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d'œuvre de fine ciselure, on ajoute les imprécations obligées contre la vieille mère de Délia et les prédictions sinistres à l'adresse du rival préféré (1), il semble qu'il n'a pas dû rester grand'place au poëte, même en cinq élégies, pour dire lad choses qui lui tenaient surtout au cœur dans l'automne et l'hiver de 724.
Bien de plus vrai. Le sentiment qui dominait alors l'âme de TibuUe a pénétré toute son œuvre et Ta imprégnée, jusqu'en ses moindres parties^ d'une sorte de parfum subtil et rare que l'on respbre toujours avec délices, mais qui, disséminé en quelque sorte dans chaque vers, n'est dans aucun en particulier. Une impression très-générale, l'amour très-sincère de TibuUe pour Délia et son goût idyllique et pieux pour la nature champêtre, un vague ensemble de formes indéciles et flottantes, des sensations fugitives, qui sillonnent l'œuvre comme des étoiles filantes et s'évanouissent avant de devenir des sentiments, bien loin de se transformer en idées, voilà ce qui
(l) il, 87 sqq., et V, 09 sqq.
88 PORTRAITS DE FEMinSS.
résulte d'une étude prolongée de ces cinq poëmes. Il faut en prendre notre parti : les anciens, les poëtes surtout, n'étaient point tourmentés de notre insatiable besoin d'analyse psychologique, ni de l'ardeur maladive avec laquelle nous portons le scalpel jusque dans les moindres replis de la conscience. En conclure qu'ils sentaient moins que nous serait téméraire; c'est le contraire qui est vrai. Les anciens vivaient plus que nous, mais ils se regardaient moins vivre.
Quatre ans plus tard, en 728, le poëte réunissait aux cinq élégies inspirées par Délia cinq autres poëmes de même nature, et publiait son premier volume de vers. D'une époque antérieure aux élégies déliennes sont VUloge de la paix (I, x), et les trois élégies (I, iv, viii, ix) dans lesquelles Tibulle achanté son jeune et beau Marathus, comme Virgile avait chanté son Alexis, Catulle son Juventius, les anciens ne rougissant point d'aimer la beauté partout où elle brillait. Le poëme écrit pour célébrer l'anniversaire de la
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naissance et le triomphe de Messala (I, vii) est seul postérieur, puisqu'il fut composé vers 727. Il y avait un an qu'Octave avait reçu le titre de prince du sénat. Sur la proposition de Munatius Plancus, le sénat venait de lui décerner le surnom religieux d'^î^^i^^^. Ovide nous apprend qu'alors Tibulle était déjà c lu, connu et goûté du public, »
Legi turque Tibullus Et placet, et jam te principe notus erat (1).
Il ne paraît pas pourtant qu'il ait rien écrit durant plusieurs années. Les élégies du deuxième livre et les parties authentiques du quatrième sont des derniers temps de sa courte existence. Que fit-il pendant les sept années de vie que les € destins avares, > comme dit le poëte de Sulmone, lui accordèrent encore ? Il fit sans doute ce qu'on fait lorsqu'on a achevé son roman, lorsqu'on a une fois touché le fond de la nature humaine, lorsqu'on n'a plus la capacité de souffrir ni le désir môme d'être heureux : il vécut.
(1) Ovid., TrUt., U, 403, 464.
90^ PORTRAITS PE FElfMES.
Il pouvait dire avec Sappho : c L'amour a secoué mon âme comme lorsque le vent s'abat sur les chênes dans la montagne (1). »
Il vécut, dis-je, et il faut convenir qu'il n'eût pu mieux choisir son temps. L'immense majesté de la paix romaine commençait à se lever sur le monde. Le pouvoir d'un seul avait paru l'unique remède des discordes civiles. Si Tacite luimême l'a reconnu (2), Tibulle aurait eu mauvaise grâce à le nier ; il ne combattait pas à Philippes. Le nom d'Auguste n'étant point dans les élégies de Tibulle qui sont venues jusqu'à nous, quelques critiques ont supposé que le poëte n'avait pas pardonné à Octave la mort de son père et la perte de son patrimoine ; mais, outre que rien absolument ne nous a été transmis sur la mort du père de Tibulle, nous avons vu que le fils a suivi en Gaule un lieutenant d'Octave, et que très-vraisemblablement il a dû au crédit de Messala le rétablissement de sa fortune. Que sa-
(1) Fpagm.,43, éd. Th. Bergk (Lip. 1867).
