LE CARDINAL ANTONELLI .VU
Italie dont il est plus qu'aucun autre Italien, Il n'est pas prêtre. Cette face demi-laïque lui conserve une individualité à côté de la personnalité quasi-céleste de Pie. C'est un habile homme à côté d'un saint. Quoique très-profane, il a gardé de cette approche une senteur religieuse — comme un chandelier d'or que nous prêtons pour la Fête-Dieu, et qui nous revient avec une odeur d'ence"ns.
En définitive, le cardinal-diacre n'est pas aussi vaincu qu'on se plaît à le dire. Tant que le pape sera à Rome, la question du pouvoir temporel sera ouverte. Le roi semble être à Rome chez Pie IX comme un soldat qui a pris un billet de logement chez un curé. L'idée catholique n'a eu, en Italie, qu'un adversaire acharné, c'est Garibaldi, messie qui a manqué son entrée. La langue italienne semble toujours être la langue des cantiques. Les décors n'ont pas changé, puisque Saint-Pierre de Rome est toujours à l'horizon comme la chapelle de la papauté.
Si le roi Victor-Emmanuel meurt, Pie IX sera chassé de Rome. Il sait comment on s'en va de Rome et comment on y revient. Le pape peut mourir, quoiqu'il ait l'attitude de l'immortalité — de même qu'on ne s'imagine pas debout le Moïse que Michel- Ange a fait assis, de même on ne comprend pas couchée cette statue, si longtemps debout pendant la tempête, — alors le cardinal n'aura plus de rôle. — Antonelli seul votera pour Antonelli dans le Conclave. Cependant Dieu et les hommes ont fait, dans ce siècle, des choses si étranges ! Aujourd'hui le bizarre est possible ! L'imprévu est peut-être papabile! Le cardinal Antonelli, devenu pape, se souviendrait peut-être du mal qu'il m'a fait en m'empêchant
de faire bénir, en audience particulière, par le Saint- Père, un chapelet pour ma mère ; — j'ose espérer qu'il m'en bénirait un... mais maintenant, hélas! — pour qui?