marche dans la vie avec cette raideur circonspecte d'un homme qui porterait sur la tête un plateau de figurines en plâtre !

M. Magne, est, d'autre part, un comptable derrière un guichet. Rarement la foule Ta vu dans la rue. C'est un esprit modéré que toute violence trouble. Il avait l'habitude de dire à ses secrétaires : « Souvenezvous que le vent modéré fait moudre le blé et que le vent violent renverse le moulin ».

Cinq fois pendant sa vie, le vent a fait ouvrir violemment les fenêtres de son cabinet de travail, et a dispersé dans la place ses papiers. Cinq fois il a repris son travail financier au point où il l'avait laissé. D'autres cherchent Dieu ; ceux-ci cherchent la femme -, — M. Magne cherche l'équilibre du budget.

En fait, c'est un caissier. Il n'a pas même une serrure à secret pour ouvrir sa caisse. Son système est aussi banal que celui d'un père de famille. Il consiste à dépenser moins et à recevoir plus. La force de M. Magne est dans cette simplicité. Cependant, la nécessité des choses et comme une ironique fatalité, ont fait signer par M. Magne les plus grandes dépenses et les plus grands emprunts de ce temps. Mais plein de l'àpre passion du travail et de l'esprit patriotique le ministre est resté à son poste. Il a fourni à l'empire et aux gouvernements subséquents les meilleurs

moyens de rompre cet équilibre budgétaire dont il rêve.

Il ressemble étonnamment à cet Américain qui, en juin 1848, prenant un fusil des mains d'un insurgé, tua un garde national de Tordre et dit au Gavroche en lui remettant le fusil : « Voilà comment cela se fait ! mais ce n'est pas mon opinion ! »

A vingt ans, M. Magne étonnait par sa maturité, comme il étonne aujourd'hui par sa jeunesse. Il a fait des logarithmes à l'âge où Ton fait des vers ! A l'âge où l'on se marie il était déjà rapporteur du budget. Jamais matière ne fut plus impressionnable à l'œil nu que ce budget. Selon qu'on le regarde, on lui trouve des millions de plus ou de moins. Le budget a été le champ de bataille glorieux de M. Magne. Sa personnalité a grandi avec la dette publique qu'il voulait amoindrir. L'humble expéditionnaire de la préfecture de Périgueux est devenu un des membres du conseil privé, c'est-à-dire est monté au point extrême que pouvait alors atteindre un homme, sans couronne. De même que sous tout gouvernement 4X4 font 16, de même M. Magne conserva absolument son identité sous tout gouvernement. Il a pu servir des gouvernements différents sans en trahir aucun. Cependant son œuvre principale appartient à la période impériale.

Malgré son impassibilité voulue, M. Magne a conservé dans le regard je ne sais quoi d'inquiet. Petit et pauvre, il avait dû se garer de tous et de tout. Grand et puissant, il conserve la prudence du cheval qui marche dans un chemin plein d'eau.

D'autre part, quand il passe devant vous, il vous regarde de côté sans détourner la tête, comme le fait

la femme honnête. Enfin, détail qui fait ressortir le caractère d'un homme comme à l'emporte-pièce : M. Magne, qui est certes une des plus grandes expériences financières du monde, craint les critiques des imbéciles ; — comme les chevaux, même de grande race, ont peur des ânes !

M. Magne est un très-remarquable orateur. Sa parole limpide; sa voix blanche; sa phrase nette; son argumentation lumineuse; son désir manifeste de convaincre plutôt que d'émouvoir, de séduire plutôt que d'étonner — attirent aussitôt l'attention de l'auditoire. M. Magne se met habilement avec son auditoire au même degré de chaleur. Sa parole est dans la tonalité des vibrations ambiantes. Cela explique pourquoi le lecteur ne partage point certaines émotions ressenties par l'auditeur. Cependant il me semble qu'une couleur trop uniformément grise couvre le discours écrit. M. Magne n'est pas un coloriste. Mais de temps en temps, un très-grand effet sort en relief, qui est produit par une opposition d'ombre et de lumière. M. Magne est de l'école oratoire de M. Thiers; mais il a dû prendre aussi quelques leçons des grands orateurs d'autrefois.

