‹ Portraits de femmesChapitre 6 sur 17 · ÉLÉGIE · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE

Au sein de Parthénope as-tu goûté la vie? Dans le tombeau da monde apprenons h mourir ! Sur cette terre en vain, splendidement servie, Le même astre immortel règne sans se couvrir ;

En vain, depuis les nuits des hautes origines,

Un ciel inaltérable y luit d'un fixe azur,

Et, comme un dais sans plis au front des Sept Collines,

S'étend des monts Sabins jusqu'à la tour d'Astur :

Un esprit de tristesse immuable et profonde Habite dans ces lieux et conduit pas à pas ; Hors l'écho du passé, pas de voix qui réponde ; Le souvenir vous gagne, et le présent nVst pas.

MADAME DE STAËL. nb

SUS cesse à tous les points de la vitre en bourdonnant, elle arrivait à cette fatale limite^ à Auxerre, à Châlons, à Blois, à Saumur. Sur cette circonférence qu'elle décrit et qu'elle essaie d'entamer, sa marche inégale avec ses amis devient une stratégie savante; c'est comme une partie d'échecs qu'elle joue contre Bonaparte et Fouché représentés par quelque préfet plus ou moins rigoriste. Quand elle peut s'établir à Rouen^ la voilà, -dans le premier instant, qui triomphe, car elle a gagné quelques lieues sur le rayon géométrique. Mais ces villes de province

Accouni de POlympe, au matin de Cybèle, Là, Saturne apporta Panneau des jours anciens ; Janos assis scella la chaîne encor nouTelIe ; Vinrent les longs loisirs des Rois arcadiens.

Et sans quitter la chaîne, en descendant d'ÉTandre, On peut, d'or ou d'airain, tout faire retentir : Chaque pierre a son nom, tout mont garde sa cendre^ Vieux Roi mystérieux, Scipion ou martyr.

ÀToir été, c'est Rome aujourd'hui tout entière. Janus ici lui-même apparaît mutilé; Son front vers l'avenir n'a forme ni lumière, L'autre front seul regarde un passé désolé.

Et quels aigles pourraient lui porter les augures. Quelle Sibylle encor lui chanter l'avenir?

Ah! le monde vieillit, les nuits se font obscures... Et nous venus si tard, et pour tout voir finir,

Nous, rêveurs d'un moment, qui voulons des asiles. Sans plus nous émouvoir des spectacles amers, Dans la Ville éternelle il nous siérait, tranquilles, Au bout de son déclin, d'attendre l'Univers.

Voilà do Cestius la pyramide antique ;

L'ombre au bas s'en prolonge et meurt dans les tombeaux.

Le soir étend son deuil et plus avant m'explique

La scène d'alentour, sans voix et sans flambeaux

Comme une cloche au loin confusément vibrante, La cime des hauts pins résonne et pleure au vent : Seul bruit dans la nature! on la croirait mourante; Et, parmi ces -tombeaux, moi donc suis-je vivant?

offraient peu de ressources à un esprit si aetif^ si jaloux de Taccent et des paroles de la pure Athènes. Le mépris des petitessea et du médiocre en tout genre la prenait à la gorge^ la suffoquait ; elle vérifiait et commentait à satiété la jolie pièce de Picard. L^é^ tonnante conversation de Benjamin Constant conjurait à graad'peine cette vapeur : « Le pauvre Schlegel, disait-elle^ se meurt « d'ennui; Benjamin Constant se tire mieux d'affaire avec les (( bêtes. » Voyageant plus tard^ en 1808^ en Allemagpey elle disait ; « Tout ce que je vois ici est meilleur^ plus instruit^ plut

Heure mélancolique on tout ae décolora Et suit d'un vagpe adieu Pastit ]^éçipité I Les étoiles an ciel ne briUegt pas encore :

Espace entre la vie çt l'immortalité 1

Mais quand la onit bientot s'all^m^ et oooa appeUe Avec ses yeux sans nombre ardents et plus profond». L'esprit se reconnaît, sentineUe fidèle, Et fait signe à son char (|ux lointains horizons.

C'est ainsi que ton «il, 6 ma Qoble Cpmpagne, Beau comme ceux des nuits, à temps m'a rencontré; Et je reçois de Toi, quand le doute me gagn^) Vérité, sentiment, en un rayon sacré.

Celui qui dans ta main sentit presser la sienne Pourrait-il du Destin désespérer jamais?

Rien de grand av^c toi que le bon n'entretienne, Et le chemin aimable est près des hauts sommets.

Tant de trésors voisins^ dont un peuple se sèvre. Tentent ton libre esprit et font fête à too eosur. Laisse-moi découvrir son sepret à ta lèvre, Quand le fleuve éloquent y découle en vainqueur !

