‹ Portraits de femmesChapitre 16 sur 19 · ET LA CURIOSITÉ AU XYIII« SIÈCLE · texte numérisé non relu

ET LA CURIOSITÉ AU XYIII« SIÈCLE

Toute civilisation très-raffinée, partant à son déclin, se prend d'un goût fort vif pour les productions curieuses de la nature et de Tart. Les amateurs et les collectionneurs de ce temps*ci sont les petits-fils des c curieux > du dernier siècle. Le sentiment du beau s'émousse et se perd avec une certaine naïveté. Il en est de la

croyance à l'idéal dans l'art comme de toute au-

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tre : on en revient peu à peu, souvent à son insu, sans trop Tavouer aux gens, par un eflFet de rage et de l'humaine expérience. Tout en protestant de son admiration pour les œuvres sublimes du génie, on se laisse aller, en voluptueux, au culte de ces bonnes et faciles divinités, point tristes ni sévères, qui peuplent les demeures de jolies choses futiles, voire de saintes reliques de Tart, meublent les appartements de précieux ouvrages de BouUe, g'arnissent les cheminées de magots à gros ventre, de pagodes de terre des Indes, chargent les consoles de bronzes, d'ivoires, de porcelaines rares, couvrent les murs d'estampes, de tableaux des grands maîtres encadrés par Œbenne, glissent en un coiu connu de la bibliothèque ces livres aux belles reliures, petits vers et romans, où chacun prend letou delaparfa-itement bonne compagnie, l'esprit de société, cette légèreté de causerie, cç dqnde tout compvendre h demi-mot, d'achever une phrase par un sou^ rire ou par un mouvement d'éventail, qui font de cette mo^'ne ei^ste^ce une fête galai^ te de Watteau ^

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Les philosophes, cyniques au long bâton ferré, graves censeurs du siècle, amis des hommes comme Mirabeau, ennemis du genre humain comme Jeau-Jaccjues, ne sauraient manquer à la fête : ils n'en sont pas la moindre curiosité. Les duchesses du dix-huitième siècle, ainsi qu'autrefois les dames romaines, se donnent le luxe d'avoir chez elles un philosophe, aux champs comme à la ville. Les financiers, les bourgeoiSi les gens de théâtre, les artistes, ayant moins de loisir ou de politesse, se contentent de singes du Japon qui remuent la tête. Paris, leParis charmant et bruyant de la première moitié du dernier siècle, était déjà la ville du monde où Anglais, Espagnols, Allemands, Suédois et Russes venaient le plus volontiers passer leurs fantaisies. Le Paris de nos jours , avec ses révolutions sociales, avec ses désillusions et la gravité des mœurs démocratiques, ressemble bien moins, quoi qu'on dise, à une Babylone. On continue d'y vendre un peu de tout, comme h Rome ; certains objets pourtant devieni^ent introuvables; le philan-

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thrope, si fort admiré par nos sensibles grand*mères, est aujourd'hui plus rare qu'un Chinois authentique de bronze ou de porcelaine.

Avec les étrangers, c'étaient surtout les riches amateurs de tout état, les gens du bel air, qui, après avoir réglé leur montre au méridien du Palais-Royal, au retour de quelque rendez-vous donné sous l'arbre de Cracovie ou sur le banc de Mantoue, allaient passer une heure ou deux chez les marchands d'objets d'art et de curiosités de la rue Saint-Honoré, quartier des plus élégants. Ils entraient dans la boutique de Lazare Duvaux, marchand bijoutier ordinaire du roi (1). Le Fintac des Contes moraux de Marmontel devait s'y rencontrer à certains jours avec quelque autre t connaisseur > de son espèce. L'innocente manie de ces collectionneurs, dont le tact et le goût n'étaient pas toujours très-exercés, devenait une bonne fortune pour les marchands de tableaux,

(1) Livre-^oumal de Lazare Davaux, marchand bijoutier ordinaire du roy^ précédé d*ane étude sar le goût et sur le commerce des objets d*art au milieu du dix-huitième siècle^ par Louis Courajod. Paris, 1873, 2 vol. in-8".

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de bronzes et de porcelaines. Plus d'un curieux de cette sorte était positivement aliéné. Une comédie qu'on joua aux Français vers cette époque, r Amateur^ raille agréablement ce ridicule. Voici comme Bachaumont rend compte de cette pièce : « Un homme versé dans les arts revient d'Italie avec la manie des antiques. Un de ses amis se propose de lui faire épouser sa fîUe, qu'il n'a pas vue depuis longtemps. Il fait faire la statue de la jeune personne, lui fait donner tous les caractères propres à en attester la vétusté. L'a^ mateur en devient fou et est fâché qu'on ne trouve plus de figures pareilles. Quand il est bien épris, on feit paraître la jeune personne et il l'épouse (1). >

Les gens de lettres, si l'on en excepte Voltaire et quelques autres, n'enrichissaient guère les marchands de curiosités. Ce n'est pas que leur philosophie dédaignât les fines élégances de la vie : ils étaient encore trop pauvres pour les ae-

(1) Mémoires secrets de JSachaumont^ édition de M. J. Ra» venel, t. I^ p. 265.

