‹ Portraits de cireChapitre 10 sur 18 · CABAN EL · texte numérisé non relu

CABAN EL

Ce génie courtisan devait fatalement concilier à M. Gabanel la faveur des souverains. Je regardais l'autre jour à une vitrine du quartier Saint-Sulpice les photographies des différents princes de familles royales ou impériales qui songent à gouverner la France. Il y avait là de jeunes princes d'Orléans en costumes de collégien, des reines en waterproof, de petits don Carlos à cheval Faut-il vous faire Taveu de ma naïveté ? J^eus l'impression que la photographie, avec ses brutalités de procédé mécanique^ donnant la vérité telle qu'elle est, déconsidérait ces personnes souveraines. Il y a certaines gens — ceux qui ont intérêt à nous faire croire qu'ils ne sont point de la même nature que nous, ceux qui aspirent à vivre dans le nuage des apothéoses — qui ne doivent point se laisser regarder de trop près. Il est nécessaire que les images qu'on nous présente d'eux soient effectivement ennoblies. Ils sont perdus pour toujours s'ils ne s'ar^ rangent point pour paraître comme les

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êtres à part d'une humanité supérieure.

M. Gabanel avait de ces nuances un sentiment presque religieux. Son acte de foi, son chef-d'œuvre en la matière, fut le portrait de l'Empereur Napoléon III.

L'histoire de ce portrait vaut qu'on la rappelle. Gabanel donnait sa leçon à l'Ecole des beaux-arts, quand on vint l'avertir que l'Empereur le faisait demander aux Tuileries.

— Quoi, dit-il, j'irais dans mes vêtements de travail I

— On vous veut tout de suite, tel que vous êtes. Vous serez le bienvenu.

Chez l'Empereur, on discuta longuement les détails du costume et de la mise en scène. Gabanel était aux regrets que Flandrin, dans un portrait récent, eût peint Napoléon en costume de général. Il dut se contenter, lui, de l'habit noir avec la culotte courte et le cordon de la Légion d'honneur.

L'atelier avait été installé dans l'une des salles des Tuileries. Le peintre prit son

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