De ceux des temps anciens et de e»v^ de nos Ages Longtemps nous parlerons, vengeant chaque immolé j Et quand, vers le bosquet des pieux et 4es sages, Nous viendrons an dernier, à ton père exiM,

Si ferme jusqu'au bout en lui-même et si maître, Si tondre au genre bamaiQ par oubli de tout 4el} Nous bénirons celui que je n'ai p^ oonnaltre, Mais qui m'est révélé daps ton 4euil éternel!

« éclairé peut-être que la Ffauce, mais un p^tit morceau de d France ferait bien mieux mon affaire, » Peui ans auparavant, en France, en province, elle pe disait pas cela, ou elle le disait alors de Paris^ qui seul ei^istf^t pour elle. EnGn, grâce à la tolé* mce de Fouché, qui avait pour principe de faire le moins de mal possible quand c'était inutile, il y eut moyen de s'établir i dix-huit lieues de Paris (quelle conquête!), 4 Acosta, terre de Mme de C^tellanei elle surveillait de là Timpression de Confine. Eo renvoyant \^s épreuves d|i livre, e]je devait répéter souvent, comme Ovide : ^ Va, mon livre, heureux liyre, qui iras à la « ville sans moi! » — « Oh! le ruisseau de la rue du Bac M » {fécriait-elle quand on lui montrait le miroir du Léman. A Acosta comme à Coppet, elle disait ainsi; elle tei^dait plus que jamais les mains vers cette rive si prochaine '. L'ai^née 1806 lui sembla trop longue pour que gop imagination tînt à un pareil supplice, et elle arriva à Paris un soir, n'amenant ou ne prévenant qu'un très-petit nonxbre d'amis. Elle se promenait chaque soir et une partie de la nuit à la clarté de la lune, n'osant sortir de jour. Mais il lui prit, durant cette aventureuse incursion, une envie violente qui la caractérise, un caprice, par souvenir, de voir une grande dame, ancienne amie de son père, M°»e de Tessé, celle même (jui disait ; a Si j'étais reine, j'ordonnerais à M"»® de

' MiB« de Staël demeurait, arant son exil, rue de Grenelle-Saint-Gernuln, près de la rue du Bae.

' Le goût de la nature ehampfttre ne fut Janals têientiel chez U"^^ de Slaftl, et eette opiniâtre idée de la pue du Bao achevait de lui en gâter le plaigir. Se pronoenant no jour à Aeosta avee le4 deu]( Scbiegel et M. Fau- Hel, celui-ci qui lui donmiit le bras ee mit involontairement à admirer un point de vue : « Ah! moq cher Fauriel, dit-ellçi vous en êtes doqp encore au préjugé de la campagne. » Et sentait aussitôt qu'elle disait quelque chose d^extraordinaire, elle sourit pour corriger cela. — Bien plus tard, après l'Empire, causant un Jour avec M. Mole et s'étonnant <lQ*aD homme d*autant d'esprit aimât la campagne, elle s'échappa à lui dire i c Si ce n'était le respect tiuroain, Je n'ouvrirais pas ma fenêtre pour voir la baie de Naplea pour la première fois, tandis que je ferais cinq ^eat^ lieues pour aller causer avec un homme d'esprit que je ne eonnais pu. » Manière piquante et même flatteuse d'exprimer combien elle préférait la conversation et la société à la nature.

« Staël de me parler toujours. » Cette dame pourtant, alors fort âgée, s'effraya à l'idée de recevoir Mo»e de Staël proscrite, et il résulta de la démarche une série d'indiscrétions qui firent que Fouché fut averti. Il fallut vite partir, et ne plus se risquer désormais à ces promenades au clair de la lune, le long des quais, du ruisseau favori, et autour de cette place Louis XV si familière à Delphine. Bientôt la publication de Corinne vint con* firmer et redoubler pour M^e de Staël la rigueur du premier exil; nous la trouvons rejetée à Coppet, où, après tout, elle nous apparaît dans sa vraie dignité, au centre de sa cour majes-> tueuse.

Ce que le séjour de Femey fut pour Voltaire, celui de Coppet l'est pour M°ie de Staël, mais avec bien plus d'auréole poétique^ ce nous semble, et de grandiose existence. Tous deux ils régnent dans leur exil. Mais l'un dans sa plaine, du fond de son château assez mince, en vue de ses jardins taillés et peu ombragés^ détruit et raille. L'influenèe de Coppet (Tancrède à part et Aménaïde qu'on y adore) est toute contraire; c'est celle de Jean-Jacques continuée, ennoblie,* qui s'installe et règne tout près des mêmes lieux que sa rivale. Coppet contre-balance Ferney et le détrône à demi. Nous tous du jeune siècle, nous jugeons Ferney en descendant de Coppet. La beauté du site, les bois qui l'ombragent, le sexe du poëte, l'enthousiasme qu'on y respire, Télégance de la compagnie, la gloire des noms, les promenades du lac, les mati* nées du parc, les mystères et les orages inévitables qu'on suppose, tout contribue à enchanter pour nous l'image de ce séjour. Coppet, c'est l'Elysée que tous les cœurs, enfants de Jean-Jacques, eussent naturellement prêté à la châtelaine de leurs rêves. Mn»« de Genlis, revenue de ses premiers torts et les voulant réparer, a essayé de peindre, dans une nouvelle intitulée Athénaïs ou le Château de Coppet en 1807 *, les habitudes et quelques comr plications délicates de cette vie que de loin nous nous figurons à travers un charme. Mais on ne doit pas chercher une peinture fidèle dans cette production, d'ailleurs agréable : les dates y sont confuses, les personnages groupés, les rôles arrangés;

