LE DUC D AUDIFFRET-PASQU1ER 2 I I
suite d'un vote — ce serait inattendu — il était obligé de proclamer l'Empire — le président d'Audiffret- Pasquier se couvrirait.
Le duc s'est fâché, non contre le Maréchal, ainsi qu'on Ta dit, mais bien contre ses amis qui Pavaient mis en avant et comme lâché. Il disait à un directeur de grand journal centre droit : « Mon cher monsieur, il y a deux choses que je n'aime pas : me ficher des autres et qu'on se fiche de moi; — mais s'il faut choisir, vous comprenez à quoi je donne la préférence? »
En définitive, il a toujours confessé son amour pour la liberté honnête des grands jours de notre histoire moderne. Il est épris de cette maîtresse qui fit vivre et surtout mourir tant de grands hommes. — Et puis le duc n'a trompé personne. Celui qui a voulu en plein soleil de la monarchie fusionniste, n'a pas dit : « J'aime la République ». Il épouse Jeannette, mais il ne dit point qu'il n'eût pas mieux épousé Marguerite si on l'avait voulu! — Donc, cet homme est une date, — un tempérament, — une conviction, — une franchise. — Il est aussi une haine. Après son discours sur les marchés, on pouvait dire : « Ça passera, comme une colère ». — Mais froidement, l'autre jour, il a encore parlé de son objectif. C'en est fait! ça ne passera plus.
Aujourd'hui la carrière du duc est entre deux phrases, une ignorée et l'autre connue. « Eh bien, disait-il à MM. de la Rochefoucauld-Bisaccia et Chesnelong, puisque vous ne voulez pas écouter le pays, nous irons jusqu'à la République, — inclusive-
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ment. » — « Je puis être votre victime, criait-il aux radicaux, mais je ne serai jamais votre complice. » Les hommes qu'on acclame sont ceux qui donnent la note de rémotion publique. — Le peuple est l'artiste-, — le grand orateur n'est que l'instrument. Le duc a eu cette rare fortune d'être la chanterelle aiguë sur laquelle des colères patriotiques ont résonné. Mais son talent mâle et âpre le destine manifestement à être une des cordes graves sur lesquelles vibreront les futures fièvres publiques. Il étudie sans cesse sa parole, comme un homme qui se sent destiné à être l'interprète d'un grand pays. La phrase de son allocution présidentielle a déjà un relief sculptural. Sa voix est déjà plus claire — comme sur les hauteurs !
Par dessus trente années, c'est-à-dire bien des bruits et bien des silences, il a tendu la main au grand Pasquier. Et les deux époques se sont reconnues ! Comme en 1824, un Pasquier représente une opinion moyenne qui est entre l'enclume et le marteau. Comme en 1826, il y a un Pasquier qui peut être lassé mais jamais rassasié de la liberté — « Lassât a nunquam satiata ». — Puis reviendront les mêmes époques d'apaisement ! Tout lasse, tout casse, tout passe et surtout tout repasse. — De même qu'on voit passer plusieurs fois les mêmes figures dans la procession de la Juive, on revoit toujours des Pasquier, des Decazes, des de Broglie, des Périer, etc., repasser sur la grande scène publique. Tous différents de langage, mais adorateurs de la même déesse, différents de costume — mais ayant aux genoux la même glorieuse marque de poussière!