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quérir. Ils abandonnaient cq luxe aux danseuses derOpéra, au fameux chanteur Jélyotte, Thomme à la mode, à quelque actrice célèbre comme Hippolyte Clairon ; en réalité c'étaient les financiers , contrôleurs , receveurs , fermiers gêné» raux, etc., qui payaient. Après Madame de Pompadour et la cour, L. Duvaux n'a point de meilleurs clients. Tel fermier général, comme La Popelinière, s'entendait appeler sans sourciller, Plutus, Mécène, Apollon ; les réceptions splendides de son château de Passy, les comédies et les opéras qu'on y jouait, attiraient auprès du financier une foule de musiciens, d'artistes, de « petits agréables, » qui lui rendaient mille services, assaisonnaient ses soupers de propos ga^ lants et spirituels, l'aidaient à mettre au jour d'agréables productions littéraires, et même poussaient le zèle, ce dit-on, jusqu'à lui prêter des secours plus solides pour perpétuer sa postérité (Favart, Jownal^déç, 1762). Les gens de roture, les bourgeois, notaires, libraires, bonnetiers, apothicaires, depuis la révolûtioi^ éconç-

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mique de Law et Toubli des vieilles traditms de simplicité, voire de parçimoiiie, se piquent aussi d'acq[uérir des objets d'art, de collectionner des peintures, des estampes, des livres, et même d'écrire de petites œuvres légères. Le Livn- Journal permettrait à Tliistorien de ressusciter, au moins pour une période de dix ans (1748- 175S), le monde cliarmant et frivole qui, au palais de Versailles ou de Saint-Cloud, à l'hôtel de la duchesse de Boufflers, de la comtesse de Forcalquier, de la princesse de Robecq, emplissait chaque soir les salons et les apparte^ ments où « le tout Paris » d'alors causait, soupait, dansait, jouait la comédie, écoutait des vers, faisait de la musique.

Il n'y pas jusqu'^ Tobscur bourgeois de Paris, qui ne fut guère connu d'abord que par son habileté à garnir et h, monter en bronze de belles pièces de porcelaine du Japon, de la Chine, de Saxe, de Vincennes ou de Sèvres, il n'y a pas ^'usqu'à Lazare Duvaux qui ne témoigne d'une particularité nçtable, oubliée aujourd'hui, deij

mœurs de son temps. Au dix-huitième siècle, Tart n'est pas encore séparé du métier. Duvaux, qui d'ailleurs a peut-être modelé, fondu et ciselé lui-même plus d'un bijou pour ses clients, servait souvent d'intermédiaire entre ceux-ci et les plus grands artistes, tels que Bouclier, Duplessis, Œbenne. Le marchand d'objets d'art anciens et modernes, artiste à ses heures, curieux érudit et homme de goût, n'était point mal à l'aise dans la société des peintres, des sculpteurs et des an* tiquaires les plus éminents. Entre honnêtes gens, on se donnait des preuves d'estime, de bonne amitié et de délicate attention. Gersaint, le fameux joaillier du pont Notre-Dame, avait une enseigne peinte par Watteau. Une estampe fort jolie, d'une fantaisie délicieuse, je parle de l'adresse du marchand reproduite en tète du Livre- Journal^ a été dessinée par Boucher ; l'illustre archéologue Caylus l'avait, paraît-il, gravée.

Le Livre-Journal n'est pas seulement un document capital pour l'histoire des arts industriels pendant une partie du règne de Louis XV :

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rhîstorîen des mœurs et de la politique générale de cette époque trouvera en ce naïf et véridique témoignage mainte information précieuse qui modiiSe ou contrôle les assertions de Barbier, du marquis d'Argenson et du duc de Luynes. Pour qui sait voir et comprendre, le moindre des objets d'art énumérés en apprend souvent plus sur l'esprit et les mœurs du temps que toutes les histoires de seconde main. Les personnes qui ont quelque pratique des études historiques savent que la plus chétive épave du passé a cent fois plus de prix pour la connaissance de ce qui a été que les pages les plus éloquentes d'un Tite- Live ou d'un Tacite. Le registre d'affaires d'un bijoutier de la rue Saint-Honoré, cela n'a l'air de rien : qu'on en lise dix pages, on sera peutêtre d'un autre sentiment.

Les achats de la Pompadour, de la reine, de la dauphine, des princes et des princesses, des favorites et des ministres, nous révèlent les goûts, les occupations, les distractions, les jeux, les engouements de la cour, voire les manies bizar-

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res du roi, Louis XV, ou le sait, avait la fureur de bâtir ; il améuageait lui-même aes c pavillons, > Ses goûts culinaires paraissent avec naïveté dans ce journal, Il avait l'appétit insatiable des Bourbons. Une de ses filles écrit qu'elle mangeait h crever. Il ne faudrait pourtant pas croire que les ej^ploits de Louis XV en ce genre fissent oublier ceux de Louis XIV. La décadence était déjà dans la maison de France. Le roi achète des caves, des cafetières, des lampes h esprit-devin, des pièces d'argenterie légère, bref tous les ustensiles qui lui servaient à préparer lui-mâme son café et ses repas. Les mémoires du temps parlent de ces tables mouvantes qu'il possédait à Choisy comme à Trianon : elles s'élevaient du sol par une trappe avec un service entier; les assiettes, les vins, etc., se présentaient aux convives, ainsi débarrassés de la présence des valets. Après le souper, la table redescendait.