< Imprimerie de Jules Didot, 1832.

M. de Schlegel y devient un grotesque^ sacrifié sans goût et sans mesure ; le tout enfin se présente sous un faui jour romanesque^ qui altère^ à nos yeux^ la Traie poésie autant que la réalité. Pour moi^ j'aimerais mieux quelques détails précis^ sur lesquels ensuite l'imagination de ceux qui n'ont pas vu se plairait à rêver ce qui a dû être. La vie de Coppet était une vie de château. Il y avait souvent jusqu'à trente personnes^ étrangers et amis ; 1^ plus habituels étaient Benjamin Constant^ M. Auguste-Wilhelm de Sqhlegel^ M. de Sabran^ M. de Sismondi^ M. de Bonstetten^ les barons de Voigt^ de Balk^ etc. ; chaque année y ramenait une ou plusieurs fois M. Mathieu de Montmorency^ M. Prosper de Barante, le prince Auguste de Prusse^ la beauté célèbre tout à Theure désignée par Mn^e de Genlis sous le nom d'Athénats^ une foule de personnes du monde^ des connaissances d'Allemagne ou de Genève. Les conversations philosophiques^ littéraires^ toujours piquantes ou élevées^ s'engageaient déjà vers onze heures du matin^ à la réunion du déjeuner; on les reprenait au dîner^ dans l'intervalle du dîner au souper^ lequel avait lieu à onze heures du soir^ et encore au delà souvent jusqu'après minuit. Benjamin Constant et M»« de Staël y tenaient surtout le dé. C'est là que Benjamin Constant, que nous, plus jeunes, n'avons guère vu que blasé, sortant de sa raillerie trop invétérée par un enthousiasme un peu factice, causeur toujours prodigieusement spirituel, mais chez qui l'esprit, à la fin, avait hérité de toutes les autres facultés et passions plus puissantes S c'est là qu'il se montrait avec feu et naturellement ce que M*^ de Staël le pro- <Aamait sans prévention, le premier esprit du monde : il était certes l6 plus grand des hommes distingués. Leurs esprits du moins, à lous les deux, se convenaient toujours ; ils étaient sûrs de s'entendre par là. Rien, au dire des témoins, n'était éblouissant et prieur comme leur conversation engagée dans ce cercle choisi, eux deux tenant la raquette magique du discours, et se renvoyant, durant des heures, sans manquer jamais, le volant de

* Dao8 oette disposition d'esprit plus fine et railleuse qvi*on ne l'aime- ^^1 tarent éerUes par lui quelques pages qu'on trouvera au Livre des ^^«««^H/n, tome V».

mille pensées entre-croiséesi Mais il ne faudrait pas croire qu'oiii fût là, de tout point, sentimental ou solennel; on y était souTeai simplement gai ; Corinne atàit des Jours d'abandon où elle M rapprochait de la siguora Fàntastici, On jouait souvent à Coppe^ des tragédies, des drames, ou les pièces chevaleresques de Vol^ taire> Zaïre, Tanerède si préféré de M"» Staël, ou des pièces composées exprès par elle ou par Ses amis. Ces dernières s'imprimaient quelquefois à Paris, pour qu'on pût ensuite apprendre plue ftommodément les rôles ; l'Intf rêt qu'on mettait à ces envois était vif, et quand on avisait 4 de graves (iôrrectiofas dans TintervAlle^ vite on eltpédiait uii courrier, et> en cfertAlnes circonstances, un second pour rattraper ou modifier la correction déjà en route. La tN)é8ie européenne à^siétâit à Goppet dans la per* Bonne de plusieurs représeiitants célèbres^ Zacharias Wèrrier^ Tun des originaux de cette oour> et dont on jouait VAmté et les autres drames avec grabd renfort de dames allemandes, Wérner écrivait^ vers ce temps (4809)> au conseiller Scfaneflér (nous atténuons pourtant deux ou trois traits > auxquels l'imagination^ malgré lui sensuelle et voluptueuse^ du mystique poète, s'est trop complu) : n Mn« de Staël est uiie reine, et tous les hommes « d'intelligence qui vivent dans son cercle ne peuvent en sortir, a car elle les y retient par une sorte de magie* Tous ces « honmies-là ne sont pas, comme on le croit follement en Alle- « magne, occupés ;à la former; au contraire, ils reçoivent d'elle K l'éducation sociale. Elle poraède d'une mahière admirable le a secret d'allier les éléments les plus disparates^ et tous ceux n qui l'approchent ont beau être divisée d'opinions, ils sont tous « d'accord pour adorer cette idole. M»« de Staël est d'une taille « moyenne^ et son corps, sans avoir une élégance de nymphe, a « la noblesse des proportions... Elle est fbrte, brunette, et son « visage n'est pas, à la lettre^ très-beau. Mttis on oublié tout dès « que Ton voit ses yeux superbes, dans lesquels une grande âme « divine, non^seulement étincelle, mais jette hû et flamme. Bt K si elle laisse parler complètement son cœur, comme cela tt arrive si souvent» on voit comme ce cœur élevé déverse encore a tout ce qu'il y a de vaste et de profond dans son esprit, et u alors il faut Tadorer comme mes amis A.-W. Schlegel et Bfed-

