CABANEL
E wagon drapé qui emportait M. Alexandre Cabanel vers une tombe méridionale a été salué à son départ avec la solennité convenable.
Soyez sûrs que, si à ce moment on avait soulevé le couvercle du cercueil, M. Cabanel nous serait apparu dans son dernier repos, peu différent de ce qu'il était dans ces dernières années.
Pour ma part, je n'oublierai jamais l'impression extraordinaire que me causèrent son attitude et sa parole, lors d'une visite que je lui fis, au mois de décembre 1887. Vous souvient-il de la rumeur qui s'élevait alors dans les ateliers ? Les peintres s'étaient
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réunis en congrès pour ]a réélection des « Quarante » et des « Quatre-vingt-dix » représentants qui administrent leurs intérêts. On menait violente campagne contre Tembrigadement des ateliers. On révélait des secrets de coulisse qui semblaient mettre l'impartialité des professeurs de l'Institut dans une lumière fâcheuse. Pour couper court à tous les abus, les plus hardis allaient jusqu'à demander la suppression des récompenses. Ce fut une pierre énorme jetée dans la mare aux grenouilles.
J'allai trouver M. Gabanel afin de lui demander son avis sur ces mesures révolutionnaires.
— C'est vous, Monsieur, me dit-il, dès que je franchis le seuil de son atelier, qui avez écrit l'autre jour cette phrase : « L'art n'est ni une carrière ni un gagne-pain, c'est une vocation. » Il y a aussi des gens qui prétendent que l'on doit faire des soldats avec les séminaristes pour éprouver leur foi. Le jour où vous seriez les maîtres,