PUVIS DE CHAVANNES
'ai rencontré Pavis de Chavannes à
une heure de crise» Je venais de débarquer à Paris. Je souffrais de la grande ville, de la mer qui me manquait, de régoïsme bousculeur de la foule sur les trottoirs, de mon cœur trop gonflé de jeunesse, de ma destinée encore obscure.
Pour voir le ciel, pour aspirer de l'air, j'escaladais les monuments, je montais sur les tours, sur les arcs, sur les clochers. Je regardais le soleil se coucher sur la nappe des toits, houleuse comme l'Océan.
Et ce fut ainsi, un soir, au Panthéon, presque au dernier rayon du jour, que, dans un cadre de colonnes corinthiennes, j'eus
la fraîche apparition de la petite sainte Geneviève de Puvis de Ghavannes.
Au pied de son arbre, les mains levées, elle priait, innocente et blanche comme ses agneaux. Ses parents, un peu niais, simples comme elle, la présentaient au bon évêque- Et il y avait sur tous les visages Témerveillement des destinées prophétisées. Gependant des femmes, à droite, trayaient des vaches, des hommes, à gauche, manœuvraient une barque lourde. Dans le fond, en large ceinture d'azur pâle, derrière la transparence d'une oseraie, coulait la Seine, antique nourrice de l'Ile-de-France. Et de tout cela se dégageait une paix de foi primitive, une douceur reculée. Tous ces personnages, tout ce décor ayant l'inconsistance, l'ingénuité de la vision d'une enfant d'école, subitement levée au milieu d'une lecture extatique de la Vie des Saints.
Le jour finissait ; les gardiens me renvoyèrent. Mais de celte entrevue première avec la fresque, j'emportais une joie inexpri-