‹ Portraits de maitresChapitre 5 sur 13 · Dans une éloquente conférence qui date de 1865 M. Jules · texte numérisé non relu

Dans une éloquente conférence qui date de 1865 M. Jules

analogie. Cette réserve est nécessaire. Elle fait comprendre pourquoi nous ne tnettons Déranger qu'au second rang, tout enliii accordant la place d'un vrai, d'un inoubliable poète.

Il nous reste à noter des mérites qui tiennent à rhomme même, une douce philosophie, une sensibilité de bon aloi^ que nous retrouverions un peu partout, mais notamment dans V Orage, ce joli motif sur une ronde d'enfants, ma Vocation^ le Retour dans la patrie, le Dieu des bonnes gens dont le parfait écrivain M. Renan a fait fi trop hâtivement: car on ne saurait imaginer un dieu qui ne fût point paternel et qui lie sourtt point aux bonnes gens, seuls conservateurs du genre humain. Le patriote enfin nous apparaît dans le poète, profondément ému par les malheurs de la France après avoir été l'enthousiaste témoin de ses triomphes. Ce patriote ne se déchaîtie pas en vaine jactance, en ostentation déclamatoire. Que de simplicité mâle dans son ton, que de fierté, de dignité dans ses revendications ! Mon âmej les Enfants de la France, Brennus^ le Vieux sergent j sont en ce genre des chefs-d'œuvre où patriotisme et poésie s'unissent dans une juste harmonie. Béranger ne cesse pas d'être artiste et poète et en même temps il fait découvrir en lui le consolateur unique, le seul vengeur de la patrie. Il proclame cette gloire que des désastres ne peuvent

Glaretie, Tauteur de tant d'œuvres brillantes et généreuses, a plus légitimement rapproché Béranger d'Olivier Basselin.

abolir, cet honneur que ne sauraient effacer les vicissitudes de la fortune. Il les atteste dans le symbole alors voilé de nos triomphes épiques, le « vieux drapeau », que ses vers ont relevé et fait flotter dans le ciel de l'Art plus haut que les tours et les clochers des villes.

Citoyen des plus fidèles à sa patrie, Béraliger n'est pas moins imbu, comme tous les poètes d'alors, d'idées humanitaires aujourd'hui bien discréditées. Il rêve la fin des haines comme tous les grands esprits l'ont rêvée. Il fait appel à la Sainte Alliance des Peuples. En face des nations envieuses et traîtresses pouvons-nous prolonger ce beau songe? Nous ne saurions l'admettre sans illusion et sans péril. Mais qui peut sonder l'immensité de l'avenir? Si le vingtième siècle ne le réalise pas, le vingt et unième se chargera peut-être d'accomplir le rêve des meilleurs. Alors certaines poésies fraternelles, nécessairement laissées dans l'ombre, reparaîtront avec un rayonnement de prophétie, une splendeur de révélation.

A l'heure présente, la partie purement patriotique des Chansons de Béranger, est toujours de saison et ne nous paraît pas moins digne d'étude et d'admiration, que les autres parties oîi nous avons insisté. Nous tenions surtout à faire apprécier dans Béranger le poète original, supérieur par la variété de l'invention, la faculté de composer, le talent d'écrire, l'initiative de la rime sonore et du rythme

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souple, les aptitudes de l'artiste unies aux capacités du penseur, à saluer dans ce chansonnnler souvent méconnu Tun des derniers représentants de la tradition gauloise et de Tesprit français, à le replacer sur son socle littéraire, au moment où l'on lui dédie nn civique piédestal.

Il y a plus d'une façon de laisser une œuvre durable, un nom immortel. Tous les bons poètes ne sont pas uniformément divins et sublimes. L Œdipe roi n'exclut pas les Odes anacréontiques ^ les élégies de Tibulle vivent à côté du poème de Virgile et la poésie charmante croît à Tombre de l'épopée comme les fleurettes au pied du chêne. Ici même cette poésie souriante a son reflet de grandeur. Béranger n'est point le cygne de Dircé, se déployant comme Laprade ou Lamartine, avec une majestueuse envergure ; ce n'est pas davantage l'aigle érigeant son aire, comme Victor Hugo, sur les cimes les plus hautes et parmi les plus formidables escarpements; ce n'est pas comme Leconte de Lisle

Le vaste oiseau tout plein d'une morne indolence,

le condor aux ailes démesurées qui s'enlève dans la nuit, ni le rossignol murmurant avec Musset la romance aux modulations passionnées, mais il a sa part de vol et de mélodie. Béranger, c'est l'alouette lançant vers le ciel matinal son aubade claire et joyeuse, l'alouette choisie pour emblème par la

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tieille Gaule, dont le chant est lumière, et qui semble, avec ses refrains d'aurore, dire aux sommeils de la liberté comme aux éclipses de la gloire : « Courage, espérance, réveil I »

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