Robert de BoNNiÈnES : La, Vie de M^" Chénier
2, Recherches historiques sur les Maures et Histoire de l'Em-
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pas manqué d'esquisser, à plus d'un passage, un portrait de ce prince; « Sidi Mahomet, âgé d'environ soixante-seize ans, haut de cinq pieds huit pouces, est, dit-il, assez proportionné; il louche un peu d'un œil, ce qui donne à son regard quelque dureté ; son tempérament, naturellement fort, et sa façon de vivre, sobre et frugale, Tont rendu très propre à la fatigue et à la vie laborieuse qu'exige le gouvernement de son Empire. L'accès de ce souverain est assez facile; il reçoit les étrangers avec politesse, et s'entretient volontiers avec eux ; mais ses prévenances et ses démonstrations sont toujours dirigées par quelque motif personnel; son amitié n'est pas constante, c'est un sentiment factice qui varie avec l'objet qui le détermine. »
Le caractère de Sidi Mahomet, naturellement lier et hautain, obéit aux impulsions les plus vives ; l'Empereur ne souffre aucune atteinte à sa dignité et à sa puissance ; Louis Ghénier nous assure, à ce propos, que la République de Venise « ayant marqué à la Régence d'Alger plus de magnificence (dans ses présents), l'Empereur du Maroc s'offensa de cette distinction, et envoya à Venise un Génois qui était à son service pour
pire du Maroc, par M. Chbnier, chargé d'affaires du Roi auprès de l'Empereur du Maroc; à Paris, chez l'auteur, rue des Goulures-Saiut-Gervais n' 7, 3 vol., 1787.
s^en plaindre ; cet émissaire ayant été froidement accueilli par le Sénat, et n'ayant point porté une réponse satisfaisante, Sidi Mahomet, en 1780, marqua son mécontentement à la République et, sous des imputations arbitraires, il fit sortir son consul de ses Etats. »
Les nations les plus importantes d'Europe augmentent encore le prestige du prince en recherchant une amitié dont Sidi Mahomet n'est point toujours prodigue. Des vaisseaux apportent de Londres jusqu'au Maroc des armes de toutes sortes, des canons, et même des bombes ; la cour de Madrid pousse la munificence jusqu'à faire parvenir au Sultan des carrosses peints et superbes ; ; « une frégate suédoise débarque à Tanger un présent de cinq beaux mortiers, trois milles bombes, des porcelaines et du thé ^ » Seul, le représentant de la France ne dispose d'aucun présent^ Gela tient à ce que ses émoluments sont seulement de 14.000 livres, tandisque ceux des consuls espagnol et anglais sont de
1. Archives étrangères ; lettres datées de Salé du 18 juillet 1770, 12 mai 1771, 8 décembre 1772.
2. Nous voyons pourtant qu'en février 1778, le roi de France fit remettre au sultan, par son ambassadeur, un service à thé, des soupières et des gobelets en vieux Sèvres. Le roi donna aussi trois dôjeuners, également en porcelaine tendre de Sèvres, à l'ambassadeur du Maroc, le tout estimé à 6.943 livres (L.DtjssiEux, les Artistes français à V étranger) t
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29.000 et 31.000 livres. Une telle inégalité dans le traitement et dans Tapparat d'un mode de vivre naturellement restreint n'est pas sans impressionner fâcheusement TEmpereur. Louis Ghénier aurajparla suite, durant son long séjour de représentant au Maroc, beaucoup à souffrir des colères brusques de Sidi Mahomet, de son orgueil démesuré, de sa méfiance toujours aigrie et soupçonneuse. La correspondance du père d'André et de Marie-Joseph, de Tépoux d'Elisabeth Santi-Lomaca, n^exhaleà ce sujet que des plaintes. Du côté de Fexécution du traité conclu par ses soins et ceux du comte de Brugnon, Louis Ghénier n'éprouve qu'embarras et déconvenues ; « l'Empereur se mêle de nos affaires avec Tunis, et, par avarice, chasse avec éclat le consul d'une maison que celui-ci avait fait reconstruire à ses frais*.» Gela tient, ajoute, dans ses Recherches historiques sur les Maures, l'ambassadeur du roi, à ce que le Gouvernement du Maroc est le plus absolu qu'on puisse imaginer. « Assuré de la soumission aveugle des peuples, le despote y réunit tous les pouvoirs. Le sujet, dans cet Empire, n'a rien à lui, pas même son opinion et son existence. »
Habitué aux manières plus adoucies, aux fa-