Elle venait sans doute aussi de chez Duvaux, cette tabatière, que Madame Adélaïde de France, troisième fille de Louis XV , donna un jour de

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Tannée 1752 à un jeune garde du roi, « très-beau et bien fait. » Cette boîte était un cadeau que le roi avait fait à sa fille : il le reconnut. Un billet de la princesse accompagnait Tenvoi : <r Ceci vous sera précieux; on vous avertira bientôt de quelle main il vient. » Le jeune garde du roi, tisès-beau et bien fait, était um âme simpla et candide. C'est en vain qu'il avait respiré quelque^ temps Ta-ir de la cour la plus polie. Il courut, la sot, porter la tabatière au duc d'Ayen, sou ca-» pit^iue. Instruit de Taventure, le roi envoya son garde au bout du royaume, avec pension de quatre mille livres. Madame Adélaïde avait alors vingt ans, et l'on était au printemps. « L'on peut s'attendre, dit Argenson , h des extrémités violentes de la part d une jeune princesse forte et de bonne santé, comme est Madame Adélaïde. »

Mais c*est surtout la reine des élégances, la protectrice des arts, lamidtresse des destins de la France pendant une période du dix-huitième siècle, c'est surtout Madame de Pompadour dont le LivTt-Jowtnal révèle, presque à chaque page, et parfois sous un jour nouveau, la vie privée, les goûts intimes, les préoccupations de chaque heure, les ambitions, les manèges et les hypocrisies, qui, en vingt ans, firent un hideux squelette d'une fort jolie personne, née pour jouer des rôles de grande coquette sur quelque théâtre de province. Que Madame de Pompadour n*ait été qu'une comédienne, non-seulement sur les planches du château d'EtioUes, dans les petits cabinets de Versailles, sur les scènes des spectacles royaux , mais chez sa mère et chez son

mari, dans la forêt de Sénart ou à Versailles, auprès du roi comme chez la reine, au conseil des ministres ou devant son œuvre de graveur à l'eau-forte et en pierres fines, sous les voiles roses ou bleues de la nymphe des bois qui suivait les chasses du roi, comme sous Tépaisse couche de rouge et de blanc qui dissimula les convulsions de son agonie, — c'est là une vérité qui paraît assez évidente.

Elle n'avait que neuf ans lorsque sa mère. Madame Poisson, la conduisit chez une tireuse de cartes : on lui prédit qu'elle serait un jour la maîtresse du roi (1). Il n'en fallut pas davantage; il y eut dans le monde une vocation d'artiste de plus. La vie de la Pompadour tient toute en ces Irois mots. La petite fille et la femme ont chanté tous les airs : le texte du libretto n'a point varié d'une syllabe. Devenir maîtresse dujoi quand on s'appelle Antoinette Poisson, quand on est la fille

(1) Curiosités historiques^ par J.-A, le Roi, p. 222 : « Pension de 600 livres faite à Madame Lebon pour avoir prédit k Madame de Pompadour qu*elle serait un jour maltresse de Louis XV. »

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d'un pendu (en effigie au moins) et d'une femme galante ! Et ce n'était point là un rôle à jouer derrière un paravent : la France, l'Europe entière seraient spectatrices. Fort bien élevée (je veux dire entourée de maîtres à chanter, à danser, à déclamer) par son vrai père, un fermier général, M. Letiormant de Toumehem, dont elle épousa le neveu, la jeune Antoinette Poisson, devenue Madame Lenormant d'EtioUes, se pénétra si bien de son étrange mission, qu'elle agissait tout éveillée comme dans un rêve. Possédée par son idée fixe, elle épiait, saisissait toutes les occasions d'être aperçue de Louis XV ; elle l'intriguait au bois, l'agaçait sous le masque, laissait tomber au bal son mouchoir. Bref, elle se fit conduire à Versailles, dans l'appartement du roi, par un valet de chambre, Binet, son parent.

Elle était enfin sur les planches. Ce qui se passait dans la Coulisse n'existait plus pour elle. Elle y laissait un mari qui avait eu la naïveté de l'aimer, qui se trouva mal quand l'oncle Lenormant lui dit tout, l'exhortant à prendre la chose

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en homme d'esprit. Elle n'entendait même pas les cris de sa petite Alexandrine : car Madame d'EtioUes avait deux enfants et quatre ans de mariage lorsqu'elle devint maîtresse du i*oi. Mais les grandes actrices ont Tâge de leur rôle, et ce n*est pas un soir de première représentation que la nature triomphe de l'art. Louis XV n'était pas d'ailleurs ce qu'un vain peuple pense : il avait, alors surtout, besoin d'être amusé, distrait, charmé. La marquise de Pompadour lui plut quelque temps : l'habitude fit le reste. La noire mélancolie, l'indolente paresse de ce roi ennuyé, faible de tête, épuisé d'excès de tous genres, se trouvait bien des élégances exquises de la Parisienne, des fêtes d'un goût charmant qu'elle lui donnait, de ces fins et gais soupers des cabinets, OÙ nul bruit du dehors ne pénétrait, où des convives choisis et peu nombreux, la bonne chère et le vin de Champagne, faisaient presque oublier à Louis XV qu'il était roi de France !

