M. Mcnondoz v Pclavo
n revanche, quand il avait daigné étendre sa lain sur vous, de quel bras, avec quelle fidèle invincible, il vous soutenait et vous emporlil ! Dans la Dévotion à la croix y de Calderon, n scélérat chargé de tous les crimes ressusile afin qu'il puisse recevoir l'absolution et Ire sauvé, parce qu'il est né devant une roix, dont le signe est allé s'imprimer sur sa oitrine. Dieu avait signé un billet; il a voulu lire honneur à sa signature. Il n'était pas iisqu'à la récompense offerte à ceux qu'il ppelait qui n'effray&t en même temps qu'elle ttirait. La récompense était un mysticisme donner le vertige, dont on se racontait tout las, de peur de l'Inquisition, qui se défiait les miracles , les terreurs sacrées et les joies ublimes. L'Espagne était en train d'enfanter a grande école des Juan d'Avila et des juis de Grenade, qui produisit plusieurs miliers d'ouvrages en prose et en vers; et l'âme les élus se sentait enlever, de degré en degré, Textase en extase, jusqu'à l'union intime ivec son Créateur; mais c'était d'ordinaire au )rix d'indicibles souffrances.
Thérèse de Ahumada était trop intelligente
pour ne pas discerner que la fête céleste à laquelle elle était conviée serait durement achetée. Elle résista à la vocation. Son père l'ôta du couvent à seize ans et demi, la promena, Famusa. Aux grandes raisons importantes qui lui faisaient redouter l'état religieux s'enjoignaient de petites : elle avait une peur physique des austérités, et les livres de piété l'ennuyaient. D'un autre côté, elle était poussée vers le cloître, en dehors de la vocation, par un sentiment que plusieurs femmes comprendront. Elle était d'un* caractère trop indépendant pour se marier. Obéir à Dieu, passe encore; mais à un homme! Une de ses contemporaines, la noble Catherine de Sandoval, dira « qu'il y a de la bassesse à s'assujettir à un homme », et entrera au Carmelpour échapper à cette honte. Thérèse de Ahumada n'était pas éloignée de penser de même et, avec le bon sens dont toute son imagination ne viendra jamais à bout, elle voyait bien qu'en dehors du mariage il n'y avait pas de place souhaitable, dans une société organisée comme la sienne, pour une fille sans mère, belle, spirituelle et impatiente du frein.
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Elle finit par demander à son père la permission de prendre le voile. Don Alphonse refusa. Elle lutta encore, mais Dieu la tirait. Le 2 novembre 1533, elle se leva de grand matin et s'en alla, avec une douleur effroyable, se jeter dans le couvent des carmélites de rincarnation , en dehors d!Avila.
« Il me semblait, raconte-t-elle , que mes os se détachaient les uns des autres. »
L'apaisement se fit à l'instant, en revêtant la robe des novices, et le bonheur Tinonda. A qui ne comprend pas ces choses si particulières, peu accessibles par la seule intelligence, nous citerons le cri de triomphe poussé par Thérèse de Ahumada quelques mois plus tard, après avoir prononcé ses vœux : « Je n'avais pas encore vingt ans , et il me semblait tenir sous mes pieds le monde vaincu. » Je ne sais, mais cette ligne est pour moi comme une porte ouverte sur un monde où les règles habituelles delà conduite humaine ne sont plus de mise, où ce que nous appelons sagesse et folie reçoit d'autres noms, en vertu de jugements qui nous échappent, où les choses et les mots ont un autre sens, et
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OÙ rhomme de peu de foi, lorsqu'il hasarde une opinion, est semblable à celui d'entre nous qui essayerait d'appliquer nos procédés de mesure dans l'espace à quatre ou cinq dimensions.
Pendant près de vingt ans, la sœur Thérèse se contenta d'être une bonne religieuse selon le XVI® siècle. Les prières Tennuyaient décidément. « Pendant des années entières, écritelle, j'étais moins occupée du sujet de mon oraison que du désir d*entendre Thorloge sonner la fin de Theure consacrée à la prière. » Très proprette, elle savourait les joies du balayage. Ce n'était point pour elle des joies ordinaires. A défaut d'autre titre, elle aurait mérité d'être la sainte du balai. Tant qu'elle put remuer, elle rangea, nettoya, lava, épousseta, trotta en faisant la guerre aux araignées et aux serviettes sales. Devenue la grande réformatrice avec qui le roi et le nonce comptaient, ell(» suppliait le provincial de ses
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qui ne disparut qu'au bout de plusieurs années, et diverses infirmités pénibles qui ne la quittèrent jamais et dont ses couvents profitèrent; elle eut sur Thygiène, sur les relations entre le corps et Tesprit en général et, en particulier, entre certains phénomènes de haute spiritualité et les excès de jeûnes et de veilles, des idées que ne désavouerait pas un de nos physiologistes modernes.
