‹ Portraits de femmesChapitre 6 sur 15 · Memoirs of Mary Wb/^<onecrflf/'/, par William fiodwin · texte numérisé non relu

Memoirs of Mary Wb/^<onecrflf/'/, par William fiodwin

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ot entre deux déménagements, à se former un entouraere bizarre, la fortune des Wollstonecraft fondait. A force de vagabonder, la pauvreté s*abattit sur la maison, puis la misère profonde, et les enfants durent songer à gagner leur pain. Mary alla continuer dans le monde ses années d*apprentissage, et le guignon la suivit. Elle se fit demoiselle de compagnie et tomba sur la femme d'Angleterre ayant le plus mauvais caractère. En 1780, après la mort de sa mère, elle essava d'une association avec les Blood et n'y gagna que d'assister à de nouveaux drames domestiques. C'était le second ménage qu'elle voyait de près, et il allait aussi mal que le premier. L'occasion s'offrit d'en étudier un troisième, et alors germèrent dans son esprit les doctrines qui causèrent dans la suite tant de scandale.

L'une de ses sœurs, Élisa, avait trouvé à so marier. Élisa était la plus inflammable de la famille, et ce n'est pas peu dire. Sa mauvaise étoile voulut qu'elle tombât sur un mari de même humeur, tout salpêtre. Ils se disputaient à en devenir fous, et Elisa devint folle. M. Bishop, le mari, manda Mary. Elle guérit

sœur ; mais ses idées sur le mariage furent ées par cette nouvelle expérience. Le mage était une institution caduque, bonne Qs les temps où la femme était tenue pour e créature inférieure. Il était inadmissible 'une Mme Bishop fût obligée de supporter M. Bishop. En digne fille de sa mère, Mary nait à appliquer ses théories : elle enleva sa ur. Il y eut une fuite pleine d'émotions, adant laquelle la pauvre tête d'Élisa faillit irner de nouveau, puis des jours de terreur adant lesquels on croyait toujours voir enr M. Bishop. Il ne parut point et se résigna; itefois ce ne fut point sans des plaintes très, utes et très amères.

L'opinion fut pour le mari et blâma sévèrent Mary. Élisa avait un enfant, qu'elle avait mdonné, et le monde, suffisamment indulit aux femmes en rupture de ban conjugal, impitoyable, avec justice^ pour les mauîses mères. Beaucoup d^amis tournèrent le s aux deux sœurs.

Les années qui suivirent ne furent pas plus ges. Mary se lança dans une entreprise école, la conduisit follement et s'enfonqa

dans les dettes. Elle se fit institutrice, étudia VÉmile de Rousseau et se jugea la plus malheureuse des créatures, parce que la mère de ses élèves ne partageait pas ses vues sur Téducation : plus tard, son élève favorite tourna mal, et on le lui reprocha. Finalemeut, 1788 la retrouva sur le pavé, de plus en phis convaincue que le monde allait de travers, en particulier pour son sexe. Elle savait par expérience quels dégoûts attendent une fille pauvre et cultivée, dans une société où les mœurs interdisent toutes les carrières aux femmes.

Les exemples qu'elle avait eus sous les yeux lui faisaient envisager le mariage comme uu hagne, et non un port de refuge. Le sort de la femme dans la société la pénétrait de compassion et de colère. Son cœur se remplissait de vagues désirs d'émancipation, et le besoiu la talonnait. Un éditeur de Londres, Johnson, lui offrit dans cette crise des travaux de librairie : il l'avait devinée sur une brochure, très médiocre pourtant, en faveur de Tinstruction des fennnes. Elle accepta : c'était franchir le Rubicon.

