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Bologne, 1572, chez Pelegrino Bonardo

taine Camille, qui buvait, battait, jurait, se moquait du platonisme et avait, par-dessus le marché, le cerveau fêlé. Nous pouvons abandonner les religieuses de Saint -André à ses soins indulgents, assurés que nous sommes qu'elle n'en exigera pas de trop grands efforts d'ascétisme.

Tandis que les sept péchés capitaux faisaient leur rentrée triomphale sous l'égide de la mère Camille, la mère Félicie, tout à fait découragée de l'humanité par cette dernière expérience, se préparait à subir les vengeances dues à sa tyrannie et achevait d'user ses yeux dans les larmes. Ne pleurait-elle que sa jeunesse manquée et son amour déçu, ou les pensées sérieuses étaient-elles venues avec les cheveux gris et regrettait-elle sa réforme avortée, le temps mal employé, la longue préférence donnée aux choses humaines sur les choses divines? En Tabsence de renseignements précis, nous lui laisserons le bénéfice du doute. La Vie s'arrête tôt après l'avènement de la gaillarde mère Camille. Nous savons seulenaent, par d'autres documents, que Félicie Rasponi mourut à l'âge de cinquante-six ans, en 1579.

Nous n'avons pas les mêmes incertitudes sur Tétat d'esprit où le dénouement mélancolique de rhistoire a laissé sœur Séraphine.

Une fille de sa trempe reste fidèle à ses idées, quoi qu'il arrive, sans s'inquiéter des accidents qui paraissent lui donner tort. La vie humaine, dit-elle quelque part, est comme le jeu de dés ; quand on n'a pas la chance pour soi, il faut y suppléer par le J)ien joué.

Félicie n'avait pas la chance ; elle a mal joué et elle a perdu la partie. Qu'est-ce que cela prouve? Il n'en est pas moins vrai que réformer un monastère est bien ; qu'avoir un amoureux qui ne vous quitte pas est mieux; que Dieu est si juste qu'il comprend que tout est de la faute d'Adam; et que si le bien joué ne suffit pas, dans la vie, il faut tâcher de tricher un peu.

Morale facile, dira-t-on. Morale du temps, répondrons-nous. Autant l'idée qu'il existe un bien et un mal est immuable chez l'homme, autant les opinions ont varié et varient encore, suivant les époques et les latitudes, sur ce qui est le bien et ce qui est \emal.

Ce n'est pas, assurément, médire de TÉglise catholique, c'est plutôt rendre hommage aux progrès dont elle a été, en défmitive, l'instrument, que de rappeler les variations et les défaillances qu'a subies, dans le cours des siècles , l'idée monastique. Le couvent de Saint-André, nous l'avons déjà dit, ne faisait que suivre le courant général de son époque, et la conduite qu'on y tenait n'était ni plus ni moins scandaleuse que la conduite de tel monastère de filles nobles, en France ou ailleurs. La complaisance du cardinal d'Urbin dans l'affaire de la réforme en témoigne. La facilité avec laquelle il laissa détruire l'œuvre de la mère Félicic après l'avoir appuyée prouve qu'il y avait vu plutôt une fantaisie louable qu'un devoir étroit. Il serait donc tout à fait injuste de juger selon les règles épurées de la morale ecclésiastique moderne le gracieux trio dont nous devons la connaissance à M. Corrado Ricci. Sœur Séraphine, sœur Aurélio et mère Félicie étaient de bonnes religieuses selon leur temps; nous n'avons pas le droit de leur en demander davantage et (le les rendre responsables de ce qu'en

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leur temps on était bonne religieuse à peu de frais. Qu'elles fussent, de plus, selon les idées de tous les temps, des femmes charmantes, c'est à quoi ne contredira point quiconque aura lu la Vie. Elles ont un mélange de naïveté et de rouerie qui les rend délicieuses, et un naturel en toutes choses, même dans la rouerie, qui achève de séduire. N'essayons pas de résister au charme, ce serait plus que de la pédanterie, ce serait un anachronisme. Le père Benedetto Fiandrini, qui savait son histoire, l'avait bien compris lorsqu'il écrivait sur le manuscrit de sœur Séraphine : « Lisez et ne vous scandalisez pas! »

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