(2) Ann,, I, 9.
Y(ms-nou3 des idées politiques de TibuUe? Bien, car il n'y en a pas trace dans toute son œuvre. Naturellement cela fit scandale. Il fallait vivre en ce temps pour entendre reprocher à Tibulle de n'avoir voulu chanter que l'amour et la nature. M. Beulé, dans des pages d'ailleurs d'une grande éloquence, en a fait un crime au poëte. Au dernier siècle du moins, La Harpe s'écriait : « Heureux l'homme d'une imagination tendre et flexible, qui joint au goût des voluptés délicates le talent de les retracer, qui occupe ses heures de loisir à peindre ses moments d'ivresse, et arrive à la gloire en chantant ses amours ! i» Depuis la Révolution, on a changé tout cela. Un citoyen digne de ce nom n*a plus € d'heures de loisir. » Le salut de la patrie et les destinées de l'humanité occupent tous ses moments! Je ne sais, mais il me semble que reprocher à Tibulle ses langueurs amoureuses et le charme énervant de ses vers, c'est comme si l'on trouvait mauvais que Sappho, la molle Lesbienne, ait chanté sur la lyre l'ode A une femme aimée (Elç 'Epo)|iiiyY]v)
au lieu de composer un cantique édifiant pour quelque futur mois de Marie!
Si Ton veut bien connaître la vie de Tibulle en ces liernières années, qu'on relise l'épître qu'Horace lui adressa vers cette époque dans sa terre de Pédum (1). c Albius, juge sincère de mes discours en vers, — que fais-tu maintenant dans les champs de Pédum? — Ecris-tu quelque chose qui doive surpasser les poëmes de Cassius de Parme? — ou bien, errant en silence dans les bois salubres, — médites-tu sur ce qui convient au sage et à l'homme de bien? — Tu n'es pas, toi, un corps sans âme. Les dieux t'ont donné la beauté, — ils t'ont donné la richesse et l'art d'en jouir. — Que souhaiterait de plus à son doux nouveau-né la mère la plus tendre, — s'il a reçu du sort la sagesse, le taleut de bien dire, — le don de plaire, la gloire, la santé, — une vie élégante et facile, avec une bourse toujours pleine? — Au milieu des illusions
(1) Horat.y Ep, , I, iv. — Cette épître serait, selon Kirch* ner, de 729 : elle est peut-être d^une date un peu postérieure.
et des tristesses, des craintes et des dépits, — pense que chaque jour est le dernier qui te luit. — Elle sera la bienvenue, l'heure que tu n'espérais point. — Gros et gras, tout brillant de santé, voilà comme tu me trouveras — lorsque tu voudras rire, un vrai porc du troupeau d'Epicure. »
Voilà bien Tibulle, le voilà tout entier, tel que nous l'avons montré lorsque tout enfant il courait avec sa sœur dans le verger ombreux , et déjà révérait les antiques dieux en bois du la* raHum. Il se promène sous ses arbres, parmi ses troupeaux, et, ce que c Vépicurien > Horace aime mieux paraître ignorer, il célèbre avec ses bergers et ses laboureurs toutes les fêtes des divinités champêtres (1).
A la femme, Tibulle ne demande plus que le repos et l'oubli des maux passés. On s*accorde assez à voir dans la treizième élégie du livre IV
(4) Tib.^ II, I. — Tableau de la fête des Rogations chez les RomaiDS. — Cf. sur cette élégie célèbre Alex, de Humboldt^ Kosmo», II, 20.