En ce temps-là, écrire était encore une hardiesse chez une femme, même dans le pays où Ton a tant abusé depuis de la littérature féminine. La nombreuse école des romancières anglaises était en train d'éclore. Sophie Lee était déjà en réputation et Charlotte Smith publia Emmeline cette même année 1788. Les Burney, les Austen, les Anne Radcliffe, les Edgeworth allaient entrer en lice, sans compter une nuée d^aimables bas d'azur devenus moins célèbres, par exemple cette jolie Inchbald, un peu actrice, un peu auteur, toujours éprise, jamais épousée, dépenaillée et charmante, qui fut longtemps Famie de Mary WoUstonecraft et finit par lui tourner le dos, elle aussi, sous prétexte des principes. Mais, en atten-

dant tous ces débuts, qui allaient se suivre de près, une femme qui écrivait, même sans en faire sou métier, était une rareté. Quant à la femme auteur de profession, l'espèce n'en existait pas en Angleterre, et Mary WoUsionecraft disait avec vérité, dans une lettre à sa sœur, qu'elle allait être la première d'une race nouvelle.

Une race créée par Mary Wollstonecrafl avait de fortes chances d'être singulière. Elle le fut. Mary inventa du premier coup le parfait modèle du bas-bleu et prit à tâche de mériter tous les quolibets qui n'ont pas cessé depuis lors de pleuvoir sur la confrérie.

Elle commenc^^a par cesser de se peigner, mesure que je n'ai jamais pu m'expliquer, mais qui doit avoir sa raison d'être, car c'est j)ar là que beaucoup de femmes débutent dans la littérature. Quoi qu'il en soit, elle vécut désormais échevelée, ses beaux cheveux pendant sur ses épaules. Elle fut aussi dépenaillée que son amie, Mme Inchbald, et avec une différence capitale : Mme Inchbald s'étudiait à être charmante quand même; Mary méprisait la coquetterie. Elle eut un ménage de muse, où l'on

buvait le vin dans des tasses; le reste à l'avenant. Enfin elle mérita d'être appelée d'un surnom peu galant et qui fait portrait : on l'appela « la souillon philosophe ».

Tout cela n'est encore que ridicule; mais il était dit que la pauvre Mary justifierait jusqu'au bout le préjugé populaire contre les femmes auteurs. Débarrassé des idées étroites et mesquines dont il est en général comme enveloppé, ce préjugé repose sur un instinct juste, dont il serait imprudent de ne pas tenir compte. Le monde a senti à merveille que la carrière littéraire offrait des dangers pour la femme ; les faits ont prouvé dans notre siècle que ces dangers n'étaient point chimériques. Mlle Wollstonecraft commença par une faute de goût. Elle s'imagina qu'étant appelée à traiter des questions réservées d'ordinaire aux hommes, elle ne saurait trop prouver à quel point elle était capable de penser et de parler en homme. Elle se brouilla avec les Grâces, fut brutale, et pis encore, dans ses livres. Les Grâces se vengèrent en la rendant pédante.

Les critiques ne lui manquèrent pas, mêlées

à dos succès de beauté et d'esprit qui, dans sa situation isolée, étaient surtout compromettants. Cependant, lorsqu'on va au fond, sa vie était alors honorable et méritante. Elle travaillait laborieusement pour Johnson, ne s'interrompant de ses traductions et compilations que pour jeter ses réflexions sur le papier. Elle donnait libéralement le meilleur do ses gains à tous les siens, y compris sa boHo-mère, car M. WoUstonecraft avait trouvé une seconde femme ayant le goût baroque d'otroMmo WoUstonecraft. Elle n'avait encore déclaré la guerre aux arrangements sociaux qu'on théorie, et ses plus grands écarts de conduite se bornaiont à dos excentricités et des fautes do goût. Sans la petite fêlure, sa barque aurait lini par arriver au port avec des avaries insignilîantos. Par malheur, le propre des petites fêlures est do devenir grandes avec le progrès dos années. Mary n'échappa point à la loi commune, ot il est aisé de suivre dans ses écrits les progros du détraquement.

Ses œuvres do début ont disparu ou ne présoulonl point d'intorèt. Sou premier ouvrage important est la Revendication des droits de

V homme ^ réponse aux fameuses Réflexions sur la Révolution française (1790), de Burke. Mlle WoUsionecraft y prenait la défense de la Révolution française avec plus de chaleur que d'habileté. Sa matière était disposée sans méthode; elle dissertait au lieu de raisonner, à ia mode du temps, et disait des injures à ses adversaires. Burke déclara que c'était une t< poissarde ». Mlle Wollstonecraft n'en eut cure. En travaillant aux Droits de l'homme, elle avait « découvert la mission de sa vie » : elle écrivit, dans un élan d'enthousiasme, la Revendication des droits de la femme.

