LE TZAR ALEXANDRE II
C'était après la grande revue passée, à Longchamp, en Thonneur d'Alexandre et de Guillaume:, un escadron de cent-gardes, sabre au poing, descendait au galop l'avenue des Champs-Elysées. Il précédait une calèche, attelée à la daumont, dans laquelle se trouvaient le tzar, Napoléon III, le tzarewitch et son frère. Tous quatre étaient immobiles et muets comme des statues de pierre. Je sentis vaguement qu'un drame passait devant moi. Car, d'ordinaire, tout souverain sourit en public, ou plutôt au public. En effet, la marche du cortège avait été si rapide qu'elle avait précédé le bruit, qui pourtant va bien vite dans les foules, d'un coup de pistolet tiré sur un empereur. — Bcrezowski venait de tirer sur le tzar! Le tzar avait été manqué, mais la France avait étéatteinte. J'avais surtout regardé Alexandre. A qui sait regarder, huit secondes suffisent. Sa tête sur passait celle de Napoléon III. Le teint de sa figure était d'une blancheur mate. Plusieurs dames agitèrent leurs mouchoirs. Il fit le salut militaire. — Nous remarquâmes qu'il avait retiré sa main de celle du tzarewitch, placé en face de lui. Je vois encore cela devant moi. Chaque homme a, ici-bas, sa faculté