On peut reprocher à M. Magne d'avoir été, quand il est sorti du budget, plutôt un avocat qu'un homme d'Etat. Mais il n'avait pas choisi son rôle. Quoique d'esprit très-libéral, ainsi qu'il l'a prouvé en 1N70 et en 1872, M. Magne a été surtout un fonctionnaire plutôt qu'un homme d'Etat. Quand notre époque passera devant les assises de l'avenir, l'histoire — ce juge d'instruction — aura quelque difficulté à trou-

ver des événements qui portent l'empreinte personnelle de M. Magne. Il a été moins le complice que l'instrument du système impérial qui consistait à escompter l'avenir pour les besoins du présent. Système qui, vous le savez, a été le père de M. Haussmann, lequel engendra Paris. Plus tard, sous le gouvernement actuel, il est entré au ministère des finances avec des allures de syndic d'une faillite. Là, il a été insensible à tous les courants de l'opinion publique, — comme l'est aux courants d'air le génie nu de la colonne de Juillet. On a, un jour, rendu M. Magne responsable de certaines lois économiques de l'Empire, entr'autres de la loi des coalitions et des associations ouvrières. On a dit « ces lois ont préparé la Commune et M. Magne en est reponsable ». Cela est une erreur. En tous cas, il y aurait exagération dans la déduction. — On ressemble ici à ceux qui accuseraient la Régie d'avoir incendié une maison, parce que l'incendiaire s'est servi d'allumettes de la Régie !

M. Magne a toujours réparé des situations qu'il n'avait point faites. Sa passion fut l'ordre. Il a voulu que tout fût ordonné dans le gouvernement comme dans sa vie. Il a su d'une façon merveilleuse l'art de vivre. Seul, Montaigne l'a égalé. Aussi bien a-t-il toute la philosophie de Montaigne, comme il en a le château, à Bergerac. On connaît assez Montaigne pour savoir que, là-haut, — il doit être content de voir dans ses souliers un homme qui lui ressemble autant. L'admiration de M. Magne pour Montaigne est absolue. Il a tout conservé, là-bas, du grand penseur. On dirait que Montaigne vient de sortir du cabinet de M. Magne et va y rentrer!

M. Magne a de Montaigne la sérénité et l'habitude du gnothi-seauton. Cependant, il a en moins l'esprit

de curiosité. Il se préoccupe peu « du sens des mouvements de son chat ». Il est plus utilitaire, mais il est autant voluptueux. Le travail est sa volupté. Sur la table de son cabinet, on voit rangés avec symétrie son canif, sa plume, son grattoir, son couteau à papier, etc. 11 a pu lui-même être changé de place, mais ces objets sont toujours restés là. Il les range sans cesse. Comme Balzac, il se sert de chandelles et non de bougies. Quand il travaille, il les mouche méthodiquement et lentement, comme pour prendre un repos.

En 1870, pendant la guerre, il travaillait le budget comme si le feu n'était pas au pays. Vous rappelezvous ce pêcheur à la ligne qu'on vit, auprès du viaduc d'Arcueil, en plein bombardement de 1871 ? Accaparement de l'homme par l'idée fixe! — Il serait intéressant de savoir si cet homme étonnant a trouvé des poissons encore plus étonnants que lui, qui, par ce tapage infernal, ont osé mordre à l'hameçon!

Il est resté prophète dans son village. Le pays périgourdin est le fief de M. Magne. Il a servi l'Empire. Il l'a aimé. Il a porté son deuil. On a reproché à M. Magne son népotisme. En tous cas, cela vaut mieux de donner des places aux mâles de sa famille — que de les égorger comme jadis, en Turquie. Son fils a donné dernièrement sa démission de receveur général. Aujourd'hui les Périgourdins sont fort heureux. Leur passion a toujours été de faire chez eux des grands hommes. M. Magne est bien leur affaire. Périgueux est la ville de France qui a le plus de statues sur ses promenades. C'est l'ancienne Athènes.

II y a là Fénelon, Montaigne, Bugeaud. Daumesnil, etc., etc. On a déjà songé à la statue de M. Magne. Dès qu'il mourra, les Périgourdins commanderont du même coup son cercueil et sa statue.

