M. LEVERRIER
La récente maladie de l'illustre astronome donne de l'actualité à son portrait. Le célèbre savant piémontais, le commandeur Cibrario, me disait : « Vous » avez en France l'homme de génie scientifique le » moins contesté dans le monde savant : Leverrier ». Les éminents astronomes, Airav, de Greenwich ; Adam, de Cambridge; Newcomb, de Washington, lui disent : maître. Ce fait surprendra tous ceux qui savent que les astronomes sont jaloux, les uns des autres, comme des chanteuses de café-concert. D'autre part, un des membres les plus illustres de l'Académie des sciences me confiait ceci : « Leverrier, qui n'a » pas le génie d'invention de Newton, est un calcu- » lateur encore plus étonnant que lui. — Mais Lever- » lier est le confrère le plus désagréable qu'il y ait » eu dans l'histoire de la science ». Ce puissant contraste éveille la curiosité. — L'homme est un être fait de nuit et de jour. J'ai donc étudié de très-près M. Leverrier.
Il est né à Saint-Lô, (le 11 mars 1 8 1 i ). Cela explique déjà un peu pourquoi ses ennemis l'ont appelé — le Tibère bas-normand. On a comme d'ordinaire trouvé rétrospectivement dans l'enfant les prodromes du génie. N'en croyez rien. M. Leverrier était seulement un peu plus laid que les enfants de son âge. On eût dit d'un albinos. Sorti un des