« jamin Constant^ etc. ri II n'est pas inutile de se figurer l'auteur %aiant de eette peinture^ Wemer, bicarré de mise et Tblonticrs ImrbouiUé de tabac^ muni qu'il était d'une tabatière énorme où il pmtût à foison durant ses longues digressions erotiques et platoniques aur Yàndrogfnei sa destinée était de courir sans sêsseï disait-il^ aprè^ cette autre moitié de luinmême, et^ d'essai 01 essaie de divorce en divorce^ il ne désespérait pas d'arriver enfin à reconstituer son tout priinitif. Le poète danois GElen* BchlaBger a raconté en détail Une visite qu'il fit à Coppet^ et il y parie du bon Wemer en ce sens; nous emprunterons au récit d'Cfilensoblasger quelques autres traits :

€ M"» de Staël vint avec bonté au-devant de moi^ et me pria

« de passer quelques semaines à Ck)ppet^ tout en me plaisantant

« avec grâce sur mes fautes de français. Je me mis à lui parler

« allemand; elle comprenait très-bien cette langue^ et ses deux

« enfants la comprenaient et la parlaient très-bien aussi. Je

« trouvai ^ chez M^ de Staël > Benjamin Constant > Auguste

« Schlegel, le vieux baron Voigt d'Altona^ Bonstetten de Ge-

« nève, le célèbre Simonde de Sismondi^ et le comte de Sabran,

« le seul de toute cette société qui ne sût pas l'allemand...

« Schlegel était poli à mon égard, mais froid... M»« de Staël

« n'était pas jolie, mais il y avait dans l'éclair de ses yeut noirs

<t un charme irrésistible ; et elle possédait au plus haut degré le

I « den de subjuguer les caractères opiniâtres, et de rapprocher

« par son amabilité des hommes tout à fait antipathiques. Elle

« avait la voix forte, le visage un peu mâle, mais l'âme tendre

« et délicate... Elle écrivait alors son livre sur l'Allemagne et

« nous en lisait ehaque jour une partie. On l'a accusée de n'a-

« voir pas étudié elle-même les livres dont elle parle dans cet

« ouvrage, et de s*être complètement soumise au jugement de

« Sthlegel. C'est faux. Elle lisait l'allemand avec la plus grande

^ tacilité. Schlegel avait bien quelque influence sur elle, mais

« très-souvent elle différait d'opinion avec lui, et elle lui repro-

* chait sa partialité... Schlegel, pour l'érudition et pour l'esprit

* duquel j'ai un grand respect^ était, en eflét, imbu de partia-

* lité. Il plaçait Calderon au-dessus de Shakspeare ; il blâmait ^ sévèrement Luther et Herder. Il était, comme son frère, infa-

u tué d'aristocratie... Si Ton ajoute à toutes les qualités de « M*« de Staël, qu'elle était riche, généreuse, on ne s'étonnera « pas qu^elle ait vécu dans son château enchanté, comme une tt reine, conune une fée; et sa baguette magique était peut-4tre « cette petite branche d'arbre qu'un domestique devait déposer « chaque jour sur la table, à côté de soq couvert^ et qu'elle « agitait pendant la conversation. » A défaut du rameau de feuillage, du gui sacré, c'était l'éventail, ou le couteau d'ivoire ou d'argent, ou simplement un petit étendard de papier qu'agitait sa main, cette main inquiète du sceptre. Quant au portrait de M** de Staël, on voit combien tous ceux qui le crayonnent s'accordent dans les traits principaux, depuis M. de Guibert jusqu'à OElenschlaeger et Wemer. Deux fidèles et véritables portraits par le pinceau dispenseraient, d'ailleurs, de toutes ces esquisses littéraires : le portrait peint par M"* Lebrun (1807), qui nous rend M<n« de Staël en Corinne, nu-tête, la chevelure frisée, une lyre à la main; et le portrait à turban par Gérard, composé depuis la mort, mais d'après un parfait souvenir. En réunissant quelques ébauches de diverses plumes contemporaines, nous croyons pourtant n'avoir pas fait inutilement : on n'est jamais las de ces nombreuses concordances, à l'égard des personnes chéries, admirées et disparues K \

