MELCHIOR DE VOGUÉ
^ONsiEUR Melchior de Vogué a parlé quelque part — n'est-ce point dans 'U£JS^ son Roman Russe ? — des nombreuses lettres de jeunes gens qu'il reçu^ après la publication de ses articles sur Dostoiewsky et Tolstoï, après les explications qu'il a données sur le mysticisme russe et sur la religion de la souffrance humaine. Elles respiraient, ces épîtres, écrites avec une sincérité de confession, au sortir d'unelecture tiévreuse, cette émotion spéciale qui bouleverse les incroyants, subitement conquis à la foi qui les envahit comme une ivresse, qui les jette hors d'eux-mêmes. Et vraiment, M. Melchior de Vogué a été pour
notre jeunesse lettrée, si éprouvée par les doctrines pessimistes, si tristement convaincue de l'inutilité de tout effort, un missionnaire, un ouvreur de voie inexplorée dans laquelle on s'est précipité derrière lui.
Je ne crois point que l'on se rende encore très exactement compte dans le public de ce changement survenu dans les opinions littéraires de la jeunesse. Aussi bien ellemême en est-elle encore au désordre intellectuel, lié à toute révolution intime. Cette crise d'âme n'a pas eu le temps de se manifester par des œuvres extérieures. On apercevra seulement cettelueur encore vacillante, quand auront fini de s'éteindre les bûchers où nous brûlons ce que nous avons adoré. Parmi ces autodafés, celui qui flambera le plus haut aura sans doute été allumé pour détruire la préface que Gustave Flaubert a mise autrefois aux « Dernières Chansons » de son ami Louis Bouilhet. Tous les hommes de vingt-cinq à trente-cinq ans qui, à cette heure, tiennent une plume, ont été,