BoNMÈnHS : La Vie de M""^ Ghénier
çons plus onctueuses des Mahométans d'Orient, Louis Chénier — cela est visible — ne trouve plus sous le ciel du Maroc les mêmes agréments que sous celui de Turquie. Privé de la meilleure et de la plus belle des femmes, séparé de ses enfants, ce Français si fin et délicat n'accepte pas sans regret de poursuivre, pendant dix-sept ans de sa vie, la plus ingrate mission diplomatique. Aussi déconcerté que ce Bedreddin Hassan des Mille et une Nuits qui s'était endormi au Caire pour se réveiller en caleçon et en chemise aux portes de Damas, il ne sait parfois s'il rêve, et si ces palmiers, ces mosquées, ces jardins plantés de mûriers et d'orangers sont ceux de Tanger ou de Salé, ou s'il se trouve encore à Gonstantinople et voit, dans le golfe bleu splendide, entrer les galères avec leurs pavillons.
De lassitude autant que d'ennui Louis Chénier, qui dispose d'une façon d'écrire assez élégante, entreprend d'étudier, d'un peu plus près que dans le voisinage de l'Empereur, un peuple si nouveau pour lui. En un temps où les Contes de Voltaire, les Lettres de Montesquieu rencontraient partout un accueil enthousiaste, une contribution nouvelle à l'étude des Maures ne pouvait être reçue que favorablement. Louis Chénier le pense, non sans raison et modestie. « Pour parler des Maures avec quelque connaissance.
écril-il au début d'une dédicace à S. A. R. Mgp le Comte d'Artois, fils de France, j'ai surmonté autant que je l'ai pu, les obstacles qui naissent de leurs préventions et de leur ignorance. » Les précisions que ses Recherches historiques apportèrent à ce moment au point de vue des mœurs, coutumes, religion et civilisation des Etats barbaresques sont on ne peut plus précieuses. Ajoutons qu^un tel livre n'est point dépourvu d'agrément pittoresque, que le pays y est décrit avec beaucoup de soin dans son aspect et dans ses cultures, enfin que Louis Ghénier, l'un des premiers parmi les Français, a pu signaler los richesses naturelles et les ressources cachées d'un Empire dont la fertilité, ignorée des Européens, n'était appréciée encore que de rares personnes.
« Louis Chénier, a écrit le plus perspicace des auteurs qui Tétudièrent, fut un agent soigneux et intelligent, et sut bien se rendre compte du caractère des gens à qui il avait affaire ^ » Cette appréciation est si raisonnable qu'on ne peut lire sans être frappé de leur modération et de leur vérité, les descriptions que Chénier a faites du Maroc. Non seulement l'organisation politique de cette nation, mais encore sa poésie, sa