La poésie anglaise, qui, durant la guerre du continent, n'avait pu assister à ce congrès permanent de la pensée dont Coppet fut le séjour, y parut en i816, représentée par Lewis et par Byrou. Ce dernier, dans ses Mémoires, a parlé de M>»« de Staêi d'une manière affectueuse et admirative, malgré quelques légèretés de ton pour Voracle. 11 convient, tout blasé qu'il est, qu'elle

' Un trait essentiel de la vaste hospitalité de Coppet, o*e8t un fond d*ordre au milieu de tant de variété et de diversion ; on sentait toute l'aisance de la richesse sans rien de ces prafusions qui minent trop souvent et dégradent de près de brillantes existences. Ici une main dispensatrice rendait la scène facile et ouvrait une part large au drame et au roman, par une sage économie de moyens. En un mot, on Jouissait, sans en voir les ressorts, de Thabile ménagement d'une grande fortune. La fille de M. Necker, au milieu de tant de contrastes qu*elle associait, avait encore retenu cela de son père*

a fait de Coppet le lieu le plus agréable de la terre par la société qu'elle y reçoit et que ses talents y animent. De son côté^ elle le jugeait l'homme le plus séduisant de TAngleterre^ ajoutant toutefois : « Je lui crois juste assez de sensibilité pour abîmer le bonheur d'une femme ^ »

Mais ce qu'on ne peut exprimer de Coppet aux années les plus brillantes^ ce que vous voudriez maintenant en ressaisir^ ô TOUS tous^ cœurs adolescents ou désabusés, rebelles au présent, passionnés du moins des souvenirs, avides d'un idéal que vous n'espérez plus pour vous, — ô vous tous qui êtes encore, on Ta (lit justement, ce qu'il y a de plus beau sur la terre après le génie, puisque vous avez puissance de l'admirer avec pleurs et «le le sentir, c'est le secret et l'entre-croisement des pensées de ces hôtes sous ces ombrages; ce sont les entretiens du milieu du jour le long des belles eaux voilées de verdure. Un hôte habituel de Coppet, qu'interrogeait en ce sens ma curiosité émue (il n'est pas de ceux que j'ai nommés plus haut), me disait : « J'étais sorti un matin du château pour prendre le frais; je m'étais couché dans l'herbe épaisse, près d'une nappe d'eau, à un endroit du parc très- écarté, et je regardais le ciel en rêvant. Tout d'un coup j'entendis deux voix; la conversation était animée, secrète, et se rapprochait. Je voulais faire du bruit pour avertir que j'étais là; mais j'hésitai, jusqu'à ce que, l'entretien continuant et s'établissant à quelques pas de moi, il fut trop tard pour interrompre, et il me fallut tout écouter, reproches, explications, promesses, sans me montrer, sans oser reprendre haleine. » — «Heureux homme! lui dis-je; et quelles étaient ces deux voix?

' Près de l'endroit où elle juge ainsi Byron, elle disait comme par une &88ociaUon naturelle : « Je n'aime pas le livre do B. Constant, je ne crois « pas que tons les hommes soient Adolphe, mais les hommes à vanité. » %roQ lui-même a dit en ses Mémoires : « Je vous envoie l'Adolphe de * B< G.; il contient de sombres vérités, quoiqu'à mon avis ce soit un « ouvrage trop triste pour être jamais populaire. La première fols que « je le lus, ce fut en Suisse (1816), d'après le désir de M«« de Staël ; • et il ajoute un mot contre une supposiUon fausse qui avait couru. L'origmal d'Eilénore était M<n« Lindsay, celle que M. de Chateaubriand, dans »w Mémoires, appelle la dernïtre des Ninons»

et qu'avei-vous etiiendu? v — Puis^ comme le délicat scrupule du promeneur ne tne répondait qu'à demi^ je me gardai d'iasister. lÀissoDs au roman> à la poésie de nos nereui, le frau coloris de ces mystères^ nous en sommes trop Yoisins encore. Laissons le temps s'écouler^ Tauréole se former de plus en plus sur ces collines^ les cimes^ de plus en plus touffues^ murmurer confusément les Yoii du passée et Timagination lointaine embellir un jour, à souhait, les troubles, les déchirements des âmes, en ces Édens de la gloire.