94 ^RTRAtTS DE l^lOtÊS.
un poème inspiré par une certaine Glycera dont parle Horace dane son ode à TibuUe (1). Il y a cinq ou six vers dans cette élégie qui, rapprochés de répître d'Horace, montrent qu*avec les an* nées TibuUe avait retrouvé, sinon la joie et le bonheur> du moins la douce sérénité de son in* nocente nature, c A quoi bon exciter l'en vie ? Loin de moi la vanité vulgdre 1 Que le ôagpe se réjouisse en silence dans son cœur* Je puis vivre heureux ûinsi au fond des forêts, où aucun pied humain n'a frayé le chemin. Tu es le repos de mes tristesses^ ma lumière dans la sombre nuit, et dans ma solitude tu me tiens lieu d'un monde, i^ Inutile d'ajouter que TibuUe ne se maria point. Alors même qu'il n'eût pas eu l'âme blesséô morteUement, je doute qu'U se fût jetais asses intéressé nux chosed de la vie réelle pour devenir chef de famiUe et donner des citoyens à TE-* tat. En dépit des efforts et des tendances romantiques de quelques princes, tels que Auguste et
(1) Horat., Od.j I, xxxiiij de la même époque que Tépitw (Kirchner).
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Tibère^ les lois renouvelées de Lyciirgue sur le célibat avaient paru parfaitement ridicules et n'avaient eu aucun effet sur le^ esprits émînents du siècle, comme Virgile, Horace, Properce. L'idée de patrie, après avoir réalisé de grandes choses dans le monde, avait évidemment fait son temps. Elle ne disait plus rien à ceux qui ou* vraient l'ère de la démocratie universelle. Certes, comme Properce, Tibulle aurait pu écrire ces patoleS) qu'un Romain du temps d'Annibal n'eût pu entendre sans mourir de honte et d'indigna^ tioîi : t Qu*ai-je besoin de donner des fils aux trîompheâ de la patrie î Aucun soldat ne naîtra de mot! sang (1)« »
Ah ! que nous comprenons bien Ces vers-là, car enfin j quoi qu'en disent nos Catonà,nous sommes revenus à Ces beaux jours de la décadence où il fait si bon vivre ! Laissez-les de leurs Cris aigus remplir l'école et appeler la colère des dieux sur les vices du siècle. Ces hommes à la barbe hérissée, au long manteau sordide, qui sans pitié
(1) Aop.,ÎI,vii, 13,14.
frappent de leur bâton ferré les précieuses mosaïques de nos petites maisons, ces êtres bizarres et mélancoliques qui apparaissent comme des spectres, étendent pour nous maudire un bras décharné, puis rentrent dans l'ombre, produisent sur l'esprit des convives de l'universel banquet une diversion qui a son charme, et dont reflFet est de réveiller la volupté au cœur alangui du sage couronné de roses.
Les dames romaines le savaient de reste. Pendant les longues heures de la toilette du matin, en attendant Tamant, en litière, à la promenade, elles aimaient fort la vue, les grands discours austères de leur philosophe , sorte de chapelain de ce temps-là. Plus d'une Técoutait, rêveuse, tandis que le singe et le fou faisaient assaut de cabrioles pour attirer un regard , mériter une caresse de leur bonne maîtresse. Ces jours-là, elles étaient plus tendres, plus abandonnées, et comme envahies par un délicieux malaise. Elles sentaient mieux alors le prix de l'existence, apprenaient à jouir de l'heure qui passe. De là une
science profonde de la volupté, un sentiment exquis des joies fortes et délicates de Tâme et des sens, une capacité d'émotions de plus en plus nombreuses et finement nuancées , une sensibilité nerveuse exaltée, surexcitée, presque maladive , faisant osciller tout l'être humain, si je puis dire, au moindre souffle des passions, de la frénésie du délire à l'accablement infini de la torpeur.
