CABANEL. I
temps. Il n'épargna point les poses. Souvent, rimpératrice venait interrompre les séances et donnait des avis.
— Je veux, disait-elle, un portrait intime, nous avons l'autre sur les sous.
On avait donné à Cabanel la permission de regarder son Empereuravec un œil clairvoyant. Il recula devant la peinture sincère de cette tête pâle, de ce regard fuyant qui, dans l'inaction de la pose, lui apparaissait sinistrement éteint et vide. Peut-être aussi ne vit-il point la réalité comme elle était, suggestionné d'avance, troublé par la majesté qu'il prêtait à son idole. Il peignit un portrait dynastique, l'apothéose de cette correction qui de la tenue de Morny au plastron de chemise de Monpavon était la livrée impériale.
M. Alexandre Cabanel, à qui ce dandysme en avait imposé, a continué jusqu'au bout à peindre ces modèles disparus à travers les souvenirs et les admirations de sa jeunesse.
PORTRAITS DE ClRE. 5**
PORTRAITS DE ClRË.
Croyez que chaque souverain, chaque régime a le peintre qu'il mérite.
M. Alexandre Gabanel fut le peintre de l'Empereur et de l'Empire.
II a fait de la peinture de chambellan.
'oNsiEURThéodule Ribot vient d'exposer rue Laffiite, dans la galerie de M. Bernheim, son œuvre deces dix années. M. Th. Ribot est connu du grand public surtout par ses trois toiles du Luxembourg, le Bon Samaritain, le Saint Sébastien^ le Christ parmi les docteurs. Mais cette acquisition detrois chefs-d'œuvre par rÉtat ne peut donner le change à l'opinion publique. M. Ribot est suspect. Il a été refusé dix années de suite au Salon, et, Tautre jour encore, tandis que je visitais son exposition, un de ces peintres de toiles si nettes, si luisantes qu'on a envie, comme disait Théophile Gauthier, de refaire devant
elles le nœud de sa cravate, un membre de l'Institut est entrédansla galerie Bernheim. Il a passé la revue des murailles, puis il a haussé les épaules et il est parti en murmurant :
— Un massacre ! un jeu de massacre !
Et vous savez, sans avoir parlé l'argot des foires, que le « massacre », c'est la boutique d'affreuses poupées, pompiers, gendarmes, mariées de village que l'on abat avec des boules de peau lancées à la main.
J'ai visité les toiles de M. Ribot à la tombée du jour, au sortir de Texposition de Millet, l'œil encore plein de campagnes claires, de couchers de soleil, de brouillards transparents. J'ai eu la sensation que je descendais dans une basse-fosse, dans une oubliette, dans une géhenne, dans un cercle de TEnfer de Dante, dans un lieu d"'ombre où des âmes souffrent. Et non point de la douleur révoltée qui se tord en mouvements tragiques, en spasmes de théâtre; toutes cesapparitions sont silencieuses; les vieilles
femmes ont leurs mains croisées sur le ventre dans des attitudes recueillies ; des voiles noirs leur couvrent la tête, les épau. les, noient les corps dans des plis de deuil ; les feutres à grands bords, les capuchons de moine jettent de l'ombre sur les visages d'hommes. Et sur ces faces douloureuses sillonnées de rides comme des terres en labour, pèsent une tristesse, une résignation insondables. Ils ont tous la mort aux dents, un cri muet dans leurs bouches entr'ouvertes, une protestation contre la souffrance humaine.
Tout à l'heure j'appelais ces portraits des apparitions; c'est bien le mot propre. Qu'ils représentent une casserole, une pomme, un gi:^ot ou des faces humaines, les tableaux de Ribot ont avant tout ce caractère: une évocation de réalité. Et ils causent cette impression, non pas seulement parce que le peintre met dans chacune de ses toiles une parcelle de son âme, cela tient aussi à sa méthode d'exécution. Là, oii dans son ate-
lier la lumière est le plus intense, il campe le sujet ou l'objet qu'il va peindre ; il se place tout contre lui, il veut l'avoir dans Tœil, il veut en être possédé, il veirt changer d'âme, de personnalité, avec son modèle au moins — qu'il peigne une vieille campagnarde ou un pot de grès, — il veut atteindre, Saisir, fixer l'individualité de ce modèle, ses traits saillants, sa lumière particulière, les nuances qui font de lui un être ou un objet à part, unique, sans sosie dans la création. Il n'a point d'ailleurs la curiosité des types élégants ni le souci des virtuosités de palette. Il est seulement préoccupé d'exprimer la personnalité substantielle des sujets et des objets.
Et il s'est fait la technique, le procédé qui pouvait le mieux servir ses intentions esthétiques. M. de Foucault le compare à Franz Hais, « il goûte à bien peindre, dans la pâte abondante, une incomparable volupté. Quelquefois la jouissance est si forte que le maître s'arrête soudain, interdit
devant la fougue de son esquisse, et craint d'amoindrir, en insistant, ce beau grouillement de touches pressées. Mais d'autres fois, vous verrez l'exécution poussée au rendu le plus minutieux. Presque point de pâte sur la toile, et néanmoins, si nettequ^elle soit, la facture est libre et large. De même, de ces brusques oppositions de noir et de clair, dont Paul de Saint-Victor disait un jour: a Traitée ainsi, l'ombre est une magie. » J'ai visité l'artiste, un beau dimanche de mai, dans sa retraite de Colombes. A deux pas de la gare, M. Ribot habite une petite maison, entre cour et jardin. Il travaille là, depuis des années, et jamais il n'a voulu venir s'installer à Paris, dans un superbe atelier, qu'un admirateur passionné de sa peinture avait fait aménager pour le recevoir. Sa vue m'a causé une forte émotion. Il m'a semblé que c'était Gustave Flaubert qui entrait. M. Ribot est Normand, comme Flaubert ; il a le même profil, la même forme du front, des sourcils, et, par hasard, la
même allure guerrière de la moustache tombant sur la lèvre, relevée par les bouts en crocs. Tous deux sont certainement des revenants, d^anciens types reparus de conquérants normands. Il existe un portrait de M. Ribot, où l'artiste s'est représenté lui-même, avec le petit béret de velours dont il est toujours coiffé chez soi, et, dans le dos, flottant sur les épaules, le capuchon dont il abrite ses névralgies. Le peintre n'a eu dans cette étude aucun désir de s'idéaliser, de se pousser au type; même un détail bien moderne, et qu'il était aisé de supprimer, le lorgnon d'acier chevauchant le nez, donne à ce portrait sa date contemporaine. Eh bien, on n'aperçoit pas cet accessoire. Tant qu'on n'a pas consulté le catalogue, on a l'impression que l'on est en face d'un vieux soldat de la Ligue^ de quelque routier traineur de rapière, autrefois rencontré et peint par Rembrandt.