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Et il méritera cette statue comme tous ceux qui auront servi plus le pays que les partis. La patrie, avant tout. — Voilà la vérité que nous commençons à entrevoir et que nos fils sauront regarder en face. — Car les fils voient quelquefois mieux que les pèressurtout les fils d'aveugles !

Il y a différentes sortes de statues : Les statues qu'un peuple a oublié d'élever : Les statues qu'un peuple oublie de renverser. Dieu me garde de parler de ces dernières. Parmi les autres, il y a la statue du duc de Richelieu. Je parle du Richelieu quasi obscur de i S 1 5. Ministre des affaires étrangères de la Restauration, il se dévoua jusqu'à mettre son grand nom de Richelieu au bas de ce traité où la France abaissait la tète. Il se déclara solidaire d'un gouvernement tombé, après l'avoir attaqué debout. De même MM. Thiers, de Broglie et Decazes eurent le courage d'accepter sans bénéfice d'inventaire la succession de M. Jules Favre. Le ministre des affaires étrangères a une importance sans égale en deux cas : — quand son gouvernement fait la loi en Europe ; — quand il la subit. — Quand il effraie par sa puissance \ — ou par son infortune. Une virgule oubliée dans une circulaire peut mettre le feu à l'Europe. Car selon chacun des deux cas, le ministre est trop fort ou trop faible pour daigner ou pouvoir réparer son oubli. M. Disraeli disait, en 1875, à un diplomate italien de mes amis : « Il y a désormais en Europe deux grandes nations dangereuses : la Prusse parce qu'elle est trop haut ; la France, parce qu'elle est trop bas. »

En diplomatie, quand on est fort, il faut l'être comme un chat. — Quand on est faible, il faut l'être comme un lion malade. Là, il est bon d'être prudent; ici, il est nécessaire d'être digne. Nul n'a su ces vérités mieux que le duc Decazes. Parfois il a compris, comme le sanglier, qu'il y a des circonstances où se sauver, c'est la mort; où faire tête, c'est la vie. Il a su résister à des demandes léonines comme si les soldats de France qui sont sous le gazon paradaient encore au Champ-de-Mars. Parfois le duc a reculé, mais il Ta fait, ce me semble, avec la dignité qui convient au représentant d'un formidable vaincu.

Je ne veux voir ici dans le duc que le diplomate et non l'homme politique. Je dis déjà qu'il est aussi habile et plus fin que M. Thiers. C'est le plus sérieux compliment qu'on puisse faire d'un ministre des affaires étrangères. En effet, M. Thiers est aussi bon à l'extérieur qu'il a voulu être médiocre à l'intérieur. Il ressemble à ces maris qui sont maussades à la maison et charmants au dehors. Le duc Decazes a su encore mieux que M. Thiers ce langage spécial de la diplomatie où parfois on dit, comme le docteur Marphurius : « Il semble que je suis venu » au lieu de : « je suis venu ». x

On a reproché au duc son peu d'ampleur à la tribune. Mais ici l'éloquence est vaine. Elle coûterait trop cher au pays en se trompant de date. M. Decazes est un causeur de l'école oratoire de M. Thiers. Il a moins de brio que son maître, mais il a plus d'élégance. Il est aussi clair, — il est correct davantage. Cette parole pleine de nuances a été applaudie, l'autre jour. Cependant la situation extérieure de la France retombe d'un côté quand on la relève de l'autre,

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comme un paysan ivre à cheval. Mais la foule oublie facilement hier. Le patriotisme mal compris est une source intarissable d'inspirations passionnées. C'est un levier qui soulève contre le sang-froid obligatoire des gouvernements les majorités des assemblées. M. Decazes interpellé doit satisfaire aux nécessités parlementaires qui l'obligent à parler, en même temps qu'aux nécessités générales qui l'obligent à se taire. Il ne peut avouer ni nos faiblesses, ni nos forces; ni les secrets de l'Europe, ni ceux de la France. C'est son génie de cacher sous l'aisance de la forme les difficultés de la question. Il ne peut convaincre que les patriotes convaincus d'avance. Mais il doit satisfaire les curiosités patriotiques dans une mesure qui ne déplaise point à l'Europe, laquelle écoute dans la loge qu'on sait. — Voilà le portrait d'un bon ministre des affaires étrangères d'aujourd'hui. Il ressemble étonnamment à celui du duc Decazes.

