LE CARDINAL ANTONELLI
Il me dit avec un gracieux sourire : » Dans un moment je suis à vous! » Je m'assis sur un canapé de couleur sombre. Il apposait sa signature sur des papiers que lui présentait un petit jeune homme à peu près vêtu comme ces demi-abbés de Paris qui inscrivent les messes pour les morts. Je ne sais quelle grande fleur rouge, — une primeur d'hiver, — était sur sa table. J'avais vingt-quatre ans. Depuis, il a beaucoup plu! Et le cardinal pro-secrétaire d'Etat, ayant enfin pris ma lettre, l'ouvrit lentement avec un énorme couteau d'ivoire, la lut non plus vite; et ce faisant, il me disait : « Comment va cet excellent marquis Costa de Beauregard? — M. Menabrea vient de faire un beau discours — pourquoi M. de Revel ne parle-t-il pas davantage? Voilà trois hommes que nous aimons beaucoup. » Toutes ces questions n'ayant pas l'air d'attendre une réponse, je ne leur en fis pas. Enfin, il termina sa lecture; et sans me regarder, mais en me voyant de côté avec ses superbes yeux noirs, il me dit : « Comment va le comte? »
Pour comprendre combien je fus étonné, il faut savoir deux choses : — le ministre désignait là Cavour par son appellation turinoise : Le Comte, — analogue à la désignation romaine d'Antonelli : Le Cardinal. Or, j'étais chargé par les principaux per-