On monte à l'atelier de M. Ribot par un petit escalier de bois qui craque sous les pas,
et où flotte une subtile odeur d'essence. Ah ! que je voudrais le faire visiter à tant de jeunes maîtres qui ont hôtel sur avenue, des peluches et des tapisseries jusque dans leur cabinet de toilette, cet atelier où ont été peintes tant de belles toiles ! C'est tout bonnement le grenier de la petite maison ; une des lucarnes a été aveuglée avec une serge noire. L^autre verse de haut un jour tout blanc sur le parquet bien lavé; et il n'y a guère qu'un espace de trois mètres carrés — la place du chevalet, — où l'on marche sans courber la tête. La soupente commence tout de suite. Les murs sont badigeonnés au hasard des pinceaux essuyés sur leur blancheur. M. Ribot a essayé sur eux les plus sombres couleurs de sa palette.
Au moment où j'entrai, j'aperçus dans une encoignure deux dames en noir, Tune déjà âgée, l'autre une jeune femme, assises sur des chaises de paille près de la caisse sombre d'un piano. Le jour cru qui tombait de la tabatière éclairait seul leurs visages et
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la blancheur des livres qu'elles lisaient. Grêlaient M"'^ RibotetM^''^ Louise Ribot, une élève distinguée de son père, mais une élève libre qui ajoute un coin de tendresse féminine à la vision de la vie un peu triste où son œil s'est accoutumé.
Une à une sur le chevalet passèrent quelques toiles, des études inachevées : un garçon de service, portant un gigot dans un panier, des portraits, une ébauche de Descente de Croix. Dans la lumière même où ellesavaient été peintes, dans ce milieu sévère, ces toiles me causèrent une impression saisissante.
Leur sincérité m'apparut, m'émut plus encore que là-bas, dans l'éclat des cadres d'or, sur les fonds de tentures de la Galerie Bernheim.
— Le moderne que j'ai le plus passionnément aimé, me dit M. Ribot, c'est Millet. Il y a des années, à une époque où j'étais si pauvre que je sollicitais pour gagner mon pain une place d'ouvreur de fontaines, j'ai visité Millet à Barbizon. Il me reçut assez rudement:
— Qu'est-ce que vous voulez ?
— Je viens voir une ou deux de vos toiles.
— A quoi cela vous servira-t-il ?
— J'aime votre peinture et j'en rêve,
— Comment vous appelez-vous?
— Vous n'avez jamais entendu mon nom.
— Venez voir.
a II me montra deux ou trois études ; une femme, entre autres, qui enfournait du pain. Puis, toujours aussi brusque, il me mit à la porte. Mais j'étais si content qu'en revenant par le bois je sifflais, je sautais les fossés, j)
Puis ce fut l'histoire d'une enseigne que feu Charles Vincent, le célèbre cordonnier, commanda au peintre, il y a quelques années. M. Ribot la peignit avec sa conscience ordinaire.
Charles Vincent, ravi, déclara qu'il ne fallait pas exposer ce tableau-là au vent et à la pluie. Il garda l'étude pour lui. Il la fit graver sur bois. Elle a été distribuée à « titre de prime exceptionnelle » aux abonnés du Moniteur de la Cordonnerie.
Cette enseigne n'est ni la première ni la dernière que M. Ribot ait^peinte.
^ En 1886, au mois d'août, il se trouvait en Bretagne. Il logeait chez de braves aubergistes, qui, au-dessus de leur lanternt, au lieu du traditionnel cheval blanc, avaient suspendu un abominable barbouillage sur tôle représentant l'entrevue d'Alexandre et de Diogène.
— On m'avait tant gâté, me conta M. Ribot, que, pour faire plaisir à ces braves gens, je leur ai proposé de repeindre leur enseigne. Ils ne demandaient pas mieux. J'ai donc fait une machine qui a plu à tout le monde, à moi aussi. Gela m'a donné l'idée de traiter ce sujet-là pour un prochain Salon. La toile est à peine ébauchée, mais je vais tout de même vous la faire voir.
M. Ribot installa sonesquissesur lechevalet et je m'approchai. Dans la hauteur du cadre le roi est debout, peint jusqu'à mi-corps, appuyé d'un bras au tonneau. Il sera ruisselant d'or et de pierreries. Le Cynique est
assis au bord de sa maison roulante; une main couvre sa poitrine dans un geste de défense » l'autre, dédaigneuse, éloigne la tentation.
Il n'y avait encore sur cette toile, quand je la vis, que des contours, des indications de muscles. Son relief était pourtant d'une surprenante intensité. Cela sentait la peinture. On ne s'avisait point que la couleur manquait encore, on songeait à des ébauches de statues.
Vous dites, cher maître, que le hasard vous a fait rencontrer ce sujet, et vous a donnéle désir dele peindre. Jele crois. Mais, que vous le vouliez ou non, cette toile a pour nous autres un sens symbolique. C'est l'allégorie de votre vie résignée, remplie tout entière par une pensée unique, de votre vie dédaigneuse du bruit et des honneurs. Aujourd'hui, ces admirations de la foule, que vous n'avez point cherchées, viennent à vous. Elles ne vous apportent ni joie, ni surprise. Comme l'autre, vous dites aux gêneurs qui viennent troubler vos contemplations:
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— Le soir de ma journée approche ; mais j'ai encore quelques belles heures pour travailler : je vous en prie, ôtez-vous de ma lumière.
u mois d'avril 1887, dans le rapide compte rendu du Salon que '■^h^i j'écris chaque année, j'avais dit à propos du Vive:{ joyeux! de Jules Garnier :
a Qui donc offrira à cet artiste de nous « illustrer un Rabelais? Il possède beau- « coup des dons nécessaires à l'entreprise. « Voilà des années qu'il vit dans le seizième « siècle. Il s'y est taillé une baronnie. Il a le connaît par l'extérieur, les costumes, a les accessoires, les architectures, les mou- « vements ; — il l'aime pour sa gaieté * victorieuse de la douleur, pour son exubé- « rancc de vie... d
Il se trouva deux hommes de goût pour
partager cet avis, et comme ils étaient gens d'initiative, ils passèrent du rêve à l'acte.
Je suis sûr que si l'on interrogeait Garnier, il vous citerait des noms d'éditeurs auxquels il a proposé autrefois d'illustrer un Rabelais et qui lui ont répondu :
— Mais vous n'y pensez pas ! Il y a déjà deux Rabelais à images sur la place, celui de Gustave Doré, celui de Robida...
Il y en a même trois. L'éditeur Lemerre a publié un Rabelais en plusieurs volumes avec des eaux-fortes de Bracquemond. Ce sont des pièces délicates, comme tout ce que signe cet excellent artiste ; mais le format du livre, sa mise en pages, ne permettaient pas à Bracquemond d'entrer dans le texte, de vivre de la vie même de l'œuvre ; aussi le Rabelais de Lemerre est-il plutôt un Rabelais enrichi d'une série d'eaux-fortes qu'un Rabelais illustré.