Lentement acquises par les parents, transmises par voie d'hérédité, ces manières d'être deviennent instinctives chez les enfants , qui naissent vieillards, épouvantent par leur effrayante précocité. Toute riche matrone, toute grande dame, Livie elle-même, avait dans sa maison quelquesuns de ces jeunes lutins d'Alexandrie, petits satyres dont on n'eût pu dire Tâge, dont l'œil de lynx voyait tout, ne se baissait jamais, faisait rougir les belles donne^ et dont le méchant babil, effronté et cynique, mettait en liesse la compagnie. Ce n'est plus là de la décadence ,
mais bien de la décrépitude. De tout temps, les
grandes villes ont produit de ces créatures rachitiques qui retournent au type simien. Comme Paris, Alexandrie avait son Gavroche.
Mais si le monde grec et oriental penchait vers la décrépitude, le monde romain proprement dit n'en était encore qu'à cet état de paix sereine et joyeuse, de doux loisir et d'énervement voluptueux, où des générations fortunées recueillent le fruit des luttes séculaires des ancêtres et récoltent dans l'allégresse ce qui a été semé dans le sang et dans la mort. Voilà l'âge d'or que tous les parangons d'une triste sagesse flétrissent du nom de décadence. S'ils vexilent dire par là que l'heureuse et molle créature, affinée par la réflexion et brisée par le plaisir, est une proie toute préparée pour les durs conquérants qui ne manqueront pas de venir, ils ont de tout point raison» Quoi! faut- il donc, pour ne pas mourir, se condamner à ne jamais vivre ? De-* mander à Horace ou à TibuUe, le front couronné de myrt-e et la chevelure hiunide des parfums de Syrie, de revenir à la rude existence des Ro-
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mains d'avant les guerres paniques, n'est-ce pas montrer qu'on a oublié la réponse du soldat de Lucullus ?
Que veulent-ils dire enfin avec leur mot de décadence ? S'ils se contentaient de constater un fait sans l'accompagner d'un cortège d'épithètes malsonnantes, peut-être se rendrait-on de bonne grâce ; mais ils font un crime aux peuples d'un accident tout aussi naturel que la maladie et la vieillesse. Il n'appartient à personne de revivre après avoir vécu, et n'esirce pas folie que de se refuser à voir dans la mort naturelle autre chose que l'usure des éléments mêmes de la vie ? Le plus grand progrès accompli par la pensée en ce siècle a été de substituer partout la notion du devenir à celle de l'être, en d'autres termes, de ne plus considérer qu'une succession d'états d'une seule et même chose là où l'on distinguait autrefois des objets essentiellement divers. Santé et maladie, par exemple, sont ainsi devenues deux simples modes de la vie, régis par les mêmes lois, interrogés par les mêmes procé-
iOO PORTRAITS DE FEMMES.
dés scientifiques. Ramenés à leurs conditions véritables, les différents états pathologiques ont paru réductibles aux lois générales de la physiologie. La vieillesse ou l'usure progressive des tissus organiques, inaptes à renouveler les éléments de la vie, est un état particulier à tout ce qui vit, à l'animal comme au végétal, un mode spécial de développement, im moment de l'être.
Délia survécut à TibuUe. S'il fallait en croire Ovide (1), elle aurait même assisté aux funérailles de son ancien amant avec la mère et la sœur du poëte. Némésis, la triste héroïne des élégies du deuxième livre, serait venue, elle aussi, couvrir de larmes et de baisers le corps exposé sur le bûcher. Chez le poëte de Sulmone, Délia et Némésis, ainsi mises en scène, se disputent la gloire d'avoir donné le plus de bonheur à TibuUe. Si la fiction n'était aussi transparente, rien ne serait plus indécent. Ovide a cependant écrit sous l'empire d'un sentiment pieux et tendre. Il aimait
(1) Ovid., Ainor,^ III, ix.
le € doux génie » (1) de TibuUe. Ici comme souvent, il s'inspire des vers mêmes du poëte, mais il est clair qu'il a manqué d'un sens spécial pour les bien entendre. Quoi qu'il en soit, Ovide n'a rien vu ni rien su, et tous les éléments de son allégorie sont tirés des élégies. Il n'est point vraisemblable que, par sa présence auprès du lit ou du bûcher funèbres, Délia ait réalisé Un des vœux les plus cbers que TibuUe avait formés autrefois en des vers immortels qu'elle seule, sans aucun doute, n'a jamais lus. Retiré dans sa terre de Pédum, TibuUe n'avait peut-être jamais revu Délia.
