LE PERE MONSABRÉ
Une heure sonne à la montre de Notre-Dame, suspendue au-dessus des grandes orgues. On entend les hallebardes des suisses frapper les dalles. Mgr Richard, le coadjuteur, et Mgr Mermillod, évêque de Genève, apparaissent au banc d'oeuvre, qui, agrandi pour la solennité, contient deux cents places. Six mille hommes, tête nue, se lèvent. Dans l'immense chaire en bois sculpté apparaît, blanc et noir, le P. Monsabré. Cette chaire, hexagone au pan coupé, rappelle un minaret. — Le moine apparu ressemble au muezzin qui va crier la prière ! Le trône doré de l'archevêque Guibert reste vide. Je regrette l'absence de la figure la plus marmoréenne de ce temps. Mgr Richard bénit le moine, qui est seul à genoux. Cette bénédiction, qui semble monter de la terre vers le ciel, est saisissante. Nous sommes huit mille, debout, y compris les femmes cachées derrière les piliers ou placées dans les tribunes. Le grand voile du temple semble être tombé entre elles et nous. On se croirait dans une mosquée où seuls les hommes peuvent prier. Aujourd'hui, j'essaie plus que jamais un décalque de scène grandiose, dans lequel parlera avec son geste et sa voix l'illustre orateur chrétien. Faire revivre un homme sur le papier comme dans une galerie de cire, de telle façon que le lecteur touche plus qu'il ne lise, est le grand secret