Il n'en va pas de même pour l'illustration de Doré, qui suit l'auteur page à page^ et qui, considérée en dehors du texte, est certaine-
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ment un monument de noir et blanc. Pour peu qu'on connaisse le tempérament de Gustave Doré, on devine aisément quels motifs le déterminèrent à entreprendre ce long travail. Il sentait là un grouillement d'hommes, une bousculade de foules, une vie démesurée, surhumaine, gigantesque^ qu'il aimait à traduire. Il avait, pour regarder la nature, cet œil que les maquignons prêtent aux chevaux: un œil qui grandit tout jusqu'à l'épouvante, un œil pour qui les objets ne sont point matière de perceptions, mais d'apparitions, — Fœil de l'écart affolé sur la route que barre une ombre. Cette ombre du fantôme, cette tache noire de l'encrier renversé sur la feuille de papier blancoù l'artiste halluciné cherche, — comme dans les passages de nuées sur la lune, — des silhouettes de burgs hantes, — voilà le décor detoute l'œuvre de Gustave Doré. Ce décor était-il aussi bien à sa place derrière la pièce rabelaisienne qu'au second plan de la Divine Comédie^ de la Ballade du
l86 PORTRAITS DE CIRE.
vieux marin , des légendes anglaises et Scandinaves ? Il est permis d'en douter. C'est le rire positiviste, et non la peur superstitieuse, qui est la morale des cinq livres pantagruéliques. Gustave Doré Fa mal compris. Une fois de plus, à propos de Rabelais, il nous a conté son rêve fantastique. Il n'est pas entré dans le cœur de l'œuvre.
Ce n'estpas désobliger M. Robida de dire quel'épithète qui le caractérise le mieux est celle de caricaturiste. Au moment où Ton pouvait penser que l'élégante formule égyptienne de Grévin commençait à se faire un peu vieille, Robida nous a apporté une formule moyenâgeuse qui procède évidemment de l'esthéticisme anglais, sinon par l'inspiration, du moins par les contours géométriques.
L'avantage et l'inconvénient de l'application de cette formule à l'illustration de Rabelais sautent aux yeux ; il n'est pas besoin qu'on y appuie. Le procédé caricatural de M. Robida devait donner beaucoup de relief
à cette partie de l'œuvre qui est comme la parade du livre même. M. Robida devait être et il a été le peintre très divertissant de ces « satyres » qui, — selon la parabole de Rabelais, — enjolivent au dehors les boîtes des apothicaires. Il ne nous a pas assez montré ce qu'il y avait dans la boîte.
Ne ,vous en étonnez point. Il fallait ici plus que de l'habileté, plus que de la virtuosité de plume : un grain de philosophie pratique. On a coutume de citer ces deux vers du dizain qui sert de préface au livre de Gargantua-,
Mieulx est de ris que de larmes escrire, Pour ce que rire est le propre de l'homme,
et Ton oublie toujours ce vers qui précède, qui explique tout, ce vers dont l'omission travestit la pensée de l'auteur :
Voyant le deuil qui vous mine et consomme...
Rabelais a écrit au milieu de la douleur publique, Autour de lui, le monde était épuisé
par les guerres, les famines, les meurtres, les pestes, toutes les misères physiques et morales. La France venait d^avoir son roi prisonnier ; la chrétienté tout entière n'était plus défendue contre les Barbares que par l'effort désespéré de la Hongrie. On avait vu des événements inouïs : le siège de Rome par un Bourbon, le schisme, la diète de Worms, celle d'Augsbourg, les anabaptistes,les communistes, la révoltede Luther, les bûchers de Servet et d^Étienne Dolet... Si du sein de ces désespoirs la chanson de la « dive bouteille » s'était élevée comme le hoquet d'ivrogne qui, « quand il a bien bu et bien mangé, veut que tout le monde soit content dans sa maison », Rabelais siégerait pour la postérité au banc des cyniques, entre Pétrone et Lucien.
Il a été élevéà la tribune desphilosophes, car son rire, au milieu de l'épouvante universelle, est un acte de courage, au milieu de la désespérance générale un acte de foi. Dans les ténèbres où il vivait, Rabelais
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a cru au règne futur de la Justice. Il l'a souhaitée, il l'a appelée. En l'attendant, il a pratiqué, — ne souriez point, — la religion de la souffrance humaine. La pitié débordait de son cœur. Il en a répandu le parfum autour de soi. Et c'est ce qui a mis sous son éclat de rire comme la sonorité d'un^violon.
... Cette musique divine que l'on ne perçoit point tout d'abord, étouffée qu'elle est par les bruyantes parades, on peut affirmer que Jules Garnier l'a entendue. C'est sa récompense d'avoir vécu des années dans l'intimité de l'auteur qu'il souhaitait illustrer un jour. Que de fois, pendant les solitudes de l'hiver, je me souviens d'avoir visité le peintre dans son atelier de campagne, où il s'enfermait douze mois l'an avec sa charmante femme, ses enfants et ses chevalets !
Il ne traînait jamais qu'un livre sur la table immense, encombrée par les dessins : le Gargantua ; mais ce bréviaire-là était corné, crayonné à toutes les pages. On
voyait bien qu'on n'y cherchait pas seulement un divertissement, une féerie, mais une nourriture de Pâme, une consolation de la vie violente, le secret de cette gaieté héroïque qui fait bon visage au prochain et refoule sa douleur en soi-même.
C'est parce que Jules Garnier avait, — selon le précepte du Maître, — « par curieuse leçon et méditation fréquente, rompu l'os et sucé la scientifique moelle de ces livres de haute graisse », que l'illustration en est si facilement née sous ses doigts.
Avec la liberté que lui laissait ce programme : « peindre d'après l'œuvre de Rabelais un certain nombre de toiles qui représenteraient dans leur ensemble la légende de Gargantua et de Pantagruel », il ne s'est pas préoccupé de suivre le texte dans sa rigueur. Il a été à sa volonté, selon l'inspiration, prolixe ou silencieux. Il s'est contenté de peindre les grands aspects du livre, la guerre, la table, l'amour, l'étude, la pitié, la mythologie*
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Dans les nombreuses occasions qu'il avait de montrer les deux géants en bataille, il a évité le plus qu'il a pu de leur conserver ces tailles surhumaines qui déséquilibrent la composition et nuisent au caractère. Il a gardé à Gargantua et à Pantagruel leurs encolures caricaturales, seulement quand cette disproportion physique était Texplication même de leur mouvement. {Par exemple^ dans Vhistoîre de Vinondation du parvis Notre-Dame et du vol de carillons.) Pour rhabitude, il s'est avisé que Rabelais oubliait à sa commodité la géanterie de ses protagonistes, — et il a fait de même.
D'autres occasions ne manquaient point d'ailleurs, — et celles-là plus plastiques, — d'étaler le triomphe de la chair rebondie, l'exubérance vitale. Il faut espérer que nulle pudibonderie ne reprochera à Jules Garnier d'avoir été aussi hardi, aussi bien portant, aussi gaillard que son auteur. Je vous le demande en vérité : serait-elle complète, une galerie rabelaisienne où pas un Père
Capucin, pas une gente dame ne montreraient leur « figure à s'asseoir », où les servantes de cabaret mettraient sur leurs gorges, rebondies comme des ballons, le mouchoir de Tartuffe ? C'est un bonheur qu'en ces temps oîi la vie fut si mauvaise pour l'individu, l'instinct d'amour ait été si fort. J'accorde que la délicatesse sentimentale n'eut pas grand'chose à voir dans ces roulées sur l'herbe qui suivaient les bombances. Paillardise ! direz-vous. Je le crains ; mais c'est peut-être à cette paillardise que la race dut alors de ne point finir. Et, ma foi, indulgent iam... pour le péché par qui je vis à l'heure qu'il est.