Ce n'est point sans raison que la marquise entourait sa personne de tous les rafBnements du

luxe et de toutes les splendeurs de l'art. Elle avait besoin d'apparaître au roi dans une sorte d'apothéose, au milieu des nuées d'une gloire d'opéra, parmi les flammes bleues et roses d'un feu de Bengale. Cela convenait mieux à son rôle que la conversation. De nos jours, Bes causeries paraîtraient peut-être amusantes ; au dix-huitième siècle, dans des salons où fréquentaient Voltaire, Maurepas, Bemis, où toutes les duchesses et marquises authentiques avaient des traditions de bien dire et de politesse qu'aucune éducation ne saurait donner. Madame de Pompadour passait pour n'avoir point d'esprit. Son langage vulgaire, ses expressions communes, son bavardage intempérant, témoignaient de la bassesse de son origine. La comédienne s'oubliait-elle un instant, la petite bourgeoise perçait désagréablement sous la grande dame. L'on s'en scandalisait à la cour. Le roi en riait lui-même, disant : c C'est une éducation à faire dont je m'amuserai. »

Il faut pourtant reconnaître, chez cette personne dénuée de sens moral, de peu de cœur et d'esprit,

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assotée de vanité, outre une intelligence ouverte et vive, un goût très-sûr et des plus fins pour toutes les choses de Tart, un amour vrai et Ingénu de la beauté, Thorreur des élégances banales et du luxe de pacotille. Les montures des porcelaîi^es fournies par Duvaux, les pièces d'argenterie,, les vases, étaient souvent fondus d'après des modèles qu'elle avait demandés aux meilleur»

sculpteurs. Aux meubles modernes, elle préférait les beaux objets d'origine ancienne et les produits les plus rares des arts orientaux; les vieux laques de Chine et du Japon» les incrustations et les bronzes de BouUe, les lustres anciens de cristal de roche; bref, et je le dis à son éloge, elle inaugura l'ère du bric-à-brac.

Par son oncle Lenormant de Tournehem, par son frère Abel Poisson, devenu marquis de Vandières (ou d'avant-hier, comme on disait), puis de Marigny, dont elle fit des directeurs généraux des bâtiments du roi, c'est-à-dire des directeurs des beaux-arts. Madame de Pompadour

exerça une influence notable sur le développe-

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ment des afM.et métiers du dii-huitième sië* clc^ n me flétnble que cette influencée fut plu^ tôt bidnfainante qùé néfaste : puisque le tènips était plMé de Mte grande C'était bien quelque «hOM de faire encore joli. Il paraît d'ailleurë que ' ' lumum^nB toutes les fois qu'il nous arrive de qualifier de style Pompadour le style du mobilier un peu bigarre et contourné du dernier sièeie< « Bien n'est plus injuste, et rien n'est inoins vrai, a écrit M. L. Oourajod* Madame de Pompa<

dour^ au contraire^ donna l'impulsion à un style nouveau , qui par sa simplicité tranchait sûr l'an-^ cien. Bans jtnnais avoir vu l'Italie, elle avait un goût sincère poUr l'antiquité. Elle croyait CO* pier l'antique avec leô pierres gravées dé Guay^ h travers les dessins de BoUchardon, et presque tous les artistes qu'elle protégeait étaient imbud d'idéeé antiques. <• On en esta Dandré^Bardon, Tantiqu^rë, et en pleine croisade de Caylus en faveur de l'antiquité^ «é.» Madame de Pompa^ dour a inauguré le goât qu'on a depuis ap^ pelé style Iiouis XVÎ, parce que-c'ei^lt sOtts Ce

priD@@ que ce «tyle » pria tout son dév^pp»ment, » - ' îv".

N'oublions pas enfin qu'elle fonda la maimfaeture de 6èvreB, et que son enthousiasme pour U porcelaine de France falilit lui brouiller l'entendement. Ëlle-mâioa était artiste, Je n'ai pas b juger ce qu'on appelle l'œuvre de Madame de Pompadour (1). En dépit de quelque divergence d'appréciationa, Q paraît bien que la marquise u'a été qu'un agréable amateur, uu graveur aans caractère, un artiste sans originalité, comme il arrive souvent aux gens du monde. Ce qu'elle a fait sans m^tre est d'une maladresse enfantine. Il n'y a d'ailleurs paa lieu de s'étonner des petits t»lents de la marquise. Les personne de qualité se piquaient volontiers de cultiver les erta.