Cwinne parut en 1807. Le succès fut instantané, unitersel ; mais ce n'est pas dans la presse que nous devons en chercher les témoignages. La liberté critique, même littéraire, allait cesser d'exister,* M»« de Staël ne pouvait, vers ces années, faire insérer au Mereureuue spirituelle mais simple analyse du remarquable essai de M. de Barante sur le dii-huitiëme siècle* On était, quand parut Corinne^ à la veille et sous la menace de cette censure absolue. Le mécontentement du souverain contre l'ouvrage *, probablement parce que cet enthousiasme idéal n'était pas quelque chose qui allât à son but^ suffit à paralyser les éloges imprimés. Le PublMste toutefois, organe modéré du monde de M» Suard et de la liberté philosophique dans les choses de l'esprit, donna trois bons articles signés D. D., qui doivent être de M"*" de Meulan (Mm« Guizot). D'ailleurs M. de Felets, dans les Débats, continua sa chicane méticuleuse et chichement polie *;

^ c S'il faut en croire une anecdote, dit M. Villcmaln en les belles leçons sur M™« de Slaftl, îe dominalenr de la France fut tellement blessé da bruit que faisait ce roman, qu'il en composa lui-m6me une critique insérée au MonUeur, Il y blâmait vivement l'Intérêt répandu sur Oswald m s'en fftchalt comme d'on défeiat de patriotisme. On peut lire cette critique amère et spirituelle. » J'ai recherché vainement eet article, qui probiiblement ne porte pat le titre direci de Conrme. Je laisse le plal^ir de le trouver aux admirateurs de la littérature napoléonienne, qui commen<»ent h découvrir dans le héros ie premier écrivain du siècle (Tliiers, Oarrelt Hugo, etc.) — Laissons à César ce qui lui appartient, mais ne lui âpportonii pâi toutes les couronnes.

' Drpui« que J'ai eu l'honneur (dans mon passage à la Bibliothèque Mazarine) d'approcher ce spirituel représentant de l'ancienne critique, j'ai pu apprendre combien en lui de bonté réelle, de noblesse et de

MADAME DE 8TAEL. 135

M. Bouttrd loua et réserva judicieusement les opinions relatives aui beaux-arts. Un M. €. (dont j'ignore le nom) fit dans le Merewre un article sans malveillance, mais sans valeur. Eh ! qu'importe doréBavant à M«e de Staël cette critique à la suite? Avec C^ritme elle est décidément entrée dans la gloire et dans l'empire. U y a ue moment décisif pour les génies, où ils s'établissent teUement^ que désormais les éloges qu'on en peut faire n'intéressent plus que la vanité et l'honneur de ceux qui les font. Onleur est redevable d'avoir à les louer; leur nom devient une illustration dans le discours; c'est comme un vase d'or qu'on emprunte et dont notre logis se pare. Ainsi pour Mn>« de Staël, à dater de Corinne. L'Europe entière la couronna sous ce nom. Cwime est bien l'image de l'indépendance souveraine du génie, même au temps de l'oppression la plus entière, Corinne qui se fait couronner à Rome, dans ce Capitole de la Ville étemelle, où le conquérant qui l'exile ne mettra pas le pied. Mn« Necker de Saussure (Nétice), Benjamin Constant (Mélanges), M.-J. Chéaier (Tablêmi de la Littérature), ont analysé et apprécié l'ouvrage, de manière à abréger notre tâche après eux : <( Corinne, « dit Chénier, c'est Delphine encore, mais perfectionnée, mais « indépendante, laissant à ses facultés un plein essor, et toujours « doublement inspirée par le talent et par l'amour. » Oui, mais la gloire elle-même pour Corinne n'est qu'une distraction éclatante, une plus vaste occasion de conquérir les cœurs : « En

droiture da eœur trouvait moyen de le ooncUier aree oet malieea de plume et cet légères égratignures, |i piquantes h l'ameur^propre dei auteora.— Quand M. de Felets avait up graio de ^el iqr la langue, il ne pouvait le rcteoir ; il avait cela du critique journaliste. Son d^faut| à c6lé de sa rail- Urie qui d'ordinaire touchait juste, était de ne point tenir compte des parties élevées et sérieuses, ce qui lui ôte toute portée. Pur écrivain de BMiété, il ne va au fond de rien, et quand il a une plaisanterie, il la délaie; ee qui dte aussi de la gentillesse. —Mino de Staei, qui, du reste, Svdalt si peu do ressentiment, en voulut, par excepUon, à M. de Peletz, ^a ]eur qu'elle le vit entrer dans an salon, elle sortit par l'autre porte. ^ crime était le seul irrémissible pour elle : il avait mal parlé de M. Necker (Voir le^ Mélangea 4« W • de Felels, tome VI, page 2»0, et le volume u}iiér|eureinent publié de Jugements, pafe 363),