Quant à la facture de ces cent soixante toiles, ceux qui ont suivi le peintre depuis ses premiers succès y remarqueront sans doute un changement notable.
Il y a quelques années, Jules Garnier avait tout d'un coup changé sa palette. Pendant quatre ou cinq Salons, il se montra enfermé dans un parti pris de gris absolu.
Il était visible qu'il s'y plaisait. Il semblait n'en plus devoir sortir. C'était l'influence du paysage, de l'enveloppe d'air OLi il vit et peint d'habitude. Le pan de bois qui , au bord du Pavé des Gardes, entoure sa maison de campagne , abrite une mare d'une centaine de mètres carrés de superficie que l'on appelle la « Mare à Corot ». De fait, le vieux peintre vint souvent planter son chevalet sur ces bords. C'est un endroit délicieux. La lumière, qui tombe sur la mare comme par une large baie , fait sous les arbres un jour blanc, adouci, où tous les objets apparaissent enveloppés d'un fin brouillard.
Pendant des années, été comme hiver, Garnier a peint au bord de sa mare, prison-nier de ces gris délicats. Il était encore sous leur charme quand il a commencé son Rabelais. Mais, bien vite, devant la variété des sujets à peindre, son parti pris s'est dissipé. Il a senti que rien n'était trop chaud, trop vibrant, pour donner à telle
scène de la grande épopée pantagruélique le relief dont elle a besoin. Il s'est efforcé de revenir aux effets de pleine lumière, avec des nuances apprises dans sa retraite de grisaille.
Et voici que l'œuvre est finie. Comme toute vaillante entreprise, elle a grandi celui qui Ta osée, elle le laisse meilleur qu'elle ne l'a pris. Elle lui a donné à lui-même ce plaisir de progrès qui est la plus douce récompense de l'artiste. Que dire de la joie intime de voir enfin au soleil ce rêve si longtemps porté dans l'ombre de la pensée ! Ceux-là seuls le comprendront qui ont senti la mélancolie du poème de Sully-Prud'homme, où une statue restée dans le bloc poursuit l'artiste de ce reproche cruel : « ... Tu m'as vue, et tu ne m'as pas faite!
Juin i88g.
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2 5 décembre 1889.
Jules Garnier vient de mourir à quarantedeux ans, dans la force de l'âge, dans la fièvre du travail. Ses nombreux amis auront appris en même temps les nouvelles de sa maladie et de sa mort. Il a succombé en quelaues heures à cette grippe qui lait tant de ravages autour de nous. Un défaut de conformation — Fécrasement des poumons par la cage thoracique — rendait dangereux pour lui, plus que pour tout autre, les accidents de bronchite. Une congestion pulmonaire l'a emporté après une nuit de grandes souffrances supportées avec une résignation héroïque. Garnier a tout de suite senti qu'il était touché de la mort. Il a dit à son médecin qui lui promettait sa visite pour la journée :
— Je n'irai pas jusque-là.
Et à sa femme qui ne quittait plus son chevet :
— C'est fini : j'ai perdu la partie ; il faut que je paye.
Ses yeux regardaient tristement autour de lui. Son sacrifice fait, il regrettait de ne pas mourir dans sa maison de Bellevue, en face de ce bouquet d'arbres, à la lisière de ce bois qu'il a tant aimé, mais de finir dans un logis de hasard, un pied-à-terre où il était venu passer avec ses enfants les mois les plus rigoureux de l'hiver.
Depuis quatre années, nous vivions tout près l'un de l'autre, réunis par des travaux communs, par nos maisons des champs, par deux jardins que ne séparait aucune barrière. Nous formions là-haut, aux Bruyères, une petite colonie : le cousin de Garnier, le compositeur Henry Maréchal, passait tous les étés quelques mois avec lui dans les arbres. Garnier de son chevalet, moi de ma table de travail, dans le grand silence,
nous entendions le piano de Maréchal, qui a e'crit à Bellevue son opéra de Pinxîn. La chute de la lumière nous réunissait dans cet immense atelier, haut et sonore comme une église, dont le pauvre Garnier était si fier ; ou bien, on allait s'asseoir au bord de la « mare à Corot », cet étang que Garnier avait enclos dans son jardin.
Il apportait volontiers ses pinceaux, dans ce bosquet qui a fait le fond de nombre de ses toiles. Par les jours d'ardent soleil, quand les rayons perçaient la voûte des feuilles, mettaient des yeux de lumière dans l'herbe, il peignait là, le nu, en plein air, caché dans son fourré, avec une superstition païenne qui croyait vraiment à l'apparition de la Vénus sur le fond des clairières — avec un amour de la vie qui se réjouissait des arbres drus, des chevelures rousses dénouées sur lesépaules.
La semaine dernière, au coin de mon feu, il regrettait encore cette campagne où il avait passé tant d'hivers avec sa femme et
igS PORTRAITS DE CIRK.
ses enfants, dans le travail et dans la solitude. Nous faisions le projet d'aller ensemble voir comment les bois dorment le long du Pavé des Gardes, de cette route majestueuse des plateaux boisés, qui est encore pleine du bruit des carrosses du Roi.
C'était sa dernière visite. J'irai seul.
Il est bien vrai de dire que nous mourrons tous inconnus.
Peu d'hommes ont été si répandus dans le monde parisien que Jules Garnier, et c'était son innocent amour-propre de ne pouvoir faire deux pas sur le boulevard, dans un foyer de théâtre, partout où il y a foule, sans échanger un salut ou une poignée de main. Il comptait des camaraderies dans tous les mondes que lui avaient faites sa bonté, sa générosité, son obligeance toujours prête.
Ces relations dataient de sa jeunesse, du temps de ses premiers succès. 11 y a toute une génération d'artistes et d'hommes politiques qui se souviennent des soirées de la
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rue Bara ; le nord et le midi, les beaux-arts et le théâtre se rencontraient dans l'atelier deGarnier. C'étaient les beaux jours de la peinture ; il y avait table et réception ouvertes chez l'artiste, et, même plus tard, lorsqu'il eut fondé une famille entre sa femme et ses enfants qu'il adorait, il conserva cette âme de cigale, cette générosité aussi prompte que sa sensibilité était vive, une richesse que je n'ai jamais connue pareille à s'émouvoir de la douleur des autres, à se mettre en quête pour eux, à payer de son travail et de son effort physique, encore que le mouvement lui fût singulièrement pénible et que l'activité de son esprit l'abusât sur ses forces.
Le monde nous juge volontiers sur le masque que nous portons. Il ne prend pas la peine de regarder jusqu'aux âmes. L'altitude de Garnier était la gaieté perpétuelle : on l'avait étiqueté « joyeux » ; il s'était cantonné volontairement dans le rire ; il en avait fait sa province. Il s'était installé dans
l'épopée rabelaisienne comme un ermite dans une forêt. Il s'enivrait à cette lecture comme à un broc de vin. Il y adorait l'apothéose de la chair rebondie et saine, la luxuriance de la force, les appétits insatiables des géants, les grands coups d'épée et les amours de plein air, les batailles et les ripailles, le bruit sonore des chansons, la farandole des hommes d'armes, des frocs des belles filles, des gueux et des rois, — un rêve de vie surhumaine, tout en action, en mouvement, en passion, en éclat et en costumes.