Nul plus que le duc Decazes n'a été à la hauteur ou à la profondeur de la situation. — L'autre jour, il a parlé pendant deux heures, sans que la fierté pas plus que la prudence du pays puissent lui reprocher un seul mot. Vous avez remarqué que, tous les trois mois, l'Europe s'arrête devant une question diplomatique sans savoir ce qu'il en sortira. — De même, sous l'arrêt d'un épagneul, on ne sait s'il sortira d'un buisson une perdrix ou une vipère. Le duc Decazes a déjà battu bien de ces buissons-là. La diplomatie tue ou sauve les empires. L Empire n'est pas tombé sous son système politique. Non. Il est tombé sous une faute diplomatique d'après Sadowa. — Le 4 septembre est de l'année 1 866.

Le système du duc Decazes consiste à faire relever lentement la France. Vous souvenez-vous de Rachel, courbée tout à coup par la fantaisie du poëte ? comme elle se relevait lentement devant la rampe! Le danger est divisible. Le danger de l'intérieur regarde le Maréchal de Mac-Mahon. Le duc Decazes ne doit se préoccuper que du danger extérieur. Il est engagé pour jouer seulement son rôle de secrétaire d'État au ministère des affaires étrangères, devant un parterre de rois. Personne ne connaît mieux que lui ce terrain brûlant et mouvant, comme un versant du Vésuve, où la France ne doit pas se hâter, aujourd'hui. Elle doit y attendre demain. Demain, elle devra y attendre après-demain. Que si on interpelle le duc en lui disant : « Ministre des affaires étrangères, que fait la France sous votre gouvernement ? » — le duc doit répondre « elle vit ». — Et c'est assez ; car, aujourd'hui, c'est tout.

Le duc Decazes est de taille moyenne. D'ordinaire, les ministres n'ont pas une très-grande valeur quand ils ont une très-grande taille. Pitt fut une exception. Il eut du génie, quoiqu'il eut le cœur loin des extrémités. Le duc n'a point la beauté de son père, mais il a ses deux grands yeux d'un bleu vif. Son regard tombe sur vous avec une pénétrante intensité de lumière. — On dirait d'un homme qui dirigerait sur vous le feu de deux petites lanternes. De temps en temps le duc cache leur lumière sous un binocle. Sa bouche droite, fine, serrée, un peu sèche, indique le diplomate : son sourire dit le diplomate français. Mais c'est un sourire qui vient quand il faut, et s'en va de même. Ce n'est point le sourire du duc de Broglie, qui parfois reste sur les lèvres, comme s'il y

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avait été oublié! Ses sourcils sont épais et donnent une apparence profonde au regard. Son teint est d'une pâleur mate. Ses favoris sont gris. Le haut du crâne est nu comme un œuf d'autruche. De loin, le duc ressemble à quelques-uns, — - de près à personne ! Il a couvert cet ensemble plastique de ce vernis particulier à l'homme du monde qui enlève un peu de relief par son uniformité. Quand le duc le veut, il éteint à demi ses yeux, et met sur ses lèvres son sourire numéro un. Alors il m'a fait songer au mot de Cavour à ses élèves, MM. le commandeur Nigra et Visconti-Venosta : « Mes enfants, c'est en parlant aux femmes qu'on apprend à parler aux gouvernements ».

Le duc Decazes a longtemps porté le titre de duc de Glucksberg. Ce titre, — détail quasi inconnu, — avait été donné à son père par le roi de Danemark, quand le duc, premier du nom, épousa Mlle de Saint- Aulaire, parente par sa mère de la famille royale danoise. Ce titre appartient désormais au fils aîné de la maison Decazes. Sur le quai d'Orsay, il y a encore aujourd'hui un petit duc de Glucksberg. En 1848, le jeune diplomate, âgé de vingt-huit ans, était déjà commandeur de la Légion d'honneur et venait d'être nommé ministre plénipotentiaire à Lisbonne. Tous les Decazes sont diplomates, comme tous les Broglie sont hommes d'Etat et tous les Loyal sont écuyers du Cirque. Or, le ministre de la République de 1870 donna, en 1848, sa démission, pour ne pas servir la République que plus tard il devait gouverner! — C'est assez drôle pour qu'on en parle en passant. Le duc de Glucksberg et le prince de Broglie étaient les secrétaires de M. Bresson pendant la fameuse allaire

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des mariages espagnols. Le comte Bresson, dont la mort volontaire a quelque similitude avec celle de M. Beulé, avait écrit, avant de mourir, ces mots : « Ceux qui souffrent sont ceux qui le veulent bien ! » — Gela valait encore la peine d'indiquer ce sceptique, maître de ces deux croyants. Car le duc Decazes est un croyant comme le duc de Broglie.