Don Alphonse mourut en 1541, soigné par sa fille. Il avait passé ses dernières années dans une grande intimité avec elle, de plus en plus frappé du jugement et de la capacité qui se développaient chez cette petite nonne, au fond de sa cellule, et prenant Thabitude de la consulter sur tout. Elle eut un chagrin violent de sa mort. « Je sentais mon âme s'arracher de mon corps », dit-elle en décrivant Tagonie de son père.
Insensiblement, Texistence que Thérèse menait à rincarnation arriva à lui faire honte, et il est véritable que cette existence était insipide. On ne voit pas qu'elle ait eu rien de grave à se reprocher. Elle s'accuse amèrement, dans sa Vi€ d'avoir eu en dégoût les exercjices de
piété et d*avoîr pris trop de plaisir à la conversation d'hommes distingués. Il n'y avait pas là de quoi remplir de remords une fille qui s'est toujours targuée de « ne s'embarrasser pas pour des riens », et de laisser aux sots les sots scrupules. D'autre part, quand elle considérait à quoi avaient abouti les nobles ardeurs et les grands rêves du début, ce qu'ils avaient produit en fin de compte, il n'y avait pas de quoi la contenter. Ce nlétait pas précisément mal; c'était bien peu de chose. L'Incarnation était parmi les couvents où la décence était k peu près gardée et la dissipaion médiocre : rien de plus. La louange semblait mince k ce cœur haut et ambitieux, et, l()rs(|u'elle regardait au dehors, son désappointement se changeait en indignation.
Il est d'usage de se récrier sur le relâchenumi i\vH anciens couvents de femmes. Sans prétendnî les justifier, il nous semblerait juste (i(î ne pas perdre de vue que les couvents riaient devenus, par la force des choses, une instilution sociale autant que religieuse. Il est (Irrnisonnal)le d'attendre du zèle pour les austérilrs d'une réunion de filles dont beaucoup
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ont pris le voile sans goût, souvent même contre leur gré, parce qu'il faut bien être quelque part quand votre famille vous trouve de trop ou ne peut vous doter. L'opinion du monde poussait d'ailleurs dans le sens de Tindulgence. La fille ou la sœur embarrassante une fois embéguinée, les parents trouvaient le sacrifice suffisant et souhaitaient eux-mêmes qu'elle ne fût pa« trop resserrée, trop dénuée de douceurs et d'agréments. Un gentilhomme pauvre, dit un personnage de Calderon, qui ne peut marier sa fille selon son rang, « la met dans un couvent pour ne pas déconsidérer son sang. Pour lui, la pauvreté est un vice ». Dans la même pièce , l'héroïne bien et dûment religieuse, son amant pénètre dans le couvent au mayen d'une échelle et arrive,sans être aperçu, à la cellule de sa belle. Ces sortes de choses étaient fâcheuses si on les découvrait; elles ne « déconsidéraient » pas le sang comme l'aurait fait un mariage inégal. Sainte Thérèse, qui avait sondé la plaie, conseillait aux parents de marier leurs filles « même un peu au-dessous de leur rang », plutôt que de les mettre au couvent sans la.
vocation, et elle déclarait leur donner ce conseil « dans rintérêt même de leur honneur ».
Nous croyons que si Ton a présente à Tesprit la manière dont se recrutaient les religieuses, non seulement on se sent devenir indulgent, mais on admire qu'avec les mœurs du temps la perversion n'ait pas été plus profonde.
Quoi qu'il en soit, un couvent, fût-il de carmélites, était en général un lieu assez mondain, où les grilles étaient rares. La trop célèbre Mme d'Estrées, sœur de la belle GabrioUe et abbesse de Maubuisson, faisait jouer la comédie à ses nonnettes devant brillante compagnie, et c'était encore ce qu'elle faisait de mieux. Une religieuse de Ravenne, contemporaine de sainte Thérèse, a raconté, dans des pages ingénues *, ses discussions avec sa charmante abbesse sur l'amour, et les grands chagrins qu'eut la « chère mère », très honnête personne, pour avoir réduit son « serviteur » aux joies épurées et immatérielles de l'amour platonique. Les couvents espagnols offraient un peu moins de scandales que ceux do France et dltalie; cependant, sainte Thé-