Son œuvre est sortie de ces lectures pantagruéliques. On avait souvent dit autour de lui qu'il était né pour mettre Rabelais en images, pour nous donner, entre l'illustration fantastique et féerique de Gustave Doré et la formule caricaturale, si curieuse, de M. Robida, une succession de tableaux qui fût le commentaire plastique de Gargantua.
Aussi je vois encore sa joie, le jour où il
m'annonça qu'on lui offrait de brosser une série d'études rabelaisiennes, qui plus tard devaient figurer en gravures dans une nouvelle édition du Maître. Il fallait couvrir cent soixante toiles en quelques mois. Garnier ne fut point effrayé de cet immense effort ; j'étais là quand il mit sur le chevalet la première toile de sa série et quand il signa la dernière.
La facilité surprenante que le peintre avait pour grouper, pour faire grouiller la vie, trouvait ici une merveilleuse occasion de dépense. Et vraiment ce labeur fut prodigieux ; le seul tort des exposants ayant été de faire coïncider l'ouverture de leur galerie avec Tinauguration de TExposition universelle. On allait à la grande Foire, on ne s'arrêtait pas sur la route.
Je ne dis rien du travail qui avait uni nos efforts ; ce livre sur les acrobates auquel Garnier travaillait depuis trois années aura été sa dernière oeuvre et comme son testament. Il s'y était donné avec cette
bonne foi, cette joie, qui décuplaient ses forces, avec cet amour qu'il professait pour la vigueur corporelle et pour tous les spectacles de foule. Il est mort avant d'assister au succès qui lui était dû^ sur le remercîment de ses éditeurs et les compliments de quelques amis.
Il est bien difficile de mettre à sa vraie place un artiste qui vient de disparaître, de deviner par avance quelle philosophie la postérité tirera de son œuvre, à quels objets s^accrochera son souvenir.
Jules Garnier s'est acquis avec le Droit du seigneur^ le Supplice des adultères^ le Roi s'amuse^ le Libérateur du territoire, la Distribution des drapeaux et Borgia, une renommée populaire, une gloire de reproductions, de photographies, de lithographies, de contrefaçons. Je le dis pourtant comme je le pense, ce n^est pas en face de ces toiles que les délicats se souviendront de lui avec le plus d'émotion et de plaisir.
Le masque de rire était si bien soudé à
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la tête de Garnier qu'on Pavait tout à fait pris pour son visage et que lui-même peutêtre, pendant un temps, s'y est trompé. Pourtant, vers la fin de sa vie, il avait rencontré sur sa route un petit livre dont son âme tendre avait été bouleversée. L'éditeur Conquet avait remis entre ses mains la Princesse de Clèves et lui en avait recommandé la lecture en vue de Pillustration. Ce fut un coup de foudre, un coup de grâce, que je guettais depuis longtemps, car le secret de Garnier, ce n'était pas la joie, c'était la mélancolie.
Il la trouva dans ce roman délicat telle qu'il l'ensevelissait au fond de son cœur, telle qu'un ami de tous les jours pouvait seul la surprendre. Et c'était un sanglot sur cette brutalité de la vie que l'artiste faisait profession publique d'aimer, sur le triomphe inique, définitif de la force physique, de celle qui n'est pas mesurée à la vaillance des cœurs, à la noblesse des âmes...
Jules Garnier s'assit au chevalet dans cette
fièvre de sincérité douloureuse, et la suite de sépias qu'il a lavées pour la Princesse de Clèves le placent hors de pair. Je prie ceux qui parleront de Garnier ces jours-ci et qui veulent l'enfermer dans le scandale de son Borgia s'amuse^ de se souvenir qu'on doit la justice aux morts, de ne point oublier que l'éclat de rire de ce Triboulet — si souvent portraicturé par le rabelaisien — aboutit dans cet acte d'amour idéal, dans ce sourire de larmes.
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o,Jl n'y a pas longtemps que le grand M^ public connaît le nom de Rodin.
^JJ^ Aussi bien cet artiste, — aujourd'hui membre du jury de sculpture, — voyait-il ses envois, — comme le Saint Jean^ — refusés au Salon. L'éternelle histoire de Rousseau, de Millet, de Manet, qui triomphent à cette heure si victorieusement dans nos musées. Avant ce succès consolant, la vie de Rodin n'avait été qu'une longue et ironique leçon de patience. Refusé plusieurs fois de suite à l'Ecole des Beaux-Arts, il prit, à dix-sept ans, le parti de ne plus s'y présenter, mais d'apprendre le métier tout seul, dans le tra-
vail; à ses dépens. Lui-même, d'ailleurs, s'il eût tôt conscience de la sincérité de son rêve, ne se méprenait pas sur la valeur absolue de ses premiers travaux.
— J'ai été longtemps, me disait-il un jour dans son atelier du boulevard deVaugirard, qui, avec ses fragments de torses, ses membres épars, tordus sur la terre, perdus dans la poussière du plâtre, a l'air d'un champ de bataille sous* la neige, — j'ai été longtemps banal et froid. L'éducation conventionnelle que je n'avais pas reçue àPécole m'était tout de même entrée dans la cervelle par les yeux. C'est seulement entre trente et quarante ans que j'ai secoué ce mauvais joug, que j'ai pris mon rêve corps à corps et que je me suis battu avec lui.
La campagne, avec ses bêtes, ses arbres, le mouvement des gens qui passent sur la route, a été la vraie institutrice de Rodin. Un sculpteur belge, flairant son habileté de métier, se l'était attaché dans l'exécution d'importantes commandes d'Etat. De ce chef
Rodin a sculpté des groupes, des cariatides pour la Bourse de Bruxelles. Il a travaillé pendant des années à la décoration du palais du roi, du palais ducal, du Conservatoire. Entre temps, il passait des journées à errer dans cette belle et grasse campagne flamande qui a été si bonne nourrice d'artistes. La seule tentative que Rodin fit à cette époque pour arriver au grand public fut — - il avait alors vingt-cinq ans — l'envoi d'un buste, désigné sous le nom de l'Homme au ne:{ cassé dans le catalogue complet de son œuvre. Le buste fut refusé. Pour s'éviter de nouveaux déboires, Rodin attendit jusqu'à trente-sept ans avant de tenter le sort une dernière fois. Il apportait alors une statue, qu'on a pu voir au bas de l'escalier du musée décennal. C'était une figure debout, dans l'attitude de la douleur. Cela s'appelait VAge d'airain. Du coup, l'attention des connaisseurs fut émue.