Le duc Decazes est aujourd'hui un rude travailleur. Il ne sort que pour aller à Versailles. Une voiture attelée est, depuis neuf heures du matin, dans la cour de rhôtel des affaires étrangères. Dès que le duc le peut, il va à Versailles. — Les corbeaux centenaires doivent reconnaître ce va et vient de ministres sur la route de Versailles qu'ils ont vu quand ils avaient vingt ans.

Le duc n'écrit pas ses dépêches. Il dicte comme César. Je n'insiste guère sur ce point de ressemblance. De même on n'est pas César, parce qu'on est chauve comme lui. Le duc n'est pas un grand orateur dans une époque où même M. Jules Favre l'est. Cependant son élégance de parole s'élève parfois jusqu'à la solennité. Sa parole est sans éclat; mais elle est toujours de haut goût. Enfin l'homme froid qu'on connaît a en lui un homme qu'on ne connaît pas et qui a une nature en dehors et parfois mouvementée. Le cosmopolite contient un Méridional. — On a beau se frotter à tous les tapis, chacun garde à la semelle de ses souliers un peu du sol natal.

Voilà bien le duc Decazes. Mon dessein, que j'estime patriotique, serait de le faire connaître davantage. Aucuns lui reprochent trop de prudence à

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l'extérieur. Mais il est un pilote plutôt qu'un capitaine de navire. Vous connaissez cette vieille ligure du vaisseau de l'Etat. Reprenons-la. Ces vieilles images sont les meilleures, comme le sont les plus anciens impôts. Pendant la nuit, le vaisseau a traversé les écueils avec l'habileté d'un jongleur qui danse au milieu des couteaux. Nous montons sur le pont. Nous voyons un horizon tranquille et une mer d'un beau bleu de blanchisseuse. Et nous reprochons au pilote, le duc Decazes, d'avoir fait prendre des ris aux voiles. Bref, nous croyons que tout écueil qui n'est pas vu n'existe point.

J'étais en Italie, au moment de l'incident de YOrénoque. — On disait hautement que cette question était du Bismark enfariné ! On ne comprenait point comment M. du Temple voulait, en interpellant, entrer dans l'invite des adversaires et jouer la carte forcée. Heureusement la papauté, toujours dévouée à la France, conseilla le silence. Plus tard, j'ai entendu parfois, dans les salons de France, des gens s'écrier : « Le duc Decazes aurait dû répondre vertement au prince de Bismark ». Ces gens appartenaient à la classe dirigeante ! — Vraiment, ce sont des chiens d'aveugles. S'ils paient des contributions , ils peuvent réclamer, — car la loi les exempte !

Je demande ce qu'il adviendrait, si quelque Hugo, sublime et imprudent, entonnait un hymne patriotique ; si le duc Decazes répétait le refrain avec toute la nation! Ce chant serait notre perte. — Il rappellerait ce verset ardent de Thymne indien qui consumait tout homme qui le chantait !

Quand le duc Decazes, se promenant en long et en large dans son cabinet, allumant sans cesse un

nouveau cigare à l'ancien, dictait une réponse difficile, il ne faisait ni le hâbleur ni le larmoyeur devant les fatalités. Il sait que dans le premier cas, ce serait aboyer contre la mer. Dans le second, ce serait imiter le cerf aux abois qui, dit-on, pleure pour attendrir la meute. Il se contentait d'être habile et digne. Et puis et surtout, le duc Decazes est un diplomate heureux. Vaut mieux pour les peuples un général heureux qu'un grand général. Il a réussi dans toutes les questions principales. — Le duc n'est-il pas le fils d'un illustre séducteur de rois !