(1) MM. A. de La Fizeliâre, de Qoncourt, Camp&rdon ont pnblM Bt décrit la rscoeil des pitam grevées à l'eau-forte et

retouchéea au burin portant ce titre: ■ Suite d'estampes grft> véet par Madams la marquise de Pompadour, d'aprâs les pierrei gravAes de Ouaj, graveur du roi. iVoiraus» pour las camées que la marquise aurait exécutés le Catalogue des camées et pierres grardea de la Bibliothèque, p. 68,69 et S23.

Madame Adélaïde jouait de tous les instruments de musique, depuis le cor jusqu'à la g^iimbarde. La reine Marie Leczinska, excellente personne comme on sait, encore qu'un peu dévote, peignait de mauvais tableaux; Madame de Modène en faisait de grands à l'huile. € Toute la cour peint et enlumine , dit Argenson ; voilà l'occupation la plus à la mode aujourd'hui à la cour. »

Que n'eût pas donné la marquise pour que toutes les merveilles de l'art dont elle ornait à grands frais ses châteaux, ses hôtels et ses ermitages, entretinssent son royal amant dans l'illusion des premiers jours! Le décor était splendide, d'une magnificence inouïe, mais la pauvre comédienne était déjà fatiguée. C'est vers le milieu d'avril de 1745 qu'elle s'était installée à Versailles : deux ans après, les courtisans observent qu'elle maigrit à vue d'oeil et perd la fraîcheur de son teint ; le mauvais état de sa poitrine lui commande des ménagements qu'elle ne prend guère ; les veilles, les spectacles, les plai-

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sirs, les occupations la changent tous les jours jusqu'à devenir un c squelette; » elle ne pèse que cent onze livres ; sa gorge n'est plus qu'un souvenir ; elle a la mine défaite, l'air malsain, le bas du visage jaune et desséché (1). De plus, elle est affigée d'une sorte d'infirmité désagréable : Maurepas Ta célébrée en de jolis vers satiriques ; je n'insiste pas. Cette incommodité est d'ailleurs assez commune chez les personnes d'une constitution faible et lymphatique, amollies et brisées par la vie énervante des grandes villes.

Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que, lorsqu'on n'a pas été payé comme tel peintre de la cour pour faire le portrait de la favorite, on la voit assez bien telle qu'elle était vers cette époque de sa vie. Madame de Pompadour était de haute taille et assez mal faite ; elle avait les cheveux plutôt châtain-clair que blonds ; sa

(1) Mémoires du marquis cTArgenson^ t. V. p. 80, 112, 214, 274; VI, 25, — Cf. les Mémoires du duc de Luynes^ t. VII, p. 294.

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peau, fine et blanche, était molle, i^ infiltrât, s'engorgeait, s'enflammait facilement. SUe aymt des langueurs et des pâleurs maladives. Point da pens : le foi la trouvait « froide coffiiïie \\xi^ xw^ creuse. » Elle ipc^agipa de prendre un régi{Q§ échauffant, but des élixirs, ^illit §n 9iQiMrir« Quesnay, son méd^ciQ, lui conseilla simplement d'avoir soin de se bien porter, de tâcher de hÎQn digérer et de faire de l'exercice (1), KUedig^Wt mal et se plaignait sans oes^e d^ tir^iU^meptis d'estomac. Elle buvait du lait d'anegi^. Sa phy^ sionomie était mobile, fuyante, insaisi s^bl§; elle yari^it avec Tétat de sa sftnté, Iq, PQuleup de sa robe, rUewe du JOU?} ^Ue paraissait tout ftu-r tre à la clarté des lustres qu'à la luipièrei du W^ leil. Bref, elle n'avait poiut de trftit^, C'ét^ti si j ose dire, ce que l'ouvrieç d^ Paris, d§ sa voix un peu trouante, appelle $. uue grftnde blonde (2). n

(1) Mémoires de Madame du Haiisset, feinm§ de ç^a^bre de Madame de Pompa^lour, p. 92.

(2) Argenson, t. IV, p. 178. — Leroy, Portraits hk^f" oues de J^ouisXV et de Madame de Pompadour^ p. 19 (Pi^-

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Louis XV n'était plus gous le charme, Etaitil encore awusable? La favorite se sentait perdue si elle ne réussissait è, Tétourdir de fêtes et de spectacles, Sa saîité ? elle n'y songeait guère, D'ailleurs, en comédienne de race^ Madame de PpnjpadQur était bien décidée h mpurir sur le^ planches. Elle ^e remit avec une ardeur nQu«^ velle à ses études d'actrice ( 1747) , rapprit se» rôles, chanta, déclama, mQuta force pièces de tous genres, comédies, ballets, opéras, et pensa se ruiner à construire des salles de théâtre, Quand elle allait k TOpéra, on lui battait des îuaina eoiniQe k une bonne actrice, par ironie. « Applaudissement familier et méprisable, dit Argeuson, qu'on ne ferait pas k une persoune de qualité qui occuperait la même place qu'elle, »

Qn trouvera dans l'Introduction du Journal de Duv«|U5ç les uoma des peintres qui brossaient des décora pour les spectacles des palais royau^t : .