— De ce jour, m'a dit autrefois Rodin, a commencé à se rallier autour de moi ce
parti d'amis, — artistes, amateurs, gens de lettres, — qui m'a aidé à me faire ma route. Onvenaitde traverserune époque depédanterie où le style seul avait eu des dévots. J'arrivais avec un amour sincère, passionné, unique de la vie. C'a toujours été pour moi l'école, la règle. Encore aujourd'hui, quand j'ai bien rêvé à ma figure, quand j'ai arrêté dans mon esprit songeste, toute son attitude, il m'arrive bien souvent, en face du modèle, que j'ai tâché de faire entrer dans cette pose, de modifier unepartie de mon projet poursuivre l'indication que la nature me donne. Je n'ai jamais eu à regretterces docilités iLavie, voyez-vous, c'est le plus surprenant de tous les mirages,, on y voit tout ce qu'on veut.
Il faut ajouter ceci : le goût de la nature est si fort chez Rodin, que, petit à petit, il purge l'artiste de cette mélancolie qui voilait comme d'un crêpe de deuil ses premières imaginations. Jelui ai entendu dire:
— J'ai fini par aimer la vie assez pour ne plus être triste.
Dans la lutte pour traduire cette vie dans la variété et dans les nuances de ses manifestations, le statuaire est plus que tout autre obligé de posséder son métier en perfection. Vous venez de voir que Rodin avait appris le sien à la meilleure de toutes les écoles, dans une longue expérience de praticien. De fait, il a exposé à la galerie Petit un fragment de corps d'homme, le Torse d^ Hugo lin, qui est un « morceau » parfait. Il estcélèbre dans les ateliers. Le public, moins initié, l'a regardé pourtant avec admiration.
C'est un bon exemple des qualités d^expression qu'un statuaire inspiré peut mettre dans n'importe quelle partie de sa « figure ». Aujourd'hui que nos artistes sont franchement revenus au rêve païen, mais avec une érudition plus profonde, chrétienne, des drames intimes de la conscience, on lutte plus que jamais pour exprimer dans les pÎQshumbles détails du mouvement la préoccupation actuelle de l'âme. La pensée circuJe à travers le marbre, qu'elle anime en
toutes ses parties d'une vie individuelle.
Sans plan préconçu, sans théorie débattue sur des divans d^atelier, Rodin est entré plus avant que personne dans ce besoin d'imprimer à des formes plastiques le caractère de la pensée et delà tendresse modernes.
Cette supériorité éclate à tous les yeux en face des morceaux vraiment choisis qui furent exposés chez Petit, dans la galerie. C'est, parmi les marbres, une Galathée encore à moitié prise dans la pierre, et qui symbolise les joies de l'ébauche, cette seconde où l'artiste voit la forme rêvée qui commence à poindre, avec l'espoir de la pousser jusqu'à la perfection; c"'est une Tête de saint Jean sur le plat, toute tiède de vie, telle que Flaubert Fa montrée dans le festin d'Hérodias ; c'est une Satyresse ; c'est surtout une Walkure, une de ces déesses qui, dans la chevauchée de Wagner, viennent lancer le farouche : g 0-hi-ô-ô ! » La petite tête casquée est bien celle d'une
vierge : l'amour et le désir sont absents de ce visage ; mais la vigueur ambiguë du cou, les attaches de la poitrine, l'enveloppe des mâchoires, la moue terrible de la lèvre, le pli des sourcils sur les yeux, l'immobilité du regard attaché à la terre, tirent cette figure de Thumanité. Si bien que le trouble vient à trouver dans cette stupeur du marbre tant de vie expressive ; et dans le cauchemar qui se lève, on se détourne avec un commencement de terreur, pour voir si ce fixe regard de déesse ne se va pas baigner dans quelque flaque de sang.
A côté de ces morceaux d'une perfection achevée, Rodin expose un assez grand nombre de figurines dont il s'est débarrassé, chemin faisant, dans le rêve vraiment gigantesque de cette Porte de VEnfer qu'il exécute d'après le livre du Dante. J'ai connu un temps où les murs, le parquet de l'atelier, les selles, les meubles étaient couverts de ces petits corps de femmes, nus, tordus dans les poses de la passion et du désespoir.
Rodin était alors sous l'influence toute récente du livre de Baudelaire. Il en paraissait enivré. En foule, avec une rapidité de création spontanée, d'innombrables femmes damnées naissaient, palpitaient sous ses doigts, quelques-unes pour vivre uneheure, pour rentrer dans l'épaisseur de la glaise remaniée, d'autres que nous n'avons pas voulu laisser mourir et que, nous, les amis, nous avons baptisées au passage, Phryné, Hero, Sapho, Elise^ Phèdre, toutes les victimes de la légende amoureuse, toutes les damnées qui fuiront éternellement « cet infini qu^elles portent en elles ». Un jour ou Tautre, comme un coup de vent qui ramasse les feuilles tombées sur la terre, Timagination de Rodin soulèvera toutes ces formes et les poussera à l'escalade de sa Porte : mais avouez que nous avons bien fait de décider l'artiste à exposer ces figures telles qu'elles sont à cette heure, avec leur linceul d'ébauche, plus effrayantes peut-être et plus suggestives dans l'indication de leur geste
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essentiel, que dans la perfection de travail qui les achèvera.
Et si vraiment vous souhaitez vous rendre compte delà souplesse du talent de Rodin, reposez vos yeux troublés de cette vision des amours damnées sur de chastes figures, comme les maquettes mthiilées Tombée d'une âme dans les limbes, V Idylle, le groupe qui fut la pièce la plus considérable de cette exposition de Rodin : les Bourgeois de Calais.
C'est la ville de Calais qui a proposé le sujet à Tariisie. L'œuvre seraérigéesur cette place de la Poste qui domine Saint-Pierre, là où s'élevaient les anciennes fortifications.
Rodin avait réclamé le droit de suivre son inspiration sans contrainte, et voici le moment qu'il a choisi :
Les six bourgeois sont montrés à la minute où, après leur délibération héroïque, ils sortent devant la foule en chemise, la corde au cou. Le centre de la composition est occupé par un vieillard, « le Saint-Pierre,
m'a expliqué Rodin, celui qui a été Tâme du sacrifice, qui a dit aux autres : Il le faut. » Et cette pensée est encore commentée par le geste d'un des condamnés volontaires, qui pose sa main sur l'épaule du vieux, comme pour chercher en lui son appui et sa force. Un autre a la tête cachée dans les mains. Après la décision héroïque, après l'acte surhumain, la nature pour un instant reprend ses droits, et cette faiblesse de la chair émeut aux larmes. Un autre se détourne un peu, la main sur les yeux. On dirait qu'il y a là, devant lui, un visage qu'il ne veut point voir, de peur de perdre son courage. Un autre tient sa tête levée ; ses mains, dans un geste d'agonie, serrent les clefs de la ville ; ses yeux vides regardent au loin. Il est déjà en pensée au pied du gibet. La contraction du dernier spasme convulsé son visage. Un autre ouvre les mains. C'est le martyr. Il rend témoignage. « Oui, nous avons fait cela. C'était le devoir. » On sent qu'il parle à la foule.
— A cette foule qui entoure le groupe, m'a dit Rodin, et qui n'est pas seulement composée des gens qui se trouvèrent là, ce jourlà, mais de nous tous, de ceux qui lisent leur celle action.