Chaque matin, notre réveil a été une sorte de résurrection quotidienne. A chaque matin, le pays se rélève un peu plus grand que celui qui, la veille, s'est couché. L'Europe le voit et ne s'en effraie pas. Elle comprend à merveille que nous sommes plus dangereux dans notre abaissement anormal qu'avec notre grandeur naturelle. On peut diminuer un grand empire; on ne saurait tuer un grand peuple. Or, le peuple français est resté le premier du monde. Il ne peut disparaître. Donc, il faut le loger selon sa taille. — Voilà la théorie que le duc Decazes développe avec succès au-delà des frontières !

J'ai fini. Ce portrait me semblait difficile; j'allais dire dangereux. Aussi, ne l'ai-je tenté qu'avec hésitation. Certes, il faudrait un grand homme dans l'hôtel du quai d'Orsay. Or, il n'y en a pas. Mais le prince de Bismark lui-même, à qui je ne veux pas marchander l'aune en mesurant sa taille, ne serait pas un grand homme si le maréchal de Mac-Mahon avait eu, de plus, à Frœchswiller, quarante mille soldats. Le duc Decazes n'est qu'un homme supérieur. L'Europe dit sans cesse dans ses journaux

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qu'il est un diplomate de premier ordre. Il appartient au pays et non aux partis. Le prince de Bismark Ta jugé, l'autre jour, en disant ces mots dont j'affirme le texte absolument exact : « Le duc est étonnant ; il ressemble à une boule qui tourne ; je ne puis jamais le piquer au même endroit ». Le duc Decazes est une de ces grandes personnalités que façonnent les situations dangereuses en se prolongeant. Il appartient assurément à une espèce qu'on croyait disparue — c'est un homme nécessaire.

Rhin ou Rlmn! cet e remue le monde moderne. Aujourd'hui, c'est RhEin. Mais cette alternative n'a pas seule préoccupé le prince de Bismark. Il a fait le rêve de tout étudiant de Gœttingue : « l'unité de la patrie allemande ! » Le prince de Bismark rêve pour les Hohenzollern, la souveraineté temporelle et spirituelle de toute terre où on parle allemand. La grammaire serait la seule frontière de cet empire germanique ! Le prince de Metternich, plus sage ou plus habile, ne demandait pour les Hapsbourg qu'un peu plus de mer « cette grande chose du Seigneur ». En effet, la mer est la grande eau bénite, qui manque plus à l'Allemagne qu'à la France ! Ayant ces rêves vieillis d'unité allemande, le prince a-t-il donc trouvé quelques moyens nouveaux ? Non. Le comte Menabrea et le marquis Monticelli doivent se souvenir de ces dîners où, presqu'enfant, j'ai entendu la théorie des unités développée par Gavour, démissionnaire après le traité de Villafranca et furieux contre les Rois. » A la France, la terre française jusqu'au Rhin et aux Alpes — aux Italiens, l'Italie une — à la Prusse, la terre allemande — aux Madgyars les restes de l'Autriche — au Panslavisme sous un Romanoff, la terre où le soleil se lève. »

Ce fut là exactement la première pensée de M. de

Bismark. Jusqu'à la veille de Sadowa, il a recherché les alliances russe, française et italienne. — Cavour, c'est le maître. — Bismark, c'est l'élève. Le premier a réussi. Le second échouera. Le génie de Cavour est mort avec Cavour, comme le violon de Paganini est mort avec Paganini! Le prince de Bismark, aujourd'hui le plus grand parmi les vivants, a eu un collaborateur anonyme : Anankè, — qui a déjoué une partie de ses projets en faisant triompher l'autre partie. Le principal auteur du drame franco-allemand est celui qui n'a pas été nommé. Au contraire, Cavour a fait seul les paroles et la musique de son unité italienne!

Le comte de Cavour était plus sanguin. Le prince est plus bilieux et nerveux. Cavour, sachant, par le battement plus précipité de l'artère aux tempes, que sa vie sera courte, hâte l'événement plus que ne le fait le prince. Celui-ci est un beau buveur et un beau fumeur. Il n'a pour maladie que sa fameuse sciatique, dite diplomatique. Il voit de loin les coups comme un. bon joueur d'échecs. Cavour est plus sympathique; M. de Bismark est plus séduisant. Tous les deux ont dépensé leur foi dans leur œuvre. Ils sont sceptiques quant au reste. Leur volonté, c'est leur étoile. Leur agenda privé est la constitution du pays. Le comte a plus de souplesse. Lui et lui ont la même opiniâtreté. Tous deux auront été des orateurs railleurs et violents. L'italien, chef d'un peuple plus petit, a plus de sous-entendus dans la parole et plus de ruses dans la manière. Le prince copie Cavour. Cavour se regarde dans une glace. Le féodal et le libéral sont également autoritaires. Mais, Cavour est un homme d'aujourd'hui. M. de Bismark est un