« cherchaut la gloire, dit-elle à Oswald , j'ai toujours espéré « qu'elle me ferait aimer. » Le fond du livre nous montre cette lutte des puissances noblement ambitieuses ou sentimentales et du bonheur domestique, pensée perpétuelle de M"^ de Staël. Corinne a beau resplendir par instants comme la prêtresse d'Apollon, elle a beau être, dans les rapports habituels de la yie^ la plus simple des femmes, une femme gaie, mobile, ouverte à mille attraits, capable sans effort du plus gracieux abandon; malgré toutes ces ressources du dehors et de Tintérieur^ elle n'échappera point à elle-même. Du moment qu'elle se sent saisie par la passion, par cette griffe de vautour sous laquelle le ifonheur et Vindépendance succombent , j'aime son impuissance à se consoler, j'aime son sentiment plus fort que son génie, son invocation fréquente à la samteté et à la durée des liens qui seuls empêchent les brusques déchirements, et l'entendre, à Tbeure de mourir, avouer en son chant du cygne : «De toutes les facul- « tés de l'âme que je tiens de la nature, celle de souffrir est la « seule que j'aie eiercée tout entière. )» Ce côté prolongé de Delphine à travers Corinne me séduit principalement et m'attache dans la lecture ; l'admirable cadre qui environne de toutes parts les situations d'une âme ardente et mobile y ajoute par sa sévérité. Ces noms d'amants^ non pas gravés, cette fois, sur les écorces de quelque hêtre, mais inscrits aux parois des ruines éternelles, s'associent à la grave histoire, et deviennent une partie vivante de son immortalité. La passion divine d'un être qu'on ne peut croire imaginaire introduit, le long des cirques antiques, une victime de plus, qu'on n'oubliera jamais; le génie, qui l'a tirée de son sein, est un vainqueur de plus, et non pas le moindre dans cette cité de tous les vainqueurs.

Quand Bernardin de Saint-Pierre se promenait avec Rousseau, comme il lui demandait un jour si Saint-Preux n'était pas luimême : «Non, répondit Jean- Jacques; Saint-Preux n'est pas tout « à fait ce que j'ai été , mais ce que j'aurais voulu être. » Presque tous les romanciers poètes peuvent dire ainsi. Corinne est, pour M«ne de Staël, ce qu'elle aurait voulu être, ce qu'après tout (et sauf la différence du groupe de l'art à la dispersion de la vie) elle a été. De Corinne, elle n'a pas eu seulement le

Gapitole et le triomphe ; elle en aura aussi la mort par la souffrance.

Cette Rome^ cette Naples^ que M»« de Staël exprimait à sa manière dans le roman-poême de Corinne, M. de Chateaubriand les peignait vers le même moment dans Fépopée des Martyre. Ici ne s'interpose aucun nuage léger de Germanie; on rentre avec Eudore dans l'antique jeunesse ; partout la netteté ririle du dessin, la splendeur première et naturelle du pinceau. Pour la comparaison de toutes ces manières diverses de sentir et de peindre Rome depuis que Rome a commencé d'être une ruine, on ne saurait rien lire de plus complet qu'un docte et ingénieux travail de M. Ampère ^

Rome, Rome! des marbres, des horizons, des cadres plus grands, pour prêter appui à des pensées moins éphémères !

Une personne d'esprit écrivait : <c Comme j'aime certaines « poésies! il en est d'elles comme de Rome, c'est tout ou rien : « on vit avec, ou on ne comprend pas. » Corinne n'est qu'une variété imposante dans ce culte romain, dans cette façon de sentir à des époques et avec des âmes diverses la Ville étemelle.

Une partie charmante de CoiHnne, et d'autant plus charmante qu'elle est moins voulue, c'est l'esprit de conversation qui sou* vent s'y mêle par le comte d'Erfeuil et par les retours vers la société française. M<o« de Staël raille cette société trop légèrement spirituelle, mais en ces moments elle en est elle-même plus qu'elle ne croit : ce qu'elle sait peut-être le mieux dire, comme il arrive souvent, elle le dédaigne.

Comme dans Delphine, il y a des portraits : M»® d'Arbigny, cette femme française qui arrange et calcule tout, en est un, comme l'était Mme de Yernon. On la nommait tout bas dans l'intimité, de même qu'aussi l'on savait de quels éléments un peu divers se composait la noble figure d'Oswald, de même qu'on croyait à la vérité fidèle de la scène des adieux, et qu*on se souvenait presque des déchirements de Corinne durant l'absence. Quoi qu'il en soit, malgré ce qu'il y a dans Corinne de conversations et de peintures du monde, ce n'est pas à propos de ce

' < Revue êtes Deux Mondes^ 1835, tomes U cl lit.