r|a, an X)f — Cf. Sénac de Meilhan^ le GoMvemement^ les

mœurs en France avant la Révolution^, publié par M. d<)

t^e^UP©, p. 83Q,

fontaines, groupes d'enfants, naïades, cariatides, trophées des conquêtes du roi, rideaux, châssis moitié arbres et moitié rochers, etc. Bocquet, qui a laissé tant de spirituels croquis^ a dessiné bien des costumes. Louis XV s*était amusé à rédiger avec la marquise les statuts du Théâtre des petits cabinets. Les spectateurs étaient spécialement désignés par le roi. Les acteurs et actrices ordinaires étaient les ducs de Chartres, d'Ayen, de Nivernais, de Coigny , les marquis de Courtenvaux et d'Entraigues, la duchesse de Brancas. Madame de Pompadour, Madame Trusson, femme de chambre de la dauphine , Mesdames de Sassenage,de Livry et une cousine de la favorite. Madame de Marchais, fille du fermier général de Laborde. En 1753, à une époque où Madame de Pompadour n'était plus qu'une amie pour le roi, elle jouait en son château de Bellevue ZélindoT^ roi des sylphes^ et Colin dans le Devin de village. Dans Vénus et Adonis^ elle jouait le rôle de la déesse , et s'avançait sur la petite Bcène de son théâtre, décoré à la chinoise.

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vêtue d'un corsage, d'une mante, d'une jupe et d'une longue queue d'étoffe bleue à mosaïques et résilles d'argent.

Le croirait-on ? Louis XV bâillait à ces spectacles comme aux concerts et aux soupers de la Pompadour. Les mémoires du temps parlent de ces bâillements c épouvantables » du monarque ennuyé, triste, repu, c Le roi bâille à tout, » disait la pauvre marquise. Que faire ? Elle tremblait pour € sa place, » car c'est ainsi que cette petite bourgeoise appelait très-sérieusement, en son langage de parvenue, l'étrange office qu'elle remplissait à la cour. Perdre sa place ! Elle serait morte du coup. Le roi pourtant aurait d'autres favorites; on la chasserait. Mais si ces maîtresses n'étaient point des personnes de qualité? Louis XV n'était pas sur ce chapitre plus délicat que ses glorieux ancêtres. Ne pouvait-elle pousser le dévouement, l'abnégation, jusqu'à se choisir des rivales ? Peut-être aurait-elle la main heureuse. Puis, le lieutenant de police, à qui elle fit présent d'ime statuette de l'Amitié, était

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fort de ses amia» Quant à ^a présence h la court il fallait l'assurer d'une manière définitive a» sa faisant nommer dame du palais de la reine, U lui vint une idée ingénieuse : elle inventa le Pai^ aux C^rf^ et se jeta dans la dévotion*

lUi^àîm tÉ POMI^ADOtft. 443

Jusqu'ici) deahistoriend de bonitô foi pouvaient eticore douter si l'espèce de conyerdioii de Madame dtf Pompadour avait été une comédie.

Ârgendon parlait « d'iiypocrisie^ :» mais Thonnéte duo de Luyne^, l'ami intime de la reiîie, témoignait dé la parfaite sincérité de la tààt* qtdse. Le £ivrê^oUf%al de Duvaux ne permet plus d'hésiter» L'impitoyable clairvoyance du Vieux ministre inorose^ d'humeur catistique^ est infirmée par d'irréfutables pièces jUstiScatitëd. Dès 1753^ Madame de Pompadour avait fait Con-^ sulteir eu Sorbonne potir savoir si elle pouvait oontinUer à vivre auprès du roi eu qualité d'a^ mie. Il avait été répondu négativement. Les jésuites (elle avait pris pour directeur le Pi de Qêbj) eugeaieiit qu'elle retouniftt avec M. Le-

normant d'EtioUes : Tabsolution était à ce prix. Or la reine, la pieuse Marie Leckzinska, faisait difficulté d'accueillir parmi ses dames une femme qui avait si parfaitement oublié son mari, et que l'on ne voyait jamais s'approcher des sacrements. Madame de Pompadour dut se résigner à composer une épître à l'adresse de son mari. On y lisait des choses d'une piquante fantaisie : c Reprenez-moi, vous ne me verrez plus occupée qu'à édifier le monde par l'union où je vivrai avec vous, > etc. Naturellement la réponse de M. d'EtioUes lui était dictée d'avance : il devait pardonner, mais surtout ne point consentir à reprendre Madame Lenormant. Il n'en fallait pas davantage ; la Pompadour fit savoir à l'univers qu'il ne dépendait point d'elle de revenir dans le droit chemin, et que la dureté de M. d'EtioUes la condamnait à rester à la cour, auprès du roi, pour qui elle n'était plus qu'une amie dévouée et de bon conseil. Elle reçut l'absolution et communia.