homme d'hier. — Il y a du Barbare dans le chancelier de fer. Regardez bien son crâne nu. Ce Germain a du Slave. Aussi bien les Brandebourgeois ont-ils du sang slave. L'œuvre de Gavour se complète sur sa tombe. L'œuvre de M. de Bismark diminue, lui vivant.

En effet, le principal objectif du prince de Bismark n'a pas été l'écrasement absolu de la France. Le but a été la destruction de l'Autriche et, par contre, l'unité allemande sous la couronne d'un Charlemagne- Hohenzollern. Je demande humblement où est cette unité. L'Autriche est grandie de tout ce que la France est diminuée. — Le prince, sombre génie, éclairé intérieurement, comme une lanterne sourde, a eu deux manières. Avant Sadowa, il a été de la race féline. C'est un des chats de Goethe qui fait ses ronrons autour de Napoléon III ! Le chat a grossi après Sadowa — il était devenu lion, quand il donna audience au loup édenté, M. Jules Favre. Or, le lion et le chat ne se sont pas nourris des mêmes idées. Le système du prince, avant Sadowa, a été contraire au système d'après Sadowa. Le vrai Bismark date du lendemain de cette bataille. — Il a déjà autour de la tête une auréole menaçante-, comme la lune, quand il va pleuvoir.

Le prince aura soixante et un ans aux Pâques prochaines. Il est encore très- vert. Sa haute taille vigoureuse a été roidie par le ceinturon. Sa tête a été redressée par le hausse-col. Chacun connaît sa figure énergique. Ce qu'on ne sait pas, c'est la vivacité de son regard. La fameux diplomate a, chose étrange,

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une nature en dehors. Depuis qu'il est puissant, il ne se donne plus la peine de cacher ses impressions. Le prince est bon, confiant, gai; — il est jeune. Il est froid, mauvais, sombre; — il est vieux. Tout cela dans la même audience. Sa mère, fort intelligente, grande et belle blonde (son père était petit) lui donna ce mysticisme mêlé de gaietés et de réalités qui caractérise certaines femmes nobles allemandes. Comme sa mère, le prince a de l'esprit. A dix-sept ans, il alla à l'université de Gœttingue, où il fut un Renard célèbre — c'est le nom familier des étudiants viveurs en Allemagne. — Ce qu'il a bu de bière, donné ou reçu de coups d'épée, dévoré de Charlottes blondes ou brunes, remplirait une Iliade. Il a deux cicatrices au front et à la joue, qui ont été faites par la pointe ovale des lattes classiques. Sa mère mourut. Son père le fit voyager. — Il vit le monde défiler devant lui avant de défiler seul devant le monde. Rentré dans le Brandebourg, il reprit le cours de ses fredaines. On a de lui des lettres qui indiquent un esprit tourmenté par l'inconnu. On s'étonnait devant son père de cette vie étrange. Celui-ci, plus sensé que le père de Mirabeau, répondait : « Laissez — il ne faut pas moucher la chandelle, de peur de l'éteindre ! »

Une jeune fille, Mlle de Bluttmatter, eut le courage d'épouser ce terrible, qui en ce temps, n'était ni comte ni prince. Le Brandebourg fut étonné, comme Paris l'a été, en voyant une actrice entrer chez les lions. Or, le prince fut un mari excellent et un père admirable. Il vécut pendant dix ans à la campagne, comme un gentleman-farmer et — remarquez-le — encore comme Cavour. On rencontra jadis sur la plage de Biarritz un grand Allemand couché entre

un petit garçon blond et un petite fille brune. C'était la famille de l'ambassadeur d'Allemagne qui collectionnait des sèches pour les oiseaux de Mme de Bismark.