Je ne parlais point, pris aux entrailles, comme si j'avais été vraiment un témoin de ce sacrifice.
Rodin continua :
— On m'avait demandé des gestes de Marseillaise. J'ai refusé. J'ai voulu montrer mes bourgeois se sacrifiant simplement comme on faisait dans ce temps-là, sans signer son nom.
Ce mot-là peint le caractère de Rodin mieux qu'une biographie. Et comme cette simplicité de cœur est, un don qui se fait rare, l'artiste ne se fâchera pas que je vous contenue anecdote qui vous fera connaître, tel qu'il est, cet homme d'autrefois.
C'était au moment où la lecture de Baudelaire passionnait Rodin, avait pris sa pensée. Un jour, vers midi, le domestique d'un
2l6 PORTRAITS DE CIRE.
de nos amis communs voit arriver un homme à longue barbe, en vêtements d'ouvrier, tout souillé de plâtre, et portant une statuette dans ses bras.
— Vous direz à monsieur que c'est le sculpteur.
Mon ami, croyant que c'était quelque praticien, achève tranquillement de déjeuner. Quelle n'est pas sa stupéfaction lorsque, entrant dans l'antichambre, il se trouve en face de Rodin...
— Gomment, dit-il désespéré, c'est vous ! On vous a fait attendre.
— Mais je n'ai pas attendu, répond l'artiste.
Il avait posé sur un meuble la petite damnée qu'il venait d'achever et qu'il apportait en présent à son ami. Il la couvait d'un regard paternel. Il ne s'était pas aperçu que l'aiguille faisait, pendant ce temps-là, un bon tour de pendule.
m-^mwèmm^d0êmdi^
jlSjEsuis de ceux qui passent plus de temps à battre le pavé qu'à déchif-
!^J^ rer des grimoires. La rue parisienne est le seul livre que je lise sans trêve. J'aime dans Chéret Thomme qui a glissé des images entre les feuillets de mon bréviaire, le magicien qui, des milliers de fois, pendant ces pénibles trajets d'hiver qu'on fait d'un bout de la ville à l'autre, inerte comme un colis, roulé dans un coupé, — m'a réveillé tout d'un coup avec la fanfare joyeuse de ses claires affiches et m'a fourni un clou brillant, pour accrocher une rêverie.
Il faut revenir des pays du soleil pour apercevoir combien le décor de Paris est
dans la grisaille. C'est une aventure infiniment rare que d'y rencontrer une tache de rouge ou de jaune vraiment franche. Les maisons sontdelacouleurdu pavé, d'un blanc sale ; les passants portent la livrée noire, ou grise^, ou bleu déteint; et l'on ne s'explique pas pourquoi le Français s'entête à cette tristesse des étoffes et des rechampis, quand on voit quelle gaieté mettent au printemps dans la rue les voiles en mousseline de la première communion, quelle chaleur un store bariolé, un rideau d'andrinople tombé derrière une vitre, apportent à la solennité des moellons. Pourquoi ne pas emprunter aux Flandres, à l'Espagne, cet éclat des petits carreaux en faïence qui décorent si pittoresquement les façades? Au moins, pourrait-on imiter le colombage normand et ce petit trait de vermillon ou de vert-pomme dont les peintres de Cadix soulignent les moulures des maisons. C'est un grand péché que de n'avoir point fait de Paris une ville polychrome, de n'avoir laissé chanter aucune
couleur vive dans cette enveloppe lumineuse, si transparente, si fine, si vibrante, et qui ne demande qu'à s'égayer.
Reste le mur aux affiches.
Là encore, nous avons été pendant longtemps des écoliers. On peut le dire très haut, — car cette observation tourne en somme à notre honneur, — l'art de la réclame, sous toutes ses formes, est chez nous une importation étrangère. Les mots ont en français un sens trop précis pour qu'on puisse en abuser sans tomber dans le ridicule. « Putfisme » est un terme qui n^a pas dans notre dictionnaire de synonyme exact. D'autre part, Tesprit soupçonneux, l'honnête vigilance des anciennes corporations avaient tenu l'annonce et la réclame bâillonnées ; on les considérait comme des moyens de concurrence déloyale. Pour l'affiche en particulier, elle a été longtemps étouffée par l'existence des crieurs, fonctionnaires publics assermentés qui annonçaient les actes officiels, les ventes de marchandises^ les objets
perdus, les enterrements, les convocations, les réunions de confréries. Sous Louis XIII, — cent soixante-treize ans après la première impression de livre à Paris, — le roi voulait encore que ses ordonnances fussent « publiées par tous les carrefours de la ville et faubourgs, à son détrompe et cris publics. Et, néanmoins, qu'on les attachât en un tableau, escrites en parchemin et en grosses lettres, en tous les seize quartiers de ladite ville, es lieux les plus éminens et apparens d'icelle, afin qu'elles fussent connues et entendues ».
Même au milieu du dix-huitième siècle, les ordonnances royales, les arrêts de Parlement, les sentences de police n'étaientjamais affichés « qu'au préalable la lecture et publication n'en eussent esté faictes par le juré-crieur et les jurez-trompettes de la Prevosté de Paris ».
M. A. Franklin a découvert, dans le Livre commode pour i6p2, la mention des sieurs La Folie et Thévenot qui « affichent pour
le public » ; mais le corps des afficheurs ne fut organisé que beaucoup plus tard par un règlement du 1 3 septembre 1722. Les statuts qui le régissent témoignent qu'une exacte surveillance était exercée sur ces dispensateurs de la réclame ; leur nombre étaitlimité à quarante; ils étaient nommés par le lieutenant général de police sur la présentation du syndic de la librairie ; ils devaient savoir lire et écrire pour porter la pleine responsabilité de leur affichage ; il leur était interdit de placer sur les murs des églises ou des couvents aucune « affiche profane », aucune pancarte annonçant des publications de romans ou des représentations de comédies. La Révolution affranchit l'affiche de ces gênes ; elle lui donna toute liberté d'accrocher l'œil du passant par d'ingénieuses dispositions de texte et de couleurs, et permit du même coup à cette industrie populaire de devenir une branche originale des arts décoratifs.
Ce fut pourtant d'Angleterre, et seulement
dans la seconde moitié du siècle, que le placard en couleurs nous vint, apporté par un jeune Français qui a prisTafficheau balbutiement de l'enfance et qui l'a transformée par la grâce d'un don exceptionnel.
Jules Chéret était sorti de l'école à douze ans pour gagner sa vie en écrivant chez des lithographes. Il passait sa journée à fabriquer des étiquettes, à écrire des mots à Tenvers pour l'impression. Et il dépensait tant d'heures, tant d'attention soutenue dans ce labeur stérile, que, le soir venu, il ne se sentait plus la force de fréquenter les écoles de dessin. Son regret était d'autant plus vif que le fusain remuait déjà joliment au bout de ses doigts.
Il prit un grand parti : il se leva de son pupitre de lithographe et traversa le détroit pour aller tenter fortune chez les Anglais, avec son crayon en bandoulière.
