‹ Portraits de sentimentChapitre 32 sur 42 · Kléber. Mémoires · texte numérisé non relu

Kléber. Mémoires

2. Savary. Guerre des Vendéens et des chouans contre la République française (Paris. 1824-1827).

— Angélique des Melliers.

— Votre âge ?

— Dix-huit ans.

— Gomment avez -vous été prise ?

— Je n^ai pas été prise. Mais j'ai eu peur, vous savez, pendant l'affaire du Pont-Saint-Jean. A ce moment, j'étais à côté de ma mère et de mon frère. Et Catherine Carreau, Suzanne Marion, Marie Verteuil ' aussi étaient là ! Dans la cohue, nous cherchions à gagner le pont tout encombré de voitures, d'animaux, de blessés, de soldats vendéens couverts de sang ! Tout à coup les hussards surgissent, piétinant, sabrant, bouculant tout pour passer ! Des torches tombent, s'éteignent, Tombre s'épaissit. Quand je reviens à moi, citoyen général, je me trouve seule, perdue, sans mes compagnes, sans mon frère, sans ma mère I... Je pense qu'on les a pris, qu'on les a emmenés !.. Je cours aux prisons, aux Cordeliers, aux Ursulines... Hélas 1 citoyen général, aux Ursulines, aux Gordeliers,la mitraille parle, on fusille I... Un instant, je pense d'appeler, de crier, de demander à mourir avec ceux qui me sont chers... Mais ma mère, mais mon frère sont-ils bien dans ces prisons ? L'odeur de la poudre, le bruit des détonations me glacent

1. Prisonnières citées par M. H. Chardon : les Vendéens dans la Sarthe (Le Mans, 2 vol. 1871).

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d'épouvante... Alors, j'ai fui, fui de toute la défaillante force qui restait en moi... Toute la nuit j'ai couru... Gomme les degrés d'un calvaire, j'ai gravi, puis redescendu, derrière la Cathédrale, les durs pans de Goron... Je cherchais après vous, citoyen général... Après tant de courses, de chemins vingt fois parcourus, après tant de larmes, tant d'horreurs, je vous ai trouvé enfin, citoyen général... Et c^est votre protection désormais que j'implore...

Attentif et recueilli, Marceau avait écouté jusqu'au bout ; et, jusqu'au bout, il n'avait cessé un instant de contempler cette jeune personne dont l'émotion, rendue plus poignante encore par la douleur, ajoutait au charme et au sentiment ; < son langage, ses manières, sa timide modestie... » font impression sur son âme. En même temps il s'étonne de sa jeunesse, il voit «qu'elle est jolie » ^ Les noms, le souvenir de Constance Maugars, sa fiancée d'enfance, d'Emira sa sœur, l'inclinent à la clémence. « J'ai pensé, écrira-t-il à Emira, plus tard, j'ai pensé qu'elle était de votre sexe et qu'elle avait peut-être un frère qui l'adorait *... » Gette pensée le soutient, elle inspire sa résolution :

— Grenadiers, dit-il d'un ton de commande-

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