LE PRINCE CHARLES 111 ÔJD
neur, comme officier au service de la France. Décoré de sept à huit grands cordons étrangers. Quand il sera prince régnant il sera maître du grand ordre monégasque de Charles III. Il sera grand croix de la Légion d'honneur comme son père. — Or, le prince Albert de Monaco affecte de porter seulement à la boutonnière de sa redingote le simple ruban de chevalier de la Légion d'honneur. Il était impossible à un écrivain français de ne pas souligner cette affectation, si gracieuse pour nous.
Charles III a son château de Marchais, dans l'Aisne, où il va parfois. C'est un immense domaine. Il descend à Paris dans son hôtel de la rue Saint- Guillaume. Mais de partout il s'occupe du corporel, de Tintellectuel et du spirituel de son petit peuple. Dans la principauté, la religion catholique est non-seulement la religion de l'Etat, elle est encore comme la religion indispensable. L'instruction est gratuite et ecclésiastique. On dirait d'un gouvernement théocratique. La devise du prince Charles est justement « Deo jurante ». Par l'antiquité de sa maison, le prince représente d'autre part le principe de légitimité et d'aristocratie. Plus on regarde de près cet organisme gouvernemental, plus on est surpris. Tout y est à l'inverse de nos statuts politiques modernes — comme l'image réfléchie d'un paysage qui apparaît renversée dans l'eau.
Cette étude n'est pas puérile -, elle est grave. Il était impossible de passer devant un semblable gouvernement sans s'arrêter. Le lecteur me connaît trop pour ne pas comprendre que ces idées absolues ne sont pas
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les miennes. J'aime encore mieux vivre dans notre Paris avec des citoyens désagréables comme M. Bonnet-Duverdier, et dans des transes publiques perpétuelles, que vivre citoyen de ce petit peuple si tranquille. Mais qu'il est tranquille, ô mon Dieu! Il n'est pas tiré à quatre opinions politiques comme à quatre chevaux. Il n'a pas la perspective d'une révolution sociale. La lumière qu'il a en lui-même ne pourrait pas éclairer les sommets et les abîmes de la vie d'un grand peuple. Elle suffit à éclairer le chemin bien macadamisé de ce petit peuple.
Il n'a pas de Constitution, donc pas de Sénat et encore moins de Chambre des députés ? Rien de plus curieux que Pair d'un Monégasque lisant nos journaux. Lui, il n'a qu'un journal qui est V Officiel. Sa vie publique a toujours la même représentation. C'est toujours la même affiche, comme pour les pièces à succès. Ce peuple a grand'peur de la Révolution. 11 n'en parle jamais tout haut, de peur de la réveiller. Son bonheur est absolu comme son gouvernement En effet, le bonheur — surtout chez un peuple — résulte du rapport du rêve avec la réalité. Le peuple Monégasque ne rêve rien de plus que ce qu'il a. Il aime son prince, comme il aime la mer. Il les a toujours vus et ne peut s'imaginer qu'il peut ne les plus voir. Ce bonheur est garanti par les traités de r8i5. Cette garantie a été renouvelée en iSyo. Ce bonheur peut durer des siècles.
On sait combien vivent vieux les orangers !
Mais je m'étonne que sur la place principale de Monaco, le prince Charles III n1ait pas fait élever une statue à Joseph de Maistre. Regardez ce petit peuple avec une lentille grossissante, vous aurez un