Il connut là, pour son bonheur, un homme de grand mérite, à qui, dans sa fortune actuelle, Jules Chéret a gardé le plus recon-
naissant des souvenirs. C'était un industriel français, mort aujourd'hui, M. Rimmel.
Tout le loisir que laissait le commerce de la parfumerie était employé par cet homme de goût dans des travaux de littérature et d'art. Il possédait à fond les deux langues et avait traduit en perfection une partie des drames de Shakespeare. M. Rimmel s'intéressa aux travaux de Chéret, qui dessinait des shon^- Ci^r^^poursa maison de commerce. C'étaient des corbeilles de fleurs que le jeune décorateur exécutait d'après nature, des apothéoses d'alambics, de flacons de cristal, de parfums symbolisés par des génies diaphanes qui s'envolaient des coffrets.
Dans ce travail quotidien qui suffisait à le faire vivre, Chéret apprenait à dessiner; il acquérait cette sûreté de main qui lui permet aujourd'hui d'esquisser du premier coup sur la pierre, en formules larges, à la japonaise, les personnages de ses affiches.
On venait justement d'inventer des machines pour imprimer en couleurs, à bon
marché, dans les grands formats. Chéret, qui avait eu du succès avec des placards dessinés pour la porte de Covent Garden, proposa à M. Rimmel d'aller acclimater en France cette réclame coloriée du mur, que personne n'y cultivait. Le parfumeur fit les fonds, et Paris, tout surpris, s'arrêta un beau matin de 1866 devant la grande affiche de la Biche au bois, qui éclatait comme unejoyeuse fanfare de chasse dans la monotonie noire des encres de presse. On pourrait retrouver un fac-similé de ce placard devenu rare et aujourd'hui recherché des collectionneurs dans le beau livre que M. Ernest Maindron a publié sous le titre : Les Affiches illustrées ; — un monument pieux, élevé à la gloire de Chéret par un admirateur, devenu son ami. On retrouve là toute la série de ces compositions charmantes, que, depuis vingt ans, nous avons vues passer sous nos yeux. C'est toute la vie contemporaine que ce fresquiste a fait défiler sur les murailles, une brillante des-
cente de Gourtille, la ronde du Paris qui s'amuse, aperçue à travers un le'ger nuage où le plaisir perd sa brutalité réelle de mouvements et de gestes, où la « fête » devient un spectacle de féerie qui ne remue chez personne l'amertume ni l'envie. C'est le Moulin-Rouge vers qui se hâtent les petits ânes, les Folies-Bergère, l'Hippodrome, les Tziganes, Paris-Anvers, les Montagnes- Russes, la Foire de Séville, les entrées de clowns ; toutes les kermesses, toutes les farandoles, tous les rendez-vous de danse, de musique, d'éclats de rire. Aussi bien Chéret est-il le dernier des lyriques.
On m'a affirmé que feu Théodore de Banville rencontrait véritablement des pierrots avec leur farine, en dehors du carnaval, surles trottoirs de l'avenue de l'Opéra, et que des fées venaient lui apportera son goûter les confitures qu'il aimait. L'horrible clameur de la rue moderne, le « couac » déchirant des tramways ne parvenaient pas à réveiller le poète de son rêve italien. La
récompense de M. de Banville était celle de tous les honnêtes gens qui s'entêtent dans leur foi : il voyait ce qu'il voulait voir.
De même Ghéret croit sérieusement que d'enivrantes créatures couleur des roses, vêtues d'une mousseline plus impalpable que les toiles d'araignée, sortent des bouteillesà Champagne, où elles font des pointes, une seconde, sur le bout du goulot, avant de disparaître dans une fusée de mousse. L'œil de l'artiste s'est tant grisé devant les apothéoses de Tiepolo, dans l'irréel des voyages à Gythère dont le souvenir tapisse en vieilles gravures les quatre murs de son petit atelier, que les vilaines lois de la pesanteur n'existent plus pour lui. Il croit aux a corps glorieux » portés sur les nuages d'aurore. Et ce ne sont point de froides divinités païennes, classiques, lourdes comme le marbre, qu'il fait voguer ainsi en bulles de savon, au souffle de sa fantaisie, dans son ciel de décorateur ; c'est la Parisienne d'aujourd'hui, avec ses divines toilettes.
c'est le « copurchic » avec son frac, son monocle, sa canne et ses souliers trop longs, c'est, dans la demi-nudité de ses maillots, la danseuse, la petite figurante de théâtre, celle qui n'a rien à chanter, qui lève les bras, qui ouvre les yeux tout grands et qui sourit.
Le sourire, voilà le lien deparenté de tous les enfants de Chéret. Sa vraie signature, c'est ce petit coup de pinceau vermillon qui raye la farine des pierrots et la poudre de riz des joyeuses.
L'artiste m'a dit un jour :
— Ce que j'aime le plus au monde, c'est un bouquet de fleurs. Je ne connais rien de plus beau. Je voudrais peindre des femmes pareilles à des fleurs.
Et il y arrive, en ne leur donnant presque pas d'âmes, en faisant d'elles un contour éclatant, harmonieux avec le fond du décor et avec les a valeurs » voisines. Il ne veut à ses rieuses d'autre pensée que cette gaieté dont on dit qu'elle allume les yeux. Il se garde bien de faire, à propos d'elles, le rêve
macabre de son ami Willette, qui voit toujours la mort invisible ménétrier des danses. Quoi donc 1 ces orbites se videront, de leur flamme, et Thorrible rictus des crânes de cimetière se cache derrière les lèvres en fleur ? Quoi donc ! il ne restera pas plus de trace de ces beautés, de ces grâces, de ces amours que de la valse finie ? Pourquoi attrister notre joie, pendant qu'elle dure, de ces inquiétudes du lendemain ?
EtChéret fixe son rêve, à la minute de la joie, avant l'ivresse, dans la griserie, à cette seconde de demi-conscience où chacun, encore maître de soi, sent que son âme va lui échapper, pour aller former une parcelle de rame confuse du bal.
On ne résiste pas aux magiciens : je me suis laissé emporter par Ghéret dans son gracieux pays d'illusion, et moi aussi j'ai fait un rêve.
Je venais d'hériter d'un oncle d'Amérique et je me bâtissais un hôtel. Oh ! un modeste hôtel d'homme de lettres, la maison qui ne
s'ouvrira qu'aux amis. — Je priais Willette de décorer mon oratoire, et Ghéret de peindre toutes les autres murailles, tous les autres plafonds de la maison. On était reçu à la porte par tous les valets et par toutes les servantes de la comédie italienne. Ils vous accompagnaient jusqu'au haut de l'escalier, jusqu'à la porte du salon, qui, naturellement, était plein de fleurs et d'amours. Pour le cabinet de travail. . .
Mais, au fait, à quoi bon vous conter ma folie jusqu'au bout? Je n'ai point d'oncle d'Amérique et j'ai passé l'âge où je pourrais m'en découvrir.
Du moins, vous autres qui avez déjà hérité des vôtres, accueillez favorablement mon idée. Je vous la donne pour rien, à charge de m'inviter, une seule fois, quand les fresques seront sèches, le jour où vous pendrez la crémaillère...