Le plus grand défaut de M. de Bismark, aura été d'avoir fait un gros tapage sans atteindre le but qu'il cherchait. Je dis cela avec impartialité, parce que mon devoir est ici de faire ressemblant. — Par le temps qu'il fait, c'est un plus grand péché d'être sans haine que d'être sans amour ! — Mais je ne suis pas de ces niais qui crient « guerre ». Race dangereuse ! On devrait vraiment empêcher ces genslà de se marier. Reprocher à M. de Bismark le sang français, ce serait imiter un Prussien qui reprocherait à Napoléon Ier le sang prussien versé. Insulter la Prusse serait faire suspendre des journaux, comme le fut Y Univers. Mais je le demande en toute vérité : A quoi a servi cette mer de sang franco-allemande ? La Prusse n'est-elle pas comme quelqu'un qui s'est fait arracher une dent et s'aperçoit que cette dent n'est pas la mauvaise.

En effet, ce n'est point la France qui empêchait la Prusse d'avaler l'Allemagne — c'est l'Autriche.

Et la morte de 1866 est vivante. Il y a donc des gens tués par M. de Bismark qui se portent bien.

J'en connais d'autres ! Or, écoutez. Lorsque dans l'affaire des duchés, le prince put comparer le soldat prussien à son allié le soldat autrichien, il comprit que ce dernier était le plus faible. — Alors ii mit quatre ans pour isoler et écraser l'Autriche. Quand, après Sadowa, il comprit à l'abstention de la France qu'elle était faible, — il mit quatre ans pour isoler et écraser la France. Il a joué la tragédie d'Horace

tuant séparément les Curiaces. Cela est bien. xMais aujourd'hui, il faut reprendre avec un empereur vieilli et un peu las, l'œuvre interrompue de l'unité allemande. Mais il y a deux hommes que le prince n'a pu séduire. C'est le czar. C'est le roi d'Italie. La France est désintéressée en tout cela. Elle a accepté dignement son infortune. Enfin Dieu apporte des tempéraments aux engins de destruction. — Si le requin, ce brochet des Océans, n'était pas obligé de se retourner sur le ventre, les mers seraient dépeuplées. Le prince est obligé, avant de se lancer sur le reste de l'Allemagne, de se retourner chez lui, dans son gouvernement, où chacun sait qu'il n'est guère à Taise.

Pour réaliser le rêve de l'unité allemande et de l'église nationale, le prince a dû soulever contre lui l'esprit catholique. Il trouve dans cette résistance sa force et sa faiblesse. Il a choisi là un de ces remèdes qui tuent ou sauvent. Le pape représente l'Idéal contre le canon Krupp. — J'ose dire que jamais le Droit et la Force n'ont joué une partie plus égale. Quoi qu'il en soit, le prince de Bismark est surtout soutenu par le bras de son impérial maître. Dans l'ordre politique, il a pour amis très-fidèles les vieux catholiques, ces père Hyacinthe de l'endroit. — Nonobstant, le prince pourrait disparaître demain du théâtre européen sans causer autant d'émotion qu'en causerait la sardine en disparaissant de nos côtes. Le prince diminue à vue d'œil. L'esprit de nationalité se ligue contre lui avec l'esprit de liberté allemande. Ses théories sur la force ont encore leur succès ; mais il y a là surtout une question de mesure. — Si une femme montre son mollet, ce n'est pas mal. — Si

elle montre son genou, ce n'est pas bien. De même, il n'est pas adroit de montrer trop aux peuples le dessous de la politique léonine !

Et moi, fourmi, je vois et je comprends cet homme énorme. Je le vois et il ne me voit pas. De même on n'est pas vu par les gens qui sont en ballon ! Or, je dis que le temps n'est plus où le prince montrait en riant à l'empereur, du haut de la terrasse Saint- Germain, le dôme des Invalides et disait : « Il ressemble -à un casque prussien doré ». Ce n'est plus l'heure où le conquérant implacable disait de Paris, incendié par la Commune : « On ne peut brûler Paris, mais on peut le laisser brûler ». Ce n'est plus le matin où sortant de son hôtel de la rue de Provence, à Versailles, sur son gros cheval bai, le prince de Bismark, en petite tenue sombre, battait la mesure avec sa grande cravache à pomme d'acier — accompagnant le bruit régulier du canon qur était alors l'angelus de ces levers du jour....

LE

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