Les idées contenues dans ce petit livre sont tellement passées dans la discussion courante et, jusqu'à un certain point, dans les mœurs, qu'il faut un effort pour se représenter l'immense soubresaut de surprise et d'indignation qui souleva la société polie à ce coup de tonnerre. L'Angleterre ne s'attendait à rien moins, car les idées de Mary n'étaient nullement dans l'air. La belle muse fagotée dont on se moquait fut un précurseur le jour où elle découvrit « la mission de sa vie », et, tout en accueillant ses propositions avec incré-

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(lulit/^ Kim UtcAimr^ rcHHentinmt le vagna m ItiÏHit qiirt cauHi* loujourf» aux mcmbreH d'uu Koci/il/^ uru) attar|u<^ violimlo contre lan eoE vtffrilioriK Kur la foi denquoIlcH iU ont orranf; leur exiHtr*nr!<».

Son point do départ, d'où le ronU^ découla naturellement, était Tégalité den »exe%, RI reconnaiHKait que la femme telle que Ta bi notre civilisation est faible, ignorante i bornée; mais elle soutenait qu'on U tran formerait par une éducation solide et ratioi nelle, et une grandie partie de son livre éU consacrée k discuter la meilleure mani<^i d'élever les filles. Klle disait à ce sujet d' choses très sensées sur le type absurde de ïh ii/tiim* niaise et sentimentale qui pousst' ( petits cris quand ello voit une souris, ne fui rien si ce n'est s'attifer, n'est bonne & rien ce n'est minauder. Klle n'avait pas de peine démontrer que c'était une piètre préparati^ au rôle de mère lUt famille, et elle inmU pour qu'au lieu de travailler à rendre les fil! Kott^'K on s'occupAt d'en faire des créalur raisonnahhts, en état d'élever leurs enfanl Klh* recommandait dans ce but la fondati(

Técoles mixlcs où les deux sexes seraient levés ensemble, ainsi que cela se pratique m États-Unis.

La proposition était hardie et prêtait à lainte objection. Mary WoUstonecraft acheva 'effaroucher le public en exposant tous les ienfailsqui résulteraient de son système d'éduliion. L'égalité des sexes obtenue, comme elle ! serait sûrement par les écoles mixtes, il y aurait plus aucune raison pour refuser ix femmes les mêmes droits qu'aux hommes.

08 carrières libérales leur seraient ouvertes,

elles montreraient en particulier de grandes )titudes pour la médecine : prédiction qui est réalisée. Elles seraient électeurs et éligies et enverraient des leurs siéger au parleent. Elles seraient, en un mot, ce qu'elles »iit en train de devenir sous les yeux de la mération actuelle.

Sur un seul point, Mary WoUstonecraft avait ariqué de hardiesse. Elle n'avait pas osé ►ouer le mépris que lui inspirait l'usage sumiié du mariage. Elle avait même défendu le lariago par des considérations d'ordre social. Il fond, elle an était déjà arrivée, nous a^j-

prend Fun de ses biographes et admirateurs*, «à ridée que Taffection mutuelle constitue le mariage et que le lien du mariage ne doit pas lier après la mort de Tamour, s'il arrive que Famour meure ». Un autre biographe* dit non moins expUcitement : « Elle croyait que la formalité exigée par la loi n'est rien, que le sentiment qui fait désirer la formalité est tout ». Avec une prudence qu'on n'aurait pas attendue de sa part, elle garda provisoirement pour elle ses opinions sur l'union libre.

Elle compensa ce petit mouvement de faiblesse par une grossièreté de langage qui n'est d'aucun sexe et dont un échantillon suffira.

Ayant à parler du clergé, elle qualifie ses membres de « vermine fainéante » et de (( limaces indolentes qui bavent sur les bonnes places » pour se les garder. Notez qu'elle était très pieuse à cette époque, et jugez du vocabulaire qu'elle aurait employé très peu plus tard, lorsqu'elle eut rejeté les vieilles superstitions.

Littérairement, la Revendicatioji des droite de la femme n'a guère que des défauts. Le

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