Elle assistait à tous les offices, entendait

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chaque jour la messe, et, quand les assistants s'étaient retirés, demeurait seule, ses coiffes baissées, au pied des autels. La nuit, elle se levait pour prier. Les issues et communications secrètes qui allaient de ses appartements à celui du roi devaient être fermées. Elle faisait maigre fêtes et dimanches, s'entretenait de longues heures avec le P. de Sacy, et avait donné ordre d'arranger pour elle une tribune et une cellule de retraite aux Capucines de la place Vendôme, où elle avait acquis un caveau pour elle et les siens. S'étant aperçu qu'il manquait quelques pièces au décor, elle fait venir à la hâte un bénitier de porcelaine de Vincennes, dans une gloire ornée de chérubins, une croix en ébène avec un Christ, etc., tous objets religieux qu'elle avait jusque-là négligé d'acquérir (1). Occupée de son salut personnel, elle n'avait garde de négliger celui du monarque ; elle l'exhortait à la dévotion. Le roi, disait-on, ferait ses Pâques.

(1) Livre-Jonmal, articles ^392, 2409, 2435, 2623 ; f. 2501 et 2592.

U6 POAT&àiTS DB FSMMES.

c Que de bigoterie pour plaire à la reine et à la maison royale ! » s'écrie Argenson. Et, en effet, le bon duc de Luynes ne doute point que la marquise ne pense fort sérieusement à vivre en chrétienne. Elle-même avouait qu'elle ne se sentait pas encore un goût très-vif pour la dévotion : c'était une grâce qu'elle espérait obtenir par sa ferveur et ses prières, c Elle agit en conséquence, » écrivait le vieux courtisan. Il ajoutait même, non sans un léger trait de malice peut-être, de cette douce et fine malice où excellait Marie Leczinska : c Elle a une mauvaise santé et plusieurs incommodités; ce sont des moyens dont Dieu se sert souvent pour opérer des conversions. >

Madame de Pompadour en vint à ses fins :

elle fut nommée dame du palais de la reine (7 février 1756.) Ce fut un scandale, un déchaînement universel à la cour aussi bien qu'à la ville. Les dames de Marie Leczinska représentèrent qu'elles ne pouvaient souffrir pour compagne une demoiselle Poisson, fille d'un laquais pendu en eflSgie.

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La reine elle-même aurait fait froide mine à la nouvelle venue. Pour ce qui est de cette dernière circonstance, on peut croire que le contraire est vrai. Le duc de Luynes est ici mieux renseigné que ne pouvait Têtre le marquis d'Argenson luimême. Ce qui est vrai, c'est que Madame de Pompadour, au comble de ses vœux, paraît avoir manqué de tact. Elle ne sut point d'abord mo^* dérer son zèle. Elle fatigua la reine de sa présence, la suivit partout, laccabla de petits pré^ sents. La persévérance que Madame de Pompa* dour mettait à faire sa cour parut excessive à Marie Leczinska. Toutefois elle ne crut pas coii* venable de marquer son déplaisir.

D'ailleurs, la comédie une fois terminée, la Pompadour se mit en tête de reprendre quelque rôle de son ancien répertoire* Nommée en février dame du palais^ il n'était déjà plus queation , en mars^ de confesseurs ni de régularité religieuse. « Elle a abjuré la bigoterie qu'elle avait si bien commencée, dit Ârgenson; ell6 se joue avec les grâces et les amours au lieu de

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prêtres et de mortifications. > Le P. de Sacy n'était pourtant point cruel : il avait permis à sa pénitente de garder le rouge et toutes les parures de Cythëre. N'importe, elle cessa tout à coup de parler molinisme et salut étemel. Elle redevint presque esprit fort comme Quesnay et tous ses bons amis les philosophes. Ce n'est pas qu'elle ait jamais rien compris à l'esprit de cette Encyclopédie qu'elle estimait surtout parce qu'elle y trouvait expliquée la composition de son rouge, ou la manière de fabriquer des bas de soie. Les gens avisés ne faisaient pas plus de fond sur sa philosophie que sur sa dévotion.

Elle jouait toujours quelque personnage, voilà tout.

n s'agissait maintenant pour elle de devenir premier ministre de France. Certes, Madame de Pompadour était bien la dernière personne de France qui s'entendît à gouverner l'Etat. L'Autriche, notre ennemie séculaire, devint un beau jour notre alliée. Les sarcasmes du roi de Prusse, quelques adroites flatteries de l'ambassadeur

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d'Autriche, le prince de Kaunitz, l'envoi d'un portrait de Marie-Thérèse à la favorite, n'auraient pourtant pas fait ce miracle sans l'antipathie du roi très-chrétien à l'endroit des hérétiques (1). Un billet de l'impératrice était-il joint à l'envoi? Il ne paraît pas (2). Mais l'anecdote de Madame Campan est inventée à plaisir. Le portrait, parfaitement authentique, devint la propriété du marquis de Majîgny après la mort de Madame de Pompadour. Il figure dans le catalogue des objets de curiosité qui ont appartenu au frère et à la sœur. C'était un grand portrait en miniature, de forme ovale, dans une bordure à guirlandes en vermeil, avec de magnifiques diamants du Brésil tout autour. De son côté la Pompadour envoya, le LivTe-Jimf' nal l'atteste, des porcelaines et des boîtes précieuses à Vienne.

C'est en 1756, l'année de la promotion de Ma-

(1) Voy. plus bas, p. 223.

(2) Voy. Ch. de Weber, Maria Antonia Walpurgis, Chur^ filrstin zu Sachsen^ I, 144.