U8 porthaits de iFcmiiiis.

livre qu'il y a lieu de reprocher à U^^ de Staël m manque 4» consistance et de fermeté dans le style^ et quelque chose de trop couru dans la distiibution des pensées. Elle est tout à fait sortie, pour Texécution générale de cette œuvre, de ta convei^ti^ spn rituelle, de Timprovisation écrite, eonuae elle faisait quelquefeii {êtanspede in tim) debout, et appuyée à Tapgle d'une ehemwâef S'il y a encore des imperfections de style, ce n'est que psir rares accidents; j'ai yu notés au crayon, dans un exefnplaire de C^ rinnet une quantité prodigieuse de mau^ qui donnent en effet de la monotonie aux premières pages. Toutefois, un soin attentif prér side au détail de ce monument; Técrivain est arrivé à Tart^ |l la majesté soutenue, au nombre ^

Le livre de VAll&mgne^ qui n'a paru qu'en 1813 i Londres, était à la veille d'être publié à Paris en 1 81 û ; l'impression soumis aux censeurs impériaux, Elsménard et autres, s'achevait, lorsqu'un brusque revirement de police mit le$ feuilles au pilop et anéantit le tout. On sait la lettre du duc de Hovigo et cette honteuse histoire. L'Allemagne ayant été de plus en plus connue, et ayant d'ailleurs marché depuis cette époque, le Uvre de M"»* de Staëj peut sembler aujourd'hui moins complet dans sa partie historique; l'opinion s'est montrée dans ces derniers temps plus sensible à ces défectuosités. Mais, à part ipême l'honneur d'une

* En tète d'une réimpression de Corinne en 1839, nous ajoutions : « A mesure que le temps marche, l'intérêt qui s'attache à ces œufres une Ma reconnues comme subsistantes «t durables peut Tarler, mais n'est pas moins grand. Leurs défauts mêmes deviennent des traits de peinture, et ne sont pas sans charme, comme Texpretsion autrefois aimée d^un goût qui a fait place à un autre, lequel à son tour passera également. Quelque chose a péri au sein de ce qui conUnue dç vivre; cette teinte de triste«8D sied bien au milieu de l'admiration, ^lle siéri^ d'autant mieux en ce roor ment qu'un récent souvenir funèbre se doit mêler à cette figure immortelle de Corinne, et qu'on songe inévitablement, en s'occupant de Mrae de Slael, à ce que vient de ravir un tombeau. Ce livre, que la mort d'un père l'euToyait méditer en Italie, ce livre, à peine âgé de trente ans, a déjà vu ensevelir elle, son fils, sa fille ; il se peut relire en présence de ces graves idées de mort; car, s^il ne dit pas le vrai mystèft des choses de la vie, du moins il n'en sort rien que de généreux, de beau et de bon. ^

iiûtii^live dpnt pçraopne «lu^ p'était capable alor«> et qu$ Villeri

m\, s'il avait eu s^uUtpt d'e^t en écrivaBt qu'en conversant,

jurait pu partager avep elle, je ne crpia pas qu'il y s^it encore k

chercher ailleurs la vive image de oette éelotion soudaine du

géqie allemand^ le tabl^w de cet âg^ brillant et poétique qu'on

peut i^ppeler le siècle de Goethe^ car la belip poésie allemande

seqUile, à peu de chose près^ être née et morte avec ce grand

bomme ^t n'avoir vécu qu'une vie de patriarche; depuis^ c'est

déjà une décomposition et une décadence. En abordant l'Allemi^-i

gne^ M""^ de Staël jins|sta beaucoup aus^i sur la partie philosot

phique, sur l'ordre de doctrines opposées à celles des idéologues

français; elle se trouvait assez loin elle-même, en ces moments,

de la philosophie de ses débuts* Ici se dénote chez elle^ remarT

quops-le bien, un souci croissant de la moralité d^QS les écrits.

Un écrit n'est suffisamment moral, à son gré, que lorsqu'il sert

par quelque endroit au perfectionnement de l'âme. Dans l'admir

rable discours qu'elle fait tenir à Jean-Jacques par un solitaire

religieux, il est posé que a le génie ne doit servir qu'à manifester

« la bonté suprême de l'âme. )> Elle parait très-occupée, en plus

d'un passage, de combattre l'idée du suicide, a Quand on est

tt très-jeune, dit-elle excellemnient, la dégradation de l'être

« n'ayant en rien commencé, le tombeau ne semble qu'une image

« poétique, qu'un sommeil, environné de figures à genoux qui

« nous pleurent; il n'en est plus ainsi, même dès le milieu de 1^

« vie, et l'on apprend alors pourquoi la religion, cette science de

« l'âme, a mêlé l'horreur du meurtre à l'attentat contre soi-r

« même. » M°>« de Staël, dans la période douloureuse ou elle

était alors, n'abjurait pas l'enthousiasme, et elle termine son

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