Il aimait mieux, loin d'eUe, écouter en sQence la voix triste et dolente qui parfois s'élève et chante en nous au doux ressouvenir des jours qui ne sont plus. Heur ou malheur, qu'importe? on a vécu. Et voici que déjà l'on se survit. Les natures exquises comme TibuUe, mais en même vives et sensuelles, sont moins que d'autres à l'abri de certaines erreurs qui empoisonnent
(1) Ovid., Trist., V, i, 18. Ingenium corne.
souvent toute Texistence. Le châtiment sort de la faute comme Tépi du grain. Tel qui a aimé avec assez de puissance pour douer un être cher de toutes les perfections reconnaît un jour qu'il s* est peut-être trompé. D'un bloc de chair, il avait su tirer une statue de marbre, statue vivante et plus belle dans Tidéal que toutes les choses d'ici* bas. L'amant, comme le poëte, donne avec joie sa vie à l'œuvre qu'il a créée. L'idéal ne serait plus l'idéal, si^ vraie dans l'infini du rêve^ Cette forme divine pouvait jamais devenir téelle. Ironie ou douleur, la contradiction éclate tôt ou tard, l'expiation commence. Souvent l'être cher il'a rien perdu de ce qui l'a fait aimer, et, pour peu qu'il consentît à redevenir statue^ on le placerait encore dans son sanctuaire, on l'adorerait avec la ferveur des anciens jours.
Mais l'idole redevenue femme ne se prête guère à ces apothéoses. Si dans la foule elle reconnaît le prêtre, c'est pour le suivre d'uû regard étonné. N'attendez d'elle aucun retour de tendre sympathie. Pauvres poètes, si vous pouviez yoi? çe
qui se passe au plus profond de son cœur ! Est-ce donc la faute des Délia, s'il s'est rencontré des Tibulle ? Implacable et sereine comme la nature, la femme n'a nul souci des êtres qu elle écrase. Au tiède renouveau , d'autres fleurs, d'autres créatures naîtront en foule sous ses pas de déesse ; ce ne seront plus les mêmes sans doute, qu'importe ? L'homme soufire, languit, rattache sa vie à un souvenir. La femme ignore, renaît chaque matin à une existence nouvelle, se sent fille de la terre, et, comtne elle, immortelle.
Délia fut une de ces créatures inconscietites que le monde appelle légères, et qui ëont sim« plement de belles formes animées, comme un arbre au feuillage gracieux, comme un élégant animal aux grands yeux sombres et doux. Il faudrait être bien frivole ou bien égoïste pour en vouloir à ces êtres charmants du mal qu'ils ont pu nous faire. Entendu au sens d'un Virgile ou d'un Tibulle, l'amour est un sentiment raffiné qui ne va guère sans quelque imagination. Ainsi transformé et spiritualisé, l'amour devieijt uii
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fait d'ordre intellectuel, une création de Tintelligence, j'ai presque dit une forme de l'entendement. Le génie d'un Goethe lui-même ne sera pas trop vaste pour comprendre et noter toutes les nuances fugitives, de délicatesse infinie, de ce vague idéal où l'âme la plus haute s'abîme comme une goutte d'eau dans TOcéan.
N'y aurait-il pas eu quelque cruauté à demander tant de choses à Délia? La pauvre enfant n'avait guère de cœur, mais elle avait encore moins d'imagination et d'intelligence. Sa petite âme ingénue et candide se donnait chaque printemps comme l'arbre livre ses fruits. Que l'on pût mourir du bien qu'elle vous avait fait, voilà qui l'aurait fort surprise, et, j'imagine, un peu flattée.
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