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dame de Pompadour à la place de dame du palais, que commence cette guerre de Sept- Ans qui fit perdre à la France ses colonies de l'Inde et de TÂmérique, deux cent mille hommes, plusieurs centaines de millions. Ce qui est plus grave, c'est que le vieux prestige de nos armées s'évanouit pour la première fois sur vingt champs de bataille. La sottise, la frivoUté, l'incapacité de tous les fistvoris auxquels la marquise avait livré le commandement, sont choses que nous imaginons assez bien aujourd'hui. Gomme les personnes d'un jugement étroit et borné, trèsignorante d'ailleurs et étrangère à toute grande idée politique ou historique, elle s'entâtait d'autant plus que les événements lui donnaient tort. Rosbach mâme ne lui ouvrit pas les yeux. Pauvre Soubise I lui en voulait- on de s'être fait battre ! La marquise le plaignait de tout son cœur. Elle haïssait presque autant que l'ennemi victorieux les Parisiens assez osés pour chansonner son maréchal.

Cette Parisienne ne comprenait plus Paris.

Elle détestait cordialement la grande ville, qui le lui rendait bien. Tous les matins, quelques nouveaux couplets injurieux pour la marquise couraient les rues et les salons. Le lieutenant de police était sur les dents ; il ne parvenait guère à mettre la main sur les auteurs, qui étaient un peu tout le monde. D'ailleurs, Versailles s'en mêlait. On connaît les vers de la Puceîle où Voltaire, sans aucun fiel, se moque agréablement de l'heureuse grisette. Le roi savait par les secrets de la poste tout ce qui se disait contre « la Poissonnaille. >

Paris était infiniment plus agité qu'aujourd'hui. Presque tous les jours il y avait des troubles et des cris séditieux. La police et la force armée n'étaient point faites pour intimider beaucoup les mécontents» Madame de Pompadour pensa plus d'une fois être déchirée par la populace. Aussi bien tout ce peuple mourait de faim et ne rêvait que de famine, c Du pain I du pain I ^ criaient plusieurs milliers de femmes et d'enfants autour du carrosse du dauphin, sur le pont de la

Tournelle, un jour que ce prince était allé à Notre-Dame. Cette foule en haillons demandait que la favorite fût renvoyée, c Si nous la tenions, hurlaient quelques mégères, il n'en resterait bientôt rien pour en faire des reliques. > Louis XV, « Louis le Bien-Aimé, » n'osait plus traverser Paris. Indignée, la Pompadour s'écriait de cette voix aigre et insolente de parvenue qu'on croirait entendre, c qu'il fallait décimer et pendre tous ces ingrats ! > La fureur du petit peuple devenait alors effrayante. On savait que cette coquette, qui rendait nos armées la risée du monde, vidait les caisses de l'Etat pour satisfaire ses goûts de € grisette, > qu'elle portait des robes garnies de dentelles d'Angleterre de vingt-deux mille livres, et allait jusqu'à donner mille écus de pension à son ébéniste pour lui avoir fait une belle chaise percée !

Nous avons beau être aujourd'hui assez loin de ces événements, les colères du peuple de Paris, la haine du marquis d'Argenson contre la favorite nous semblent trop justifiées. Il est hu-

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miliant de songer que les destinées de la France ont été pendant quelques années la chose d'une caillette. C'était pousser un peu loin la fantaisie. Ce c cardinal de Fleury et demi > ne pouvait qu'être le plus détestable des ministres. Que ne se contentait-elle de sa charge de surintendante des plaisirs du roi! Au lieu de cela, elle s'adjugea le département des affaires étrangères! Vraiment, on croit rêver. Pauvre Cotillon IV ! C'est ainsi que Frédéric le Grand la nommait en riant. Et en effet, quoi qu'on en ait, on se prend à sourire de la mine arrogante de cette petite personne. Fut-elle assez impertinente avec les parlements ! Elle en était arrivée à dire « nous, » en parlant d'elle et de Louis XV.

Le dernier acte ou plutôt le mot de la fin, est encore ce qui nous semble le plus digne d'être applaudi dans la tragi-comédie que Madame de Pompadour joua pendant vingt années à Versailles. Elle avait quarante-deux ans, et elle allait mourir. Les battements précipités de son

cœur la suffoquaient, les poumons ne respiraient

plus guère, et les côtes saillantes de sa poitrine amaigrie s'élevaient et s'abaissaient suivant un rhythme convulsif. La marquise était fort parée ; elle avait son rouge. Au dernier siècle, on se piquait d'une parfaite politesse jusqu'à la dernière heure, et Ton marquait du savoir-vivre même dans le passage de vie à trépas. L'intendant des postes Janelle se présenta encore pour tfamilUr avec elle; elle le reçut. Pour complaire au roi, elle avait fait venir à Versailles le curé de la Madeleine de la Ville-l'Evêque à Paris. Il allait se retirer; Madame de Pompadour lui dit en souriant ces simples mots, que Ton croirait inspirés par une de ces figures antiques qu'elle entrevoyait vaguement à travers les pierres gravées de Guay : c Un moment, Monsieur le curé, nous nous en irons ensemble. »

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